IV. i
aaô ARnCLES INÉDITS.
cun goût. Il n'y a eu tfae des dépenses immenses, sans beauté, sans commodité^ sans agrément. Ce qui a fait la chapelle de Versailles telle qu'elle est, c'est que Mansard n'a songé qu'au coup d'œil pris de la tribune où se tenait le roi. Quant h. l'exhaussement de cette chapelle, qui fait l'effet le plus choquant du monde par dehors, il espérait en|pager le roi à élever d'un étage tout le château , et ses deux ailes, pour masquer celte difformité, et sans la guerre il en serait venu à bout. Le roi ne pardonna pas à l'évêque de Metz, Goaslin, d'avoir blâmé le luxe extravagant prodigué dans cette cha-!> pelle pendan t la disette. La place de surintendant des bâtimelis fut supprimée à la. nfOrt de Mansard. Le duc d'Antin lui succéda , avec le simple titre- de 'directeur; et ce fut nn procédé assez étrange , que de dégrader une place , en la faisant passer d'un valet à un grand seigneur.
19 Juin.
On mande de La Rochelle qu'on y^ avait arrêté ces jours passés un Anglais qu'on avait mis en prison , parce qu'il ne voulait point parler. Le lendemain xm alla dans la prison pour l'interroger, et on trouva qu'il s'était étranglé.
x6 Jnillet.
Nous avons appris avec surprise et douleur que les ennemis avaient , dans Oudenarde , plus de quatre mille de nos soldats prisonniers, et sept cents officiers.
aS Juillet
1M[. de Biron arriva ici. Il a été pris dans le der-
nier combat de Flandre, et les ennemis lui ont donné congé pour un mois. Il se loue fort de la politesse de leurs officiers généraux; mais il se plaint fort d^es officiers subalternes , et des cavaliers qui le prirent à la fin du combat , le dépouillèrent et le maltraitèrent.cruellement.
i3 Août.
M. de Tréville ' est mort à Paris. C'était un homme de beaucoup d'esprit et -de savoir, qifi avait été courtisan , mais qui était retiré depuis plus de trente ans. Son père avait été fort bien avec le feu roi , et commandait les mousquetaires.
M. de VUlars mande que le gouverneur d'Exilles s'était rendu avant que sa place fut ouverte, et sachant qu'on marchait à son secours. Le roi, en recevant cette nouvelle, n'a pas pu s'en^écher de dire qu'il voyait depuis quelque temps des choses extraordinaires , et qu'il avait peine à comprendre des Français.
a 4 Septembre.
Le roi dit , en entrant chez madame de Maintenon : <c Je ne souhaite point la mort du prince Eugène , mais je ne serai pas fâché que sa blessurt l'emfpêche de servir le reste de la campagne. »
ftaa ARTICLES INÉDITS.
7 Octobre.
Saint-Mars \ gouverneur de là BaaiUle y et qui avait près de quatre-vingt-dix afis, est mort depuis quelques jours. Ce gouvernement est d*un très-gros revenu , mais les fonctions du gouverneur sont tristes.
4 Novembre.
Le duc de *** est arrivé de Perpignan. Il est venu ici saluer le roi , et est retourné à Paris , où la mort du maréchal son père lui donne beaucoup d'affaires. '
JV. D, A. Le marëcbal^^, dont il s'agît , mourut Bans fièvre y en deux jours y précisément de gras-fondu , comme les chevaux, et sa mort fut semblable à sa vie. Il l'avait passée eu bas courtisan, portant la queue de madame de Montespau, tandis que celle de la reine ne l'est que par un page 9 un porte -manteau, ou un e;cempt des g^des-ducorps, suivant les lieux; faisant fa cour à tous les commis des ministres , et d'ailleurs l'homme du monde le plus haut, le plus glorieux, le plus brutal, fort particulier, et sa chambre ouverte seulement à l'exquis de la cour. Il faisait ses dévotions san9 cesse et de tout temps, et cependant sujet à bien des faiblesses. Le roi et madame de Maintenon l'aimaient par habitude , et parce qu'ils n'avaient rien à soupçonner sur son esprit court et lourd. Il leur plaisait aussi par sa magnificence , par sa servitude infatigable , et par son orgueil , qui rampait à leurs pieds.
