III
IiiflueDce de la division du travail sur le corps de la nation.
L'efiët inévitable de la division du travail, dani» le sens que nous avons donné à ce mot , est de remr placer constamment le grand nombre des fabriques par l'immensité de quelques établisseoiens. I^s manufactures ordinaires ne peuvent plus atteindre ces colosses, que des procédés plus économiques mettent réellement hors de toute concurr^ice; et ceux-ci, exigeant d'énormes avances, ue peuvent
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appartenir qu'à l'extrême richesse. Le mécanisme des entreprises par compagnie n'est favorable qu'à l'oisif capitaliste , et froisse encore plus la foule industrieuse.
Ainsi la classe moyexme f la partie la plus estimable (i) de toutes les nations, se voit déshéritée des spéculations premières et productives. Une nécessité implacable la repousse dans un trafic subalterne j sorte de cabol»ge qui ne se trouve plus en proportion avec les besoii;is du commerce et lacommoditédes consommateurs, école de mauvaise foi qui tourmente les produits de l'industrie sans jamais y rien ajouter. De ce seul déplacement doit naître, avec le temps ^ une monstrueuse inégalité dans la distribution des richesses, et, dans celle des lumières , une confusion choquaate des Buances douces et gn^duéei dont se ibrme l'harmoBie sociale , une altération fuoeste dams h
(i) Les Anglais expriimiBt le même jugem est par ja comparaison d'un peuple avec uo tonneau de bière, fe des fus est de r écume, h fond esit de la lie ^ie milieu est exeellen/. Il semble en effet que la première loi de la nature dans l'ordre fnoral ait été de place.r entre les extrêmes la vérité aussi -bie.n que la vertu. Défiez^ous des opinions, des pbrases et àv^ a(^oiis oîi celte loi est violée. Rappelez-vous cette époque an siêde 4enïieT où i^o^it de parti , devenu naïf es deve- MBBft fioit^ s'écriait dea» son împaJbîeBce : O les ^ueux tfhon' nétes ^en$ ! 4 kts enragés de modérés !
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caractère moral et l'esprit public d'une nation. Supposez à ces diverses causes une action an-^ cienne et invétérée , et voyez le spectacle que vous offrirait un peuple ainsi déformé. C'est là qu'un égoïsme mercantile envahirait le droit des gens et la morale privée ; qu'un homme serait évalué par ce qu'il possède ; que les vertus seraient tarifées dans l'opinion comme les crimes dans les codes barbares ; que les impôts du peuple seraient aliénés à des marchands; que des guerres civiles se feraient par souscription ; que des souverainetés éloignées seraient morcelées en coupons et vendues à la bourse ; que la littérature marcherait à peine avant la livrée; que les beaux- arts seraient reçus par vanité plus que par goût , et moins accueillis que payés; que les sciences conserveraient un reste de crédit , non pour la sublimité des découvertes ou la grandeur des résultats , mais pour Tapplication immédiate à quelque métier : c'est là que le commerçant deviendrait non pas l'objet mais l'arbitre des honneurs y et que, par ce contre- sens politique , au lieu de rendre le commerce glorieux, c'est la gloire qu'on rendrait commerciale. Si votre imagination s'avisait de pousser jusqu'aux derniers termes cette déviation des principes , vous trouveriez à la fin une nation où toute la science se renfermerait dans vingt têtes , et tous les capitaux dans cent comptoirs ; où l'on ne rencontrerait au - des-
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sous qu'ignorance et misère ^ vices et servitude , levain de toutes les fermentations , matière de tous les embrasemens.
Je viens de tracer^ non pas ce qui existe , mais ce qui est possible. J'ai montré tout à coup le mal dans ses extrêmes , parce que la division du travail j cette tendance à mécaniser les hommes et à concentrer les capitaux , a dans elle-même un principe d'activité formidable qui l'approche sans relâche des derniers excès (i). On ne saurait trop considérer qu'en politique les dissolvans les plus dangereux sont ceux qui pénètrent par des voies imperceptibles , et qu'il y a des prospérités trompeuses et un embonpoint précui*seur de la maladie. Une nation n'a certainement pas les n^êmes éiémens qu'une banque , et tous les capitaux réunis ne fonderont jamais une compagnie
(i) Esl-ce par imita ti»ii: , est-ce par l'effet simultané d'une cause générale , que , dans nos temps modernes , l'homme a soumis ses plus nobles facultés à la même division que les arts mécaniques? Nous sommes frappés d'admicatlon en voyant parmi les anciens le même personnage être à la fois , dans un degré éminent, philosophe, poète , orateur, historien^ prêtre, administrateur , général d'armée. Nos âmes s'épouvantent à l'aspect d'un si vaste domaine. Chacun plante sa haie et s'enferme dans son enclos. J'ignore si par cette découpure le champ s'agrandit, mais je sais bien que l'homme se rapetisse.
