‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 3)Chapitre 10 sur 44 · LES SEPT FEMMES · texte numérisé non relu

LES SEPT FEMMES

CONTE ALI.EGORIQUE

Fabrice venait d'achever, dans le fond d'une province, ce qu'on y appelle d'excellentes études, c'est-à-dire qu'il n'en savait pas plus que son maître, et qu'il n'avait pas encore goûté un instant de bonheur. C'était un jeune homme, comme tant d'autres, ayant de bonnes intentions, un caractère faible et une ame disposée à recevoir du hasard ses vices ou ses vertus. Mais on avait conservé par tradition, dans sa famille, Tusage de marier les garçons à vingt ans; et Fabrice, qui touchait à cette grande époque, n'annonçait pas un médiocre besoin de ce préservatif contre les folies de jeunesse.

Une amie de la maison , qui se mêlait des affaires de tout le monde depuis qu'on ne se mêlait plus des siennes , s'était chargée d'y pourvoir. Vanter sans mesure le mérite de mademoiselle Sophie,

annoncer que Fabrice l'épouserait en se présentant avec sa recoramandation , assurer même que cette union était arrangée d'avance par sa correspondance , tout cela n'avait rien coûté à l'obligeante négociatrice. Le père, bon provincial, la croyait aveuglément; et le fils, attentif au portrait que la voisine traçait de Sophie vingt fois par jour, sentait son imagination brûler de désirs pour elle , et l'adorait sur parole, le plus franchement du monde.

Quelque pompeux que fussent les éloges donnés à Sophie, ils n'étaient point exagérés. Elle réunissait tant de sagesse et d'amabilité , qu'elle pouvait, dans le siècle où nous vivons, en paraître singulière. Maîtresse de sa personne et de ses droits, elle avait choisi sa demeure dans un site intéressant, tout près des murs de la capitale. C'était une retraite délicieuse et peu fréquentée, qu'on eût prise sans peine pour l'asile de la philosophie, dont, au reste, cette chaînante fille avait adopté tous les goûts et presque emprunté le nom. O Sophie! je ne te ferai pourtant pas l'affront de dire que tu réunissais tous les suffrages. Les libertins te trouvaient trop prude , et les dévots trop libre; ce qui prouve seulement que, moins vertueuse et plus crédule, tu aurais subjugué tous les hommes.

On prépara le départ de Fabrice , et son vieux I. 1

père fut inconsolable de ne pouvoir raccompagner. Mais comme les infirmités qui enchaînaient ses pieds ne s'étendaient pas jusqu'à l'organe de la parole, il en profita pour munir le jeune homme des instructions les plus longues et les plus paternelles. Il lui fit surtout promettre qu'il irait directement chez Sophie, sans entrer dans la Yiile, dont le voisinage l'inquiétait beaucoup. Fabrice le promit de bonne foi; mais le vieillard, empoité par son zèle, lui fit une description si vive des dangers et de la corruption dont cette cité odieuse était remplie , que le fils mourait d'envie d'en faire l'épreuve.

Il partit, monté sur le vieux cheval, et accompagné du vieux domestique de la ferme. Arrivé aux portes de la capitale, il descendit dans une auberge, renvoya les deux serviteurs qui l'avaient conduit, soupa en voyageur, dormit en amant, et se leva le lendemain, 25 du mois de mars, avec un sentiment de joie tout nouveau pour lui. C'est ce jour-là qu'il devait épouser Sophie, et compléter sa vingtième année. Ces deux idées le mettaient hors de lui. Les servantes le voyaient sauter dans sa chambre avec le naïf transport d'un écolier, et pourtant soigner sa parure avec une recherche tout-à-fait sentimentale.

La maison de Sophie était hors des murs de la ville, ainsi que l'auberge de Fabrice, mais placées

l'une et l'autre à des extrémités opposées , en sorte que Fabrice avait, pour se rendre chez Sophie f le choix de deux chemins : l'un par la campagne , l'autre en traversant la ville. Ce dernier lui était interdit par son père; mais le premier lui paraissait solitaire, ennuyeux, et d'ailleurs exposé au soleil et à la poussière , deux fléaux redoutables pour une toilette de noces. Il se livra insensiblement à un monologue dans le genre délibératif , sur la promesse exigée par son père. Voici quels en furent les textes : Mon père veut que je sois im sage ; or , un sage doit tout voir par lui-même. Mon père est un bon homme qui a depuis longtemps oublié ses études, et qui se trompe en prenant une ville pour un gouffre; enfin, avec quelque adresse, on doit aisément se tirer de la foule, et s'instruire, en s'amusant, par la variété des objets. Malgré ces efforts de logique , Fabrice était vivement combattu en sortant de l'auberge pour aller chez Sophie. Peut-être croyait-il suivre la route de la campagne, lorsqu'il se trouva engagé sous la porte de la ville, regardant avec curiosité tout ce qui se présentait, mais n'ayant que l'image de Sophie dans le cœur et son nom à la bouche.

