‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 4)Chapitre 6 sur 19 · IV · texte numérisé non relu

IV

8j articles- inédits.

a Décembre.

Il y a une dispute entre M. de Bouillon ^ grandchambellan , et les premiers gentilshommes de la chambre , pour un banc que ceuis-ci ont fait mettre sur ïe théâtre de la salle des comédies. Le grandchambellan prétend y avoir sa place de droit.

5 Décembre.

M. de Mauroy , missionnaire , qui était curé et directeur des Invalides , a fait banqueroute, et a emporté plus de 4^^000 écus. On a découvert beaucoup d'histoires scandaleuses , et il y a même des dames de qualité mêlées dans cette affaire.

la Janvier 1693-.

Jx roi d'Angleterre souhaitait que le roi fît habiller de rouge tous les régimens irlandais , et qu'ils eussent une paie plus forte que las français. Mais cela ne se. fera point,

17 Janvier.

Le roi a ordonne au prévôt des marchands de faire bâtir des casernes pour loger les gardesfrançaises et suisses. On y travaille actuellement ^ et ce sera un grand soulagement pour les habitans^ de la ville et des faubourgs de Paris^

ANNÉE 169a. 83

3 Février.

Le roi a ordonné qu'on fît sortir de la Bastille M. le prince de Courtenay et M. de la Vauguyon. Le dernier a ordre de s^en aller dans ses terres ^ sans revenir à la cour.

7 Avril.

Le roi alla ensuite à. Saint-Germain voir la reine d'Angleterre 9 qui est assez incommodée. On craint qu'elle ne se soit blessée pour avoir trop long-temps été à genoux.

39 Avril.

Le roi a réglé que tous ses lieutenans-de-roi nouveaux paieraient j pour la prestation de leur serment, cent cinquante pistoles à ses premiers valets de chambre.

Le rdi alla à Mons. Les chanoinesses en corps y vinrent le coitiplitiienter. Le roi , Monseigneur, et Monsietir , les bâisèretit touteà. Après les chanoi^ n^sesy les magistrats saluèrent le roi. irs se vovh hvteht mciltre à genoux en le haratiguant ; mm il les fit relever, et voulut qu'ils lui parlassent de^ bout , honneur dont ils ont été très-contens.

àt Jdin.

On a trouvé ehe» les jésuites de la ville dé Namur

douze cent cinquante bombes toutes chargées, dont ces bons pères avaient tenu le cas fort secret. Le roi, mécontent de leur conduite là-dessus, a chassé le recteur, et Fa erivoyé à Dole.

aa Juin.

11 y a présentement trente-trois ingénieurs de tués ou blessés depuis le commencement de ce siège , mais il en reste encore autant qui se portent bien.

3 JaiRet

Le roi partit du camp devant le château de Namur, sur les huit heures. Avant que d'en partir^ il fit prêter le serment de fidélité à Tévéque de Namur.

8 Juillet. ^

On a nouvelle de Rome qu'on a préconisé encolle quatre évéchés , dont deux étaient vacans par la démission d'évéques qui étaient de l'assemblée de i68a. On espère que les évéques de cette assemblée auront aussi des bulles. Le pape avait ordonné des prières publiques pour le rétablissement d'un roi catholique, et pas un cardiûal italien n'y a assisté ,. que le cardinal Madelchini, qui est dans le parti de France.

zo Juillet.

Madame la grande-duchesse, qui a eu de grands

sujets de se plaindre de madame de Montmartre , a enfin obtenu permission de M. le grand-duc de changer de demeure. Le roi y a consenti , et elle s'est mise dans le couvent de Saint-Mandé, près de Yincennesy où est abbesse une madame deGrancé.

19 Juillet

On mande de Hollande que Wanbuneing a dit , en parlant du combat naval (de LaHogue) et de la prise de Namur, qu'on avait coupé les cheveux au roi de France , qu'ils lui reviendraient l'année qui vient, et que le roi de France avait coupé un bras aux alliés, et qu'il ne reviendrait point.

14 Août.

M. le duc d'Albj:et , qui , par la mort de M. de Turenne , devient aîné de la maison de Bouillon , quitte ses bénéfices ^ mais il ne quittera point son nom. Il ira servir dans l'armée de M. de Catinat.

iV. D. A, M. de Turenne mourut en écrivant à sa maîtresse, ce qui n'empêcha pas le cardinal de Bouillon d'exiger une oraison funèbre , du père Gaillard , qui eut la complaisance de la faire. Il fut fort regsetté de sa famille, dont il avait tout l'esprit. .

* a Septembre. *

Le roi et le roi d'Angleterre sellèrent tirer dans le parc , pour voir qui tuerait plus de gibier des deuiT. Le roi se fit même un peu de mal à l'épaule, en tirant*

3 Septembre.

M. de Saint-Pierre et M. le chevalier des* Adrets, qujl furent mis en prison , Tannée passée j pour avoir voulu faire une remontrance au roi, au sujet de l'école de marine du Petit - Renaut , ont été cassés. Us étaient capitaines de vaisseau ^ et sont même en réputation d'être bons officiecs.

a4 Septembre.

On a eu nouvelle que M. de Savoie avait att^* donné Embrun et GuiUestrç , après-en avoir fait sauter quelques tours ; mais ils nfi l'ont pQÎçt brûlé. M. Caprara s'excuse même de ce qu'on a brûlé Gap, par dire que s'il y eût au des habitans , on n'y aurait fait aucun désordre. Toutes leurs troupes repassent dans leur pays , et ils oAt eu la mortification de voir que , pendant qu'ils ont été en Dauphiné y pas un religionnaire n'a branlé.

6 Octobre.

Les armateurs en Bretagne onttant fait deprises, qu'on ^roit que M. de Chaulnes a eu pour sa part 8 à 90O9O00 francs. Il a le dixième , ayant les droits d'amirauté, qui sont attachés au gouvernement de la province.

Quelques armateurs de Sainl-Malo ont pris des commissions du roi d'Angleterre, et portent sa bannière. Par là , ce sera le roi d'Angleterre qui

profitera de ce qui serait revenu à M. de Ghaulnes des prises qu'ils feront , et le roi a permis aux armateursti'en user ainsL

I % Octobre.

On dit qu'on murmure fort en Hollande contre le prince d'Orange ; et le roi a conté am roi d'Angleterre, qu'un bateleur à Amsterdaip avait dj|t, sur le théâtre, qu'il voulait changer de condition, et se faire une destinée à souhait : que pour cela il ne voulait pas être empereur des Turcs, parce qu il avait trop de femmes ; ni empereur des chré-* tiens, parce qu'il avait à répondre à trop de princes, et qu'il était entouré de trop de jésuites ; ni pape , parce qu'il fallait être trop vieux ; ni roi d'Espagne, parce qu'il était trop gueux; ni roi de France, {>arce qu'il avait trop d'ennemis : mais qu'il voulait être le roi Guillaume , parce qu^il prenait de l'argent de fous côtés, et qu'il ne faisait rien. Ces pasquinsdes n'empêchent pas le prince d'Orange d'en user en maître dans toute la Hollande , et il a cassé les bourgmestres.

116 Octobre.

Le roi fait venir de Proyence une chiourme pour deux galères. Celles qui étaient demeurées à Rouen, on neut les envoyer à Brest, pour essayer si on ne pourra ^int se servir de ces galères-là sur la Seine.

On n'e$t pas. content de l'épreuve qu'on en fit il y

a deux ans. .

• 32 Octobre.

Le roi courut le cerf dans une calèche à quatre chevaux qu'il mena lui-même. Messeîgneurs les ducs de Bourgogne et d'Anjou étaient à la chasse à cheval , et toutes les princesses à cheval aussi ; et il^ furent tous à la mort du cerf.

2 3 Octobre.

Le pape donne des bulles aux évéques de Mqptauban , de Gap , de Sériât et de Lavaur. Il leur en avait refusé jusqu'ici parce qu'ils s'étaient trouvés, . en i688, chez M. l'archevêque de Paris, et que l'on prétendait à Rome qi/ils avaient adhéré k l'appel au futur concile. Il ne reste plus poiu* finir toutes les affaires que de donner des bulleft aux évêques qui ont été à l'assemblée de i68a.

3 z Octobre.

J'ai appris que le colonel Stoppa était mort de^ sa blessure, à Mons, il y a déjà quelque temps. On l'a enterré ^ur les rempart^ de la ville à cause qu'il étqit protestant. Le ré^^oient suisse qu'il avait a été donné à Sorbec.

1 5 Novembre.' ^

Desgrez alla ces jours passés, par frdre du

roi y à Saint-Mandé. Il prit l'abbesse et la ïneûa k Malenouë. Le railui a donné trois commissaires. Elle avait eu de grands démêlés -avec madame la grande-duchesse qui est retirée dans son abbaye.

3 Décembre.

Le comte dfi Grammont , qui est malade à Paris depuis Fontainebleau, reçut ses sacremens. Il a

soixante-treize an&, et on ne croit pas quil puisse réchapiper. ^

N. D. A. Quoique la mode du temps Teût fait aller fort à la guerre , il n'j avait jamais brillé ni espéré de s'avancer. Il fut quelque temps à M. le Prince ^ Q,t se prostitua yolon* tiers pour attraper; grand escroc et grand faiseur de dupes au jeu, de l'esprit, des gasconnades, de l'impudence , de l'effronterie , de la bassesse , et de toutes les misères à l'avenant, dont ses propres mémoires , faits et avoués par lui , font une foi singiidière. Avec tout cela, fort dans le grand monde , et de la cour, où à la fin il attrapa les premières entrées cbez le roi , à qui il se rendit agréable par son assiduité , ses bouffonneries , et se montrer valet à tout faire. Il fut également le mépris et la terreur de la cour, par tout ce que son âge, sa faveur, et sa malice lui dcAinaient le droit de dire, et même en fkce. Il avait toujours vécu d'industrie , et les ministres le ménageaient , et lui facilitaient des grâces pécuniaires. Son visage étak d'un vieux singe. Sa femme, qui avait le port et l'air d'une reine , en avait aussi toutes les niam^res. Rien ' de plus salé , de plus instruit ^ <le plus digne , de plu^ trayé pour ses compagnies , ni de plus re— cbercbé à la cour. Son dédain naturel était tempéré par une piété baute et éclairée qui ^en avait fait une véritable

fénUenM. Le roi avait pour eUe un goût qiw la jalousie et l^t dç madame de Mamtenon , tt toutes les carres du jansénisme, qu'elle ne redoutait guère, ne purent jamais vaincre. Elle avait tant d'esprit , qu'elle en donnait aux autr^, et qu'elle alliait les devoirs et le respect de femme, avec la plus parfaite connaissance et le plus vrai mépris des déportemens et des misères de son mari. Elle lui apprit da^ cette maladie les premiers éléq;iens 4e la religion , ^l comme elle lui récitait le Pater y « Comtesse, lui dît son « 'mârî^ répétez-moi encore cela; cette prière est belle^Qui « l'a faite ? » Telle était son ignorance. Ils n'eurent ^e deuk filles^, laides, et plus dans les aventures et le gi;and monde que les belles.