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d'assurance pour là vie politique des États. Quand une invasion s'opère , quand une crise intérieure s'allume , il n'est plus temps de dire aux Toleurs : Soyez des bommes ; aux mendians : Devenez des ûitoyiens; aux lâches indiffërens : Ayez une patrie; aux machinés : Soyez des armes , et défendeznous. Le secret pour n'être jamais dans le cas de forcer aucun de ses moyens est de savoir, dans les temps calmes, les employer tous avec égalité.
Les manufactures sont l'ame des nations modernes; depuis plusieurs siècles, elles reçoivent beaucoup de transfuges de l'agriculture, et ne lui en rendent aucun. Le premier devoir d*un gouvernement est de les étendre par tous les encouragemens d'honneur et d'intérêt qui sont en sa puissance; car telle est maintenant la circulation de la richesse , que ce n'est plus que par les canaux du commerce que l'agriculture peut en recevoir le bienfait.
Mais malheur au gouvernement qui ne considérera dans les manufactures que Te produit , et non pas le travail! Un rêveur peut bien, dans ses calculs , traiter les hommes comme une valeur inerte; mais les passions se jouent des calculs. Les hommes, piîs en certaine masse, seront toujours ou la prospérité ou le fléau de leur pays. L'oisiveté, qui en physique ne présente que l'idée
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du repos 9 est un volcan furieux dans l'ordre politique. C'est en ce sens que le commerce , ou , sous un autre nom ^ le travail, est le fondement des sociétés européennes , est le seul fil auquel tienne encore la morale des peuples. Aussi ne suisrje pas éloigné de l'opinion que la seule richesse réelle est le travail , et que tout le reste n'en est que le signe ou l'abus.
Le travail sans produit cesserait à l'instant ; le produit sans travail serait le signal de l'anarchie et la dissolution du corps politique. Ces deux choses doivent donc être maintenues dans un certain équilibre. La mesure et l'utilité des produits ont des bornes : trop abondatris et trop faciles , ils rejettent le travail ; trop modiques et trop pénibles , ils le découragent. Or, la division de la main - d'œuvre , tendant sans cesse à augmenter les produits en diminuant le travail , arrive nécessairement à un point où elle rompt réquilibre entre ces deux élémens de la société ; elle ressemble beaucoup alors à une nature trop prodigue dans un siècle corrompu. Le travail , conservateur des vertus, s'endort, et le règne des lazzaronî commence.
Mais comment trouver ce point où le travail , trop divisé , s'atténue et périt de lui-même , où la somme des salaires ne représente plus la subsistance de la population sans propriété? Il faut s(î
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de la vie des hommes. On cherche partout des machines pour abréger le trairail, aucune pour conserver l'ouvrier, ou bien cette considération n'entre jamais dans les calculs que comme accessoire. Il faut prendre garde que la propriété, qui est bien la base de l'organisation sociale , n'introduise des théories dures et arides qui substituent partout l'esprit d'intérêt à l'esprit de fraternité, et consacrent en quelque sorte un égoîsme universel pire que la nécessité dans l'état sauvage.
J'ose prédire des jouissances pures et une gloire durable au manufacturier qui veillerait ainsi sur la vie des hommes aux dépens de quelques-uns de ses bénéfices annuels. La continuité d'un sacrifice donne à la bienfaisance un caractère grave et sublime que n'obtient pas toujours le plus brillant héroïsme. Quel homme n'est pas capable d'un mouvement généreux? Les tyrans, les méchans, pleurent au théâtre ; et c'est peut-être un malheur, car ils se croient absous par cette sensibilité stérile et passagère. La nature aurait dû refuser le plaisir de l'attendrissement aux coeurs qui n'en sont pas constamment dignes; et celui-là seul mérite le titre de bienfaisant, qui fait le bien avec persévérance.