IV
iV. D, A. La dauphine futjpeu regrettée. Elle avait beaucoup d'esprit , mais les mœurs allemandes s'j laissèrent trop sentir dans une cour qui s'était occupée qu'à adorer les volontés et les incliniitions du roi. Le joug de madame de Maintenon parut lui peser , et celle-ci ne le lui pardonna pas* Ses grossesses et ses couches difficiles altérèrent souvent sa santé. Le roi, qui mesurait à sa propre santé celle des autres, lui en sut mauvais gré, et il lui a fallu mourir pour qu'on crit à ses maladies. Elle n'avait jamais étë belle ni rien d'appro-; chant. Monseigneur , qu'elle aimait avec passion , en aimait d'autres , et s'amusait ailleurs. Elle était réduite à passer ses journées av«c Bazzola , sa femme de chambre , qu'elle avait amenée d'Àlieuagne* On a toujours cru que Clément;, son accoucheur 9 l'avait blessée en aa dernière couche. Madame la princesse de Coati fut. aussi fort accusée d'avoir approché d'elle aussitôt après avec des senteurs dont elle n'est pas re— Venue*. Il est vrai qu'une princesse qui , par ce prodigieux mariage , avait fait une si haute fortune j, fut heureuse de ne pas vivre long-temps.
10 Mai.
M. de Montauzier est retombé, et l'on n'efi espère plus rien. M. l'évêque de Nîmes, qui est toujours, wfnnès de lui pour l'exhorter à la otorl^ lui a £9rlem«nt conseillé de voir M. le duc d'Uzès son gendre, et M. de Montauzier le verra demariot, quoique M. d^Uzè& ne veuille pas voir maàmù»' la duchesse d'Uzès sa femme , qw était t&&% ce^ que souhaitait M. de M«>«iitauzier pour lâeher svant sa mort de mettre la paix dans sa maison.
N, D, A, M. de Montauzier était Pressigny die Saint-
Maure , et de fort bonne maison ; beaucoup de oourage , d'esprit et de lettres. Une vertu bérissée et des mœurs ami<|ues firent de lui un bomme extraordinaire ; toutes eboses qui devaient &ire obstacle à sa fortune j et qui la lui firent. Sa femme était Angenoes, fille dé M. de Rambouillet. L'béfel de Rambouillet était , dans Paris , Une espèce d'académie de beaux-esprits, dé galanterie ^ de vertu, et de science j e»r toutes ces eboses^là s'accordaient alors merveiUeusement et le reûdez-^vous de tout ce qui était le plus distingué efi cotfdîtiou et en mérite y un tribunal «vec qui il fallait compter , et dont la décision avait grand poids dans le monde sur la conduite et sur k réputation de» personnes de la cour et du grand monde, autant pour le moins que stor lés ouvrages qui s'y portaient à rextfmen. Ce furent toutes ces eboses , bien plus que la beâuné'de mademoiselle de RàmbouilW qui n'en avait aucune, mais à qui l'esprit et le goôf du temps donnaient forôe adorateurs, qui piqua Mi de jrfontauzier d'être le pfats beureux, et dont la consCauce fut couronnée.
Mais On eut lieu d'être surpris de ce qu'une élève de l*bôtel de Rambouillet, et , pour aSnsi» dire, l'hôtel de Ram^ kouillet eu j^rsoniie, et la femme de l'austère Montauzier succédât, dans la place de dame d*bonneur de la reine à madame de Navailles , é glorieusement chassée pour n'atoi'^ pu tolérer lesr ekittées nocturnes èà roi dans la chambre des tilles, et en avoir muré la porte par où^ il venait, et trouva visage de pierre. Mais ce qui surprit encore davantage, ce fut 1» protection que madnne de Monteispan tf ouva auprès de madane d^ Montauzier , au commentement de sort éclat avec son mari, pour lesf amours du roi, et l'asile que le i*oi luî-mém^ lui dbnna<, eu choisissant M. et niadëime de Mon tauzier pour retirer madame de Montespan ebez eux axi
milieu de la cour, et peur l'j garder conlre son mari. Il y pénétra pourtant un jour , et voulant arracher sa femme des bras de madame de Montauzier , qui crîa au secours de ses domestiques y il lui dit des choses horribles. Quelque temps après y descendant avec son écuyer et ses gens u« petit de* gré pour aller de chez elle chez la reine , elle trouva une fen^me assez mal mise , qui l'arrêta , lui fit des reproches sanglans sur madame de Montespan, et lui parla même à l'oreille « Elle empêcha ses gens de la maltraiter^ et tout éperdue remonta chez elle, s'y trouva mal , et tomba incoiitinent dans une maladie de langueur qui lui fit fermer la porte à tout le monde. On prétendit que sa tête se troublait souvent, et l'on ne sut si cette femme qui lui avait parlé en était une ou un fantôme. Enfin madame de Montauzier, qui ne parut jamais depuis cette aventure ^ en mourut à soixante-quatre ans, au mois d'avril 1671.
