‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 3)Chapitre 5 sur 44 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

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ce Aujourd'hui même, dans ce nouveau contment qui doit toute sa prospérité aux institutions et aux arts de FEurope, une nation sage y libre et puissante, vient de couronner les images de Louis XIYw Après avoir achevé un grand ouvrage public, l'un des plus étonnans que les hommes aient encore entrepris , qui doit établir entre les eaux de l'Océan et le golfe du Mexique une communication intérieure d'une immense étendue, exempte des périls d'une guerre maritime, on a voulu consacrer dans une solennité populaire les noms illustres des princes, des savans, des grands citoyens, des hommes d'Etat qui, par leur génie et leurs travaux, ont animé le commerce. Toutes les pensées se sont portées d'elles-mêmes sur ces ouvrages prodigieux qui unissent depuis long-temps les deux mers françaises, et qui sont un témoignage admirable de l'impulsion donnée à toute L'Europe par Louis XÏY. On a jugé que la statue de ce grand prince devait précéder toutes les autres. Voilà un hommage véritable, que ni la flatterie ni les préventions nationales n'ont dictée La reconnaissance d'un peuple étranger a décerné librement celte première place dans une liste glorieuse, où l'on ne trouve que des bienfaiteurs des hommes.

« En citant l'ouvrage que M. Lemontey a publié en 1818 sur la monarchie de Louis XIV, je ne dois point oublier qu'il ajoute a l'histoire de ce règne un trait capital, dont, à la vérité, l'expression était alors

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devenue fort opportune. Ce trait est profond et nécessaire ; et c'est assurément la leçon la plus grave que puisse nous donner l'histoire des sociétés politiques. C'est que le règne vraiment glorieux et désirable est celui des lois; c'est que la nature et la fortune imposent des limites bien étroites à la seule influence du monarque y quels que soient son génie et ses vertus; c'est qu'il n'y a de repos, d'asile assuré et de solide grandeur que dans les institutions fondamentales que le temps consacre, et rend également chères aux princes et aux peuples.

« Dans le cours des événemens politiques auxquels mon prédécesseur a participé , il a laissé de nobles témoignages de sagesse, de justice, et de cette modération inébranlable qui est le fruit le plus ordinaire de longues études. Dans l'assemblée Législative de 179 1, il partagea les vœux publics , et l'espoir dont la France était animée. En même temps , il s'opposa aux confiscations; il combattit avec courage des résolutions odieuses et violentes, et du moins il parvint à y introduire quelques heureuses exceptions.

«Quelle affliction profonde n'a-t-il point ressentie, lorsqu'il eut à communiquer les dépêches que l'on venait de recevoir d'Avignon? Elles rapportaient les attentats inouïs commis dans cette ville par quelques furieux qui s'y étaient introduits. Saisi d'horreur et de pitié, l'orateur s'arrêta; les papiers s'échappèrent de ses mains. Suffoqué par ses larmes, il s'évanouit;

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la lecture publique ne fut point continuée. La postérité apprendra des crimes dont cette assemblée ne put supporter le récit.

« Après les désastres de Lyon , M. Lemontey, qui avait partagé les nobles et mémorables efforts de cette cité, demeura exposé aux plus grands périls. Son frère et une partie de sa famille avaient succombé dans le cours de ces événemens funestes. U put enfin trouver un asile sur le territofre étranger. Il a composé quelques ouvrages dans cette solitude.

a Après son retour en France , il ne tarda point à se fixer dans la capitale, et repril ses grands travaux littéraires. Il avait augmenté sa fortune par l'épargne continuelle et, dirai-je, excessive de son patrimoine. MaisTusage qu'il a toujours fait de cette fortune n'est point assez connu. Son penchant pour l'économie était notoire , et ses dons étaient secrets. On ne Êiit point ici une allégation générale et vague. Nous avcms eu loag*temps sous les yeux , et nous possédons des preuves incontestables et multipliées d'une bienfaisance extraordinaire; et nous avons désiré que plusieurs personnes en prissent eounaissaace. Il laisse à la famille de sa sœur une fortune considérable ; et la somme de ses dons dans tout le cours de sa vie est au moins égale à cet héritage. Tous les genres d'infortune ont eu part à se» hioufuits. Il distingua surtout les personnes qui st^ oonsucruieut comme lui à l'étude des lettres, et les habitaas de Lyon ses compatriotes.

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«( Il désirait vivement que reiiâeîgnement élémentaire pât'devénir universel; et il à concouru par une donation slùx progrès de l'iBStruction mutuelle , iné^ thode ingénieuse et philbsophique , qui réalise chez les modernes une de^ plus heureuses pensées de Platon.

« Il a publié âur les établissemehs des caisses d^épargne une notice pleine d'^intérèt, qui semble avoir été écrite par Franklin. On ne reprochera pas du moins à M. Lemontey, lorsqu'il a donné au peuplé cette utile leçon d'économie, de n'avoir pas joint l'exemple au précepte. Son trésor personnel n'était autre chose qu'une caisse d'épargne qu'il administrait parfaitement, et qu'il a toujours ouVerte à l'amitié et au malheur. Dur, et l'on pourrait dire inexorable pour lui-même, il n'a jamais été touché que des privations des autres. En un mot, il a beaucoup épargné, et il a beaucoup donné.

(c Au reste, ce qui importe surtout à la philosophie et aux lettres, ce sont les ouvrages qu'il nous laisse. Il n'y en a aucun qui ne soit ingénieux, utile aux arts, ou qui n'ait contribué aux progrès des connaissances morales et historiques. Je n'ai pu indiquer que ses écrits principaux, j'ajouterai seulement que dans quelques fragmens d'histoire, dans l'Éloge de Vicqd'Azyr, et les discours lus aux séances de cette Académie , on reconnaît qu'il ne négligeait point l'étude philosophique des langues , et qu'il avait médité sur les qualités du style qui peut exprimer les résultats

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des sciences y avec justesse et précision. Il serait h désirer que cette dernière question fût discutée avec quelque étendue dans nos ouvrages classiques. Les illustres fondateurs de cette Académie ont espéré que ses travaux rendraient la langue française de plus en plus capable de traiter de toutes les sciences ; ce sont les termes exprès des premiers statuts. Ces vœux ont été accomplis.

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