IV
a4a ARTICLES INÉDITS.
fut exécutée. Il lui défendit bien expressément d'en parler à M. de Bouillon. Le roi a &it écrire aussi k Cluny , où le cardinal voulait &ire établir des tombeaux pour les gens de sa maison.
4 Août
M. de Bouillon denSanda , ces jours passés , au roi permission de prendre le deuil de M. le prince d'Auvergne. Le roi lui a dit de ne point le prendre ; qu'il ÊiUait le regarder comme un homme mort du jour qu'il a été effigie à Paris.
6 Août.
Fesne , l'un des trois écuyers ordinaires ^e la grande écurie ^ et le seul qui dressât les quatrevingts chevaux que le roi monte pour les promenades ou pour les chasses^ est mort ici.
a a Septembre.
Les religieuses de Port-Royal-des-Ghamps , que l'on transféra, il y a environ un an, dans différens couvens du royaume., ont presque toutes signé le formulaire. Il y en a dix-hiiit dont on a les signatures. Il en reste deux, qui sont dans des co^vçJls à Blois , qui n'ont pas voulu le signer. Après qu'on les eut tirées de Port-Roy al-des-Champs , on rasa leur maison et leur église.
N.D, A. Les. Mémoires , toujours politiques, avaient tu, l'aii^Dée précédente^ la destn^cti^n de Port - Royal - dçs-
Champs , et sans rien dire depuis que ce mot , de ce que les destructeurs firent accroire au roi du fruit des barbaries des anciens temps déployées sûr lé corps et sur Vstt^c de . cc^ saintes filles^ et passe sûr tout cet article comme chat s^r braise.
s3 Septembre.
On parle fort d'une dime royale sur tous les biens du royaume. M. le duc de Sully en parle dans ses Mémoires. Boisguilbert avait travaillé sur cela, et en avait parlé à M. le chancelier pendant qu'il était contrôleur-général. Depuis ce temps'-là, feu M. le maréchal de Vauban avait fait imprimer un livre dans cet esprit-là, où il était entré dans de plus grands détails. M. Desmarets fait examiner l'idée que les uns et les autres ont eue. Il y fait travailler MM. de Nointel , de Bouville , de Vauxbourg ^d§ Bercy, Lacroix, Prond et Orry; mais U n'y a rien çncore de réglé là*de$3us.
37 Septembre.
Le maréchal de Villars a fait sortir Heudicourt de prison ; le roi trouvait bon qu'il l'y laissât tant qu'il le trouverait à propos.
iV, />.. ^. n 4ta>t ecbappé des ordures au maf*échal de Yills|rs, sur les dames qui mon.taienl à cbeval avec madame la ducbesse de Bourgogne , qui furent paraphrasées et mandées, et qui les scaudafisèrent au point d^en faire du bruit. Heudicourt, qui les en avait informées, fut le bouc émissaii^e sur qui tout toinba. 11 était plaijian^ méchant, h^ir^i^ in^pudent
a44 ARTICLES INÉDITS.
de la 'faveur de sa mère, et qui s*enivraîtde rien. Il faisait dès chansons qui ne mourront jamais. Il en fit un jour une sur le* grand->-pfëvôt de S. D. M^'^^, si folle ,^ si plaisante, si raTissanté par son naturel, que le maréchal de Boufflers, qui était l'homme du monde le plus sérieux, en éclata de rire, derrière le roi à sa messe , en le voyant. Ce rire eu gagna d'autres, tellement que le roi se tourna de surprise , qui fut au comble quand il vit le maréchal rire à l'excès. Au sortir de la messe , il lui demanda à qUi il en avait eu , et dans^ un lieu si peu convenable. Le maréchal, riant de nouveau, lui répondit qu'il ne le lui pouvait dire ^e dans son cabinet. 11 lui dit la chanson en rentrant , et voilà le roi aux larmes. Mais ce ne £at pas tout ; c'est qu'il fut deux jours à ne pouvoir regarder aucun M^^^ sans tomber au même état , et toute la cour encore plus à son exemple. Cette espèce de huée dura long-temps , et on s'en souvient encore.
lo Octobre.
La maréchale de Choiseul est morte à Linas auprès de Paris dans une grande pauvreté. II y avait plus de cinquante ans qu'elle était séparée de corps et de biens d'avec son mari , qui ne i'avait jamais voulu revoir.
6 Novembre.
L'abbé de Pompadour , qui avait quatre-vingts ans passés, est mort dans une terre de madame . de Saint-Luc sa nièce.Il ne lui restait plus qu'une petite abbaye.
N, Z>. A, C'était un petit homme ^ qui n'avait jamais fait
ni figure m métier dans le luonde , et dont ce ne serait j^s la peine de rien dire sans uA trait assez plaisant. Il avait iiu vieux liiquais qui le suivait , et qui disait son bréviaire dans tontes les antichambres. Son maître, outre ses gages, lui donnait tant par jour pour dire son bréviaire pour lui, et s'en crojait quitte de la sorte. Je ne sais si tant de chanoines, qui gagent des élèves pour chanter et pour assister pour eux au chœur, ne lui avaient point servi d'exemple.
40 Novembre. .
Le roi accorde à Tabbé de Yaûbrun la permission de venir lui faire la révérence à son retour de Marly. U y a plus de dix ans qu'il est exilé. Il a la charge de lecteur du roi qui lui donne les entrées.
N, D. A. C'était uQ nain, boiteux, à jambes torses, au*^ dacicux avec les femmes , pour lesquelles il se croyait de grandes vertus, et que sa figure avait jeté dans l'église. Du savoir et beaucoup d^espfit, mais un esprit dangereux et d'intrigue , qui le fit toute sa vie frapper à toutes portes. Ses intrigues avec le cardinal de Bouillon l'avaient fait chasser dès* le commencement de ses affaires ; ses intrigues avec les jésuites le firent revenir.