I a Novembre.
Monseigneur, qui est à Meudon ^ alla ^our^ le
ANNÉE 1708* aa^
matin un loup qui était demeuré dans le parc de Boulogne. U vint une graitde quantité de dames de Paris pour vçir la chasse.
ap Novembre.
Un aga vient pour se plaindre de M. Fériol ^ notre ambassadeur à la Porte, qui a retiré chez lui le ministre de Hollande , qui ne se croyait pas en sûreté chez lui à cause de quelques démêlés qu'il avait eus avec le grand-visîr, qui avait même déjà fait maltraiter quelques-uns de ses domestiques. Ce ministre de Hollande avait demandé i l'ambassadeur d'Angleterre de se pouvoir retirer chez lui, et l'ambassadeur le lui avait refusé. M. Fériol y malgré la guerre entre la France et la Hollande , lui a généreusement accordé et une retraite chez loi y et sa protection. C'est de quoi on pré«* tend que l'aga vient se plaindre.
a4 Novembre.
Le roi de Danemarck , mécontent de la reine sa femme ^ de la reine sa mère, et de tous les minis* très luthériens , qui le contraignent sur ses plaisirs , et qui ne veulent pas même qu'il y ait ni comédie , ni opéra dans ses États , a pris le parti de s'en aller voyager, et est parti de Copenhague/ On l'attend en Saxe , d'où il doit aller à Venise. Il dit même qu'il viendra ensuite en France. Il
23o ARTICLES INÉDITS.
est extraordinaire à un roi à son âge de quitter ses États. Il n*a qu'un fils qui est d'une santé fort délicate.
3o Novembre.
Le roi a fait dire , par M. de Torcy ^ au duc de Gcammont qu'il avait appris que sa femme était venue deux fois à Versailles avec lui , qu'elle y avait même reçu des visites dans son appartement; qu'il lui défendait de la mener à Versailles ^ et qu'elle ne portât plus de housse ni de manteau ducal à son carrosse.
1*^ Décembre.
Le marquis de Breauté, qui s'était mis depu& long-temps dans une grande dévotion , et qu'on ne voyait plus ici, est mort à Paris ^ d'un remède extraordinaire qu'il a fait^ et qu'il a fait mal.
iV. D, A. Quoique tombé éans là misère, et fut ennuyeux par ses sermons , Breauté était fort occupé de bonnes -œuvres. Ce fut lui qui entreprit la fameuse affaire de Langlade , con-' damné, et mort aux galères , pour un vol à Montgommery . Il la fit revoir. Langlade fut déclaré innocent ,. et sa fille eut de quoi vivre des dommages-intérêts.
6 Décembre.
Madame la duchesse de Bourgogne a obtenu 4u roi un brevet de retenue pour Bourdelot , son premier médecin^ qui est dangereusement malade. Cette princesse a fait pour lui une chose extraor-
ANNÉE 1708. a3i
dinaire; car elle s'est fait une loi de ne point demander de grâces au roi , qui serait très-disposé à lui en accorder.
II Janvier 1709.
Monseigneur, qui avait résolu d'être six joui*s à Meudon , en revint le soir. Le froid Ta chassé. Il ne pouvait sortir du château , et il a eu pitié des courtisans qu'il y avait menés , et qui y souffraient beaucoup! On a été fort surpris de le ¥oir , car jamais ni le froid ni le chaud n'avaient dérangé ce prince , non plus que le roi son père , des résolutions qu'ils avaient prises.
a4 Janvier.
Le roi passa chez madame de Mainlenon , qui est fort affligée de la mort de madame d'Heudicourt. Elle a presque toujours été auprès d'«dle durant sa maladie , et l'a vue mourir ce matin.