Je ne puis quitter M. de Montauzier sans en rapporter une aventure qui le caractérise mieux que tout ce qu on en pourrait dire. Molière fit le Misanthrope, Cette pièce fit grand bruit, et eut grand accès à Paris avant que d'être jouée à la cour. Chacun y reconnut M. de Montauzier, et prétendit que c'était lui que Molière avait eu en vue. M. de Montauzier le sut , et s'emporta jusqu'à faire menacer MoHère de le faire mourir sous le bâton. Le pauvre Molière ne savait où se fourrer. Il fit parler à M. de Montauzier par quelques personnes; car peu osèrent s'y hasarder, et ces personnes furent fort mal reçues. Enfin le roi voulut voir le Misanthrope y et les frayeurs de Molière redoublèrent étrangement, car Monseigneur allait aux comédies , suivi de son gouverneur. Le dénouement fut rare. M. de Montauzier ,^ charmé du Misanthrope, se sentit si obligé qu'on l'en eût cru l'objet, qu'au sortir de la comédie il envoya chercher Molière' pour le remercier. Molière pensa
mourir du message , et ne put se résoudre qu'après bien des assurances réitérées. Enfin il arriva toujours tremblant cbez M. de Montauzier , qui l'embrassa à plusieurs reprises ^ le loua , le remercia^ et lui dit qu'il avait pensé à lui en faisant le Misanthrope y qui était le caractère du plus par^tement honnête hftmme qui pût être , et qu'il lui avait fait trop d'honneur , et un honneur qu'il n'oublierait jamais. Tellement qu'ils se séparèrent les meilleurs amis du monde , et que ce fut une nouvelle scène pour la cour, meilleure encore que celles qui y avaient donné lieu.
M. de Moutauzier, parmi toutes ses façons dures et austères , était infiniment respecté , considéré et craint , et avait beaucoup d'amis. C'était un homme avec qui il fallait compter , pour qui le, roi eut toujours des égards infinis , et beaucoup de confiance, et Monseigneur une déférence totale tant qu'il vécut, et qui, bien que peu affligé de sa mort, a conservé toiqours pour tout ce qui lui a appartenu, et jusqu'à ses domestiques, toutes sorte's d'égards et d'attentions.