X % Novembre.
On a résolu de tirer de grosses sommes des usuriers qui ont fait des profits énormes sur les papiers que le roi a donnés depuis quelques années. On appelle communément à Paris ces usuriers-là des agioteurs. On leur signifiera leur taxe
a46 ARTICLES INÉDITS.
samedi; et cela monte déjà à plus de ao millions de livres,. Mais il y en a Beaucoup encore qu'on ne connaît point.
ao Novembre. .
Il y a beaucoup de gens à Paris taxés pour l'agiotage j et qui prétendent ne s'en être jamais mêlés; du nombre desquels est M. de Libois, gentilhomme ordinaire du roi. On a mis quelquesuiis des plus coupables à la Çastille.
ial)éceibbre.
Le procès qui avait fait tant de bruit entre Rousseau , fameux poète , et Saurin de l'Académie des sciences , a été jugé au Châtelet en faveur de Saurin, qui a été déclaré innocent. Ils avaient trouvé l'un et l'autre de grandes protections à la cour. Rousseau est sorti du royaume, et est allé dans les villes ennemies de Flandre, ce qui le condamne plus qUe le jugement du procès.
i3 Décembre.
M. de Fervaque, brigadier d'infanterie et colonel du régiment de Piémont, a quitté le service. Le roi , fort blessé de ce procédé , a fixé le prix du régiment de Piémont à 25,ooo écus. Il lui avait coûté près de 1 00,000 livres.
JY. D, A, Fervaque était petît-fils du suirititendant Bullion , duquel on ne peut s^empêcher de rapporter une saleté,
ANNÉE 1710. a47
à cause de sa singularité, étrange. Étant au conseil avec la reine régente , il vînt une odeur de charbon et d'ordure qui infecta le lieu, et dont la reine se plaignit fort. Bullion tira uue petite boîte d'ivoire de sa pocbe , et la présenta à la reine pour la sentir. La reine l^ouvrit avec impatience ; mais en la portant à son nez : « Ab ! Bullion , s'écria-t-elle en la lui re- « jetant, vous m'empoisonnez. C'est de la m... S >» C'en était en effet. La boite se renouvelait tous les matins de la ^us fraîche , et le surintendant, qui n'aimait rien tant quecettts odeur, avait oublié que ce goût lui était tout-^à-^faitparticu*^ lier. C'était au reste un habile ministre , estimé , considéré , et qui avait beaucoup d'acquis •
a8 Janvier 171 1.
Le roi donne à la famille de M. de Feuquières les 5,5oo livres de pension qu'il avait. Sa veuve est fille du feu marquis d'Hôquincourt , et le roi n'avait jamais oublié sa fidélité, et le service qu'il lui avait rendu dans son gouvernement de Péronne , quand il fit tirer le caiion sur le maréchal d'Hôquincourt son père après sa révolte.
3o Janvier.
Le roi dit à M. de Bernières, intendant de Flandre : « Vous m'avez mandé souvent l'année pas- «( sée des choses tristes' et dures , mais je vous en <x sais bon gré ; jç ve»x qu'on me mande toutes « l?es. vérité» quelque fôcheuses qu'elles puissent « être. Mais j'espère que cette année vous ne me « manderez rien que de bon. »
a48 ARTICLES INÉpiTS.
3 Février.
L'électeur de Cologne j aprè% son audience , alla dire la messe à madame la duchesse de Bourgogne, et lui rendit les mêmes honneurs qu'aurait fait un «impie chapelain.
N. D, A. Madame fut outrée de cette messe. L'électeur aimait passionnément à en dire , et à faire toutes les fonc^ tîons de prêtre et d'évéque. 11 s*y plaisait comme les jeunes enfansqui ont des chapelles. Il aimait jusqu'à prêcher. 'Il s'avisa j un jour du commencement d^avril , de faire inviter tout Valenciennes à le venir voir officier et oufr son sermon. L'église était pleine , et les tribunes garnies de sa musique et de trompettes et de timbales. Il monta en chdire , fit le signe de la cfoix, salua les asslstans . puis tout à coup s*écria : « Poisson « d'avril! poisson d'Svril! » et la musique de lui répondre, et
lui de rire, de faire le plongeon , et de V^nfiiir au bi!uit des trompettes et des timbales.
9 Février.
Maréchal alla à Versailles faire la petite opération à madame la princesse de Conti qui la souffrit fort patiemment, et qui dit même après qu'elle fut faite : «Quoi, n'est r ce que cela? J'en suis « quitte à bon marché. »
i8 Février.
Madame la duchesse de Bourgogne /en sortant du bal 7 qui ne finit qu'à six heures, alla prendre des cendres et entendue la messe avant que de se coucher. Elle ne se leva qu'à huit heures du soir.
• 10 Mars.
L'abbé de Tesse a avoué au maréchal son pèr^ qu'il avait épouâé la fille de Castan à Genève. Le père de la fille dit qu'il lui donnera 4 à 5oo,ooo écus; et on croit quHlJe pourrait faire aisément si ses afiaires étaient accommodées avec Samuel Bernard. Le maréchal de Tessé est fort fâché de ce mariage. Il a fait partir son fils de Paris , et ne Ta plus voulu voir dès qu'il a cru le mariage fait. L'abbé de Tessé avait une fort belle abbaye.
16 Avril.
Le corps dé Monseigneur fut porté à Saint-Denis. Le convoi partit de Meudon à sept heures , et passa par le pont de Sèvres et par le bois de Boulogne. On ne voulut point qu'il paçsât dans Paris, quoique cela eût 4lé résolu d'abord; mais la simplicité du. convoi fit prendre ce dernier parti.