. igDécembjDe.

Le pape refuse toujours de donner des bulles

à nos évéques qui étaient de rassemblée de 1682.

.11 p^siste à vouloir une rétractation en &>rme

de ce qui se • fit dans cette assemblée , et é'est ce

qu'on n'accordera jamais en France.

as Déœitilire.

L'abbesse de Saint-]\j^ndé , qui fut amende il y

a quelque temps par Desgrez à Malenouë, y est

morte. Elle y a tQujours été malade.

17 JaiMFier 1693.

Le roi a donné 5o,ooo écus d'argent comjiCant à M. le duc de Larochefoucault pour lui aider à finir des affaires embariçassantes,, grâce très-con-

sidérabie en ce temps-ci ^ et que le roi a accompagoée de beaucoup de u^arques d'amitié.

L'abbé Colbert, frère de M- de Seigoelay, qui avait 407O00 livres de rente en bénéfices en a donné sa démission , et s'est mis dans les mousquetaires.

37 Janvier.

Le prince de Danemarck vint ici au lever du roi, après que S. M. eut pris sa chemise. Le roi de Danemarck son père étant incognito j comme celui-ci, en 1668, donna à Paris la che* mise au roi. Celui-ci pe l'a pas fait.

• 5 Février.

M. de Mauroy qui avait été condamné aux galères, le roi a commué la peine, et l'en Voie à l'abbaye de Sephons., à condition que s'il fait la moindre tentative pour se sauver, il sera mis aux galères à perpétuité.

M. Vadeau de Grammont a été arrêté et conduit à la Conciergerie. Il â fait rébellion et a tué un archer. On lui fait son procès les chambres assemblées^ parce qu'il est conseiller au parle^ ment. Il jpi a lin aa qu'il avait squtenu un siège dans sa maiaon, et avait tué un sergent.

ao Février.

M. de Larochefoucault donna le bâton au roi

d'Angleterre et au prince de Danemarck, bon* neur dont ce prince fut fort touché , pai*ce qu'il sut que le grand-veneur ne rendait pas même ce respect-là aux princes du sang.

1 1 Mars.

Le roi demandait aux ecclésiastiques une p^stole par ai'pent de bois qui n'avaient point été coupés selon les ordonnances, et cette af&ire aurait monté à une très-grande somme. M. Tarchevêque de Paris l'a accommodée pour le clergé avec M. de Pontchar train. On donnera 4^000,000 de livres au roi , et l'arrêt donné n'aura plus lieu.

ai Mars.

La maladie de la grande mademoiselle continue.

Elle a une suppression d'urine, et on la. croit en très-grand péril. On prétend qu'elle a fait un testament. Elle a encore plus de aoo^ooo livres de reiïte à donner.

sa Mars.

On attend un beureux succès de l'entreprise où marche le comte d'Estrées avec les vingt vaisseaux du roi. Le dessein est d'aller brùkr les vais^seaux du roj d'Espagne qui sont à Baye dans le royaume de Naples. Ità s'attendent si peu d'être attaqués qu'on a nouvelle que Papacbin qui les commande est allé en pèlerinage à Rome.

s8 Mars.

Les nouveaux maréchaux prêtèrent le serment que M. de Torcy lut. Après cette lecture, le roi lui donnait sa canne qu'il mettait entre les mains du maréchal de France qui prêtait serment , et le maréchal de France la rendait au roi. Autrefois, en pareille occasion, on leur donnait un bâton fleurdelisé. Voilà pourquoi ils le portent encore à leurs armes.

II Avril.

Mademoiselle porta le cœur de mademoiselle Montpensier au Val-de-Grace. Les entrailles Ont été portées aux Célestins, à la chapelle d'Orléans.

N, D, A, Les entrailles de Mademoiselle , apparemment mal embaumées , firent crever le vase qui les enfermait avec un tel bruit , que les dames , ]ei feuillans , et tout ce qui gardait le corps , s'enfuirent , et se pensèrent étouffer aux portes avec une peur étrange.

18 Avril.

M. de Lafond^ qui servait l'année passée d'intendant dans l'armée d'Allemagne, n'y servira point.

N. D. A. Lafond, intendant de Franche-Comté, et de l'armée, écrivit, la campagne précédente, une lettre à Barbésieux , par laquelle il censurait fort la conduite du maréchal de Lorge, sur les mouvemens de la campagne. Ces lettres furent prises par les ennemis, qui les renvoyèrent ouvertes au

maréchal , par un trompette , et mirent sur celle de Lafond : Ne sutor uUrà crepidam. Le maréchal sur cela la lut , et le fit chasser à son tour.

ao Avril.

Les chevaliers de Saint-Lazare, faits depuis l'année 7 2 y ont eu ordre du roi de quitter toutes les marques. Mansard et Le Nôtre étaient de ce nombre, et le roi, pour les dédommage, les a nommés cheyaliers de Saint-Michel, et les a fiiit recevoir aujourd'hui par M. le duc de Beauvilliers. C'est toujours un chevalier du Saint-Esprit que le roi charge de recevoir les chevaliers de Saint-Michel.

1er Juin.

Le roi a appris ce matin la mort de l'archevêque de Lyon. Il avait quatre-vingt-six ans, et beaucoup de bénéfices. Il était lieutenant-de-roi du Lyonnais.

N, D, A. Cet archevêque , frère et oncle de deux maréchaux de Villeroi, peut être considéré comme le dernier seigneur qui ait été en France. Il commandait dans Lyon et dans tout le gouvernement , avec une pleine autorité , sans inspection de personne , et rien ne s'y faisait que par lui. II avait Un grand équipage dé chasse , et devenu aveugle à la fin de sa vie., il allait encore à la chasse à cheval entre deux écuyers. Il vivait magnifiquement. Tout tremblait sous lui , la viUe, les troupes, jusqu'à l'intendant. Nul intendant n*y subsista qu'à titre de son valet à l'aveugle. C'était un petit

prestolet , à mine de curé de village ) aussi haut que son frère était souple^ qui le menait k la baguette, et son neveu au bâton , qui avait plus d^esprit et de sens encore que son frère, fut peu arcberéque ^ et moins ccmnoandliiitqtte roi de ces provinces qu'il ne quittait presque jamais.

10 Juillet.

La paix est faite avec les Tripoiins. Nous leur rendrons autant d'esclaves Tripoiins qu'ils nous rendront de Français, et pour ceux que nous avons de plus, ils paieront i5o piastres de chacun. Ils donneront trois barques chargées de blé, enveiTont plusieurs barbes au roi, et feront apporter à Marseille tout ce qui se trouvera dans les ruines de Lébida ( l'ancienne Leptis) qui méritera d'être transporté.

5 Août.

M. le nonce vint hier faire compliment au roi sur la bataille gagnée en Flandre. Le roi lui dit qu'il pouvait assurer S. S. , que plus ses armes seraieot victorieuses , et plus il désirerait la paix. Ensuite il lui dit : <c Je crois, monsieur, qu'à Ta- « venir les ennemis ne seront pas bien aises de se « trouver devant une armée de Français. Mais j'ai « tort de dire une armée de Français; il faut dire a une armée de France, car la mienne était com- « posée de plusieurs nations qui ont toutes égale- « ment bien fait. ▼

la Septembre. \

M. le npnce vint ici apporter au roi un bref du pape> et dire qu'A avait ordre de S. S. de rendre compte au roi qu'on était demeuré d'accord de la lettre que devaient écrire les évéques de l'assemblée de i68a , moyennant laquelle ils auront leur bulle. Ainsi voilà une afiaire finie.

ai Septembre.

Raisin, fameux comédien, mourut ces jours passés à Paris.

N. D. A, Sa femme était parfaitement belle , et excellente actrice. Monseigneur en fut amoureux. Cette inclination dura assez pour qu'il y eût des enfants, et que cette comédienne méritât les soins des courtisans éveillés , et même ceux du maréchal de Noailles , qui , avec sa grande dévotion , lui en . rendait beaucoup.

37 Septembre.

M. de Pile a fait un traité avec le roi , par lequel il s'oblige de fournir tous les jours à Paris cent mille rations de pain à deux sous la livre, pour les pauvres. On fait les fours dans le Louvre.

Le prince Philippe est mort ce matin à Paris. Il avait trois abbayes considérables, Corbie, Saint- Médard de Soissons, et Notre-Dame-duJar, que le cardinal Mazarin lui avait laissées en montrant.

iV. D. A, Ce prince, grand escroc et grand débauche, mourut fort promptement. On moralisait là-<lessus en pré-

senre de la maréchale de la Melleraye , ayec grand doute de 9011 salut. « Je TOUS assure , dit la maréchale fort sérieuse- « ment, qu'à des gens de cette qualité-là Dieu y regarde « bien à deux fois pour les damner. >» On peut juger par— là quelles idées la vanité avait données à cette femme, qui d'ailleurs avait beaucoup d'esprit.

