ACTE IV, SCÈNE IL
Mais je ne vous puis voir entre les bras d'un autre ; Et c'est assez vous dire à ({uelle extrémité Me réduit mon amour que j'ai mal écouté.
Bien qu'un si digne objet ie rendît excusable^ J'ai cru honteux d'aimer quand on n'est plus akndble; J'ai voulu m'en défendre à voir mes cheveux gris , Et me suis répondu long-temps de vos mépris. Mais j'ai vu dans votre ame ensuite une autre idée , Sur qui mon espérance aussitôt s'est fondée ; Et je me suis promis bien plus qu'à tous vos rots, Quand j'ai vu que l'amour n'en feroit point le choix* J'allois me déclarer sans l'offre d'Arîstie : Non que ma passion s'en soit vue alentie ; Mais je n'ai point douté qu'il ne fut d'un grand cœur De tout sacrifier pour le commun bonheur. L'amour de Perpenna s'est joint à ces pensées ; Vous avez vu le reste , et mes raisons forcées. Je m'étois figuré que de tels déplaisirs Pourroient ne me coûter que deux ou trois soi^çirs ; Et, pour m'en consoler, j'envisageois l'estime Et d'ami généreux et de chef magnanime : Mais, près d'un coup fatal, je sens par mes ennuis Que je me promettois bien plus que je ne puis. Je me rends donc , madame; ordonnez de ma vie; Encor tout de nouveau je vous la sacrifie* Aimez^ous Perpenna?
VIRïATE.
Je sais vous obéir.
Mais je ne sais que c'est d'aimer ni de haïr; *
> Aristle a dit à Pompée : Suivant qu'on w^aitne ou hait, f aimé
io8 SERTORIUS.
Et la part que tantôt vous aviez daos mou âme Fut un don de ma gloire^ et non pas de ma flamme. Je n'en ai point pour lui, je n'en eus point pour vous j Je ne veux point d'amant, mais je veux un époux , Mais je veux un héros, qui par son hyménée Sache élever si haut le trône où je suis née. Qu'il puisse de l'Espagne être l'heureux soutien , Et laisser de vrais rois de mon sang et du sien.
Je le trouvois en vous, n'eut été la hassesse Qui pour ce cher rival contre moi s'intéresse, Et dont, quand je vous mets au-<lessus de cent rois, Une répudiée a mérité le choix.
Je l'oubltrai pourtant, et veux vous faire grâce. M'aimêz-vous?
SERTORIUS
Oserois-je en prendre, encor l'audaoe?
VIRïATE.
Prenez-la , j'y consens , seigneur j et dès demain , Au lieu de Perpenna , donnez-moi votre main.
SERTORIUS
Que se tiendroit heureux un amour moins sincère Qui n'auroit autre but que de se satisfaire , *
ou hais à mon tour; et Viriate dit à Sertorius qvi*elle ne ,aait que c'est d'aimer ni de haïr. Dès qu'elle ne sait que c^est ou ce que c'est , elle n'a qu'un intérêt de politique, .par conséquent elle est froide. Cependant elle dit , le moment d'après , m'aimea-vous ? Ne devraiteUe pas lui dire : L'amour n'est pas fait pour nous ; t intérêt de tétat, le vôtre y celui de ma grandeur, doivent présider à notre hyménée ?
> Autre but que de se satisfaire donne une idée qui est un peu comique , et qui assurément ne convient pas à la tragédie.