37 Avril.
L'avocat du roi de la cour des monnaies , en parlant au dauphin et à la dauphine , fit un compliment long et Jbaut , d'un ton de harangue. Desgranges, maître des cérémonies , voyant qu'il prenait ce ton-là, l'en voulut empêcher; mais il lui répondit qu'on n'interrompait point les gens du roi , et continua toujours. Le roi repartit de Versailles à six heures pour revenir ici , et le dauphin
aSo ARTICLES INÉDITS.
et la dauphine une heuve après, fort las de tant de harangnes j quoiqu'ils Jes eussent trouvées fort belles.
3 Mai.
La dauphine , madame la duchesse de Berri et madame la duchesse d'Orléans s'amusent l'aprèsdinée à jouer à l'oie avec les dames, ou chez elles, ou chez Madame qui se divertit à les voir jouer.
To Mai.
Le roi donna, il y a déjà quelques jours, à l'abbé de Polignac la confiscation des biens de M. de Ruvigny , qui s'appelle en Angleterre milord Galoway.
Le roi> a^tapès spn dkië^, courut le cetf. Le dauphiia , la dauphine et ménisieigûMr le duc de Berri étaient à cheval II pltit beàu<eou|> duraut la chasse , et les dames revinrent fort mouillées et
fort crottées. Mais cela ne les rebute point.
aa Juio.
Maderaoiselte Loison y celle qtki n'a pbiiftt été mariée va eu une lettre de cachet pôur^'en aller à Qrléàn& On croyait que c'était la maisdn de Bouillon qui lui alFait attiré ce lïiftlh^in , piarce que le duc d'Albret était tort attaché à elle } mais ils assurent tous fort qu'ils n'y ont eu aucune part.
Le roi alla se promener sur les hauts de Marly, et y vit jouei' au mail la dauphine , suivie de plusieurs dames qui y vinrent en calèche.
9 Juillet.
On a vendu beaucoup de bijoux de Monseigneur, et bien des gens en ont acheté pour le prix qu'on les a estimés et qui est fort bas , et cet argent est employé à payer de ses dettes.
N* D. A, Rien peut-être ne fut jamais si indécent que cette vente des bijoux de Monseigneur, qui se fit en plein Mari j, où chacun achetait à l'enclière, comme à un encan et à un inventaire de Paris, et très-ordinairement en présence de madame la dauphine , de M. le dauphin , et de tous les princes et princesses du sang, qui s'en amusaient et en achetaient, riant et causant avec les gens de la cour, hommes et femmes , qui en achetaient et s'en drvertissJEiient aussi. Ce négoce dura toutes les après— dînées , le reste du voyage. M. le dauphin ne prit presque ri en, et s'y trouva rarement, et toujours par complaisance pour madame la dauphine. Quoiqu'il n'eût pas lieu de regretter Monseigneur, ni d'aimer la plupart de ceux qui avaient été attachés à lui, il en usa avec tous avec une bonté et une générosité qui les confondit.
, . , a8 Juillet.
il arriva Un oobrrieir de Lyon. Le marquis dé Rochébonne , qui y «romnlatidé , et le prévôt des n)àrtîhands mandent que tout y est fort tranquille , qu'on a fortifié un peu le faubourg de la Guilio-
a5^ ARTICLES INÉDITS.
tière, pour empêcher la myalerie d'y entrer, l^e rai fait marcher d^ cq côté-là quelques ti'oupes qui étaient en Languedoc et en Franche-Comté.
5 Ao6t.
Penautier est mort en Languedoc. Il avait été long-temps trésorier de cette province et du clergé en même temps. On prétendait que ces. deui^ emploie lui valaient 3oo^o.o livres par an; imis il ^n faisait uji fort bon usage^ et on était trèis^e^titent de lui.
.* ^. D, A, Pénaatièr ét^t hbmitie dip fe.eaiicovip cResprjly bien fait^ gal.«i>t^ ntagnifi^^^ et obRgeant. Il ffit-rajlé dans les afiaires de la Braînvilliers etMes ptiâsons , et nois ei| prisiD avec grauid danger. Il est incroyable coipl)ien de geiisL, et de^ pltts çonâtdérable&, se remuèrent ponr Itfi, le ca^rdinal Bonzi à la jbâte;^ el le tirèrent d'aftaire. Il coD^erra 9es emplois et ses amis ; et, quoique sa réputation eût fort spsffert de icette affaire , il demeura dans le monde ccAnme c&ose non avenue. Çrozat., fameux par ses richesses, avait été son caissier. *
% Septembre. *
M. de Villagagnon^ colonel de dragons y qui a été cassé 9 était venu pour se justifier. Il se présentait à tous momen9 devant le roi ,. et lui vouhiît tou- ÎQurs parier. Le roi. lui a fifti( dire pir M. Vcôsîn «pi'il pouTsut ^H^r partout mk il hui plairait dams le royaume^ msMfi qu^il se présenlèt rarement devant lui.
ANNÉE 1711. . a53
3 Novembre.
Le roi alla courre le cerf. Madame H daupfaine, madame la duchesse de Berri , et beaucoup de dames étaient à cheval, quoiqu'il fît \m temps horrible, et en revinrent mouillées et leurs habits crottés comme si dû les eût trempés dans la boue. Il y avait eu en outre deux calèches pour les dame» qui ne montent pas à cheval. Dans fune était ia comtesse de Roussy , et daiis Pautre madame de Pompadour, chacune avee Irois jeunes dames, parce que le roi veut qu'avec les jeunes dames ît y ait toujours nne dame d'âge plus avancé.
ax Novembre.