14 Octobre.

Le Broussin est mort à Paris. Il était frère aîné de Duranché , et était fort connu par le goût qu*il avait pour la bonne chère.

6 Novembre.

Le roi d'Espagne a accordé au général des Carmes le traitement de grand d'Espagne de troisième classe. Jusqu'ici on n'avait accordé de pareils traitemens qu'au général des Capucins , au général de l'ordre de Saint-François, et à celui des Dominicains. Il a fait cette grâce au général des Carmes, parce qu'il est Espagnol. Le roi en France les traite comme les envoyés des têtes couronnées.

9 Novembre.

Le roi a donné une pension de 1,000 écus à M. Daquin , qui était son médecin ordinaire , et frère de son premier médecin^ parce qu'il sort fort pauvre de sa charge.

N. D. A, Le frère premier médecin, était fort ignorant et fort intéressé. Il devait sa fortune à madame de Montespan ^ IV. 7

et fut sacriEé à madame de Maintenon. La veille qu'il fut chassé j le roi lui parla pendant tout son souper , et le traita à merveille. L'ordre était donné à Pontchartrain de l'aller congédier avant le lever. Il eut pour successeur Fagou , sa— vant homme en tout genre , grand médecin , d'infiniment d'esprit et d'agrément dans l'esprit , excellent courtisan , fort respectueux envers les seigneurs , point intéressé , mais do— minateur despotiquement des médecins et de la médecine. Une figure hideuse, un accoutrement singulier, et singulier en tout son vivre, asthmatique, bossu, et une grande connaissance des gens qui lui arrachaient quelquefois des apophthegmes. ^

1 1 Novembre.

Le parlement doit s'assembler ces jours-ci ex* traordinairemeut , pour des réglemens de police ^ et aviser aux moyens qu'il y a de remettre l'abondance dans Paris.

a3 Novembre.

On a mis à la Bastille le chevalier de Montavel f pour n'avoir pas voulu faire recevoir dans son régiment un lieutenant qui apportait un brevet signé de M. de Barbésieux.

3o Novembre.

Le roi nous a dit à son coucher qu'on lui avait tant représenté que les officiers qu'on tirait des cadets servaient mal , qu'il avait résolu de casser les quatre mille cadets qu'il entretenait. Ce seront les colonels présentement qui mettront les officiers

dans leurs régimens ; mais ils seront obligés , avant de les recevoir, de les amener ici au bureau, afin qu'on les voie.

• 19 Décembre.

M. de Fieubet sortit ces jours passés de sa retraite pour venir voir le roi qui le reçut fort bien , et le fit souvenir quil lui avait promis que tous les ans il le viendrait voir une fois. Il garde toujours sa place dans le conseil.

JV. D, A, Le roi était fort attaché à voir sa cour grosse, même des gens dont il se souciait le moins. C'était un démérite sûr de n'y être que peu et rarement. Il était vraiment piqué contre ceux qui étaient connus de lui , qui se retiraient par dévotion, et quittaient le monde, et ne le voyaient plus. Il en parlait toujours avec amertume , et cherchait occasion de le leur faire sentir; tellement qu'il fallait, au moins une fois l'année, s'aller présenter devant lui. C'était acheter à coup sûr non-seulement repos, mais considération qu'il prenait plaisir à témoigner.

9 Janvier 1694.

M. le Prince qui a fait légitimer depuis six mois mademoiselle de Guenany sa fille , à qui il a fait prendre le nom de Chateaubriand , a demandé au roi pour celui qui l'épousera la lieutenance-deroî de Bresse , vacante par la mort de M. d'Entremont, et le roi a été bien aise de faire ce plaisir-là à M. le Prince.

loo ARTICLES INÉDITS.

I» Janvier.

Madame Guyon , femme de grande piété , mais accusée d'avoir des opinions un peu singulières sur la religion j et de les avoir inspirées à quelques dames, s'est éloignée de Paris. On ne sait si elle en a reçu Tordre, ou si elle Fa prévenu.

14 Janvier.

Le roi et Monsieur veulent que madame la duchesse de Chartres appelle madame la Duchesse et madame la princesse de Conti ma sœwr^ quoique les autres l'appellent Madame.

N. D, A, Cet ordre du roi à ses filles , vient de ce que les deux princesses du sang, piquëes de voir leur cadeUe an— dessus d'elles , et n'osant pourtant l'appeler ma sœur, l'appelaient ma mignonne y par un air de familiarité ai^e^ouce, d'autant que l'aîr , le visage et la taille de la petite-fille de France n'avaient rien de mignon. Gela à la fin offensa Monsieur, qui attira cet ordre, dont madame la Duchesse, encore plus que madame la princesse de Conti , eut un extrême dépit.

a3 Mars.

M. le prince de Conti a eu nouvelle de Neuchâtel que les Etats du pays avaient reconnu madame de Nemours pour souveraine. Ils ont jugé que M. de Longueville n'avait pas pu disposer de sa souveraineté, et qu'elle passait de plein droit aux héritiers.

ANNÉE 1694. loi

i5 Mai.

Le roi a ordonné à Monseigneur et à tous les généraux de ne lui point envoyer de courriers cette année que pour des affaires de la dernière importance. Il y a des années où la dépense des courriers a monté à 5oo^ooo écus. Le roi fait encore d'autres retranchemens. II y a déjà quelque temps qu'on a donné congé à tous les ouvriers des Gobelins^ et qu'on ne paie plus l'académie des sciences et la petite académie que M. Bignon avait fait établir pour la description des arts.

19 Mai.

On a nouvelle que l'électeur de Saxe est mort de la petite vérole. . Une dame de sa cour dont il était amoureux , et que l'Empereur avait fait comtesse pour l'amour de lui, était morte quelques jours auparavant du même mal , et il ne l'avait point quittée durant sa maladie.

x4 JuiD.

On fait nettoyer avec grand soin dans le grand commun et dans les rues de Versailles , d'où l'on' chasse tous les pauvres de la campagne. On craindrait que le grand nombre n'y apportât du mauvais air.

ao Juin.

La consternation est grande en Espagne depuis

la perte de la bataille. Il y a quelques villes où ils sont très -irrités; et à Saragosse ils ont égorgé tous les Français qui y étaient, même ceux qui étaient naturalisés, sans distinction d'âge ni de sexe.

3 Juillet.

La désertion commence \m peif dqns notre armée de Flandre, plus parmi les Suisses que parmi les Français. Monseigneur ^% toujours dans son camp de Saint-Tron, et Ta quelquefois manger chez les généraux. On se divertit fort dans cette armée-là.

8 Juillet.

On a arrêté à Paris mi gros marchand de blé, fort riche , appelé B-oger, qu'on croit mauya^is converti, et qui a une sœur auprès de ta princesse d'Orange. On l'accuse d'a,voir, p^r bie^uc^Mp de mauiDais moyens, fort contribué à faire renchérir le blé dans Paris. On prétend aussi qu'il avait beaucoup d'émissaires dans les marchés des environs.

Le roi veut qu'on appelle présentement Jean- Bart le chevalier Bart.

a5 Juillet.

Les ennemis se sont retirés de devant Dieppe, après avoir fait jouer une grosse machine qui n'a

ANNÉE 1694. io3

pas fait grand mal. Mais les bombes en ont Ëiit beaucoup. Il y a plus de douze cents maisons brûlées ou renversées. Ils font voile du côté du Havre, et l'on croit qu'ils veulent aussi bombarder cette place.

39 Juillet.

La flotte ennemie bombarde le Havre ; mais jusqu'ici ils n'ont pas fait grand désordre. Le maréchal de Choiseul a mis un grand ordre parmi les habitaos, elle feu est éteint presque aussitôt qu'allumé. Il s'élève un asseï; grand vent qui obligera

la flotte à s'éloigner.

i5 Août.

Le roi alla à vêpres, et ensuite i\ y eut procession dans la cour. Cette procession fut établie par le feu roi quand il mit le royaume sous la protection de la Vierge. Avant cela il était sous la protection de saint Michel, et plus ancienneHient sous la protection de saint Martin.

16 Août.

On a nouvelle que M* Arnaud est mort. M. de Pompone a dit au roi qu'il ne savait pas précisément en quel endroit^ et qu'il croyait que c'était à Liège ou à quelque ville de Flandire. M- Arnaud était un docteur de Sorbonne, Êimeux par ses ouvrages, par sa vertu et par la vie qu'il a menée.

io4 ARTICLES INÉDITS.

Depuis, l'année i64i il a presque toujours été caché j et n'a paru en ce pays-ci que deux ou trois ans. Madame de Longueville l'avait tenu longtemps caché dans sa maison , où elle lui portait à manger elle-même. Il était frère du feu évêque d'Angers et du père de M. de Pompone.

iS Août.

MM. de la ville de Paris vinrent présenter au roi le scrutin des nouveaux éche vins. M. Turgot, maître des requêtes et gendre de M. Pelletier, fit la harangue. Le prévôt dés marchands, les échevins et celui qui harangue, ne parlent qu'à genoux.

3o Août

M. de Cour, un des plus savans hommes du monde , très-honnéte homme , qui était attaché à M. le duc du Maine , est mort de maljidie à l'armée. Il était neveu du fameux M. de Saumaise.

lo Septembre.

M. de Fieubet est mort ce matin dans sa maison de Yillefli proche Paris. Il y a déjà plus de trois ans qu'il avait quitté le monde, et s'était retiré aux Camdldules de Gros-Bois.

