‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 4)Chapitre 4 sur 19 · I., Juin · texte numérisé non relu

I., Juin

'er

M. de Chanarcé j autrefois lieutenant des gardesdu-corps^ a eu une lettre de cachet pour s'en aller en Béarn. Il y a beaucoup d'accusations contre lui, et l'intendant de la province a envoyé des informations fort fâcheuses. Avant de partir il a épousé mademoiselle de Bouille , et a fait mettre un enfant qu'il avait d'elle sous le poêle. Cette demoiselle de Bouille avait été mariée à M. de Pomenars , et depuis avait feit casser son mariage et avait repris son nom.

3 Juin.

On a fait brûler Spire , Worms et Oppenheim , pour empêcher que les ennemis ne s'y établissent, et n'en tirassent des secours et des commodités, en cas qu'ils veuillent attaquer quelques-unes des places que nous avons de ce côté-là. On en a fait avertir les habitans quelques jours auparavant, afin qu'ils aient le loisir de transporter leurs effets et leurs meubles les plus considérables. Ceux qui voudront s'établir en Lorraine ou en Alsace seront eniempts de toute imposition durant six ans , et on leur donnera des habitations, et des terres à cultiver. Tous les papiers de la chambre* impériale de Spire ont été portés à Strasbourg , il y a déjà quelque temps.

6o ARTICLES INÉDITS.

1er Juillet.

Le cardinal Azzoliiii est mort à Rome, âgé de soixante-six ans. Le roi nous a dit qu'on lui mande qu'en mourant il avait fait dire au pape qu'il se repentait fort des mauvais conseils qu'il lui avait donnés, et quHl croyait lui devoir conseiller en mourant de s'accommoder avec la France le plus tôt qu'il pourrait.

14 Juillet.

Le major des gardes est revenu ce matin de Paris où il était allé arrêter le duc de la Force et le conduire à la Bastille. M. de la Reynie a fait mettre le scellé chez lui. On l'arrêta chez la marquise du Roure. On a aussi mené à la Bastille M. de Yivans, son cousin germain , qui logeait avec lui; et on a envoyé à la Boulaye prendre la duchesse de la Force, que l'oii mènera au château d'Angers.

ag Juillet.

On a appris que le pape avait reçu Notre Seigneur en viatique, sans avoir parlé de faire de promotion. On le presse fort de donner un chef à sa faction et de remplir les dix chapeaux vacaus. Mais comme il a toujours fort condamné le pape Clément IX pour avoir fait une promotion dans son lit, on espère qu'il ne voudra pas suivre un exemple qu'il a tant blâmé.

6 Août.

Le roi 9 fait un don à madame la princesse dUarcourt d'un homme qui s'est tué lui-même , dont elle espère en tirer beaucoup. On dit qu'il a plus de Tingt mille livres de rente^ Il s'appelle M. Foucault.

18 Août.

Le pape n'a point voulu faire de promotion. Le cardinal CoUorédo était chargé de lui en faire la proposition, mais il ne lui a pas touIu donner audience. Don Liyio se jeta à ses genoux, et lui demanda sa bénédiction. Le pape lui dit de ne se mêler d'aucune affaire, et qu'on en mourait plus tranquillement.

ai Aoiit.

Le roi envoie à Rome MM. les cardinaux dç Furstemberg et de Bonzi qui sont ici, et a envoyé ordre à M. le cardinal de Bouillon, qui est à Avignon , de s'y en aller. M. le cardinal le Camus n'ira point. Le roi a fait dire à MM. ses frères qu'il s'était si mal trouvé de ce pontificat-ci, qu'il n'en voulait point employer les cardinaux. Le roi fait donner aux cardinaux qui sont ici 18,000 fr. pour leur voyage. Autrefois on leur eii donnait 20,000. Mais au dernier voyage qu'ils firent à Home, M. Colbert ne leur en fit donner que 16,000.

6a ARTICLES INÉDITS.

a a Août.

Plufiieurs abbé9<{ui ont des bénéfice voulaient aller à Rome. Mais le roi ne l'a permis qu'aux abbés de Croissy et Mûrel. Tous ceux qui n'ont point de bénéfice y peuvent aller. Quand un bénéficier meurt à Rome, le pape donne ses bénéfices, à moins qu'il n'ait un bref de non vacandum,

II Septembre.

Le roi remet le parlement de Bretagne dans Rennes, moyennant quoi le parlement lui donne 5oo,ooo francs , et la ville de Rennes autant.

i8 Septembre.