Il avait à peine mis quelques toises entre lui et la sentinelle, qu'il vit s'échapper d'un moulin à vent une folle qui dansait avec plus de force que

loo QUEIJ.E JOURNÉE!

de grâce 7 et roulait dans sa gorge des notes italiennes ; elle avait la peau usée et le teint neuf , des cheveux et une perruque , un voile et point de chemise. Mais plu;» elle était bizarre , plus on semblait Tapplaudir. Elle accourut sur le passage de Fabrice, et lui rit au nez très-indécemment.

FABRICE

Vous êtes bien impertinente.

LA MODE

Et toi bien ridicule. Hi ! hi !

FABRICE

Qu'ai-je donc, s'il vous plaît, qui doive tant vous faire rire ?

LA MODE

Ah! il est bon là, le petit homme. Regarde-toi donc, malheureux. Te voilà vêtu comme on l'était jadis, il y a au moins huit jours.

FABRICE

Comment donc ! n'ai-je pas la cravate d'Ecosse , le gilet phrygien et la culotte malabare (i)?

(i) Comme il est indubitable ({ue, dans quelques raille ans, ce livre sera devenu classique, je veux bien prévenir les commentateurs d'alors, f\ae les formes de vétemenS dont je parle sont purement idéales. J'aurais volontiers indiqué les véritables modes du moment; mais, pendant l'impression de mon livre, leur règne aurait passé , en sorte que le lecteur

QUELLE JOURNÉE! loi

LA MODE

Ah! miséricorde! d'où viens-tu donc? Comment oses-tu paraître sans l'habit quaker ^ le soulier lapon 9 le gilet arabe , le pantalon étrusque , et la chemise madécasse? Suis-moi; et je vais faire de toi le plus joli abrégé des merveilles du monde.

FABRICE

Je n'ai pas le temps; mais je vous promets que demain

LA MODE

Demain ! il ne sera plus temps. Il faut que nous allions aujourd'hui voir les tableaux nouvellement exposés.

FABRICE

J'ai lu dans le journal qu'ils sont détestables.

LA MODE

Qu'importe? Le peintre est un charmant enfant dont je suis folle. Ensuite nous paraîtrons à l'Opéra.

FABRICE

On m'a dit que cette nouvelle musique m'étourdirait.

LA MODE

Ignorant ! c'est moi qui l'ai faite. De là nous irons rire au cours de géométrie.

ncvLi lien gagné à mon exactitude, et qu<î j'y eusse perdu Ja gloire de l'invention.

\ FABRICE

Je n'y entends rien.

LA MODE

Est-ce qu'on y entend? Ensuite nous roulerons dans un petit char bien périlleux: nous prendrons l'air dans la poussière ^ et nous nous rafraîchirons avec du rum.

FABRICE

Tout cela n'est ni décent , ni agréable.

LA MODE

Tout cela est l'un et l'autre ; car je le veux. Il n'y a de mœurs que mes travers; il n'y a de beau que mes caprices. Avec moi , on ne porte jamais ce qui sied, on ne va jamais où l'on doit, on ne fait jamais ce qui plaît. Voilà pourquoi l'on m'adore.

Moi, je n'adore que ma Sophie , et voilà pourquoi je vais me marier.

LÀ MODE j riant.

Ah! ah! ah! ah!

FABRICE

Il.m'importe peu que tu blâmes ma résolution.

LA MODE

Au contraire, mon ami, je ne te quitte plus.

Je veux voir ta femme ; et elle sera bien extraordinaire, si, avant un mois, grâces à mes conseils, tu n'es pas un mari tout-à-fait à la mode.

QUELLE JOURNÉE! io3

FABRICE

Implacable tyran, je connais ton pouvoir; épargne-moi. Retranche plutôt de ma vie ce que tu voudras.

LA MODE

Qu'ai-je à faire de tes années? je change tous les jours et ne meurs jamais.

FABRICE

Songe que tu peux les donner à quelques-uns de tes favoris qui en seraient si contens ! N'as-tu pas dans ta cour une foule d'Aspasies à cheveux gris et de têtes de Galba.

LA MODE

Ma parole d'honneur , tu as raison. Voyons , combien en livres-tu?

FABRICE

Un amoureux ne marchande pas : je te donne quatre années.

LA MODE

J'accepte; mais je t'avertis qu'au lieu de prononcer crûment quatre années, il eût été plus élégant de dire en grec une olympiade.

FABRICE

Adieu, folle; je vais me marier.

LA MODE

Adieu, sauvage; je cours aux marionnettes.

Cette petite aventure fit peu d'impression sur

io4 QUELLE journée!