N. D, A, C'était un homme pleia d'esprit, d'agrément, de saillies originales , et fort répandu dans le monde. Il mourut dans sa retraite, d'ennui et de jaunisse. Le 61s àe Pont— cliartrain étant allé l'y voir un jour , lui demauda ce qu'il

ANNÉE J694. io5

faisait là. « Franchement, lai répondit-il , s'il faut vous le « dire , je m'ennuie ; c'est ma pénitence. Je me suis assez <« diverti pour cela. » Allant un jour dans une voiture avec Courtin, l'ancien ambassadeur^ à Saint-Germain où était la eour , ils furent attaqués par des voleurs , et dévalisés assez poliment. A peine ceux-ci les eurent-ils laissés, que Courtin , d'un air triomphaux, montra à Fieubet une bourse d'or , qu'il avait subtilement coulée dans ses chausses, pendant la visite de ces messieurs. Aussitôt Fieubet, mettant Ja tête à la portière, rappelle les voleurs à grands cris. Ils reviennent , et il leur dit : « Messieurs , j'ai vu à vos manières que vous étiez H d'honnêtes gens, crojant galamment les gens sur parole. « Monsieur vous a escroqués. Je ne veux pas être son com- <t plfce. Fouillez , et vous ne perdrez pas vos peines. » Les voleurs trouvèrent facilement la bourse , que Courtin stupéfait tenait encore à la main. La cour rit beaucoup de J'aventure , et surtout de la colère de Courtin , qui garda longtemps rancune à son ami , moins pour la somme perdue , qu'à cause des railleries dont il fut l'objet. L'abbé Anselme , qui, de précepteur de M. d'Autin , devenait déjà illustre par son éloquence en chaire , fit l'oraison funèbre de Fieubet , et ep trouva un texte si heureux pour un magistrat , mort dans la retraite volontaire , qu'on ne peut s'empêcher de le mettre ici : Conterebam molas iniqui , el de dentibus ejus aufere-

ham prœdam , dicebamque , in nidulo meo moriar,

37 Septembre.

Le roi courut le cerf en calèche avec madame la duchesse de Chartres, Mademoiselle et madame la Duchesse. On courut c^eux cerfs , et comme le le second était aux abois , un cerf de change bon-

io6 ARTICLES INÉDITS.

dit, et renversa M. de Saint-Heram. II a la cuisse cassée ^ et Ton craint bien qu'il n'en meure.

a Octobre.

Le rôi après dîner entendit ^ dans sa chambre, des paraphrases qu'a faites Racine sur quelques chapitres de saint Paul.

9 Octobre.

M. Bergeret mourut à Paris, au bout de deux j ours de maladie. U était secrétaire du cabinet, et un des premiers commis de M. de Croissy, et un des quarante de l'académie. Il meurt fott regréijié de ses amis , qu'il avait en grand nombre.

ai Octobre.

Le marquis de Grignan , fils du comte de Gri gnan, lieutenant- général en Provence, épouse dans ce pays-là madetnoiselle Lenormand, fille d^ii homme d'affaires, qui aura, dit-on, un fort gros bien.

a6 Octobre.

Le roi a donné ici .(Fontainebleau) ce qu'il a accoutumé de donner tous^ les ans, pour l'église, pour les gardes-chasses , pour les concierges, et cela monte à 10,000 écus.

II Novembre. #

Avant que d'aller à l'Opéra , Monseigneur alla

à la Place Royale, voir madame la princesse d'Épinoix^ nouvellement accouchée. Je crois que c'est la première visite qu'il ait jamais fsiite à Parist.

x5 Novembre.

M. d'Aubeterre a pris dans Dammarie la compagnie des carabiniers qui ont tué leur capitaine. Les six plus séditienx s'étaient sau\é9 dans les bois; on s'est saisi de vingt-trois qui étaiient demeures^ et qui n'ont point songé k se dé^ndre. On eo a &it rouer un et pendre deux. Les vingt autrej^sont en prison , au pain et à l'eau ^ et ne Serviront plus dans les carabiniers. Les six qui se sont sauvés dans les bois sont condamnés à être roués ou pendus.

,a5 Novembre.

Il y ^ eu cette année , à l'armée et dans Paris , plu^eurs affaires qui ont plus eu l'air de combats, que d'assassinats, ce qui a fort irrité le roi, qui craindrait que les duels ne recommencent en France, et il a ordonné qu'on informât de l'affaire qui airiva au comte d'Albert , ces jours passés , à Paris.

8 Décembre.

M. l'électeur de Bavière (avec qui nous sommes en guerre) prépare à Bruxelles de grands divertissemens pour recevoir Télectrice, sa femme* Il

io8 ARTICLES INÉDITS.

lui veut donner un opéra magnifique , et le roi a permis à beaucoup de danseurs et de chanteurs de Paris d'y aller. Il y va aussi beaucoup de filles de l'Opéra.

i3 Décembre.

M. l'évéque de Noyon fut reçu à l'académie.

L'abbé de Chumartin répondit à sa harangue. Il en fut content quand il l'entendit, et même il Tavait vue et approuvée auparavant. Cependapt on lui persuada depuis qu'il avait sujet de s'en plaindre, et il s'en plaignit au roi. Le discours de Fabbé de Caumartin était fort éloquent et fort agréable, plein de louanges; mais on prétend qu'elles étaient malignes. •

i4 Décembre.

Le roi régla hier, au conseil des finances , beaucoup d'articles de la capitation. Il s'est réservé à lui-même de la faire dans sa cour. Ce seront les intendans qui la feront dans les provinces. On nommera trois gentilshommes au roi, dont il en choisira un, qui, avec l'intendant, travaillera pour la capitation de la noblesse. Chaque soldat paiera vingt sous. On n'a pas encore décidé si le clergé sera compris ^dans la capitation.

iV. Z). A, On avait souvent proposé la capitation , comme un secours grand à volonté, et d'une perception facile, sans que Pontchartrain eût voulu y entendre, par ces deux mêmes

raisons. Enfin les cris, les brigues et les besoins, lui forcèrent la main<

2% Janvier 169$.

Mademoiselle de Grammont est revenue depuis quelques jours de Poussay, où elle était allée se faire élire abbesse. Cette abbaye-là vaut environ 5oo écuSj, et il y a des exemples qu'elles se marient aussi-bien que les chanoinesses.

18 Janvier.

Le roi a approuvé que l'on fit une oraison funèbre pour M. de Luxembourg , et sa famille a chobi pour cela le père de la Rue^ qui la fera après Pâques.

Né D, ^. On ne sait où M. de Dangeau a pris cette approbation du roi, pour faire une oraison funèbre de M. de Luxembourg. Depuis long-temps cela dépend des familles, et depuis long-temps cela est fort prostitué. L^abbé Anselme , qui a souvent prêché devant le roi , fit , peu de mois avant celle-ci , celle de M. Fieubet , conseiller d'état^ et en a fait devant et depuis bien d^autres, ainsi que quantité de prédicateurs.

a Février.

Le roi a permis et a conseillé à M. le duc de Mcmtmorency de prendre le no^i de duc de Luxembourg. Madame s^a mère^ qui est à Ligny, lui avait mandé d*en prendre le nom , et il va re-

no ARTICLES INÉDITS.

commencer le procès que M. son père avait contre les ducs.

iV. D, A, On sait aussi peu où M. de Daugeau a pris la permission du roi à M. de Montmorenci de prendre le nom de M. de Luxembourg , son père , d'autant qu'on n'a jamais eu besoin , ni pris de permission pour cela.

4 Février.

Le roi a donné à M. l'abbé de fénélon l'archevêché de Cambrai. Il ne quittera point la charge qu'il a de précepteur des enfans de France; mais il résidera pourtant à son diocèse neuf mois de l'année y comme le cqncile de Trente l'ordonne aux évéques. Les autres trois mois il viendra ici faire sa charge de précepteur. Il n'a point voulu accepter cet archevêché sans rendre l'abbaye de Saint- Valéry , ne voulant pas avoir deux bénéfices à la fois, *

N. D. A, La duchesse de Gruiche fut affligée , jusqu'à en être malade , de ce que l'abbé de Fénélon eut l'archevêclié de Cambrai, et ne s'en est jamais consolée , jusque— la qu'elle ne put pardonner à son oncle (Noailles) d'avoir eu bientôt après, et malgré lui , l'archevêché de Paris, qu'elle voulait pour l'abbé de Fénélon.

5 Février. •

Le i*oi de tteinemarck a fait M. de Guldenlew lieutenant-général , et lui a donné le commandement en Norwège. On ne croit pas qu'il revienne

servir en France , où le roi de Danemarck avait; prié le roi de le faire maréchal-de-camp.

N, Z). ji. Le Danemarck est l'uaique pays où il y ait un nom affecté aux bâtards des rois. Gela est d'autant plus singulier, que les rois n'y sont devenus héréditaires qu'en iG6<^ et que , par toute l'Allemagne et le Nord , la bâtardise est en un tel mépris, même oeurdes rois et des empereurs , que le peu qu'il y en a de reconnus , n'y peuvent trouver à se inarier , à cause de la mésalliance et de l'exclusion de tous les chapitres d'hommes et de filles. C'est ce qui a rendu impossibles les mariages des filles des deux filles de madame de Montespan^ faute de princes du sang en France et de princes d'Italie, depuis que les princes du sang ne veulent plus s'allier aux seigneurs français. Ce ne peut être en Danemarck qu'un reste de barbarie et de paganisme , et non monument d'être des derniers baptisés.

14 Février.

On mande de Hollande qu'il y a une troupe de voleurs dans les provinces deGueldres et d'Utrecht, qui font beaucoup de désordre. Ils s'appellent les noircis j parce qu'ils se noircissent le visage pour n'être pas reconnus.

27 Février.

Le roi ayant su que M. le comte de Soissoiis avait

vu M. le comte de Savoie , lui a ôté la pension de

10,000 écus qu'il lui donnait, et Tes 9,000 livres

de pension qu'il donnait à la comtesse de Soissons sa femme.

lia ARTICLES INÉDITS.

i5 Mars.

Madame la comtesse de Soissons la mère j que nous avons vue ici dans une si grande opulence , est présentement à Aix-la-Chapelle dans une grande misère. Elle à demandé quelque^ petits secours d'argent à M. de Mazarin , qui lui ^ envoyé deux cents pistotes.