Le marquis d'Uxelles a été obligé de capituler à Mayence faute de poudre. D'ailleurs rien ne le pressait; les ennemis n^étaient pas seulement maîtres de la contrescarpe. Nous avons perdu dans la place sept à huit cents soldats qui ont été tués , et un peu plus de blessés. La garnison , forte encore de plus de sept mille hommes, est arrivée à Landau.

N, D, A, Mt de Louvois* fut fort accusé de la reddition de Majence sur le point du secours, parce qu'il voulait la guerre , et l'embarquer pour long-temps. Aussi j avait-il mis le marquis d'Uxelles, sa créature très- confidente, qu'il sut bien tirer d'affaire auprès du roi.

aa Sq>tenbre.

M. de Novion , en quittant'sa charge de premier président, touche 100,000 écus de M. de Harlay; ces 100,000 écus«là) il les donne à M. de Croissy pour payer la charge de président au mortier, et comme cette charge avait coûté à M. de Croissy 374,000 liv. , le roi paie les 74,000 liv. restant. M. de Seignelay avait promis à M. de Novion , de la part du roi , 1 00,000 écus en rentes sur la ville , etM.de Novion , quand il est venu trouver le roi, a obtenu encore 100,000 livres. Il conserve , outre tout cela, la pension de 18,000 livres qu'il avait.

a 4 Septembre.

Le roi a ordonné à quatre maîtres des requêtes de vendre leurs charges pour payer leurs créanciers. Ge sont MM. Colbert , Maugeron y la Salle et Berner.

On a eu nouvelle que M. l'évéque d'Angouléme était mort. Il était de la maison de Tourville , et avait été long-temps capitaine de chevau-iégers.

J^, D, A. Cet évêque d'Angouléme , qui était un très-bon évéque , s'appelait Péricard , d'une fanûUe du parlement d^ Rouen , dont le nom est fort connu par celui du secrétaire du duc de Guise , tué aux derniers états de Ëlois. Mais la mère du maréchal de Tourville était sœur de cet évêque, qui n'a jamais été qu'en habit long , violet , à Paris , à la cour , ni en quelque part qu'il se soit trouvé.

9 Octobre.

Après diner, le it>i^ Monseigneur ^ Monsieur , Madame, les princesses et les dames sont allés aux toiles , où M. Degvilly avait enfermé six loups qu'on a pris aux lévriers avec beaucoup de plaisir.

i3 Décembre.

Madame la duchesse de Portsmouth, à qui le roi avait donné une pension de la^ooo livres, il y a six inois, a prié S. M. de vouloir bien que la pension passât sur la tête du duc de Richemont son fils, et de la vouloir augmenter de quelque chose. Le roi y a consenti, et Ta augmentée de 8,000 livres, si bien ^qu'il a présentement ao,ooo livres.

* IX Janvier 1690.

Le roi a dit à M. de Chevreuse et à M. de Charost qui lui avaient demandé pour venir à Marly^ que ce voyage-ci il n'y voulait mener que des joueurs.

x3 Janvier.

J'ai appris que l'abbé de Sillery, nommé évêque d'Avranche, avait permuté son évêché contre l'abbé Huet , nommé évéque de Soissôns , et qu'il lui donne 4^000 livres de pension , quoique l'évêché d'Avranche vaille le double du revenu de Soissôns.

iHai

ai jnars.

S; M. fit faire l'expérience d'un dard qui porte une grenade assez loin> C'est une invention d'un Italien qu'a produit lé signor Ammoniô.

x3 Avril.

Le testament de mademoiselle de Guise donne le duché de Joyeuse à M. de Comroercy. Les conclusions de M. l'avocat-général de Lamoignon qui ont été' suivies 9 portent que ce duché sera confisqué au roiy- et comme on ne peut confisquer le bien d'un homme dont le procès n'est pas fait, on travaille présentement à lui faire son procès.

% Mai.

Le roi à dbtuié 10,000 écus à M. de Luxembourg pour faire son équipage ; il ne donne d'ordinaire que ao^ooo livres aux généraux de ses armées«

4 Mai.

Le roi n'a point voulu que les compagnies fissent des services publics pour madame la dauphine, ni des oraisons funèbres. L'académie avait voulu donner l'exemple , et S. M. a loué son zèle. On a voulu marquer quelque différence entre la reine et madame la dauphine. L'archevêque a fait faire des prières particulières et point de publiques.

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