Fabrice ; il résolut seulement de hâter sa marche; mais il ne put aller si vite , qu'il n'aperçût bientôt appuyée sur une borne une jeune demoiselle d'une mise honnête , d'une figure intéressante , et qui paraissait souffrir beaucoup : « Bon jeune homme j « dit-elle en lui tendant la main , ma demeure est «à quelques pas d'ici; mais je me trouve si mal «que, sans votre secours, je désespère d'y arri- «c ver.» Fabrice n'avait pas un cœur de tigre , et il donna le bras à la belle souffrante. Celle-ci marchait à côté de lui sans mot dire, et, soit fatigue, soit émotion , pressait son bras de manière à le rendre confident des formes et des mouvemens du sein le plus voluptueux. Fabrice fut reconnaissant de cette attention, et sa pitié, d'abord un peu vague, prit un caractère si attachant, qu'arrivé à la porte de la demoiselle , il ne songea pas à refuser d'enti'er.

11 fut introduit dans un boudoir orné avec la plus élégante richesse, et où s'exhalaient des parfums dangereux pour les sens novices. La jeune fille jeta son voile en riant , et parut tout à coup dans l'un de ces costumes à la mode, qu'on ne saurait appeler un vêtemçnt que par exagération. Un changement aussi prompt se fit sur son visage, où la douleur modeste fut aussitôt remplacée par je ne sais quel mélange de langueur et de hardiesse, qui s'expliquait de lui-même. Fabrice stupéfait

QUELLE JOURNÉE! io5

n'avait rien lu de pareil dans les Métamorphoses d'Ovide. La Volupté, car c'était elle-même, s'approcha de lui familièrement.

LA VOLUPTÉ

Hé bien, Fabrice, comment te trouves-tu?

FABRICE

Fort étonné de tout ce que je vois.

LA VOLUPTÉ

Tu me pardonneras la ruse innocente que j'ai employée. J'épiais l'occasion de t'apprendre combienje t'aime.

FABRICE

Ah ! Mademoiselle , c'est trop vous moquer de moi.

LA VOLUPTÉ

Non, je suis franche, imite-toi. Quelle opinion as- tu de ma personne?

Je ne puis encore juger du caractère : mais vous avez la main douce, le regard caressant, et votre présence allume dans mes veines une fièvre agréable.

LA. VOLUPTÉ

Tu veux donc bien rester avec moi ?

FABRICE

oh ! mon dieu , non.

LA VOLUPTÉ

Ce refus est peu galant.

io6 QUELLE JOURNÉE!

FABRICE

C'est qu'aujourd'hui je suis pressé; mais je reviendrai demain.

LA VOLUPTi.

Demain ! voilà un mot que je ne connais pas.

FABRICE

Il est pourtant sage d'y penser.

LA VOLUPTÉ

Il n'y a de sage que le plaisir; je veux que désormais chaque jour de ta vie soit une fête de vingtquatre heures.

FABRICE

Ma fortune n'y saurait sufiBre; et quand je serai ruiné

LA VOLUPTÉ

Ouvre ce tiroir rempli de dés pipés. Je te ferai banquier de jeu, et les dupes ne te laisseront manquer de rien.

FABRICE

Mais vous êtes trop jolie, et moi trop jaloux. Si jamais j'avais des rivaux

LA VOLUPTÉ

Vois dans cet autre tiroir des poignards de toute espèce. Je te laisserai choisir.

FABRICE

C'est commode , il est vrai : mais je vous avoue que tant de plaisirs m'effraient. Ma santé y succomberait.

LA VOLUPTÉ

Tout est prévu, mon ami, et j'ai en porte-feuille des billets d'hôpital. C'est le dernier présent que j'ofire à mes amis. Il faut bien finir; et quand on a fait bonne chère , on quitte la table sans regret.

FABRICE

Adieu , Mademoiselle ; moi , je vais diner à la campagne.

LA VOLUPTE

Doucement, mon petit monsieur. Quand on est entré chez moi , on n'en sort pas de cette manière.

Quoi! tu m'enchaînes avec des liens de fer et des guirlandes de fleurs.... Ah! Sophie.... Sophie!

LA VOLUPTÉ

Sors maintenant de mes bras , si tu peux.

FABRICE

Laisse-moi aller; j'appartiens à Sophie.

La volupté.

J'ai des droits sur ta jeunesse; je ne veux pas les perdre.

FABRICE

Ecoute , tu n'as pas l'air méchant : au train dont tu dépenses la vie, tu dois beaucoup en user; prends quelques années de la mienne ; c'est ainsi que la mode a bien voulu accepter ma rançon.

LA VOLUPTÉ

Quoiqu'au fond je sois toujours la même, la

io8 QUELLE JOURNÉE!

mode ne laisse pas d'avoir quelque influence sur mes procédés : son exemple me décide*

FABRICE

Je te donne huit années.

