FABLE VL
l'inscription.
Dans Syracuse un architecte habile Bâtit un phare , et mit sur le fronton
Son nom.
Denjs alors régnait sur la Sicile ,
Et s'îndigna qu'un sujet eût le front De revivre dans son ouvrage.
Nicandre donc est mandé par le roi , Qui lui tient ce langage :
« Apprends qu'il n'est ici de gloire que pour moi ; M Je suis maitre , et je veux qu'effacé anr le phare,
M Ton nom chétif cède la place au mien. »
L'arcliitecte sicilien ,
Feint d'obéir à cet ordre barbare.
Il couvre d'un ciment avec art préparé (i)
L'inscription dont lé tjran t'offense ,
Et sur l'enduit y solide en apparence.
Il trace en lettres d'or ce mensonge avéré .*
Fait par Denjs , ïàmovar de Sjrracuse§ Quelque temps, m'a-t-on dit, le prestige dura ; Mais enfin ici4>as le bien , le mal , tout s'use.
Oenys mourut, et le plâtre tomba.
Ou prince on ne dit mot, tandis que la Sicile Lit encore aujourd'hui sur le phare éclatant : Nicandre construisit ce monument utile»
La gloire de l'homme puissant Est un larcin qu'il rend avec la vie.
L'autorité dévore le présent; Mais l'avenir appartient au génie. ■
(x) On raocmte que ce moyen fat mis eo usa^ par Sostrate de Gai( dans la constmetion de la tour de Paras.