‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 46 sur 292 · ACTE III, SCÈNE IV. gS · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV. gS

POMPÉE

Mais tant qu'il pourra tout, que pourrai-jè, madame? *i

ARISTIE

Suivre en tous lieux , seigneur, l'exil de votre femme , •

La ramener chez vous avec vos légions.

Et rendre un heureux calme à nos divisions. ^

Que ne pourrez-vous point en tête d'une armée ,

Partout, hors de l'Espagne, à vaincre accoutumée !

Et quand Sertorius sera joint avec nous.

Que pourra le tyran? qu'osera son courroux?

POMPEE

Ce n'est pas s'affranchir qu'un moment le parottre, ^ Ni secouer le joug que de changer de maître. Sertorius pour vous est un illustre appui ; Mais en faire le mien, c'est me ranger sous lui;

' Ce yers humilie trop Pompée, n y a des hommes qu'il ne faut jamais faire voir petits.

> On ne suit point un exil, on suit une exilée.

s On rend le calme à un peuple agité et divisé , on ne rend point le calme à une division ; cela est impropre , et forme un contre-sens : on fait succéder le calme au trouble , à Forage ; l'union , la concorde, à la division. Corneille, dans ses vingt dernières pièces'*', ne se sert presque jamais du mot propre , ne parle presque jamais français, et surtout n'est jamais intéressant; et cela, tandis que la langue se perfectionnait soas la plume de tant de beaux génies du grand siècle , tandis que Racine parlait au cœur avec tant de chaleur , df noblesse , d*élégance , et dans un langage si pur.

4 Four que ce vers fût français ; il faudrait ce n*eatpa9 éire ajfranchi que ie paraître»

* Exagération impardonnable. Ce n'est point U juger Corneille, cest la diffamer, lU

94 SERTORIUS

Joindre nos étendards , c'est grossir son empire.

Perpenna qui Fa joint saura que vous en dire. '

Je sers : mais jusqu'ici Tordre vient de si loin,

Qu'avant quon le reçoive il n'en est plus besoin;

Et ce peu que j'y rends de vaine dëférence.

Jaloux du vrai pouvoir, ne sert qu'en apparence. *

Je crois n'avoir plus même à servir qu'un moment;

Et quand SyUa prépare un si doux changement,

Pouvez-vous m'ordonner de me bannir de Rome,

Pour la remettre au joug sous les lois d'un autre homme;

Moi qui ne suis jaloux de mon autorité

Que pour lui rendre un jour toute sa liberté?

Non , non : si vous m'aimez , comme j'aime à le croire ,

Vous saurez accorder votre amour et ma gloire.

Céder avec prudence au temps prêt à changer.

Et né me perdre pas au lieu de vous venger.

AKISTIE.

Si vous m'avez aimée, et qu'il vous en souvienne , Vous mettrez votre gloire à me rendre la mienne. Mais il est temps qu'un mot termine ces débats. Me voulez-vous, seigneur? ne me voulez-vous pas?* Parlez, que votre choix règle ma destinée.

^ Ce vers fkmilier , et la dissertation politique de Pompée avec sa femme , augmentent les défauts de cette scène. Le principal vice est dans le sujet ; et je crois qu'il était impossible de mettre de la chaleur dans cette pièce.

* Le peu de déférence qui est jaloux du pouvoir , et qui aert en apparence, est un galimatias qui n'est pas français.

- 3 C'es^ un vers de comédie qui avilit tout; et ce vera est le précis de toute la scène. «

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