6 Avril.

Le roi a donné ordre à M. le chevalier de Clermonty cornette des chevau-légers , de se défaire de sa charge , et défense à lui de paraître jamais à la cour. Le roi lui envoie cet ordre-là par l'évêque de Laon son frère.

17 Avril.

La Fontaine , fameux par ses fables et par ses contes j est mort depuis quelques jours à Paiîs. Il était de l'académie française.

Madame D^ avait fait demander au roi par l'abbé de Fénélon de lui vouloir donner ce qu'elle avait pris de trop dans le temps qu'elle s'était mêlée de la garderobe de Monseigneur. Le roi lui avait donné , et avait loué même la délicatesse de sa conscience et son scrupule. Cependant il a appris que le monde avait fort empoisonné cela pour elle ^ et sur

.ANNÉE 1695. Il 3

cela il a rccpaimencé à la justifier , et a assuré que cela n'allait tout au plus qu'à une pièce d'étoffe.

Le roi alla tirer dans la plaine qui est entre le château de Compiègne et la foret j et le soir il nous dit qu'il y avait une vieille tradition que c'étaient là les jardins de Charlemagne , et cela s'appelle encore aujourd'hui le jardin du roi.

1 Mai.

On prétend que la mort de milord Halifax , qui a été fort brusque, n'a pas été tout-à-fait naturelle^ On dit qu'il parlait avec trop de force contre le gouvernement présent , et qu'il voulait donner de» conseils à la princesse de Danemarck, qui ne convenaient pas au prince d'Orange.

s Juillet.

Le roi d'Angleterre revint hier de la Trappe , où il avait passé quatre jours. M. de la Trappe, sous le bon plaisir du roi , a cédé son abbaye à up religieux de la maison qu'il a cru le plus propre à remplir s^ place , et y demeurera simple reKgifeux.

6 Août.

Le roi appr^t^ le sp^r que l'archeyêque de Paris était mort fort brusqi^ement , et il n'a, pas pu, rece- IV. 8

ii4 ARTICLES INÉDITS,

voir les sacremens. II était de la maison de Harlay. Il avait soixante-dnze ans.

^Août.

Le roi dit à MM. les cardinaux : Je crois que vous ne serez pas fâchés du confrère que je vous destine. C'est M. d'Orléans (Coislin), à qui je donne ma nomination au cardinalat. M. d'Orléans sejjeta à ses genoux ; et tous les couftisans qui étaient dans la chambre se joignirent à lui pour remercier le roi , qui a été fort loué de ce choix.

N. D, A. Son aventure du nicticorax in domicitio , a ëté trop sue pour l'oublier. Le roi, qui avait ouï chanter le psaume où est ce passage, et dont le mot un peu barbare l'avait frappé, ne savait point le latin, et en demanda l'explication à M. d'Orléans, à son dîner. Il rêva un peu, puis lui dit cpie c'était le nom propre d'un roi d'Israël , qui vivait fort en solitude. Chacun baissa les jeux , et on se contint, tant la vertu a quelquefois de force. Mais on ne laissa pas d'en rire ; et le roi n'en sut pas davantage.

1 8 Août.

On mande au roi le détail de l'incendie de Bruxelles. On compte qu'il y a deux mille maisons de brûlées , dix - sept églises , beaucoup d'hôtels considérables , les deux maisons - de - ville , et le mont-de-piété. Si les ennemis avaient voulu s'engager à ne point bombarder nos villes maritimes y ils auraient épargné ce malheur-là à Bruxelles , où

ANNÉE 1695. ii5

l'on croit que la perte est de plus de 4o millions de livres.

19 Âoî^t.

Les ennemis ont mal tenu la capitulation pour nos blessés ; car, au lieu de les renvoyer à Dinan , ils retiennent nos bateaux , dont ils se servent, sans aucun égard à nos pauvres blessés. Le roi leur fait dire quHl a dix mille de leurs prisonniers qu'il traitera avec la même rigueur. Il sera obligé de le faire par représailles 9 quoique cela soit entièrement opposé à son humeur et à ses manières.

t„ Septembre.

Madame de Polignac reparut à la cour. Elle en avait été chassée il y a sept ou huit ans , peu de temps après son mariage. C'est Monsieur qui a parlé pour son retour, et qui l'a obtenu. Monseigneur ne s'en est pas mêlé.

7 Octobre.

L'ambassadrice de Venise , qui voulait rendre visite à toute la maison royale , fut blessée par un de ces poids que les dames mettent à leurs oreilles en s'habillant. La fièvre lui en a pris. Elle a été obligée de s'en retourner à Paris , sans se montrer partout ici 9 comme elle avait résolu.

16 Octobre.

Le roi, qui n'avait jamais bu que du vin de

m6 articles inédits.

Champagne , Ta quitté entièrement pour boire du vin de Bourgogne , par l'avis de M. Fagon.

19 Octobre.

Les petits princes vinrent de leur coté à la chasse, et y demeurèrent même apr^s le roi ^ pour achever de tuer les sangliers qui étaient dans les toiles.

Le soir il y eut comédie. Les petits princes n'y ont jamais été depuis qu^ils sont 'entre les mains des hommes.

5 Novembre.

Rappris que madame Owalgraf , fille naturelle du roi d'Angleterre , que nous avons vue long-temps à Saint -Germain 9 était repassée en Angleterre, après avoir demeuré quelque temps en Flandre , faisant négocier avec le prince d'Orange pour avoir permission de retourner à Londres. Sa mère, qui est sœur de Churchill , se maria quelque temps avant que le roi d'Angleterre quittât ce pays -là, ftt a tP^JQMrsi ténaoigné depuis beaucoup (}e ha^ne et d'epiport^ppen^ centre S, M. B., quqiqu'il gît reçpnpu ^es enfis^ns nç^grélea prièj;'es dQ. l? reipe,. SW *^y apposait fort;.

11 Novembre.

M. Tévêque de I^angres mourut à Paris.

iV. D. A, Il était Simiane. II avait été toute sa vie fort du gradid ttiotide, et très-'^os joueuc. Madame de ^uiUon, cliez

qui il était souvent, et plusieurs autres, l'appelaient toujours le bon Langres, Des gens de la cour lui attrapèrent beaucoup d'argent, au billard; il ne dit mot, s'en alla à Langres, où il s'exerça fort au billard; revint, se fit prier poUr jouer, leur gagna beaucoup d'argent, et se moqaa bien d'eux au bout. C'était un honnête homme, un bon homme, un vrai gentilhomme, qui résidait le mieux qu'il pouvait, dont les mœurs avaient toujours été bonnes , que tout le monde aimait, mais qui n'était pas fait pour être évêque.

a4 Novembre.

I^s comniissaires que le roi a nommés pour là recherche des trésoHei's de Textraord inaire des guerres sont M. d'Aguesseau et les six intendans des finances. C'est Monsieur qui a donné cet avislà au roi y et qui espère en avoir pour sa part plus d'un million.

1 Décembre.

On mande de Provence que le marquis de Simiane a épousé mademoiselle de Grignan.^^Il a 26,000 livres de rente en fonds de terre. La demoiselle n'a que 20,000 écus; mais elle est fort jolie.

3i Décembre.

Le roi a réglé que MM. lés cardinaux n'auraient plus de sièges ployàns à la cérémonie des éhevaliers : on leur donnera uù banc comme aux^autres chéVftliers. On crioît qulls iseront démaih assez affligés de ce réglement-ïà, Qu'ils île savent point encore.

ii8 ARTICLES INÉDITS.

6 Février 1696.

Il y a eu à Amsterdam une grande sédition , qui a duré trois jours. Le peuple , en furie de ce qu'on avait mis un impôt sur les bières, et de ce qu'on voulait que celle des pauvres fut d'une autre couleur que celle des riches ; a pillé des maisons considérables.

9 Mars.

Poisat achète le régiment du comte de Grammont, dont il donne 3o,ooo écus. C'est le plus ancien régiment de dragons de gentikhommes.

19 Mars.

M. de la Rochefoucauld, comme grand -maître de la garde-robe , a eu permission de faire porter à la chapelle un siège pour lui , derrière la chaise du roi. Il n'y en avait auparavant que trois , pour le grand-chambellan , le premier gentilhomme , et le capitaine des gardes.

i3 Avril.

Monseigneur courut le loup, et une heure après la chasse il eut une petite faiblesse qui ne venait que de ce qu'il n'avait rien mangé de tout le jour. On lui proposa de rompre le carême , ou au moins de ne plus jeûner si régulièrement; mais on ne put rien obtenir de lui là-dessus.

16 ÀTril.

Le comte de Feuquières a fait signer au roi- son contrat de mariage avec mademoiselle Mignard ^ fille du fameux peintre du roi. Ce mariage n'a pas été approuvé de tout le monde.

10 Mai.

Monin , colonel suisse , est mort après s'être fait tailler. Avant que d'expirer^ il chargea ses gens de faire en sorte que M. le duc de Grammont , qui vient d'être taillé, ne sût rien de sa mort, de peur que cela ne lui fit quelque impression.

11 Mai.

La Bruyère mourut ici d'apoplexie. Il était un des quarante de l'académie , et était connu par un ouvrage qu'il a fait à la suite de la traduction des Caractères de Théophraste.

N, D, A, C'est l'ouvrage où M. <ie Lauzun est si bien et si uniquement peint en deux paroles. C'est de lui qu'il dit qu'<7 n'est pas permis de rêver comme il a vécu, M. de Daiigeau est sobre sur les louangos de la Bruyère. Il n'était pas content du coup de pinceau par lequel il l'avait donne si parlant. C'est de lui qu'il dit : « Ce n'est pas un seigneur ; « mais il est d'après un seigneur. »

la Mai.

Le bonhomme marquis de la Varenne est tombé en enfance depuis quelques mois.

lao • ARTICLES INÉDITS.

