‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 52 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE II. io · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. io

II ne tiendra qu a vous que dès demain tous deux De l'un et l'autre hymen nous n'assurions les nœuds ; Dut se rompre la trêve, et dût la jalousie Jusqu'au dernier éclat pousser sa frénésie.

Vous pourrez dès demain....

VIRIATE

Dès ce même moment.

Ce n'est pas obéir qu'obéir lentement } Et quand l'obéissance a de l'exactitude , * Elle voit que sa gloire est dans la promptitude.

SERTORlilS.

Mes prières pouvoient sou£frir quelques refos.

VIRIATE

Je les prendrai toujours pour ordres absolus.

Qui peut ce qui lui plaît cpmmande alors qu'il prie»

D'ailleurs, Perpenna m'aime avec idolâtrie.

Tant d'amour, tant de rois d'où son sang est venu,

Le pouvoir souverain dont il est soutenu ,

Talent bien tous ensemble un trône imaginaire

Qui ne peut subsister que par l'heur de vous plaire.

SERTORIUS

Je n'ai donc qu'à mourir en faveur de ce choix : ■ J'en ai reçu la loi de votre propre voix ; ^

1 Une ohéUêance qui a de V exactitude .'

« Il n'y a guère dans tontes ces scènes d'expression qni soit jtlste; mais le pis est qae les sentimens sont encore moins naturels. Un ▼ienx fsictieux tel que Sertoiius doit-il dire à une femme qtt'i/ mourm en faveur du choix qu'elle fera d'un autre?

io6 SERTORIUS.

C'est un ordre absolu qu'il est temps que j'entende. Pour aimer un Romain , vous voulez qu'il commande; Et comme Perpenna ne le peut sans ma mort, Pour remplir votre trône il lui faut tout mon sort. Lui donner votre main, c'est m ordonner, madame, De lui céder ma plaee au camp et dans votre âme. Il est, il est trop juste, après un tel bonheur. Qu'il Fait dans notre armée, ainsi qu'en votre cœur. J'obéis sans murmure, et veux bien que ma vie.,..

VIRIATE

Avant que par cet ordre elle vous soit ravie , Puis-je me plaindre à vous d'un retour inégal Qui tient moins d'un ami qu'il ne fait d'un rival? * Vous trouvez ma faveur et trop prompte et trop pleine! L'hymen où je m'apprête est pour vous une gêne ! Vous m'en parlez enfin comme si vous m'aimiez ! *

SERTORIUS

Souffrez , après ce mot , que je meure à vos pieds. ^ J'y veux bien immoler tout mon bonheur au vôtre ; .

' Ce n'est pas parler français , c'est coudre ensemble , pour rimer , des paroles qui ne signifient rien ; car que peut signifier un retour inégal? Que d'obscurités! que de barbai^mes entassés! et quelle froideur !

* n n'y a point de vers plus comique.

3 Jamais le ridicule excessif des intrigues amoureuses de nos héros de théâtre n'a paru plus sensiblement que dans ce couplet où ce ▼ieux militaire y ce vieux conjuré, veut mourir d'amour aux pieds de sa Viriato qu'il n'aime guère* H s'en est défendu à voir ses cheveux gria i mais Sa paasion ne s'est paa vue alentie , quoiqu'il se fût figuré que de tels déplaisirs ne lui coûteraient que deux on trois soupirs : il envisageait Veslime de chef magnanime.

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