‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 61 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE III. ii · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. ii

PKliPENNA.

Vous me l'avez promise ^ et me l'allez ravir!

SERTÔttltJS.

Que sert que je promette et que je vous la donne , Quand son ambition l'attaché à ma personne ? Vous savez lea raisons de cet attachement. Je vous en ai tantôt parlé confidenunent; Je vous en fais encor la mémû confidence. Faites à votre amour un peu de violence ; J'ai triomphé du mien; j'y suis encor tout prêt : Mais y sHl faut du parti ménager rintérét. Faut-il pousser à bout une reine obstinée , Qui veut faire à son choix toute sa destinée, Et de qui le secours , depuis plus de dix ans. Nous a mieux soutenus que tous nos partisans?

PEKPENNA.

La trouvez-vous, seigneur, en état de vous nuire?

SERTORIUS

Non, elle ne peut pas tout-à-fait nous détruire; Mais si vous m'enchaînez à ce que j'ai promis, Dès demain elle traite avec nos ennemis. Leur camp n'est que trop proche ; ici chacun murmure; Jugez ce qu'il faut cragindre en cette conjoncture. Voyez quel prompt remède on y peut apporter. Et quel fruit nous aurons de la violenter. '

PERPENNA

C'est à mol de me vaincre , et la raison l'ordonne : * Vnfrmi de uhhnter est un bavbari«me et wn solécUme.

130 SERTORIUS

Mais d'un si grand dessein tout mon cœur qui frissonne • . .

SERTORIUS

Ne vous contraignez point; dût m'en coûter le jour, Je tiendrai ma promesse en dépit de l'amour*

PERPENNA

Si vos promesses n'ont l'aveu de Yiriate*...

SERTORIUS

Je ne puis de sa part rien dire <pii vous flatte.

PERPENNA

Je dois donc me contraindre, et j'y suis résolu. Oui , sur tous mes désirs je me rends absolu ; J'en veux , à votre exemple , être aujourd'hui le maître ; Et, malgré cet amour que j'ai laissé trop croître, Vous direz à la reine*. ..

SERTORIUS

Eh bien ! je lui dirai?

PERPENNA

Rien, seigneur, rien encor; demain j'y penserai. Toutefois la colère où s'emporte son âme Pourroit dès cette nuit commencer quelque trame. Vous lui direz, seigneur, tout ce que vous voudrez; Et je suivrai l'avis que pour moi vous prendrez.

SERTORIUS

Je vous admire et plains.

PERPENNA

Que j'ai l'âme accablée I

SERTORIUS

Je partage les maux dont je la vois comblée.

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