N» D, A. Sou git'and-père était ce la Yarenne, sorti des cuisions d'Henri IV, emplo;^ aux galanteries de ce prince, et devenu un personnage. Il eut grande part au rétablissement des jésuites j et partagea avec eux, à la Flèdie, les libéralités de 9oh maître. Il s'y retira, excessivement riche, et s'j amusait à la chasse au vol. citant un jour autour d'un arbre où une pie s'était réfugiée , et qu'on en voulait faire repartir, la pie se mit à parler et à répéter plusieurs fois très-distinctement ce vilain mot, maquereau. Le bonhomme la Varenne, qui l'entendit, en fut si frappé, qu'il tourna bride, en s'écriant au miracle, par lequel Dieu permettait que cet oiseau parlât pour lui reprocher ses crimes et sa fortune. On eut beau lui représenter que c'était quelque pie domestique , nouvellement échappée de chez son maître, où elle avait appris à parler et à dire ces ordures, rien ue put le remettre. La fièvre le prit, et, dès le soir, il donna ordre à sa conscience et à ses affaires , et mourut au bout de quatre à cinq jours.

a8 Mai.

Le roi , qui va demain à Marly , a réglé qu'il n'y aurait plus à sa table que trois services , afin que les repas ne fussent pas si longs.

3ô Mai.

On a su que la reine d'Espagne était morte , la nuitdu i6au 17, pendant l'éclipse. Les Espagnols ont fait une attention fort grande à cette circonstance.

10 Juin.

M. l'archevêque a interdit un grand nQmbre de

ANNÉE 1696. • .lai

confesseurs , autant , à ce qu'on dit , potir leurs mauvaises mœurs que pour d'autres raisons.

T ta Juin.

Varillas , fort connu par toutes les histoires qu'il nous a données 9 mourut , ces jours passés , ti Paris.

19 Juin.

Mademoiselle de Richelieu , sœur du marquis , et nièce du duc, a déclaré depuis quelques jour§ son mariage avec le fils de M. Clin , conseiller \le la grand'chambre. Personne de sa famille ne consentira à ce mariage.

17 Juillet.

Ce matin , S. M. a donné audience à l'ambassadeur de Portugal j qui l'a fait attendre plus d'une heure sans que le roi ait témoigné la moindre impatience.

II Août.

On commence à voler beaucoup dans Paris. On a été obligé de doubler le guet à pied et à cheval.

14 Août.

M. de Chandenier est mort à Paris, âgé de quatrevingt-six ans. Il y a quarante ans qu'il était capitaine des gardes-du-corps de la compagnie écossaise. On lui ôta sa charge pour la donner au feu

laa ARTICLES INEDITS.

duc de Noailles. Il avait été fort long-temps sans vouloir donner sa démission.

N. D. A, M. de Ghandenier était l'aîné de la maison de Rocliecliouart , de beaucoup d'esprit, de savoir, d'honneur, de valeur, haut et ferme, un homme qui ne se serait pas cru étranger dans l'uncienne Rome , et qui en aurait été adopté. 'Cn tel homme n'accommodait pas le cardinal Mazarin, dans une charge si principale. Il chercha donc querelle à celui-ci, et fitaccroire qu'il voulait livrer le roi à M. le Prince, allant au parlement. Ghandenier n'eut pas de peine à démontrer la calomnie , ni le cardinal à le chasser. Il eut ordre de vendre sa charge , refusa , et. fut envoyé au château de Loches, oii , pour le forcer à se démettre , et à prendre l'argent, on arrêta tous ses revenus. Ge traitement inoui ne l'ébranla point , et il demeura huit mois envoyant remplir une écuelle chez les bourgeois , à tour de rôle. Gette fermeté , qui piqua le cardi— nal , mais qui vainquit cette nouvelle barbarie, fit changer sa prison en exil. Madame de Montespan , venue en pleine faveur'^, le trouva dans cet état , sans que jamais il ait voulu se servir d'un crédit dont il était honteux pour sa maison. A la fin il eut la liberté de Paris et de tout le royaume, hors d'aller à la cour.

17 Août.

Quelques jeunes -gens, après avoir soupe ensemble 9 ont voulu attaquer le guet, qui s'est trèsbien défendu , et qui en a tué un qu'on dit neveu de l'évêque de Viviers.

a8 Août.

Monsieur manda, il y a quelques jours, àMadame royale sa fille qu'elle se défiât de M. de Mansfeld j

contre qui il y avait eu de grands soupçons à la mort de la reine d'Espagne sa sœur. Il était en ce temps-là ambassadeurde l'Empereur à Madrid.

10 septembre.

Le bonhomme Frémont, beau -père du maréchal de Lorges j est mort à Paris. On croit que c'était le plus riche homme qui fût en France.

a5 Septembre.

Le roi fait vendre le gouvernement des petites villes du royaume où il n'y avait point de gouverneur. On donne au roi 6 millions de livres par avance sur cette afFaire-Ià.

a6 Octobre.

Le fils de LuUy , surintendant de la musique , fit hier chanter devant le roi et toute la cour un divertissement dans le goût et la manière de son père. Le roi en parut très-content , et le loua fort.

99 Octobre.

M. le duc de Nevers étant mécontent du duc de Donzy son fils j a obtenu permission du roi de le &ire mettre en prison. Il a été mis à la Bastille.

x«' Novembre.

Mesdemoiselles de Soissons avaient fait demander au roi par M. de Bouillon ce qu'elles auraient à faire à l'arrivée de la princesse de Savoie. Le

124 ARTICi.ES INÉDITS.

roi leur a fait dire qu'il ne voulait point qu'elles la vissent jusqu'à ce qu'elles eussent changé de conduite.

3 Novembre.

Dans les séjours que la princesse de Savoie ( destinée au duc de Bourgogne) a faits dans son voyage, elle a dîné en cérémonie franchine, le maitre-d'hôtel portant le bâton devant elle, les bourgeois partout sous les armes , et haranguée par tous les corps de ville.

X 1 Novembre.

Au sortir de son conseil, le roi fit venir la princesse chez lui. Il lui a donné des maîtres pour apprendre à danser et à jouer du clavecin.

i5 Novembre.

Le roi dit ces jours passés à la princesse que toutes les princesses avaient des ménageries à l'entour de Versailles , et qu'il lui en voulait donner une bien plus belle que celle des autres , et que pour cela il lui donnait la véritable ménagerie , qui est celte de VeV'saillës.

lo Décembre.

Le roi a fait donner à M. le comte de Brionne 1 5,ooo livres pour avoir été au-devant -de la princesse de Savoie^ et S^ooo livres à M. Desgranges , maître des cérémonies. Mais la duchesse de Lude ,

ANNÉE 1696. laS

les dames du palais , et moi , n'aurons rien d'ex* traordinaire j parce que nous sommes déjà regardés comme domestiques de cette princesse , et en cette qualité nous serons payés de nos appointemens du jour que nous avons été nommés.

%4 Décembre.

La princesse fit aussi ses dévotions. On lui donna après la communion l'ablution comme aux enfisins de France.

10 Janvier 1697.

On croit que madame de Yalentinois retournera bientôt avec son mari , qui la veut ravoir. M. l'archevêque de Paris a vu madame d'Armagnac poi^r lui dire qu'elle ne pouvait en honneur et en çoQScionce s'empçcbcr de la rendre à «on mari.

18 Janvier.

M. le Bailly d'Auvergne et le chevalier deCaylus se battirent à Paris ; ils sont blessés tous deux. Ce n'est pas up duel, nfiais on ne laisse pas de craindre que cela ne leur fasse une très- mauvaise affaire. On prétend que ce sont des demoiselles qui sont cause de ce combat, et on accuse mademoiselle de Soissons et mademoiselle de Chambonneau.

IVtadernoîseUe de Soissons a ordye de se retirer ^e Paris dans huit jours, et si elle n'obéit on la mettra

ia6 ARTICLES INÉDITS.

dans un couvent, et mademoiselle de Chambonneau a ordre de ne pas approcher de la cour et de Paris de plus de trente lieues.

a3 Janvier.

M. l'abbé de Polignac s'est beaucoup trop avancé en Pologne sur les offres qu'il a faites pour faire élire M. le prince de Conti. Une de ses offres était de prendre Kaminieck à ses dépens avant le couronnement y à faute de quoi l'élection serait nulle. On est fort mécontent ici de sa conduite y et le roi envoie Ferval en ce pays-là pour tâcher de raccommoder une partie de ce que l'ambassadeur a gâté.

a5 Janvier.

Le roi n'a point voulu amener , ce voyage-ci, les gros joueurs à Marly, afin que Monsieur, qui est à Paris , les pût avoir.

39 Janvier.

Le président de Boquemar mourut à Paris subitement, et son frère, qui est gouverneur de Bergue, mourut le lendemain. Ils étaient jumeaux, et se ressemblaient tellement qu'on s'y est souvent mépris.

N, D. A, Ces deux frères jumeaux et semblables en tout , avaient une telle sympathie , que le président étant un matin à l'audience , sentit tout à coup une grande douleur à la cuisse. On sut après qu'au m^me instant, son frère, qui était à Far-

mée y avait reçu un grand coup d'épée au même endroit , et du même côté que son frère avait senti cette douleur.

i3 Février.

On a fait mettre à Saint-Lazare l'âbbé Rouillé. On prétend qu'il menait une vie scandaleuse avec des demoiselles à Paris. Il était doyen de Saint- Martin de Tours, qui est un joli bénéfice ^ et l'on m'a dit qu'il venait d'en donner sa démission.

On mande de Londres quemilord Craven y était mort 9 âgé de près de cent ans. Nous l'avons fort connu en France y et il avait même , je crois , un justaucorps bleu du roi, dans le temps que le roi les créa.

18 Février.

M. Pussort mourut à Paris.

N. D. A. Il était le frère de la mère de M. Golbert, et)e dictateur de toute cette puissante famille ; homme de probité , quoique avare à l'excès ; riche , et jamais marié ; toujours à la tête des grandes commissions du conseil, et de toutes les affaires importantes du dedans du royaume. C'était une mine de chat fôché, dont il avait aussi le jeu; infiniment capable et laborieux , austère , chagrin , malin , glorieux et difficile.

i^ Mars.