On a établi une nouvelle tontine , où on recevra un tiers en argent et les deux tiers en billets de monnaie,. pour donner moyen à ceux à qui il en reste de s'ien défaire ; car ils n'ont plus aucun cours dans le commerce. A cette tontine oa donne un assez gros jr#venu pour hi vie de ceux qui y mettent, et, après leur mort ,. leurs ^héritmrs auront encore plus du tiers du revenu.
te
24 Novembriï.
lyAndr^el, seci^taite an eàbij»et,iit qui aer« Hftit en ûette qualité auprès ^e feti MoMeigneiir^ fîit touché d'une dév^tion^ extraordinaire eift Ift voyant mourir. Jusque-là , il avait vécu dans les
plaisirs. Il s'est éprouvé (quelques mois sur la dévotion , et a pris enfin le-parti de se retirer auprès des Camaldules.
a6 Novembre.
madame dç Grancey mourut le soir à Paris,
dans spD appartement du Palais-Royal, et que M. le duc d'Orléans lui avait toujours conservé. Il l^i avait dpnné en outre une petite maison fort jolie ^ au bout du parc de Saint-Cloud.
iV. D, ^« Ma4aiiie djp Grapcey était upe vieille mécUille plâtrée, qui avait été belle et galante, et qui ne pouvait se résoudre à ne Tétre plus. Elle avait passé pour maîtresse de Monsieur et du chevalier de Lorraine , et avait long— temps tenu le baut du pavé cbez Monsieur, et dans un certain monde, presque jamais à la cour, qui n'était pas son terrain.
SOécembre. ,
M. d'Argenson , à qui le roi avait demandé son avis par écrit sistr ce ^'une partie des comédiens veut se séparer de leurs camarades pour faire une trimpe à pârt^ a écrit (fue l'ep fei^H une* chose fort s^ et fort agréable au public d,'augmemter les spectacles dans Paris. ' f- . *
s Oéeembi^.
- La i[ieiUe maréchal» de Ji'Hôpital oit morte à PaHs, attstBétkes-GarméHtôs ^* du ejle^^it v^tîni^ depuis assez idng^«mQf>s. fille avait; 'quiitre^Yingt$ ans passés. . . ♦ ••
N. D. A. £lle ^tait Fr«inçoise Mignot. Elle avait épousé en premières noces Pierre Desportes, receveur-général du Dauphiné; en secondes noces, le maréchal de niôpital, si connu sous le nom du sieur du Hallier, qui tua le maréchal d'Ancre; et en troisièmes noces Jean-Casimîr, jésuite, cardinal, roi de Pologne, abbé de Saint-Germain-des-Prés, -etc. Ce dernier myiage fut su et connu, mais jamais déclaré , et sansenfiiiis.
10 Décembre.
Le roi fait accommoder^ dans le Louvre, de grands logemens pour y mettre sa bibliothèque, et l'abbé de Louvois y aura un appartement, comme garde de cette bibliothèque qui est magnifique, et qu'on est obligé de mettre en différens endroits à la Ville.
9 a Décembre.
La procession qui se devait faire à Londres, pour brûler l'effigie du pape , était toute composée de Wigbs. On en avait même fait venir beaucoup de la camp9gpe. On^réteod qu'ils avaient untoàuvais dessein. La reine de la Grande-Bretagne, par sa sagesse, a empêché que cette procession né se fît , qui aurait causé beaucoup de désordre dans Londres. •
3 Janvier 171a.
J'appris que les enfans de monseigneur le duc de Berri pe , portçron t point le nom de Berri ,
mais celui d'Alençoti; de méme*qtfe le^enfansde Monsieur portaient le nom d'Orléans.
4 Janvier.
Il y a quelques petits changemeps sur la garderobe de madame la dauphine, qui se plaignait de temps en temps que quelques petites choses , dont elle avait besoin, lui manquaient. Madame de Mailly j dame d'atours', a prié madame Cantio , première femme de chambre , de se charger de ces détails.
N, D, A. La garde-robe de madame la dauphine dépensait prodigieusement, et manquait de tout ce qui fait la nouveauté, la commodité et l'agrément. Après des années dé patience, la bombe creva sur le cri public, de ce que les dames prêtaient journellement à madame là dauphine de menues nippes, et sur ce que Desmarets, de plus en plus ancré, osa enfin représenter. Madame de Maillj s'abandonnait à une femme de chambre à elle, qui se croyait aussi nièce de madame de Maintenon, parce que sa maîtresse , Fêtait. Bile fut chassée, et se trouva avoir fait ses affaires aux dépens de la garde-robe et de» marchands. L'indolence et la gloire de madaine - de Mailly ne furent plaintes de personne. Elle avait crune^pouvoir être entan\ée et elle le fut bej^ucoup , et ne rattrapa pas , à beaucoup près , ce quelle avait perdu, en ce qui lui fut rendu, quelques jours ^près, à force de cris.
lo Janvier.
Une femme de chambre , que madame de Beri*i aimait fort, fut chassée il y a trois jours. Elle
..ANNÉE 171a. 257
s'appelle mademoiselle de Vienne. On dit qu'elle a beaucoup d'esprit , mais qu'elle avait trop de pouvoir sur l'esprit de sa maîtresse.
N, D. A, Madame la duchesse de Berri ue tarda pas après son mariage, à en faire repentir 4 La galanterie pointa avec peu de management, et fut ensuite menée bon train. Elle avait beaucoup d'esprit, une éloquence naturelle qui surprenait, une fausseté dont elle se piquait et qui était singulière, une bauteur qu'elle faifeait sentir à sa mère, à Madame, et même à son pèrej qui l'avait tendrement aimée depuis l'enfance , et qu'elle n'en maltraitait pas 'moins. On peut juger si elle s'accommodait d'être sous la conduite de sa mère et de madame Ja daupbine, et à quel point elle fut blessée de la faveur de madame la daupbine et de sa grandeur à la mort de Monseigneur. L'affaire de sa femme de chambre, elle ne la pardonna jamais , et elle traita M. le duc de Berri comme un nègfe de ce quM souflFrit qu'elle fôt renvoyée. Sa vie n'a été qu'un tissu de scènes et de malheurs , avec tout ce qu'il fallait pour être la femme la plus heureuse de l'Europe.
