ACTE III, SCÈNE IV
P09IPXE.
Non, puisqu'il vous en faut confier le secret.
Emilie à Sylla n'obéit qu'à regret.
Des bras d'un autre ëpoux ce tyran qui l'arracbe
Ne rompt point dans son cœur le saint nœud qui l'attache ;
Elle porte en ses flancs un fruit de cet amour, '
Que bientôt chez moi-même elle va mettre au jour;
Et, dans ce triste état, sa main qu'il m'a donnée
N'a fait que l'éblouir par un feint hyménée , ^
Tandis que , tout entière à san cher Glabrion ,
Elle paroît ma femme , et n'en a que le nom.
AKXSTIE.
Et ce nom seul est tout pour celles de ma sorte. Rendez-le-moi, seign^ir, ce grand nom qu'elle porte. *
J'aimai votre tendresse et vos empressements : Mais je suis au-dessus de ces attachements ; Et tout me sera doux , «i ma trame coupée Me rend à mes aïeux en femme de Pompée , Et que sur mon tombeau ce grand titre gravé Montre à tout l'avenir que je l'ai conservé. . J'en fais toute ma gloire et toutes mes délices;;
* Ce détail domestique , cette confidence de Pompée , qu'il ne eoQche point avec sa nouvelle femme, et qu'elle est grosse d'un autre , sont an-dessous de là comédie. Be telles naïvetés qui succèdent à la belle scène de l'entrevue de Pompée et de Sertorius justifient ce que Molière disait de Corneille^ qu'il y avait un lutin qui tantôt lui fai- Kiit ses vers admirables , et tantôt le 'laissait travailler lui-même.
^ C'est le lulin qui fit ce vers-là; mais ce n'est pas loi qui ûipour celles de ma sorte.
Et ce nom senl est tont pour celles de ma sorte.
92 SERTORIUS
Un moment de sa perte a pour moi des supplices. Vengez-moi de Sylla qui me Fôte aujourd'hui, pu sou£frez qu'on me yenge et de vous et de lui; Qu'un autre hymen me rende un titre qui l'égale ; Qu'il me relève autant que Sylla me ravale : Non que je puisse aimer aucun autre que vous; Mais pour venger ma gloire il me fiiut un époux, ' Il m'en faut un illustre, et dont la renommée....
POMPÉE
Ah ! ne vous lassez point d'aimer et d'être aimée. *
Peut-être touchons-nous au moment désiré
Qui saura réunir ce qu'on a séparé.
Ayez plus de courage et moins d'impatience ; *
Souffrez que Sylla meure, ou quitte sa puissance....
ARISTIE
Tattendrài de sa mort ou de son repentir Qu'à me rendre l'honneur vous daigniez consentir? Et je verrai toujours votre cœur plein de glace , Mon tyran impuni, ma rivale en ma place , Jusqu'à ce qu'il renonce au pouvoir absolu. Après l'avoir gardé tant qu'il l'aura voulu?
* Une femme qui dit que » pour la venger , il lui faut an mari , dit une étrange choae. Corneille Ta bien aenti en relevant cet aveu par ces mots , il m'en fqul un iiiwin ; et ce n'est peut-être pas encore assez.
* Ail ! ne vous lassez point d'aimer et d'être aimée, est un vers d'églogue ; et entre un mari et une femme , il est au-dessous de réglogue.
^ C'est , au contraire , c'est Aristie qui doit dire à Pompée , ayen pluê de courage / c'est lui seul qui en manque ici.