La propreté de M. de Moutauzier, qui vivait avec une grande splendeur, était redoutable à sa table , où il a été l'inventeur des grandes cuillers eiàes grandes fourchettes ^ qu'il mit en usage et à la mode^
Il n'v a pas moyen de laisser M. de Montauzier sans faire mention d'une rare anecdote sur Monseigneur, qui avait été élevé dans une singulière innocence de mœurs. Lorsqu'il fut sur le point d'aller à Châlons où il se maria, le roi, qui craignait €^j\ ne fût bien neuf, dit à M. de Montauzier de l'instruire , qui n'en goûta point du tout la proposition. Peut-être s'acquitta-t-il trop légèrement de cette commission. Mais comme il était la vérité même, lorsque le roi lui en demanda dps no^velles, il lui avoua qu'il ayait mal réussi, et qu'il n'es-
péffiilL pas 4e réussir mieux , et le roi de r|jre de sa modeste fraocbise. Il crut donc devoir suppléer au gouyerueur, et prit ])(onseigneur eq particulier dans son cabinet. Mais ce qu'il j eut de plaisant, c'est qu'il n'eut pas mieux le don de se faire entendre, et qu'il en fut si étonné > pour ne pas dire piqué, que trouvant M. de Montau^ier, an sortir de cette belle con-^ versation , « Monsieur, lui dit-ii , je viens de parler à mon « .fils , et vous voyez que j'en sue. Pai tourné tant que j'ai pu , M et à la fin je lui ai dit pendant une grosse derai^beure ce « qu'on aurait boute de dire dans les mauvais lieux , sans « ayoir pu venir à bout de kit faire rien entendre. Au bout «( du compte, il ne faut pas avoir un affront; mettez^le entre M les mains de M. d^Uzès, et qu'il lui en dise tant, qu'il se tt fasse comprendre. Je vous dis très-«érieusement de le faire;; « au moins faut*il espérer que celui-là réussira. » M. de Montauzier répondit d'une révérence , point trop fâcbé que le roi , qui s'était un peu moqué de Iti et de sa retenue , n'y eût fait que blancbir lùi-méme. Il parla à son gendre, et lui livra Monseigneur tête-à-tête, qui crut l'avoir bien instruit. Mais on prétendit qu'à Gbâlons il avait tout oublié , et qu'on fut fort en peine, tellement que la marécbale de ^^*^ qui, à tren^-cinq ans, était encoire frafehe et piquante, lui doana enfin une leçon entre deux portes , qui réussit parfiiiteiueiit ,
et dont personne ne lui sut mauvais gré.
i3 Mai.
Monseigneur qui a eu permission de feire son jubilé par avance l'a achevé aujourd'hui, et s*est confessé ce soir.
a6 Mai.
M. de Savoie livre aux troupes du roi la citadelle
de Turin et Yérue. Il avait «ongé à se sauver dans le Milanais 9 lui sixième et déguisé. Ensuite il avait changé d'avis, et voulait assembler tous ses sujets , et faire main-basse sur les Français. Mais à la fin, après avoir été trois lois vingt-quatre heures enfermé avec aes ministres sans boire et sans nian* ger, il s'est résolu de se soumettre et a pris le bon parti.
29 Mai.
Monseigneur emmène de Strasbourg avec lui le père Dez son confesseur. Il l'avait déjà été à la campagne de Pbilisbourg.
1 1 Juin.
On mande de Paris que M. le marquis de Houillac est mort. Il laisse une fille unique qui sera une grande héritière.
N, D, A. M, de Rouillac était un hoiuive fort extraordinaire ; avec de Feaprit, ni coar, ni guerre, beaucoup de biens, dtf procès et de procédés. C'était lui qu'on appelait le faux duc d'Ëpernon , parce qu'il prétendait l'être , et n'y avait nul droit. Il s'appelait Goth , et était de la même maison que ce fameux archevêque de Bordeaux qui (ut si adroitement pape de la façon de Philippe-le-Bel , transféra la résidence de Rome à Avignon, et abolit les Templiers.
a3 Juin.
Il est venu des ordres du roi à Monseigneur d'envoyer M. d'Urfé, M. de Valence et M. de Mau-
7 a ARTICLES INÉDITS.
giron en prison à Landau , pour ne pas s'être rendus assez à temps à l'armée.
i6 Juillet.
Le roi envoie aux galères les i ^Soo Français qui ont été pris à la bataille de Fleurus. On a laissé sauver le frère (^ Lostange qui fut pris le jour de devant au combat de cavalerie.
ag Juillet
Le roi a permis à M. de Saint-Evremond de revenir en France. Il y a trente ans quHl est exilé , et a passé tout le tefpps de son exil en Hollande et en Angleterre. Le roi a permis aussi à M. Arnaud de revenir à Paris. C'est un homme assez fameux par ses ouvrages, et qui était exilé depuis loug-temps. On ne savait pas même trop bien où il était caché.
3 Août.
A l^is on a fait des feux de joie sur la nouvelle de la mort du prince d'Orapge que le roi n'a pas approuvés. Mais les msigistrats p'ont pas pu contenir le peuple.