Gomme ces additions ne se proposent que d'éclaircir l€& Mémoires de M. de Dangeau, il est bon d'avertir que d'ici en avant elles se trouveront moins satisfaisantes^ parce que les Monoires déjà si secs^ par la timidité de celui qui le# fait, le devîennei)4: de plus en plus, à mesure que les événemens que le déclin du règne et de }^ vie de Louis XIV devrait rendre plus curieux et plus importans, lui semblent trop délicats. En général , ces Mémoires si politiques , si laconiques, et si mesurés, pour ne pas dire si tronqués, si peu ébauchés, si flatteurs, si «ourtisans, et si fades, sont toutefois utHes poar les dates , et curieux pour l'ordre de IV. 17
a58 ARTia.ES INEDITS.
touteâ sortes d'événemens , et surtout pour le tissu et l'esprit extérieur de la vie et de l'occupation de la cour, du roi et de ses ministres.
ri Janvier.
Le roi fit porter son dîner chez madame de Maintenon , ce qu'il n'avait point encore &it. A ce dîner étaient madame la dauphine, madame de Maintenon , mesdames d'O, de Lévi, de Caylus et de Dangeau. Le r(H y demeura jusqu'à cinq heures ) et avait demeuré a table jusqu'à trois. Aucun courtisan n'entra , pas même le mattre-d'hôtel. Le repas fiit fort gai. On en fera un pareil mercredi.
i5 Janvier.
Madame la dauphine avait été le matin chez madame de Berri dont le raccommodement est entièrement lait. On parle de marier la femme de chambre qu'on lui a ôtée^ à qui M. le 'duc d'Orléans donne une pension honnête.
a4 Janvier.
On appnt que l'abbé de Saint-Jacques était •mort. M avait quatre-vingt-douze ans, vivait dans une grande austérité , et donnait tout son bien aux pauvres. Il était fils du chancelier d'Aligre.
iV. Z>. A. Cet abbé avait été auprès «du cbiincélier sen père, pendant ses dernières années, uniquement pour eni«pécher les fripMineries qui auraient pu investir sa vieillesse» Dès qu'il fut mort, â s'alla eonifiner dans son abbaye, et
ANNÉE 171a. ^69
n'en sortit plus. Il refusa tout ce qui lui fut présenté d'évê-* cbés et de places^ et se fit aimer et admirer pendant ^a longue vie, toujours la même, dans une grande simplicité, et dans une sainteté pleine de bonnes œuvres , d'austérités^ et de grands exemples , avep upc douceur et une modestie singulières.
a6 Janvier.
On a exilé plusieurs personnes , hommes et femmes, qui faisaient profession de tailler au pharaon dans plusieurs maisons de Paris. On n'y joue plus du tout.
4FéyrjV.
Lacroix , fameux partisan y et son fils ont été mis à la Bastille pour n'avoir pas voulu rendre tout ce qu'ils avaient pris au prince de Salm, fils de la sœur aînée de madame la Princesse. Us avaient enlevé ce prince dans son château d'Anholt au-delà du Rhin , et ils l'avaient remis depuis en liberté ; mais ils ne li^i avaient pas rendu tout ce que le roi voulait qu'on lui rendit 9 et que Lacroix nie toujours d'avoir pris.
s Février.
Les douleurs de madame la dauphine ont été grandes la nuit et jusqu'à quatre heures aprèsmidi*, malgré tout l'opium qu'on lui a fait prendre , le tabac à fum^r et cdiui qu'elle a ^ris en xn,acbiQS|t)bpire. Qb I'a j^ajgnée deux £ois du bras.
26o ARTICLES INÉDITS.
Depuis la dimiuiition des douleurs elle eut un peu de fièvre. Ses douleurs étaient si violentes qu'elle dit qu'elle avait moins souffert en accouchant.
9 Février.
Le roi vint plusieurs fois dans la journée chez madame k dauphine, qui avait été saignée du pied la nuit y et qui fut toute la journée dans un grand assoupissement. On trouva même que cet assoupissement est plus grand que celui que lui devait procurer l'opium. Cette maladie devient très-sérieuse. Quand elle se réveille , la tête paraît un peu engagée, fca fièvre est assez violente. Boudins , son premier médecin ^ dit au roi qu'il ne doutait pas que ce ne fut la rougeole , et qu'il en parais^ sait déjà quelques marques. En l'état où elle est , on souhaiterait que la rougeole parût en abondance pour dégager la tête, et diminuer la fièvre.
10 Février.
Le roi passa chez madame la dauphine, à qui on a donné de Témétique. Les avis sont différens sur sa rougeole ; et si ce l'est , c'est une rougeole d'une mauvaise nature. Sa tête est encore un peu attaquée.
19 Février. ♦
Le matin , à Versailles^ on ouvrit le corps de M. le dauphin , et l'on porta le cœur auprès de
celui de la dauphine. Pendant que Ton portait les cœurs au Val-de-Grace , on mit le corps de M. le dauphin sur le même lit que madame la dauphine, que l'on fit faire plus grand que celui où elle était.
a4 Février.
Le convoi , qui était parti };âer de Versailles à six heures du soir, commença à entrer dans Paris , par la porte Saint-Honoré, à deux heures après minuit, et ressortit à quatre par la porte Saint- Denis. Il arriva à Saint-Denis à sept heures et demie.
H Mars,
La marquise de Gesvres a fait signifier à son mari une requête pour faire casser son mariage , pour cause d'impuissance.
