ACTE III, SCÈNE IV. gS
POMPÉE
Mais tant qu'il pourra tout, que pourrai-jè, madame? *i
ARISTIE
Suivre en tous lieux , seigneur, l'exil de votre femme , •
La ramener chez vous avec vos légions.
Et rendre un heureux calme à nos divisions. ^
Que ne pourrez-vous point en tête d'une armée ,
Partout, hors de l'Espagne, à vaincre accoutumée !
Et quand Sertorius sera joint avec nous.
Que pourra le tyran? qu'osera son courroux?
POMPEE
Ce n'est pas s'affranchir qu'un moment le parottre, ^ Ni secouer le joug que de changer de maître. Sertorius pour vous est un illustre appui ; Mais en faire le mien, c'est me ranger sous lui;
' Ce yers humilie trop Pompée, n y a des hommes qu'il ne faut jamais faire voir petits.
> On ne suit point un exil, on suit une exilée.
s On rend le calme à un peuple agité et divisé , on ne rend point le calme à une division ; cela est impropre , et forme un contre-sens : on fait succéder le calme au trouble , à Forage ; l'union , la concorde, à la division. Corneille, dans ses vingt dernières pièces'*', ne se sert presque jamais du mot propre , ne parle presque jamais français, et surtout n'est jamais intéressant; et cela, tandis que la langue se perfectionnait soas la plume de tant de beaux génies du grand siècle , tandis que Racine parlait au cœur avec tant de chaleur , df noblesse , d*élégance , et dans un langage si pur.
4 Four que ce vers fût français ; il faudrait ce n*eatpa9 éire ajfranchi que ie paraître»
* Exagération impardonnable. Ce n'est point U juger Corneille, cest la diffamer, lU
94 SERTORIUS
Joindre nos étendards , c'est grossir son empire.
Perpenna qui Fa joint saura que vous en dire. '
Je sers : mais jusqu'ici Tordre vient de si loin,
Qu'avant quon le reçoive il n'en est plus besoin;
Et ce peu que j'y rends de vaine dëférence.
Jaloux du vrai pouvoir, ne sert qu'en apparence. *
Je crois n'avoir plus même à servir qu'un moment;
Et quand SyUa prépare un si doux changement,
Pouvez-vous m'ordonner de me bannir de Rome,
Pour la remettre au joug sous les lois d'un autre homme;
Moi qui ne suis jaloux de mon autorité
Que pour lui rendre un jour toute sa liberté?
Non , non : si vous m'aimez , comme j'aime à le croire ,
Vous saurez accorder votre amour et ma gloire.
Céder avec prudence au temps prêt à changer.
Et né me perdre pas au lieu de vous venger.
AKISTIE.
Si vous m'avez aimée, et qu'il vous en souvienne , Vous mettrez votre gloire à me rendre la mienne. Mais il est temps qu'un mot termine ces débats. Me voulez-vous, seigneur? ne me voulez-vous pas?* Parlez, que votre choix règle ma destinée.
^ Ce vers fkmilier , et la dissertation politique de Pompée avec sa femme , augmentent les défauts de cette scène. Le principal vice est dans le sujet ; et je crois qu'il était impossible de mettre de la chaleur dans cette pièce.
* Le peu de déférence qui est jaloux du pouvoir , et qui aert en apparence, est un galimatias qui n'est pas français.
- 3 C'es^ un vers de comédie qui avilit tout; et ce vera est le précis de toute la scène. «