A^ Z>. A, De parfaitement belle , madame d'Heudieourt était devenue vieille et hideuse. Spirituelle , instruite , amusante, mais horriblement méchante. Elle n'avait dit de sa vie bien de personne qu'avec quelque mais accablant. Rien n'était plus dangereux que d'être nommé devant elle dans les particuliers de madame de Maintenon ^ et encore pis du roi. Sans haine et sans intérêt, elle mettait les gens en pièces, ou en sérieux ou en ridicule , au contraire de madame de Dangeou y qui était aussi de tous ces particuliers ^ et qui trouvait toujours le moyen d'excuser ou de louer. Aussi les appelait—on toutes deux les deux anges de madame de Main—
a3a ARTICLES INÉDITS.
tenon , Tune le bon , l'autre le mauvais* Avec tout son esprit , madame d'Heudicourt craignait les esprits^ et l'avouait en sa moquant d'elle-même , mais une peur qui lui faisait payer ce qu'elle appelait des occupées i c'étaient trois ou quatre femmes qui la suivaient par tout , et qui la veil— laient toute la nuit Du reste, elles n'avaient rien à faire. Cette frajeur fut poussée jusqu'à ne savoir que devenir à la Aiort d'un gros perroquet aussi méchant qu'elle , et qu'elle poitait partout. Elle en redoubla ses occupées, et fut longtemps troublée de la peur de voir revenir l'ame du per^
roquet.
s7 Janvier.
Le chevalier d'Elbœuf est mort au Mans y où il était retiré depuis long-temps.
N, D, A,\\ était bien plus connu sous le nom de M; d'Ëlbcntf le^ratm^/eur. Son père s'emporta si ëtrasgement contre sa première femme, qu'il la prit poar la jeter "par la fenêtre , ce 4|iie toutefois il s'exécuta pas. Elle était grosse de »ce €ls. Le tremblement dont elle fut saisie se communiqua tellement à son enfant y qu*il le rendait incapable de toutes choses. On piiC donc le parti de le cacher , et de lui faire faire des vœux de Malte.
4 Février.
Beaucoup de vignes sont gelées. On craint même que les blés ne le soient. Il en est de même dans tous les royaumes voisins. Tous les arbres plantés depuis quelques années sont morts , et il y a plus de cent ans qu'on n'avait vu un si cruel hiver.
■ AHNÉE 1709. Î433
i5 Février.
M. le prince de Conti est toujours fort mal. 11 a fait venir un vieux médecin français réfugié en Suisse, qu'on prétend qui a un remède spécifique pour sa maladie. Mais il est à craindre qu'il ne soit arrivé trop tard.
6 Mars.
Le corps de M. le prince de Conti fut porté à Saint-André-des-Aros sa paroisse, et fut enterré auprès du eorps de madame la princesse de Conti sa mère.
N.D.A, M. le prince de Conti avait conflervé une extrême vénération poi^r sa mère, dont la vertu, la piété et l'amabîlilé ont toujours été au plus haut point. Il voulut être enterré auprès d'elle. Ses enfans étant tout petits chez elle à Paris, déjà veuve, elle appela en pleine nuit, elle et sa maison déjà couchées, et ordonna qu'on lui apportât ses enfans» Cela surprit fort .ses gens, qui lui représentèrent ce qui se pouvait sur un ordre si bizarre , qu'ils dormaient , qu'on les enrhumerait, qu'il n'y avait point de cause et de raison, etc. Elle pejrsista, et comme on tardait, elle rappela encore, et réitéra son ordre si fermement , qu'elle fut obéie. A peine ses enfans ëiftient-ils dans sa chambre, que celle où ils couchaient tous deux^ et d'où on les avait apportés , fondît toat entière , sans que personne se fût aperçu qu'elle menaçât en rien. M. le prince de Conti se souvenait toujours de cela avec admiration pour madame sa mère , qui ne voulut jamais dire qui l'avait obligée à envoyer ainsi quérir ses enfans.
a34 ARTICLES INÉDITS.
lo Mars.