^^ Mars^
Le rpi , .étant dans une petite calèche découverte, fit la revue des régimens des gardes-françaises et suisses, qui sont habillés de neuf et aussi beaux que jamais. Il y a dans le régiipeiit des gardes - françaises six cents hommes d'une gran-^ deur plus qu'ordinaire , et qu'on appelle les géans. Il y a aussi dans le régiment des gardes-suisses un certain nombre de soldats choisis, qui sont plus grands et plu* beaux que d'ordinaire. Le roi fut très-coqtent, et après la revue il alla tirer.
a«2 ARTICLES INÉDITS.
a5 Mars.
Le petit prêtre Gautier arriva hier au soir d'Angleterre , et il est arrivé ce matin un courrier d'Utrecht. On ne nous dit point les nouvelles qu'ils ont apportées l'im et l'autre; mais on dit qu'il n'y à point de changemenfc dans l'esprit de la reine d'Angleterre sitr la paiii.
2y Mars.
On maùde d'Espagne que le icomte de Monterey, que nous avons vu gouverneur de Flandre, s'est fait prêtre ; et l'on mande d'Italie que le duc d'IItesto, marquis de dos Balbazes, a quitté la viceroyauté de Sicile; et est venu à Gènes, oii il s est fait prêtre aussi.
N. D, A, Les privilèges du clergé sont tels en Espagne , qu'un particulier qui s'y lùèt , garantit sa famille de toutes recherclies, parce que le droit de partage, qu'il conserve aux biens de sa famille, rend cette recherche tres-épineuse, et presque toujours infructueuse. Ils dérobent aussi à la justice séculière les personnes du tiétgé, et rendent leur puilition iitipo^ible. Ces cbUàidl^ratio'ns', plus éntore qtie la dé- ▼dtion, et l'ambition dtt càrditialât, engagent dans la prêtrise ces gi>ands seigneurs qui, des grands emplois, tombent dans la disgrâce, et qui, par-là, mettent à couvert leurs personnes.
i4 À^rih
Quand le roî d'Angletei*re tôtnbà' malade , ôh le fit confesser* Son côhifesséttr était uù jésuite. Il ne
ANNÉE 17 12. a63
se confessa pas à lui ; il envoya chercher le curé de la paroisse 9 qui le confessa.
17 Avril.
Dès que le roi d'Angleterre sera rétabli de sa petite vérole y il sortira du royaume. On ne dit point encore où il ira. Ce que l'on sait, est que sûrement il n'ira point à Rome.
a4 Avril.
M, le dauphin continue à se porter mieux , et se fortifie. Madame de Villefort , sa sous-gouvernante, a fait depuis quinze jours une affaire dont elle a tiré 20,000 écus , argent comptant.
!»7 Avril.
On raisonne beaucoup ici sur le voyage du comte de Cfaalais, pour qui le roi d'Espagne a beaucoup de considération, et qu'il n'enverrait pas pour une bagatelle. H a changé de nom dans toute la route , et a passé à deux lieues de M. son père et de madame sa mère sans leur rien dire , ce qui prouve bien qu'il ne vient pas pour ses affaires.
N. £>, A, Ce fui étrange chose que ce voyage de M. de Chalais, dont on n'a jamais bien su le mystère. Il arrêta un cordelierà Bressuire en Poitou , pour quoi il avait été dépêché, et l'amena à Poitiers, d'où il fut conduit à la Bastille. Ce f«t d'ArgetJson qui traita directement cette affaire avec le
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roi, dont il avait la confiance, au grand mécontentement de Pontchartruin. Il profita de (^Ile-ci en habile homme, car il contenta le roi , et fit accroire à M. le duc d'Orlëans qu'il lui rendait un grand service. Ce prince, devenu régent, lui donna les sceaux et les finances. On crut avec plus de vraisemblance qu'il n'y avait rien dans cette affaire où M. le duc d'Orléans fût mêlé; mais que c'était un complot de la cour de Vienne contre le roi d'Espagne. Après quelques mois, Ghalais ramena son cordelier en Espagne , oi\ ce moine fut enfeimé , et mourut dans le château de Ségovie, étroitement gardé, bien nourri, demandant des romans, et vivant avec autant de scandale que peut le permettre une te)le prison.
3 Mai.
On a appris le sujet du voyage de M, de Ghalais en France. Il a arrêté, à Bressuire, un prétendu cordelier, accusé d'avoir eu de fort méchantes intentions , et on a bien eu de la peine à découvrir où il était. Après bien des perquisitiops , on a su qu'il était dans le couvent des cordeliers de cette petite ville. M. de Ghalais n'a pas fait cette capture sans beaucoup de peine et de danger; car il a pensé être tué. Il 9 renvpyé à Madrid un officier, de dragons , que le roi d'Espagne lui avait donné pour venir avec lui , et qui connaissait ce prétendu cordelier, qui , dès qu'il se vit arrêter, ne put s'empêcher de dire : « Ah ! je suis perdu. ».
7 Mai.
On donna, il y a quelques jours, une lettre de
cachet à la marquise de Soulangeais, qui a quatrevingt-quatre ans. Elle est de la maison de la Porte* de-Yezins. Elle avait été fille d'honneur de la reinemère y et en «réputation pour sa beauté et sa sagesse. On l'a mise dans un couvent. M. le cardinal de Noailles avait demandé cette lettre de cachet sur les avis que lui avait donnés j à ce qu'on prétend y une dame de qualité de ce pays-ci , qui l'assurait que toute la famille souhaitait qu'on la mît dans un couvent. Mais il s*est trouvé au contraire qiie toute la famille a fort désapprouvé le parti qu'on a pris, et sollicite vivement pour qu'on lève la lettre de cachet. Cette affaire fait beaucoup de bruit dans Paris ; mais la lettre de cachet n'est pas encore levée.