LA VOLUPTÉ

Huit années ! Si j'en juge par ta mine philosophique, c'est bien tout ce que tu peux valoir. Allons j pars.

FABRICE j d'un air moitié piqué, moitié galant.

Permets-moi auparavant , aimable séductrice, de prendre, pour mes huit années, un de ces baisers que tu me prodiguais pour rien.

LA VOLUPTÉ

Au diable ! apprenti philosophe.

Elle ouvre alors une fausse porte, et de ses mains si douces la lui pousse fortement contre les épaules. Fabrice croyait sortir, et il tomba lourdement du premier étage sur un fumier dont la cour de la maison était couverte en tout temps. Comme il n'avait nulle expérience des choses humaines , il ne concevait pas qu'une aventure bien commencée put finir aussi vilainement; il ne réfléchissait même pas sur la facilité avec laquelle il venait de prodiguer huit années de sa vie. Semblable à l'insensé qui porte de l'eau dans un crible , la jeunesse laisse fuir ses jours sans y penser. Peut-être Fabrice s'imaginait-il qu'un tel marché n'était pas

sérieux; car il n'est que trop ordinaire, quand on n'est pas sans reproches, de s'abuser soi-même par des sophismes ; mais , soit qu'il raisonnât bien ou mal , il fit au moins ce qu'il y avait de plus urgent dans la circonstance. Il se leva de dessus le fumier, et regagna son chemin.

Il avait déjà franchi deux rues sans obstacle , quoiqu'il s'aperçût bien qu'il était suivi par une grande femme maigre , que sa large bouche et ses bras longs et musclés rendaient fort remarquable: elle portait d'ailleurs un timbre sur le front, un bouquet de plumes sur le sein , et au milieu de sa jupe, en grosses lettres, le mot collationné ; elle s'amusait à mener en lesse deux chiens Ôl arrêt jqui avaient toujours l'air de s'entre-dévorer, mais qui ne mordaient que les passans. Fabrice pouvait, en s'écartant promptement, éviter cette rencontre; mais la prudence d'un jeune homme ne va pas audelà du souvenir de ses sottises passées; et, tout plein de sa dernière disgrâce , il n'imaginait pas qu'il y eût dans le monde autre chose à craindre que les jeunes filles qui s'évanouissent au coin des rues. Il jouissait de cette folle sécurité, quand la femme aux chiens le saisit brusquement par le bras. Cette mégère n'était autre que la chicane ; mais elle criait si haut et si souvent, ye suis la Justice j que les hommes étourdis avaient fini par lui en donner le nom.

no QUETXE JOURNEE!

FABRICE

Aï! aï! taillez donc vos ongles, Madame; vous m'avez percé jusqu'à l'os.

LA JUSTICE

Mes ongles font ma gloire.

Fabrice.

Je suis pressé , que me voulez-vous ?

LA JUSTICE

Tout.

Les paroles de la Justice ont une attraction tellement irrésistible, que la bourse de Fabrice s'échappe d'elle-même de son gousset , s'élève à la hauteur convenable , et se fait avaler par la dame.

FABRICE

Coquine !

LA JUSTICE

Que de bruit pour rien !

La montre de Fabrice a le même sort que sa bourse.

FABKICE.

A la voleuse ! au secours ! au secours !

LA JUSTICE

Tais-toi , ou je rends plainte.

Une lettre de chauge que Fabrice avait reçue de son père prend aussi son vol, et suit la montre dans Tœsophage de la Justice.

FABRICE, encore plus fort.

A l'aide ! au secours !

Une troupe d'huissiers accourt, saisit Fabrice aux cheveux, lui déchire son habit, et kii casse sur la tète une bouteille d'encre.

LA JUSTICE

Misérable ! paie ce billet.

QUEI.LE JOURNÉE! m

FABRICE

Ce D'est pas ma signature.

LA JUSTICE

Qu'importe? viens, nous plaiderons.

FABRICE

Je n'ai pas le temps; j'épouse aujourd'hui Sophie.

LA JUSTICE

Mariage nul.

FABRICE

Quelle chicane ! les parens y consentent.

LA JUSTICE

Impuissance du mari.

FABRICE

Corbleu! tu en as menti; et si tu n'étais pas si laide

LA JUSTICE

Puisque tu fais Tinsolent , c'e&t moi que tp épouseras.

FABRICE

L'horreur !

LA JUSTICE

Marchez, mon petit mignon; venez à ma suite, en bon plaideur, ramper, mentir et payer.

FABRICE

Je ne puis , laissez-moi aller.

LA JUSTICE

En prison ! aux galères!

FABRICE

Ah ! madame la Justice , je vois bien qu'on ne gagne rien à regimber contre vous : transigeons. Que vous faut-il ?

LA. JUSTICE

Quinze ans de ta vie.

Oh! c'est une hyperbole. Les avocats vous ont gâtée : j'en donne deux.