Madame la maréchale de Vivonne mourut hier au soir à Paris, où elle vivait fort retirée. Elle était grand'mère du duc de M ortemart et du comte de Maure.
iV. D. A. Ces MM. de Montemart se ruinaient réguliërqr ment de père en £ls , sans attendre davantage , et se remplumaient aussi par de riches mariages. L'esprit et la singularité de madame de Vivonne étaient dignes de Falliance des Mortemart. C'était entre elle et M. de Vivonne des farces quand ils étaient ensemble , mais cela ne leur arrivait pas souvent. Ses belles-sœurs la considéraient sans l'aimer, et c'était entre elles des coups de bec fort divertissans. M. de Vivonne et elle se rainèrent à qui mieux mieux. Jamais tant d'esprit et tant de désordres. Leurs querelles m^me étaient plaisantes. Elle demeura fort mal à son aise dans sa jviduité , et réduite à loger cbez un intendant, qui s'était ^ricKi avec eux. Elle devint dévote , et même pénitente, et il sortait de cette dévotion des traits charmans. On se serait brouillé avec elle de l'appeler maréchale, et elle ne signait jamai&avec ce
titre.
i4 Mars.
On parle toujours fqrt de paix. C'est à M. de Torcy seul des ministres à qui on rend compte. On ne s'adresse point à M. de Chamillard pour cela, et par -là les choses sont remises dans l'ordre.
a a Avril.
M. le maréchal de Villars mande que l'armée de
ANNÉE I709, a35
Flandre sera bien plus belle qu'on n'avait cru. Toutes les troupes sont presque complètes. La misère des provinces fait que les recrues ont été très-aisées à faire. Mais il n'y a point encore de magasins dans les villes pour faire subsister l'armée , et c'est à quoi on travaille.
Les régimens des gardes qui avaient ordre de partir de Paris le i**" mai , n'en partiront que le 6. On en laisse même quelques compagnies plus qu'à l'ordinaire, parce que la cherté du pain cause souvent de petits désordres , et qu'on veut avoir dans tous les marchés des soldats pour contenir la populace, qui ne souflfre pas son mal sans murmuref beaucoup.
9 Mai.
M. le duc d'Orléans a fait mettre dans un cul de basse-fosse un de ses gardes à Villers-Cotterets, qui n'avait pas donné une déclaration juste du blé qu'il avait.
37 Mai.
Le roi a pris le deuil de M. le prince de Garignan y et il le portera jusqu'au premier voyage de Marly , qui sera de mercredi en quinze joursi.
N. D. A, Ce prince de Garignan, fils aîné du prince Thomas , et de la dernière de la branche de Bourbon-Soissans , fuA la merveille de son siècle. Né sourd et muet , il 6it livre
a36 ARTICLES INÉDITS.
assez tard à on maître Habile , qtiî , à force de coups et «le famine y lui apprit à suppléer à ce que la Nature lui avait refuse; et comme il avait beaucoup d'esprit, il devinicapabU de tout enteudre et de tout Jbire entendre , en sorte qu'il s'appliqua aux affaires, et qu'il passa pour une bonne tète dans le conseil de M. de Savoie. Il laissa un fils qui ne lui a pas ressemblé , qui a épousé la bâtarde de M. de Savoie et de madame de Verne , qu'il a amenée ici pendant la régeucii^ et qui y est restée depuis avec lui , où elle ne perd rien moins que son temps et ses Affaires*
X 4 Août.
Oa a découvert une conspiration à Strasbourg, tramée par quelques gentilshommes qui y son^ établis,
I*' Sej^emlNre.