MM. les cardinaux de Bouillon et d'Ëstrées étant dimanche dernier au sacre de M. l'évéque de Montpellier eurent une conversation assez piquante qui les a fort aigris l'un contre l'autre.

128 art«:les inédits.

i6 Avril.

Le roi a donné une pension de .12,000 livres à madame la dtichesse de Verneuil , sur les pressantes ^ôlUcitatioQS de la duchesse de Lude, et le roi lui a dit qu'il était honteux de douner une pension si modique , mais que durant les grandes guerres il He pouvait pas faire toutes les grâces qu'il voudrait bien.

19 Mai.

On a eu nouvelle ces jours passés que Pallas , un des capitaines de vaisseau du roi, et qui montait le meilleur voilier de la mer, un vaisseau de 649 ayant attaqué un vaisseau ennemi, et l'ayant abordé , le capitaine du vaisseau ennemi avait mis le feu aux poudres, et fait sauter les deux vais* seaux. On regrette fort ici Pallas, qui était un brave homme.

19 Juin.

Madame de Mont^^^ est à Marly ; elle n'y était jamais venue.

N. D. A, Le prince de Mont*** n'avait point de rang. Sa femme, fort joueuse, et encojr^ plus autre chose, ^tait fort de la cour de Monsieur, qui , à ce que disait le roi , lui escroqua le tabouret pour elle. C'était une effrontée qui avait de l'esprit et du manège ; méchante comme un aspie , et audacieuse, en prensiitson lemps et se» gens. Q^e^ue£bia elïe amusait le roi, et ip^<}aimç de M^intenon ne la haïssj^i^ p^s»

ANNÉE 169). la^

Avec celâ^ fort bossue, et un tant soit peu tortue; un lon^ nez crqcbu, toute peinte de blanc ^ de rouge y jusque sur les lèvres; de noir aux sourcils et aux paupières, des boules dans la boucbe ; parée à ravir, toujours sous les armes , toujours racérocbant, et l'air gracieux. Elle est morte dans la dernière vieillésàe , tout cbmme elle avait vécu.

ao Juillet.

L'électrice de Saxe 9 en apprenapt que son mari avait changé de religion , a été si saisie de douleur, qu'elle est accouchée d'un enfant mort sans être à terme.

i4 AoÂt.

M. de la Chaise mourut au Bordeau de Vigny en revenant de Forges. Il était capitaine des gardes de la porte, et frère cadet du père de la Chaise.

Sa Majesté se confessa le soir pour faire ses dévotions le lendemain ; et le père de la Chaise lui demanda la charge qu'avait son frère pour son neveu. Le roi la lui accorda.

19 Août.

Le roi a donné 100,000 écus de brevet de retenue au petit de la Chaise à qui il vient de donner la charge de capitaine des gardes de la porte qu'avait son père, et a écrit de sa propre mahi au père de la Chaise pour lui mander une nouvelle aussi agréable, ajoutant qu'il n'avait point IV. 9

i3o ARTICLES INÉDITS.

accoutumé d'en user ainsi , mais qu'il s'était fait un plaisir de lui donner une marque considérable de son amitié.

i5 Septembre.

J'appris que le chevalier de Siilery, premier écnyer de M. le prince de Conti^ avant que de partir pour la Pologne avec ce prince, avait épousé mademoiselle Bigot, fille fort riche 9 avec qui il vivait en grand commerce depuis longtemps.

ai Septembre.

La princesse alla à Moret dans un couvent où madame de Maintenon était allée dès le matin.

7 Octobre.

On chanta un petit opéra dont un mousquetaire a &it la musique. Le roi et les courtisans conviennent qu^elle est aussi bonne que celle de Lully , et qu'elle n'est point volée.

a4 Octobre.

On n'a point encore déclaré la manière dont se ferait la réforme. On sait seulement que le roi conserve quatorze mille cinq cents officiers , et qu'il n'y aura ni capitaines y ni lieutenans cassés.

, . a3 Novembre.

M. le comte d'Aubigné , frère de madaDse de

ANNÉE 1697. i3i

Maintenon , se retire par dévotion dans une maison à Pans 9 qui est gouvernée par M. Doyen.

N, D. A, Ce frère pesait étrangement à madame de Main» tenon , par sa conduite et par ses propos. Sa femme, ûUe d'un médecin, nommé Piètre, n'était d'aucune mise. Madame de Maintenon fit tant par Saint-Sulpice , que M. d'Aubigné fut conduit dans cette retraite, disant à tout le monde que sa sœur lui faisait accroire malgré lui qu'il était dévot, et l'assiégeait de prêtres, qui le feraient mourir. Il n'y tint pas long-temps, mais on le rattrapa encore , et on lui donna pour gardien un suivant du curé de Saint^ulpice , aj^dé Madot. La femme se serait aussi fort bien passée de se mettre en retraite, mais elle prit la chose plus doucement.

sS Novembre.

Le roi a résolu d'ôter de dessus ses galères beaucoup <le ceux qui y ont fait leur temps, quoique la coutume fut établie depuis long-'temps d'y laisser également ceux qui y étaient condamnés pour toute leur vie ^ et ceux qui étaient con* damnés pour un certain nombre d'années. On en tirera aussi tous les invalides , et on a résolu d'envoyer tous ces misérables-là dans nos îles de l'Amérique , pc^r les peupler.

14 Décembre.

M. de Vendôme arriva ici fe matin. Il est si bien remis de sa maladie qu'il n'y paraît plus. Le roi l'a très-bien reçu.

i32 ARTICLES INÉDITS.

N» D. A. Cette grande maladie de M. de VeDdôme ëtaïf la.... Il fut manqué, et demeura fort défiguré du nez, trèsraccourci et aplatie En revenant de Catalogne, il ne s'en était point caché, et avait pris congé du roi y de Monseigneur, et des princesses 9 pour aller à Anct se faire traiter. C'est le premier exemple de pareille chose, qui n'a pas été imitée depuis par personne , et que le roi trouva très-bonne de lui.

a 5 Décembre.

Le duc de la Force est considérablement malade en Normandie , et on ne croit pas qu'il en réchappe. Le roi a eu soin de charger des gens de se tenir auprès de lui pour l'affermir dans la religion catholique.

3o Décembre.

Le roi a réglé que dans les capitaineries qui ne sont pas tout-à-&it royaleà, les seigneurs hautsjusticiers pourraient chasser sur leurs terres avec deux ou trois de leurs amis , pourvu qu'ils n'en abusent pas; bien entendu qu'ils ne pourront chasser avec aucun valet.

9 Janvier 1698.

Les jésuites avaient fait une réponse à l'ordonnance de M. l'archevêque de Reims qu'ils n'avaient point signée. Le libraire a été mis en prison , et l'archevêque a présenté une requête au parlement pour y citer quelques jésuites qui ont résolu de

ANNÉE 1698. i33

soutenir le livre. Cette afi&iire commence à faire beaucoup de bruit.

la Janvier.

J'appris que pendant toute Tannée passée ^ le roi en faisant la distribution des bénéfices , avait chargé ceux à qui il donnait les éyêchés et les abbayes, de payer pour les nouveaux convertis une certaine partie des revenus échus pendant la vacance.

x3 Janvier.

J'appris que dans le cours de l'année passée le roi., qui est toujours fort occupé de la conversion des huguenots, avait fait expédier un poœbre infini de brevets pour des pensions, et surtout pour des filles qui se sont faites religieuses.

a 3 Janvier.

On mande de Londres que le palais de Witehall est presque entièrement brûlé. C'est le palais des rois d'Angleterre : une des plus grandes et des plus vilaines maisons du monde 9 et Isl plus habitée.

!•' Mars.

Le président Talon mourut à Paris. La belle maison dlssy était à lui. M. le prince de jConti a témqigné avoir envie de l'avoir, et le roi l'a dit

i34 ARTICLES INÉDITS.

publiquement, comme étant bien aise que ce prince fasse cette acquisition. Le roi aime qu'on ait des maisons de campagne.

lo Avril.

Le chevalier de Montchevreuil a été mis à la Bastille , à ïa prière de sa famille. Le roi Ta fait prendre à la Rochelle, où Ton craignait qu'il ne se mariât mal à propos.

20 Avril.

L'abbé de Froulay, oncle du comte de Tessé , est mort à Paris. Il était fort vieux.

iV, D. A, Cet abbé de Froulay était prêtre, comte de Lyon, bonhomme qui ne manquait ni d'esprit ni de savoir , mais tout-à-fait extraordinaire , et un des prodigieux mangeurs de France jusqu'à sa mort. Il allait toujours à pied, par choix, et avait des chambres et des chemises par tous les quartiers de Paris, pour changer quand il en avait besoin, car il suait largement, et était grand et gros. Tout l'été, il allait sans culotte, avec sa soutane. Un enfant de chœur qui le découvrit dans une église où il disait souvent la messe , eut la malice , en l'habillant dans la sacristie, d'attacher avec une épingle le bas de sa chemise au bas de l'aube, ce qui produisit au lever- Dieu le plus risible spectacle.

3 Mai.

Trois pages de madame la duchesse de Bourgogne ont été envoyés à Saint-Lazare par une lettre de cachet pour quelque débauche de jeunesse.

ANNÉE 1698. i35

ai Mai.

Le comte de Grammont avait donné des avis au roi il y a deux ans contre des gens qui s'étaient mêlés des fourrages en Alsace. La plupart de ces gens s'étaient retirés de l'autre côté du Rhin ou en Suisse. Il y en avait un condamné à 1 a ,000 écus j et qui voulait bien payer en re venânt. Le comte de Grammont a prié le roi^ pour le dédommager des frais qu'il a faits dans cette affaire depuis deux ans, et le récompenser de ses peines, de lui abandonner cet homme-là. S. M. y a consenti, et le comte de Grammont en tirera 4o ou 5o,ooo libres.