LA JUSTICE

Dix ; pas à moins , et j'y perds.

FABRICE

Prenez-en cinq, ou je me brûle la cervelle pour vous échapper.

LA JUSTICE

Tu es bien heureux que j*aie des cliens qui m'attendent. Allons, j'accepte les cinq ans, adieu.

FABRICE

Vous allez me rendre ma bourse.

LA JUSTICE

L'imbécile !

FABRICE

Au moins la montre.

LA JUSTICE

La Justice ne rend rien.

FABRICE

Morbleu ! vous les i^endrez.

LA^ JUSTICE

Voyez donc le drôle, qui me prend à la gorge ! Es-tu un juge, pour me \ioler?

( Elle lui saute aux yeux. ) FABRICE.

Grâce ! grâce ! vous m'arrachez les yeux.

LA JUSTICE

Je te les laisse pour pleurer, et tu peux Tte vanter d'être l'honnête homme que j'aie encore le mieux traité.

FABRICE

Grand merci , Madame ; je baise vos puissantes mains.

De même que les orages mûrissent les moissons, les démêlés avec la justice avancent singulièrement la maturité d'une tête. Celle de Fabrice commençait à en éprouver l'utile influence; et quoiqu'il ne convînt pas encore qu'il eût mieux fait de préférer la route de la campagne, il sentait néanmoins la nécessité de marcher dans la ville avec une sage défiance. Ce qui le rassurait un* peu, c'est qu'en quittant le quartier de la chicane, il entrait dans celui de la comédie : ce nom lui paraissait d'un bon augure ; car comment croire que des gens qui vont s'amuser puissent avoir des intentions malfaisantes ?

Ce jour-là on donnait la première représenta- I. 8

ii4 QUELLE JOURNÉE!

tion d'une tragédie nouvelle. Une foule d'hommes se pressait brutalement contre l'obscur guichet où se vendaient les billets, et une femme au milieu d'eux leur chuchotait continuellement aux oreilles. Il n'est personne qui , à ses yeux louches et à son teint de safran, ne la reconnut pour I'Envie, à qui on donne aussi des noms tirés de ses attributs , tels que calomnie , délation , perfidie . Mais l'honnête Fabrice ne se doutait même pas qu'elle existât , et , trompé par Tapparence , il la prenait pour une dévote. Aussi toute son intelligence travaillait à deviner pourquoi une dame aussi sainte se faisait froisser par des hommes qui allaient au spectacle.

Mais pendant qu'il s'abandonnait en étourdi à ces inutiles conjectures , ses pieds s'embarrassèrent dans une corde tendue au travers de la rue, et il tomba rudement sur le nez. La joie que cette chute fit éclater sur le front de l'Envie ne laissa pas douter qu'elle n'eût elle-même préparé le piège. Elle courut à Fabrice avec la vélocité de l'araignée sur la mouche, et^ feignant de lui aider à se relever, le culbuta de nouveau. Ce désordre étant à peu près réparé, la prétendue dévote prit

la parole.

l'envie.

Bonjour, mon cher Fabrice; je suis bien aise de rendre hommage à ton mérite.

QUELLE JOURNEE! ii5

FABRICE

Vous êtes trop honnête.

l'envie.

J'ai besoin de ta plume pour écrire un libelle contre une femme qui s'avise d'avoir plus de talent que moi.

Le ciel me garde d'un si vil métier !

l'envie.

Ah! ah! tu fais le scrupuleux! Ne sait-on pas que c'est toi qui as publié la dernière satire ?

FABRICE

Quoi? cette plate rapsodie

l'envie.

Sans doute. C'est moi qui l'ai dit, et tout le monde l'assure à présent.

FABRICE

Quelle détestable calomnie!

l'envie.

Tous les coupables parlent ainsi. Mais ce n'est pas tout. Tu plains des fous qu'on persécute; tu es un fanatique.

FABRICE

Est-ce que l'humanité serait aussi un préjugé?

l'envie.

Préjugé! c'est bien dit; tu es un athée.

FABRICE

La preuve , je pense , n'en serait pas facile.

ii6 QUELLE JOURNÉE!

l'envie.

Tout est prouvé , car tu as médit du Gouvernement.

Je n'en ai pas dit un seul mot.

l'envie.

Encore mieux. Qui se tait, conspire.

FABRICE

Ah! je ne Conspire que mon mariage avec la belle Sophie.

l'envie.

Malédiction sur moi , si tu l'épouses ! Je cours lui révéler la ruine de ta fortune, l'opprobre de ta famille, l'infamie de tes mœurs, et les crimes que tu médites.

FABRICE

Comment espérez-vous colorer d'aussi grossières impostures ?

l'envie.

J'ai mes satires, mes journaux, mes graveurs et mes affiches.

FABRICE

J'ai l'innocence et la vertu.

l'envie.