8 Mai.
La marquise de Gesvres avait nommé, pour visiter son mari , le Dran , chirurgien-major du régiment des gardes. Mais il avait des ordres si précis du duc de Guiche, colonel des gardes, qu'il a été obligé de partir sans pouvoir s'acquitter de cette commission. Il en faut nommer un autre, si bien que cela allonge l'affaire de quelques jours.
ai Mai.
Le comte de Comminges mourut le matin, à Paris. Il était gouverneur de Saumur, qui est un
a66 ARTICLES INEDITS.
gouvernement de province , et qui vaut aS^ooo h de rente.
i\r. D, A, Gomioges ëtaît grand, mais d'une grosseur pro-^ digieuse, homme dVsprit, et fort du grand monde, presque toujours aide-deM»tinp du roi, et toujours bien traité de lui , mais libertin. C'est de la grosseur de Cominges que les courtisans avaient nommé des mortiers d'un certain calibre et des bombes. Ce fut d'abord plaisanterie qu'il trouvait fort mau-*. vaise, mais qui s'est tournée depuis en habitude et en usage constant.
a4 ^ai.
Le père de la Rue fit à la Sainte-Ghapelle de Paris l'omisoin funèbre de monseigneur le dau-* phin et de madame la dauphine , qui fut fort applaudie. C'est la chambre des comptes qui a fait faire ce service , et elle y était en corps.
iV. D. A, On trouva assez étrange que le père de la Rue ftt tetteiiraison funèbre , et pour avoir été confesseur de madame la dantphincy et pour avoir' été lui et tomtew société répttdiés^relle, k la mort, pour sa dernière isonfession. Cette action manifesta la contrainte qui était exercée sur les âmes de la famille royale. Quelle fut la surprise du roi, quelle fut celle de la cour^ lorsque, dans ces momens si terribles où l'on ne redoute plus que ce qui les suit^ et où tout le présent disparait , elle voulut changer de eonrCesseur, dont elle répudia même tout l'ordre pour recevoir les derniers sacremens ! Avec elle s'éclipsa la joie , les plaisirs , et toute espèce de grâces. Les ténèbres couvrirent la surface de la cour.
ag Mai.
Le inarquis de la Fare mourut à Paris. Il était capitaine des gardes de M. le duc d'Orléans.
N, D. A, La Fare était un homme de beaucoup d'esprit , extrêmement du monde^ qui arait des lettres, fort bon homme, et grand débauebé de corps , de coeur et d'esprit. Il faisait des vers quelquefois jolis, jamais méchans contre personne, ordinairement au— dessous du médiocre. Il avait servi avec valeur, et n'aimait pas M. de Louvois. 11 disait ordinairement qu'il so'ubaitâit de mah^er toujours , et dé le faire digérer à sa placé. \st% dernières abnéeé de sa vie, ildoi^mait et ronflait pAttont ; biaîft tout en se tévtillant , il était au fkit de la compagnie, et reprenait le propos avec une netteté d'esprit surprenante.
3i Mai.
M. le duc d'Ëstrées , gouverneur de l'Ile - de- Franoe , mais dont les provisions ne sont que pour trois ans, avait demandé qu'elles fussent renouvelées. Le roi en avait fait quelque difficulté , n'étâht pas coiitekit de àa conduite. Mais eûfitt le roi Itefà lui à«idcDfdéèS, en lui ftiisaïit dite què àHl ne se golivërààit pas tuieux à Tavènir, on ne lui renouvellerait plus.
3 Juin.
Il est arrivé une petite affaire à la Rochelle le jour de la Fête-Dieu. Un aide-major de la place, qui a été garde du roi , ayant eu un démêlé avec un homme qui portait un des bâtons du dais du
268 ARTiqioES INÉDITS.
saint sacrement 9 lui fit quelques voilences qui troublèrent fort la procession , et le roi a paru fort en colère contre cet aide-major.
9 Juin.
L'affaire du marquis de Gesvres avec sa femme s'allonge fort. Les médecins et les chirurgiens qui ont visité le mari , ont rendu un compte tel qu'il le pouvait désirer pour la conformation. Mais ils y oiit ajouté quelque chose qui semble autoriser la femme à demander d'être visitée , ce qu'elle a toujours demandé depuis le commencement du pro- ' ces. On plaidera , la semaine qui vient , sur cet article devant l'offîcial^ et il feut plusieurs séances pour entendre les avocats de part et d'autre. Cette vilaine affaire accable tellement le duc de Tresmes qu'on craint qu'il n'en meure de chagrin.
i5 JTuin.
Le roi alla voir jouer au grand mail. Il y avait beaucoup de calèches pour les dames. En ];nontant dan3 la siçnne , il fit une manièrç d'excuse à madame la duchesse de Berri, de ce qu'il ne la prenait pas dans sa calèche ^ en lui disant : oc Nous somipes un peu trop gros tous deux pour être ensemble dans la même calèche. »
a6 Juin.
T>e duc de Fronsac est sorti depuis quelques
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jours de la Bastille. M. de Richelieu , son père , a fait payer toutes ses petites dettes de jeu , et a pris du temps pour faire payer les plus considérables.
3o Juillet.
Les Anglais, qui sont présentement maîtres de Dunkerquej y ont fait des feux de réjouissances pour l'affaire de Denain.
a Août.
Il arriva un courrier de Londres , où l'on savait déjà l'af&ire de Denain ; et la reine de la Grande- Bretagne fait uti compliment au roi sur l'heureux: succès de ses armes.
La guerre s'allume fort parmi les Suisses. II y avait eu deux ou trois petites actions dans lesquelles les catholiques avaient eu l'avantage. Mais on apprend par les dernières nouvelles qu'ils ont été cruellement battus , et que les protestans sont fort supérieurs.
la Août.
