‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 3)Chapitre 37 sur 44 · INVOCATION AU TEMPS · texte numérisé non relu

INVOCATION AU TEMPS

Vieillard qui mesures le temps ,

Me faudra-t-il attendre encore?

De grâce , abrège des instâns

Que l'impatience dévore.

Mais je crois que ce dieu méchant Se rit de mes peines cruelles :

Ah ! puisqu'il va si lentement ^

Devrait-il donc porter des ailes ?

Mais lorsqu'enfin auprès de moi

Arrivera ma douce amie , Vieux Saturne ^ repose^tot :

C'est un amant qui t'en supplie.

De tes pas la main du plaisir Aura soin d'effacer la trace ; Près de nous tu pourras dormir; Nous veillerons bien à ta place.

Là veuve de rinfortuné Bailly m'avait engagé à écrire la vie de cet homme illustre ^ et m'avait remis tous les matériaux nécessaires a cette entreprise. L'examen auquel je me livrai ne tarda pas à me faire connaître l'un des plus beaux caractères dont le dix-huitième siècle puisse s'honorer. BailJy avait l'esprit élevé , l'ame intrépide , les mœurs douces et pures y et le cœur d'une bienveillance inaltérable. Je commençais à tracer les premières années de sa vie, lorsque des circonstances qui me sont personnelles m'ôtèrent le loisir qu'exigeait ce travail. Madame Bailly ne respirait que pour la mémoire de son époux ; il eût été cruel de soumettre sa sensibilité au délai qui m'était imposé, et je lui rendis les matériaux qu'elle m'avait con£és. Le peu de lignes que j'avais écrites n'a rapport qu'à la tendre jeunesse de Bailly, et sans doute intéresse faiblement sa gloire. On y sent les défauts d'un premier jet , dont quelques-uns eussent vraisemblablement disparu si l'ouvrage fût arrivé à sa perfection. Je demande grâce pour la place que je donne à ce fragment. C'est en quelque sorte une offrande du cœur que je dépose comme un signe de ma vénération pour l'une des victimes les plus pures de nos malheurs publics, pour un sage qui honora la nature humaine , et (îit à la fois écrivain de gjfênie , philosophe vertueux, excellent citoyen.

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