Plaisantes bégueules, qui font bâiller le genre humain. Moi, je déchire en riant; la méchanceté amplifie; l'indifférence répète; l'amitié doute; et, de lassitude ou de plaisir, tout le monde finit par

me croire. Crois-moi aussi , Fabrice ; va te pendre , c'est la seule ressource que je veux bien te laisser.

Mais pourquoi me haïssez-vous ?

l'envie.

Parce que tu es vivant.

FABRICE

C'en est trop ! je veux te démasquer, odieuse furie !

l'eitvie.

Peuple 9 accourez; saisissez ce misérable. Il a tué trois femmes, il a empoisonné la fontaine publique, il a

FABRICE

Paix donc ! od s'attroupe autour de nous.

l'envie.

Tant mieux, tu seras plus tôt lapidé Il a

mis le feu aux forêts Voyez son trouble, il

trahit ses crimes.

FABRICE

Ah! divinité terrible, je m'abandonne à vous. Votre air pâle annonce une mauvaise santé. Prenez quelques années de ma vie, et oubliez-moi.

l'envie.

Je n'ai que faire de tes années, l'envie ne meurt pas; mais, puisqu'en les recevant je te les ôte , je consens à me donner ce plaisir.

I f 8 QUELLE JOURNÉE !

FABRrCK.

Deux années, Madame, seraient-elles uiïe offrande digne de vous ?

l'eïtvie.

Va donc , misérable ! ne sais-tu pas que je blesse à mort j et que si quelquefois , après dix ans de remèdes et de douleurs, on parvient à fermer la plaie , la cicatrice hideuse n'en reste pas moins à jamais? Cependant, comme tu n'es qu'un malotru qui n'a pas été présenté à la cour, je te tiens quitte pour sept années.

FABRICE

Soit fait, Madame, selon vos désirs.

l'envie.

A présent que la paix est achetée , écoute : si tu rencontres quelques rivaux qui t'embarrassent , avertis-moi, je balaierai le chemin.

FABRICE

Ah ! Madame , quelle bonté ! Mais je m'estime trop heureux de n'être pas balayé moi-même.

Cette dernière leçon eut un succès complet.

Fabrice, honteux de sa présomption et convaincu de son erreur, regrettait amèrement d'avoir méprisé les conseils de son vieux père , et de s'être engagé dans une ville où régnait tant de perversité. Si le péril n'eut pas été plus grand à revenir sur ses pas qu'à continuer sa route, il n'eût pas

balancé à donner ce bel exemple : mais telle est la malheureuse destinée des hommes; la sagesse leur arrive quand les maux sont devenus inévitables.

Fabrice franchissait à grands pas l'extrémité de la ville près de laquelle habitait Sophie. La rue était vaste et unie, et lui-même n'avait commis aucune nouvelle imprudence. Tout à coup il se sent arrêté par un choc aussi violent qu'imprévu. O ciel ! c'était encore une femme , et la cinquième , de bon compte, qui depuis le matin eût cherché querelle à ce jeune homme, si pourtant, après ce qui s'est passé, on peut encore le nommer ainsi.

FABRICE

Prenez garde, Madame, vous m'avez marché sur le pied.

LA GOUTTE

Petite agacerie , mon cher.

FABRICE

Au diable l'agacerie ! vous avez un talon de fer. Je suis estropié.

( n s*assied sur un banc de pierre à la porte d*un grand hôtel. )

LA GOUTTE

Tu t'y accoutumeras, mon bon ami.

FABRICE

Éloignez-vous , ou craignez ma colère.

LA (JPUTTE.

Tu me repousses , aimable ingrat. Mes caresses vont te désarmer.

O ciel! ô dieux ! mes mains s'enflent aussi ^ mes doigts se tordent et se nouent.

LA GOUTTE

Tendre ami , c'est moi qui te pénètre.

FABRICE

Quel supplice! ne pourriez-vous quitter un instant mes pieds ou mes mains?

LA GOUTTE

Oui-dà, mon petit loup; et, si tu veux, je vais te remonter dans l'estomac ou dans la tête.

FABRICE

Non , non, je vous en prie.

LA GOUTTE

A la bonne heure, mon chat, je resterai où je suis.

FABRICE

Dieux! quelle douleur ! quel redoublement! des aiguilles brûlantes déchirent mes nerfs; mes os semblent bouillir et se dissoudre. Sors, sors, infernale furie !

LA GOUTTE

Crie, crie, mon bon petit enfant, si cela te soulage; injurie-moi bien fort, je ne t'en aimerai pas moins.

FABRICE

Vous me feriez donner au diable avec ce pate- Unage.

LA GOUTTE

Tu ne crois donc pas, bijou, que je sois ta meilleure amie?

FABRICE

En voilà de belles preuves.