Le roi alla courre le cerf l'après-dînée. Madame la duchesse de Berri était à cheval à la chasse malgré la prodigieuse chaleur qu'il faisait; et quand le roi ne courre pas le cerf, elle va courre le sanglier. Elle a deux nouvelles dames qui courent avec elle.
«70 ARTICLES WÉDITS.
14 Août.
Le roi , en allant à la messe , nous dit que la reine de la Grande-firetagne envoyait ici le vicomte de Bolingbrocke, secrétaire d'État, plus connu sous le nom de M. de SaintJean. Le roi a parlé à Cavoye pour qu'il trouvât moyen de lui dponer ici un bel appartement. Le roi lui a cooiniaiidé aussi de loger M. Prioif' et l'abbé Gautier, qui viennent d'Angleterre avec lui.
N. £>. j4. Bolinçbrocke avait alors toute la confiance de la reine Anne et de son parti. C'était pai-*4à que «^acheminait la paix dont le hosoin éteit pressant. €e fut po\|x cette raison que Bolingbrockc reçut des traitemeas ^i 4istij[^é6 > ^^ 9^ inconnus à tous autres ministres étrangers. Celui-ci et sa maitresse songeaient à frayer au roi Jacques la succession à la coi^ronQ,e. JME^is J/pvis XJV jut }a reine Ani^e n'enrent pas ass^z de vie pour Jia conduire à maturité.
La guerre entre les cantons suisses et les protestans est finie. La paix a été signée à Arau ; mais il en coûte cher aux cantons catholiques.
SI Août.
Le rei donna audience <laAs ^on ca2iii9^t .ji milord Bolinghropke, qui lai ffm^nl» Pdpic^ et l'^s^bé Gautier. Lie roi parut toH €ont»Bt 9t 4es 4isQQlirB et de la personne du miiord ^ qui $!en retourne mercredi à Londres.
ANNÉE 171a. 9.71
a 4 Août.
Milord Boliagbrocke a pris congé du roi dans son cabinet. S. M. lui a envoyé , par M. de Torcy^ un diamant magnifique que feu Monseigneur portait à son chapeau^ et que le roi a fait mettre en bague. Ce milord va coucher à Petitbourg, chez M. d'Antin. .
ag Août.
Milord Bolingbrocke ne partit qu'hier de Paris. Il alla vendredi à l'Opéra^ où était lé roi d'Angleterre dans une loge vis*à-vis. Cela a été fort remarqué. Mais c'est pourtant un pur effet du hasard.
3 Septembre.
Madame la duchesse de Berri ne manque aucune chasse. La nrarqnise de Saint - Germain , une des dames qui étaient à cheval avec elle, tomba et ne s'est point blessée.
L'abbé Servien , qui est presque toujours à Paris, et qui ne paraît jamais à la cour, a eu une lettre de cachet pour sortir de Paris. Je ne sais point encore où on l'envoie , ni pourquoi on le chasse.
iV. D, ^.L'abbé Servien, fils da surintendant des finances, point prêtre , et son frère point marie , étaient tous deux de beaucoup d'esprit, et d'excellente compagnie, mais tombés dans une obscurité de toute leur vie, par l'excès de leurs
a7a ARTICLES INÉDITS.
honteuses débauches , et surtout de celles de l'abbé, qui, de retour de cet exil, mourut longues années après subitement chez un danseur de l'Opéra. Les mémoires n'ont garde de dire pourquoi il fut chassé. 11 était à l'Opéra dans une loge. On répétait des refrains dans un prologue à la louange du roi. Il retourna le refrain très-plaisamment et très-naturellement, en deuJL mots très-malins, et à bout portant, tout haut, et en s'adressant au parterre, dont plusieurs voix applaudirent. Cet exil ne dura pas long-temps. Il fit le malade ; on le méprisa , et il revint.
8 Septembre.
Madame Langeais, sœur de la feue madame de Noailles, était réfugiée en fioilande. Son mari est mort depuis quelques mois, qui avait quatrevingts ans passés aussi-bien qu'elle. Ses enfans ont obtenu la pennission du roi de la faire revenir en France , dans l'espérance de la convertir, et cela a si bien réussi qu'elle a fait son abjuration entre les mains de M. l'archevêque de Cambrai.
i8 Septembre.
Durant le voyage de Fontainebleau, il y a eu une folle qui a présenté au roi un placet , se disant fille d'un frère de S. M. qui n'a jamais été, et signant Gabrielle de Bourbon. Le roi a eu la charité de la faire mettre dans un couvent.
a5 Octobre.
Le nonce Bentivoglio fit son enlrée ici , et ha-
ranguaen italien le roi dans son cabinet , comme les nonces font toujours le jour de leur entrée publique. Le roi a dit plusieurs fçis dans la journlée qu'il n'a jamais entendu une plus belle harangue.
a6 Octobre.
Le roi a donné un beau logement au Luxembourg à la vieille marquise de Langeais , qui s'est convertie depuis deux mois.
7 Novembre.
Le roi vit soixante-douze cavaliers qu'on lui amena de toi^s les régimens qui ont servi en Flandre cette année. Il en 'prit soixante - onze pour entrer dans le gardes-du-corps , et celui qu'il ne prit point 9 parce qu'il n'était pas tout-à-fait assez grand , mais qui était gentilhomme , et qui servait bien dans le régiment où il était , le roi ordonna à M. Voisin de lui donner une cornette.
26 Novembre.
Le roi fit venir dans son cabinet M. de Chamillard , que Blouin lui amena par les derrières. Il aura présentement l'honneur de voir S. M. quelquefois , ce qu'il souhaitait depuis longtemps avec une- grande passion. Il est si emmaigri qu'on a peine à le reconnaître. Le roi , après lui avoir donné cette audience , qui ne dura pas un quart