N, D, A. On ne se contenta pas à Paris de feux de jwe sur la prétendue mort du prince d'Orange. Ce furent des tables établies dans les rues, où les passans étaient arrêtés pour boire , et il n'était pas sûr de le refuser. Les carrosses et les plus grands seigneurs subissaient comme les autres cette folie
qnî s*itmt tournée en fureur, dont le prince d'Orange fat encore plus flatté , ||uoique piqué , et que la police eut grande peine à faire cesser.
i4Aoàt. «
On mande de Paris que madame de Beauvais est morte. Elle avait été première femme de chambre et favorite de la reine-mère. Le roi lui donnait une assez grande pension.
N. D, A, Cette madame de Beauvais était une créature de beaucoup d'esprit « d'une grande intrigue, fort audacieuse , qui avait eu le grappin sur la reine-mère, et qui était plus que galante. On lui attribue d'avoir la première déniaisé le roi à son profit, qui a toujours eu de l'amitié pour elle et les siens. C'était une femme avec qui les plus grands ont long-temps compté , et qui , toute vieille , bideuse et borgnesse qu'elle était devenue , a de temps en temps continué de paraître à la cour, en grand babit comme une dame , et d'y être traitée avec distinction jusqu'à sa mort.
10 Octobre.
M. le duc de Luynes est mort à Paris. Il n'aviiît ni charge, ni. gouvernement , ni pension.
iV. D. A, M, de Luynes était fort savant, et ava^^ t«|pjours été dans une grande piété. Après la mort de sa première femme, il s'était retiré dans une petite maison joignant Port-Royaldes-Cbamps , où il s'occupait de la prière et d'une littérature sainte. Il y travaillait aussi des mains, et fabriquait des sabots. Cette abbaye célèbre était à peu de distance de sa maison de Dampierre, que les retraites libres et forcées delà fameuse ducbesse de Cbevreuse , sa mère , ont tant fait connaître , et
74 ARTICLES INJHOITS.
^ai a été rendoe si magnifique. M. de Luynes y allait rarement, et se tenait dans sa solitude. A la fin^s amis l'en arrachèrent; mais à peine en fut'^il sorti que, éperduemeut amoureux de la soeur de sa mère^ du même lit que madame de Soubise , et qui était sur le point de faire ses vœux de religieuse , il obtint dispense, et Tépousa. C'était une très-vertueuse personne, et parfaitement belle, qui fut à la fois la tante , la filleule et la femme de M. de Luynes.
17 Octobre.
Le roi mena la roi d'Angleterre et la reine à la chasse du sanglier , et au retour ils virent de la terrasse du grand appartement la curée du cerf que le roi d'Angleterre et Monseigneur avaient pris le matin. Ce spectacle-là aux flambeaux fut très-agréablç.
6 Novembre.
M. de PoBchartrain avait prié le roi de ne le point charger de la marine , parce qu'il n'en a aucune connaissance. Le roi a voulu absolument qu'il s'en chargeât. Il a présentement toyt ce qu'avait M. Gilbert , hormis les bâtimeos.
7 Novembre.
M. le marquis de Béthune, ceUii à qui on avait donné le sobriquet de Casse-Pot^ et qui était exilé, est mort en allant de Chambéry à Avignon où il se retirait , n'ayant plus permission de demeurer
à Chao^ry , depuis qu'op y a prêté serment de fidélité au roi.
37 Novembre.
On a eu nouvelle que l'infaqte de Portugal était morte. On n'a pas voulu la faire ouvrir. Cependant notre ambassadeur mande qu'il ne crpit pas qu'elle ait été empoisonnée.
i3 Décembre,
Le roi a donné à Racine la chaîne i^ordinaire que Torf avait. Il donnera 10,000 liv. à la veuve. La dernière de ces charges qui a été vendue , l'a été 53,000 livres.
a3 Décembre.
M. et madame de Boi|îUon ont envoyé M. le chevalier de Bouillon leur êAs à Turenne, pour quelques discours qu'il av^it tenus d'un^ ée leurs p^çntea. Le r<>i n'a point eu de part à cela.