LA GOUTTE

Apprends, petit dénaturé, tout ce que je puis faire pour toi. Juge , par les désordres de la jeunesse, à quels excès les hommes se porteraient, si je ne leur mettais un frein salutaire. Je suis la vengeresse du peuple et la tutrice de l'âge mûr. S'il reste encore quelque vertu sur terre, c'est à moi qu'on le doit et à ma jeune sœur l'américaine.

FABRICE

Je n'avais pas besoin de vous, exécrable famille ! j'allais épouser ma Sophie.

LA GOUTTE

Comment , cruel , tu oses déchirer mon cœur en m'avouant que j'ai une rivale! Hé bien, pars, va l'épouser.

FABRICE

Je ne peux remuer. Hélas ! ma bonne dame , tout le monde aime à vivre , et vous plus qu'un autre. Prenez de ma vie ce qu'il vous plaira, et laissez-moi aller à ma noce.

LA GOUTTE

J'ai pitié de ta folie, et je veux bien y condes-

cendre. Écoute ^ j'ai la pro.curation de toutes les autres maladies mes compagnes, et je dois stipuler pour la communauté.

FABRICE

Je l'entends bien ainsi.

LA GOUTTE

Mettons trois années pour le tout.

FABRICE

Ah ! volontiers. C'est un marché d'or. Je vois bien maintenant que vous êtes mon amie.

LA GOUTTE

Doucement, doucement, ces trois années sont la part de la nature ; il reste celle des médecins.

FABRICE

Comment diable ! vous stipulez aussi pour eux. Je vous croyais les plus grands ennemis.

LA GOUTTE

Au contraire, il y a entre nous société générale. La maladie nourrit le médecin , le médecin nourrit la maladie ; et quand cette dernière escamote le malade, le docteur fait le compère.

FABRICE

Voyons donc quelle est la part de ces messieurs.

LA GOUTTE

Attends , j'ai là le tarif. — Maladie naturelle , trois années. — Supplément de la médecine, sept années. — Total , dix années.

QUELLE JOURNÉE ! i ^3

FABRICE

Mais il n'y a pas de proportion ; c'est abominable , c'est une médecine de Juifs.

LA. GQDTTE.

Je le sais : j'en suis honteuse ; mais c'est le tarif de cette année; et plus ces messieurs deviendront savans, plus cela empirera.

FABRICE

Puisqu'il en est ainsi , tope pour les dix années. Adieu, madame la Goutte, et pour toujours.

LA GOUTTE , fondant en larmes.

Adieu , mon bien-aimé. Tâche de retrouver dans l'étude et la sagesse l'appui que tu perds en moi.

FABRICE, à pari.

Va, va, vieille mégère, me voilà enfin tiré de tes griffes.

LA GOUTTE , à part.

Le pauvre enfant ! je lui voulais du bien. Puisse le ciel veiller sur lui en mon absence !

Quand Fabrice avait commis une faute , il la faisait suivre immédiatement d'une réflexion , et son ame se retrouvait ainsi en équilibre ; mais , sa pénétration n'allant pas jusqu'à découvrir dans un accès de goutte la conséquence de ses premières sottises , il recueillait de cette prétendue injustice plus de découragement que de résignation. D'un autre côté, ses pauvres jambes, quoique déli-

vrées de la douleur, avaient conservé de cette épreuve je ne sais quelle timidité qui semble être Tapanage de toutes les espèces de malheureux.

L'esprit aussi abattu que le corps, il restait donc immobile sur son banc , lorsque tout à coup la porte de l'hôtel s'ouvrit avec fracas : il en sortit une dame d'un extérieur imposant; sa tête était placée avec fierté, quoique des connaisseurs eussent pu juger qu'elle n'était pas très-bien attachée sur ses épaules; sa robe était richement brodée , mais pas assez longue pour qu'on n'entrevît pas quelquefois sous les franges un pied plat et une chaussure délabrée , qui trahissaient une origine et des habitudes équivoques : cette grande dame s'appelait V^mbition.

Dès qu'elle aperçut Fabrice , elle tira d'un étui une superbe coupe d'agate, et la remplit d'une liqueur extrêmement mousseuse, qui avait la vertu d'enivrer sans désaltérer : elle la présenta au malade, qui, ne l'ayant pas saisie avec assez d'avidité, ne put avaler qu'une gorgée du breuvage; le reste s'était déjà évaporé : mais le peu qu'il en avait bu fit son effet. Fabrice sentit son cœur bien remis, et sa tête légèrement exaltée.

l'ambition.

Veux-tu faire pour moi quelque chose d'agréable?

FABRICE

Votre liqueur m'y a disposé.

QUELLE JOURNEE! laS

l'ambitiojy.

La femme du ministre a perdu un chien qu'elle aimait beaucoup : compose une élégie que nous lui porterons; rime ou pille.

FABRICE

J'ai dans ma poche un livre où il s'en trouve une sur un pareil sujet; mais je n'ose l'emprunter, car l'auteur est vivant.

l'ambition.