Madame de Moussy mourut ces jours passés à Paris. Elle était sœur du premier président de Harlay 9 et avait toujours vécu ayi^c lui et avec son fils dans la plus intime unîoqi. Cependant par son testament elle leur ote tout ce qu'elle a pu leur ôter, pour le. donner à une communauté où elle était fort attachée , et à des hôpitaux.
jy^. D, A. Madame de Moussj , aussi profonde , aussi réservée, aussi composée que son frère, qu'elle imitait, et devant qui elle tremblait, passa sa vie sous même toit, et à même table que lui. Dévote et arcbidévote , d'babit , d*air austère, et de conduite extérieure , il faut croire que tout j répondait. La simplicité n'y paraissait guère , ui la vérité dans sou testament , où il ne se trouva rien pour sa familli» ^
ANÎfÉïi 17Û9. a37
ay«c laquelle elle avait teujours paru si intîmeinenl unie. CTélait «ne femme de beaucoup d'esprit ^ mais qui ne se communiquait point, et ne marchait que par ressorts*
M. de Dangeau a iaterrompu ses Mémoires dq)uis le II septembre 1709 jusqu^au 1*^ janvier 17 10, à cause de la maladie grave de son fils unique qui fut blessé à Mâlplaquet, et à qui il fallut deux fois couper la cuisse. Voici la note sur ce fils de l'auteur des Mémoires.
N. D. A» Gourcîllou était un original sans aucune copie; beaucoup d'esprit et d'ornement dans l'esprit, un fonds de gaieté et de plaisanterie înëpuisablé, dont il j a des contes sans fin ; une débaudie effrénée , et «fironterie à ne rougir de rien. Madame de Maintenon le gard» avee des soins de mère , par amitié pouf la sienne, dans une mâFadie qu'elle seule et madame de Dangeau ignoraient^ et dont Gourcillon faisait des farces pour se consoler de Tennui qu'il avait eu de cette compagnie. Il erf fit d'une autre espèce quand ou lui eoupa la caisilé \ mais k plus rare fut quand on la lui recoupa» Le danger éMH grand. Dangeau et sa femme lé tournaient pour le faire venir à la confession. Il connaissait son père , et il se livra à cette importunité. Il feigyiil d'entrer dans ce qu'il lui insinuait, cA lui dît que, puisqu'il en fallait venir là, il voulait aller au mieux; qu'il lui Jlt donc venir le père de la Tour, mais qu'il ne voulait jamais ouïr parler d'aucuu autre. A ce nom , Dangeau frémit de la tête aux pieds. Il venait de voir combien son assistance à la mort dé M. le prince de Contiet de M. le Prince avait étrangement 'déplu. Il n'osa jamais courir I0S mêmes risques, d'autant que survivant son fils, il en porterait l'iniquité* De c^momeni,
a38 ARTICLES mÉDÏTS.
il ne fât plus mention de confession de sa part, et GourcîUbn, qui ne Voulait que cela, n'en parla pas davantage. Dangeau avait un frère abbé , pédant , grammairien , le meilleur bomme du monde , msiis fort ridicule. Gourcillon , le voyant au cbevet de son lit fort affligé , se prend k rire comme un fou «t à le prier d*aller pleurer plus loin , parce qu'il fait en pleurant une si plaisante figure , qu'il en faut m«urir de rire; et de— là passa à dire^qne sûrement, s'il mei^rt, l'abbé se mariera pour soutenir ]a maison , et à en (aire une telle description en plumet et en parure , que tout ce qui était là
ne put se tenir d'en rire aux larmes.
3 Janvier 17 lo.
On a doDné au maréchal de Yillars ^ pour cet hiver, l'appartement de feu M. le prince de Conti. Le roi alla voir ce mat*échal le* dernier dimanche de l'avent après le sermon , et fut deux heures enfermé seul avec lui^ où il avait fait porter des papiers pour travailler. Le roi n'avait été chez aucun particulier depuis le maréohal de Orammont mort il y a phis de trente ans.'
9 Janvier.
Il y eut comédie chez madame la duchesse de Bourgogne. On a fait faire un théâtre dans la grande pièce de son appartement. Le spectacle fut fort beau. Il n'y avait que des dames considérables et des courtisans. Le théâtre çst magnifique et agréable, et on l-'y laissera jusqu'au carême , afin quemadame la duchesse de Bourgogne puisse
ANWÉE 1710. aSg
encore voir la comédie dans son appartement après ses couches.
iSJanyier.