JV. D. A, Le cbevalier de Bouillon menait une vie fort débaucbée , et de tous points fort étrange. M. de Bouillon , ennujé de ses déportemens , lui en fit une fort romancine. Le clie»valier écouta quelque temps , et puis lui dit qu'il le trouvait bien bon de s^ ifiettfç fi (prt en peine de $a conduite , et biep plaisant df lui en parler aveq tant d'autorité. M« de Bouillon , pl^us irrité que devant, lui répondit qu'il le trouvait bien insolent , et s'il n'était donc pas son père, et en droit de lui parler en père. Vous mon père! lui répliqua le chevalier avec un g^nd éclat de rire ; vous savez bien que non , et
que c'est M. le grand-prieur, et enfile aussitôt la porte. Voilà sans doute ce qui le fit envoyer à Turenne , sans que le roi s'en mêlât.
»5 Décembre.
Le roi a donné à M. Tabbé du Bois^ précepteur de M. de Chartres, une abbaye qui vaut 6,000 liv. de Vente. C'était la meilleure de celles qui vaquaient.
ao Janvier 1691.
M. de Savoie a donné à madame la duchesse royale sa femme , la mortification de mettre ma* dame de Verrue sa dame d'atours.
4 Février.
Le roi a enfin terminé aujourd'hui Tafifaire du duc et du marquis de Givres , et après avoir réglé tout ce qui regardait Ifes intérêts du père et du fils, il les a £siit embrasser. Le roi s'est donné sur cela la même peine qu'aurait pu Êiire un arbitre , ami commun du père et du fils.
ai Février.
Le roi apprit ce soir la mort du vieux VUarceaux. Il avait une pension de 8,000 francs, et les chiens pour renard qui lui en valaient 14 ou 1 5,000.
5 Mars.
M. de Villayer mourut à Paris. Il était doyen
ANNÉE 169 f. 77
du conseil y et un des Quarante de l'académie française.
iV. D, A% Ce bonhomme étaitpleio d'inventions singulières, et avait beaucoup d'esprit. C'est peut-être àlui qu'on doit celle des pendules et des montres à répétition , pour en avoir excité le désir. 11 avait disposé à sa portée, dans son lit, une horloge avec* un fort grand cadrad , dont les chiffres des heures étaient creux ^ et remplis d'épices différentes, en sorte que conduisant son doigt le long de l'aiguille, sur l'heure qu'elle marquait ou au plus près; il goûtait ensuite , et par le goût et la mémoire connaissait , la nuit , l'heure qu'il était. C'est lui aussi qui a inventé ces chaises volantes qui, par des contre— poids, montent et descendent seules entre deux murs à l'étage qu'on veut , en s'assejant dedans , par le seul poids, du corps et s'arrêtant ou l'on veut. M. le Prince s'en est fort servi à Paris et à Chantilly. Madame la Duchesse , sa belle-fille , et fille du roi , en voulut avoir une de même pour son entresol à Versailles , et voulant y monter un soir , la machine manqua , et s'arrêta à mi-<îhemin , en sorte qu'avant qu'on pût l'entendre et la secourir en rompant le mur, elle j demeura bien trois bonnes heures engagée. Celte aventure la corrigea de la voiture , et en a fait passer la mode.
10 Mars.
Le roi a ordonné qu'on mette en prison, jusqu'à la campagne, le marquis deRochefort et M. de Souvré, pour un démêlé quHis ont eu chez M.d'Pxelles, à Strasbourg.
fi Mars. ^
Le roi a voulu que M. le comte de R^uens se
-8 ARTICLES INEDITS.
défasse du régiment de Furstemberg , parce qu'il a appris qu'il est dans les ordres ^ étant chanoine de Strasbourg. Il conservera la pension de 4^ > oo fr. qu'il avait.
4 Avril.
M. le marquis dq Seyssac, qui a eu' permission de revenir en France , a paisse dans l'armée de M. le maréchal dHumières , s'en allant à Paris. Il y a long-temps qu'il était exilée
5 AvriL
L'âbbé de Feuquières , qui avait soixante - dix ans passés, et qui était venu par curiosité pour voir le siège, tomba malade dans la tranchée en arrivant. On le porta le lendemain à Valenciennes, où il est morte
N. D. A, Cet abbé de Feuquières était un oncle de Feuqilières €% de Ràbenac ^ fort dans le monde autrefois ; et qui sVtait mis toute sa vie sur le pied de suivre le roi à farmée y où le roi; pour la singularité, le traitait bien, et le voyait rarement ailleurs.
x5 Avril.