Tant mieux , l'ouvrage en sera plus inconnu : suis-moi.

FABRICE

Je ne saurais passer sous une voûte aussi basse ; j'aime à marcher droit.

l'ambition.

Rampe.

FABRICE

Quel est l'insolent qui se moque de moi à celte fenêtre, et qui me jette de la boue?

l'ambition.

Remercie , c'est un valet de chambre.

FABRICE

Voyez donc la tache qu'il a faite à mon habit.

l'ambition.

Une seule tache choque la vue : mais continuons; quand tout l'habit en sera couvert, il n'y paraîtra plus.

ia6 QUELLE JOURNÉE!

FA»RIC£

Quelle foule assiège la porte ! je ne pourrai jamais entrer.

l'ambition.

Pousse , frappe , mords , écrase.

FABRICE

Je tombe de sommeil , de faim et de froid.

l'ambition.

Veille, jeûne, souffre, et ris.

FABRICE

Et quand je serai entré?

l'ambition.

Écoute les vieux, amuse les vieilles; jette ton argent aux femmes, et ton honneur aux hommes; flatte tout le monde., et n'aime que toi.

FABRICE

Ce rude exercice dure-t-il long-temps?

l'ambition.

Toute la vie.

FABRICE

Mais enfin quel en est le prix?

l'ambition.

Les uns poursuivent l'argent, et les autres la gloire. J'agite un grand flambeau qui couvre les premiers de cendre, et les seconds de fumée, et tout est dit.

FABRICE

Il m'avait semblé que vous promettiez davantage.

l'ambition.

Regarde ce nuage brillant ; vois ces fleuves d'or, ces forêts de lauriers, ces flots d'adorateurs, ces palais , ces chars , ces meubles si voluptueux , ces femmes si divines et si humaines

FABRICE

C'est assez, c'est assez, cruelle enchanteresse! tu

m'éblouis, tu me subjugues : laisse-moi respirer

Hélas! pourquoi, dans tous les biens que tu m'as montrés, n'ai-je pas vu Sophie?

l'ambition.

Il faut y renoncer.

FABRICE

Y renoncer! Ah! malheureux!

l'ambition.

Avançons , le temps presse.

FABRICE

Je ne refuse pas de te suivre; mais , je t'en conjure à genoux , sauve-moi de ma propre faiblesse : chasse-moi.

l'ambition.

Allons , Fabrice , du courage.

Puis-je abandonner Sophie ! j'en mourrai de remords.

l'ambition.

Je te préviens qu'avec des remords tu n'iras pas loin.

FA.BRIGE.

Hé bien, laisse-moi fiiir : je te paierai le prix que tu voudras.

l'ambition.

Songe qu'il t'en coûtera cher : je n'émancipe jamais mes esclaves ; mon empire survit même à l'espérance. L'ambitieux est depuis long)- temps en poussière , que l'ambition respire encore dans les marbres de son mausolée.

FABRICE

Achève, je suis résolu à tout.

l'ambition.

Lève la tête, et regarde-moi fixement C'est

bon. Il me faut quinze années de ta vie.

FABRICE

C'est en effet bien cher.

l'ambition.

Ne marchande pas : je t'avertis que je suis insatiable, et, dans un instant, j'en voudrai davantage.

J'aperçois d'ici la maison de Sophie ; un brasier ne m'arrêterait pas. J'accepte; adieu.

l'ambition.

Comme il fuit! Bon voyage. Cet homme a des entrailles et de l'honneur : je n'en aurais jamais rien fait.

Fabrice, pour le coup, ne réfléchissait pas , et il

QUELLE JOURNÉE ! . i ag

faisait bien. La délivrance d'un si grand péril , la vue de la maison de Sophie y inondent toute son ame de joie et d'espérance; ses lèvres brûlantes s'agitent , croyant déjà presser la coupe du bonheur, et sa course a la rapidité de l'élan. Il touche enfin ce seuil si désiré , quand il voit s'élancer hardiment devant lui une femme qui avait un rire afireux et des ciseaux à la main. Quoiqu'elle n'eût jamais été moins effroyable, elle avait autrefois fait faire son portrait par Michel-Ange , ce qui m'épargnera le tourment de la peindre moi - même. Fabrice ne put s'empêcher de frémir à sa vue.

LA PARQUE

Halte là !

FABRICE

O dieux ! toujours des femmes, et pas la mienne !

LA PARQUE

Suis-moi.

Tu n'y penses pas; je vois la porte de Sophie. Laisse-moi entrer.

LA PARQUE

Non.

FABRICE

Il fiiut que je la voie, il faut que je l'épouse.

LA PARQUE

Non.

i3o QUELLE JOURNÉE!

FABRICE

Je donnerais plutôt ma vie.

LA. Parque.

Tu n'as plus rien à donner.

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