On élut à Paris à l'académie M. de la Mothe, qui est un très-bon poète ^ en la place de M. Corneille qui avait plus de quatre-vingts ans, mais qu'on avait appelé long-temps le jeune Corneille pour le distinguer du fameux Corneille son frère aîné.
9 Février.
Les Espagnols ont fait un décret par lequel ils donnent à leur roi tout l'argent et toute l'argen^ terie des églises pour soutenir la guerre , déclarant traîtres à la patrie tous les archevêques et évéques qui voudraient s'y opposer dans leurs diocèses. Plusieurs ont déjà donné leur consentement , et il paraît qu'il n'y aura point d'ecclésiastiques qui s'y veuillent opposer.
19* Février.
M. l'évêque de Wîmes est mort. Il est universellciment regretté. Il s'est rendu ilhistre par une vie exemplaire et par beaucoup de beaux ouvrages. Il était de l'Académie française.
6 Avril.
Madame la Duchesse reçut les complimens sur la mort de M. le Duc. Elle était sur son lit et en
a4o ARTICLES INÉDITS.
cbaperoDi qui est un habillement des princesses du sang quand elles reçoivent en cél*émonie les complimens sur la mort de leurs maris.*
N. D, A, Cet habillement ne fut jamais un chaperon qui est d'étoffe, et qu'on ne connaît plus qu'aux cérémonies funèbres , par dessus lequel on porte un bonnet carré. C*est un domino de prêtre dont le coqueluchon est mou et plat , mais un domino qui va jusqu'aux pieds en forme de robe , qui a des manches fort larges , le corps étroit , et une queue longue qui finit en pointe. A l'égard du couvre— chef, c'est une coiffure de toile d'Hollande singulière, qui est basse, qui enveloppe la tête et les épaules , et qui est plus ample et surtout plus longue par degrés de rang comme les queues. Les mantes et les manteaux , dont il y avait des piles à la porte de madame la Duchesse pour ceux qui y entraient , se passèrent avec la même indécence affeetée que ce qu'on a vu sur ceux de la mort de M. le Prince.
SI Juin.
Un de nos partisans, sorti de Namur avec deux cent cinquante hommes, trouva moyen cl'entrêr daps liège , se rendit maître d'un corps-de-garde qui était à la portç , alla ensuite sur la pUice , tua celui qui y commandait , et prit toute la garde. Il pilla la maison du ministre de l'Empereur, et celle d'un Hollandais qui commande dans Liège. Après • avoir fait un assez gros butin , il ressortit de Liège , et emmena cent cinquante prisonniers. Il n'a eu dans cette affaire qu'un soldat de tué et un blessé.
. . ÀMNÉE 1710. ' a4i
• 19 Juin.
. Le marquis de Sablé mourut à Paris; il était fils de M. Servien , surintendant des finances. Il avait vendu Meudon à M. de Louvois. Le roi lui donnait par charité une pension de i ,000 écus.
10 Juillet.
Le roi courut le cerf l'après-dinée. Madame la duchesse de Bourgogne et madame la duchesse de Berri étaient à cheval, et étaient suivies de la maréchale d'Estrées , de mesdames de la Yallièrc , de Listenois et de Rupelmonde. Elles essuyèrent un violent oraige,et revinrent mouillées jusqu'aux os et fort écorchées.
17 Juillet.
M. le duc d'Orléans a ôté à la marquise de la Ferté, à madame de Staffort , à madame de Tilly , à madame de Rochebaron , à madame de Verneuil et à madame de Fussfé , les logemens qu'i( leur avait donnés depuis assez long-temps dans le Palais-Royal à Parts. Toutes ces dames étaient les grandes amies de madame d'Argenton.
19 Juillet.
Quand le roi fit écrire la lettre de cachet pour Saint-Denis par M. de Pontchartrain , il lui ordonna d'en garder le secret jusqu'à ce que la chose