Madame de Montespan a été quelques jours à Clagny, et s'en est retournée à Paris, et elle dit qu'elle* n'a pas absolument renoncé à la cour, qu'elle verra encore le roi quelque temps, et qu'à la vérité on s'est un peu bâté de faire démeubler son appartement.
AIINÉE 169Ï. 79
a6 Avril.
Mademoiselle Piron a épousé ce rqiatii] le inar» quis de \^illars. Ses affaires étalent fort embarras-sées, et avec l'argent qu'il tire de ce mariage , il sauve une terrt assez considérable auprès de Mantes.
17 Mai.
M. le duc de la Force, qui est sorti de la Bastille depuis quelque temps , où il a achevé de se faire instruire de la religion et a communié , a eu permission de revenir à la cour y et a fait la révérence au roi. Sa femme est encore dans le château d'Angers.
j^r Juin.
Les secrétaires du roi lui ont donné les trois millions qu'il aurait tirés de la création des soixante charges nouvelles. S. M. a augmenté leurs gages, et leur donne une diminution de 200,000 livres.
f I Juio.
Le roi a fait encore cette semaine pour cinq millions d'affaires extraordinaires , qui sont presque toutes de créanciers dfe charge.
10 Jaii]«
Depuis le changement des monnaies , on m a frappé à la marque Bouvedte pour troi^ cent vingt-
ARTICUS INÉDITS.
sept millions , et on continue toujours de porter * les vieilles espèces. On n'avait pas cru qu'il y eût tant cfargeirtdaos le royaume
■ y$ Juillet.
L'abbé de Lamet est lûort. C'est un homipte qui avait été dans les affaires du cardinal de Retz , trèsconnu pendant les troubles de la régence.
19 Juillet.
Le roi supprime tous les droits qu'aVaient les loueurs de chevaux dans tout le royaume, qui étaient fort à la charge du peuple. On dit qu'ils achetaient ce droit de M. de Louvois , Ce qui lui valait beaucoup.
« ai Juillet.
On a fait emprisonner un f rotteur savoyard qu'on soupçonne avoir mis du poison dans une aiguière qui était dans la chambre de M. de Louvois , dans laquelle il buvait souvent ; il y avait même bu après son diner , le jour qu'il mourut.
i«' Août.
La duchesse âe Schomberg est morte à Paris.
Elle était sœur de M. de Hautefort ; elle avait été aimée de Louis XIII , et toujours en grande réputation de vertu.
A. D, A, Le roi Louis XIII, de l'iimour de qui toute la
cour s'apercevait, oe pouvait se lasser de parler d'elle à M. de S* S*"^ , sou favori > qu'il fit depuis duc et pair , et te favori jeune et fort galaut ne pouvait consprendre une pas— sion qui n^allait point au but. Un jour y lassé de ces propos peu concluans, il en demanda «la raison au roi, et ajouta avec la liberté de la faveur et de l'âge , que s'il avait peine à faire quelque proposition à sa belle , il ^u'&vait qu'à l'en charger, et que son affaire serait .bientôt faite. Mais à l'instant Louis XIII, prenant un visage sévère, « Ne vous avisez « jamais , lui répondit-il , de me tenir de pareils discours. Il « est vrai que je suis amoureux , et que je n'ai pas pu m'en « défendre , parce que je suis bomme. Mais je sais ce que je « dois à Dieu , qui me défend d'aller plus loin , et que je lui « dois d'autant plus d'obéissance et de soumission , qu'il m'a « mis au— dessus de tout* » Pliit à Dieu qu'en une si grande chose , et en bien d'autres , le roi son fils l'eût imité !
3 Août.
On a arrêté un Suisse à Strasbourg, qui a fait sauter deux ou trois petits magasins. Les ennemis lui donnaient cinquante pistoles pour chaque magasin qui sautait. Il a dit qu'un de ses camarades s'était chargé de tuer M. de Chamilly.
3i Octobre.
Le roi a fait donner quatre mille pistoles à M. le Grand , et deux milita au comte de Grammost , pour des avis qu'ils avaient donnés à M. de Pontchartrain.