ACTE I, SCÈNE IV. i
SYPHAX
A des charmes si forts joindre celui des pleurs !
Soulever contre moi ma.gloire et vos douleurs !
C'est trop , c'est trop , madame; il faut vous satisfaire.
Le plus grand des malheurs seroit de vous déplaire ;
Et tous mes sentiments veulent bien se trahir
A la douceur de vaincre ou de vous obéir.
La paix eût sur ma tête assuré ma couronne;
Il faut la refuser, Sophonisbe l'ordonne;
Il faut servir Carthage, et hasarder Fétat.
Mais que deviendrez-vous, si je meurs au combat?
Qui sera votre appui, si le sort des batailles
Vous rend un corps sans vie au pied de nos murailles?
SOPHONISBE
Je VOUS répondrois bien qu'après votre trépas
Ce que je deviendrai ne vous regarde pas :
Mais j'aime mieux, seigneur, pour vous tirer de peine,
Vous dire que je sais vivre et mourir en reine.
SYPHAX
PTen parlons plus, madame. Adieu : pensez à moi. Et je saurai pour vous vaincre, ou mourir en roi. *
' Cette scène devrait être intéressante et sablime. Sophonisbe veut forcer son mari à prendre le parti de Cartbage contre les Romains. C'est un grand objet , et digne de CorneiUe ; si cet objet n'est pas rempli , c'est en partie la faute du style : c'est cette répétition , M'cû-mez-voua » seigneur? ,»,, oui, m* aimez - vous encore? C'est cette imitation du discours de Pauline à Polyeucte :
Bfoi qui , pour en étreindre à jamais les grands nœuds , Ai d*an amour si juste éteint les plus beaux feux !
Imitation mauvaise : car le sacrifice que Pauline a fait de son
i86 . SOPHONISBE.
amour pour Sévère est toachant; et le sacrifice de MassinÎMe, qiie Sophouisbe a fait à rambition , est d'an genre tout différent. Enfin Syphax est faible; Sophonisbe veut gouverner son mari. La scène n'est pas assez fortement écrite , et toat est froid.
Je ne parle point de Carthage abandonnée , qui vaut pour tun et pour Foutre une grandf journée f )e ne parle pas du style , qui devrait réparer les vices da fonds , et qui les augmente.
FIN DU PREMIER ACTE