1 Jiiift.

On sut que S. M. avait chassé de sa cour les abbés de Langeron et de Beaumont, et MM. Dupny et de l'Échelle , k premier lecteur, le second sous^précepteur, et les deux denûers gentilshommes, de la manche de monseigneur kj. duc de Bourgogne. On accuse ces messieurs d'être fort attachés aux nouvelles opinions. L'abbé de Beaumont est neveu de M. l'archevêque de Cambray. Le roi en même temps a cassé Fénélon , exempt de ses gardes , qui est frère de M. de Cambray.

• 17 Juin.

Le roi a fait arrêter M. de Charnaeé , autrefois

i36 ARTICLES INÉDITS.

officier des gardes-du-corps. On Taccusa en dernier lieu d'avoir fait et débité de la fausse monnaie , et on le mène à Montauban , où Ton va instruire son procès.

a 3 Septembre.

J'ai appris que le chevalier de la Ferté a eu une lettre de cachet pour ne pas approcher de Paris de quarante lieues. On prétend qu'il a voulu faire de grandes violences chez la duchesse de la Ferté sa belle-sœur, et qu'il l'avait menacée de la tuer.

9$ Octobre.

Le soir on joua Mélicerte^ où Molière avait travaillé autrefois. Il y a plusieurs fragmens de lui qu'on reconnaît.

3o Octobre.

Le soir on joua la comédie da Bourgeois- Gen^ tilhomme avec la musique et les danses. Monseigneur le duc de Bourgogne , messeigneurs ses frères , et madame la duchesse de Bourgogne , y étaient pour la première fois de leur vie.

7 Novembre.

La duchesse de Choiseul mourut à Paris après une longue et cruelle maladie. Son mari a persisté jusqu'à la fin à ne la vouloir point voir. Elle n'avait que trente-quatre ans.

9 Novembre.

Le roi a fait donner au duc de Croy, qui a commandé l'armée de TEmpereur, et qui est venu ici sans argent et sans moyen d'en avoir, quatre ou cinq cents pistoles pour s'en retourner à son pays.

17 Novembre.

Le soir il y eut comédie. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères y allèrent. On joua Britannicus. C'est la première comédie sérieuse qu'ils aient vue.

i" Décembre.

Le roi prit médecine. Il la prend tous les mois , le dernier jour de la lune.

6 Décembre.

Le soir, quand le roi fut entré chez madame de Maintenon, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne avec les dames, lui donnèrent un petit divertissement que le roi lui avait ordonné de faire à Meudon , afin qu'il le trouvât ici à son retour. Monseigneur le duc de Bourgogne était Apollon. Madame la duchesse de Bourgogne et les dames étaient les neuf muses. C'était le soir de la naissance de madame la duchesse de Bourgogne qui entre dans sa quatorzième année.

i38 ARTICLES INÉDITS.

a a Décembre.

Le soir il j eut comédie. Les trois enfans de Monseigneur y étaient avec lui. Ils vont présentement souvent à la comédie. Mais ils n'y vont point les dimanches ni les jours de fête.

17 Février 16^9.

L'après-diner monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent chez madame de Maintenon à la représentation d^Athalie. On avait fait venir pour cela des demoiselles de Saint-Cyr qui la jouèrent fort bien. Le spectacle fut fort touchant et fort agréable. Cela se fit fort en particulier.

^ a Mars.

Le roi avait fait convier au bal le roi et la reine d'Angleterre. Mais ils s'en excusèrent , disant que dans l'état malheureux où ils étaient , ils avaient assez vu de bals ce carnaval , en voyant ceux de Marly.

6 Mars.

On avait augmenté la paie des Suisses depuis qu on a diminué le nombre des hommes qui étaient dans chaque compagnie y afin de dédommager par là la perte que faisment tes capitaines. Cependant il y a quelques cantons qui ont refiisé

designer cette nouvelle capitulation , et le roi, mécontent de ce procédé, a remis la paie sur le pied qu'elle était durant la guerre.

a8 Mars.

Le roi fait travailler à Newbrisac. Ce sera une place qui coûtera du moins 5 millions. Il n'y a aucune habitation , on l'a fait en plein champ.

39 Mars.

Le comte de Grammont a déjà tiré 40,000 livres du don que le roi lui avait fait sur les munitionnaires d'Alsace , outre les 4o,ooo livres qu'il avait eues d'abord , et le roi trouve bon qu'il en tire encore 40,000 autres. Si bien que cette afiGaire lui aura valu 4o,ooo écus.

8 Avril.

On a affiché dans Paris des placards très-insolens , et injurieux surtout à M. d' Argenson , lieutenant de la police. Il y a beaucoup de choses ridicules dedans. Ce ne peut être qu'un fou qui a fait cela. Ainsi on n'y fait point d'attention. C'est M. d'Argenson lui-même qui les a apportés à M. de Pontcbartrain.

ai Avril.

Le roi dit hier à son coucher que le duc de la Force était à l'agonie dans sa maison de la Bou-

i4o ARTICLES INÉDITS.

laye. Le roi nous ajouta que ce duc mourait bon catholique. On a ôté d'auprès de lui depuis quinze jours sa femme , qui est huguenote très-opiniâtre.

!•' Mai.

M. de Valincourt , qui est attaché à M. le comte de Tholose, a été choisi pour aider à M. Despréaux qui, par la mort de Racine, se trouvait . seul chargé de l'histoire du roi. Despréaux l'écrira seul; mais M. de Valincourt l'aidera , et c'est Despréaux qui a prié le roi de le lui donner pour Taider.

8 Mai.

Le roi apprit que M. Savari avait été assassiné dans sa maison à Paris. Il avait une servante et un valet qui ont été tués aussi, et l'assassinat a apparemment été fait le jour; car on les a trouvés tous habillés, et en différens endroits de la maison. Il parait, par des écrits qu'on a trouvés , que c'est une vengeance, et on n'a rien volé dans la maison. M. Savari était frère du feu évéque de Seez. Il était curieux , homme de plaisir, et avait beaucoup d'amis.

N, D, A, Ce Savari était un homme à son aise, bien nippé, et qui n'avait presque point de domestiques. Il vivait en épicurien , et recevait chez lui des parties de plaisir choisies , mais réservées, de toutes débauches de gens de considération. On j était sur un pied de secret et de liberté entière , et la

ANNÉE 169g. i4i

politique n'en était pas bannie. On n'a jamais su la cause de eet assassinat ; mais on en a fort soupçonné un petit homme du plus haut parage, qui 7 allait souvent, et ce «oupçon fut tel , qu'on n'osa approfondir davantage , de peur de trouver vrai ce qui n'était que trop soupçonné.

i5 Mai.

On a découvert à Paris l'homme qui a assassiné M. de Savari. C'est un marchand de chevaux nommé Pôitiéy qui avait fait cette méchante action seul et par vengeance. Il a tout confessé.

N. D. A, Cet assassin de Savari a bien fait le coup. Mais la vengeance , c'est sur quoi le rideau a été tirç avec soin.

a4 Mai.

Le père de la Ferté , jésuite , frère du duc de la Ferté , a été accusé d'avoir fait dans l'église de Saint-Roch un sermon très-imprudent. On l'ôte de Paris, t\ on l'envoie à Nantes.

19 Juin.

Madame Tiquet eut le cou coupé en Grève à Paris , après avoir été auparavant appliquée à la question , où elle avoua tout. I> roi donne son bien au mari , et à ses enfans.

a4 Juin.

Il est arrivé quelque désordre à la Trappe. Le père Agathe -Ange (Gervaise), qui en était abbé depuis que le fameux M. de la Trappe a quitté , a

i4a ARTICLES INÉDITS.

été accusé d'avoir une mauvaise conduite. On a recherché sa vie. L'ancien abbé , qui avait été son meilleur ami, a cru avoir sujet de s'en plaindre. On prétend qu'il l'a convaincu sur plusieurs mauvais commerces. On l'a ôté de la maison , et on l'envoie à Septfons.

i3 Août.

On avait découvert l'après-dînée la statue équestre du roi 9 faite par Girardon , et qu'on a élevée dans la place Vendôme. Cela se fit avec beaucoup de cérémonie , le duc de Gêvres, gouverneur de Paris , maixhant à cfieval à la tête du prévôt des marchands et des échevins.

4 Septembre.

Le chevalief de Courcelle j qui était à la Conciergerie pour un prétendu duel, fut jugé mercredi, et fut absous. Après son jugement il alla se remettre en prison , dont il ne voulut point sortir sans la permission du roi. Le roi envoya cet ordre , et il eut l'honneur le soir de faire à Versailles la révérence à S. M. •

9 Septembre.

M. le chancelier a fait expédier et sceller la commission de contrôleur-général des finances pour M. de Chamillart, y faisant attacher le serment. Mais il a eu la politesse de ne le lui point faire

prêter 9 lui disant qu'il avait déjà assez prêté de sermens de fidélité au roi, et qu'ainsi celui-là serait superflu.

33 Septembre.

Le roi , à qui les grandes coiffures que Ton a depuis quelques années déplaisaient^ Ta témoigné. Les princesses et toutes les dames les ont changées^ et la reine d'Angleterre a voulu donner l'exemple aux dames plus âgées ^ en abaissant fort sa coiffure.

39 Septembre. ^

Le jeune roi de Danemarck voulait négocier ici pour obtenir que le roi , dans ses lettres , le traitât de Majesté; mais il n'a pas réussi. Les rois de Danemarck y en écrivant aux rois de France , mettent votre sÉRjÉmTÉ ^ et les rois de France ne les traitent que de vous.

6 Octobre.

Tous les grands joueurs sont allés à Montargis dès hier, pour jouer avec Monseigneur et Monsieur. Ëa l'absence de Monseigneur il n'y a ni appartement ni comédie ; mais il reviendra demain.

II Octobre.

Le roi , qui est très - content du maréchal de Yilleroi , lui a accordé une gratification de 3oOyOoo livres , à prendre 5o,ooo livres par an , durant six

i44 ARTICLES INÉDITS.

ans y sur les octrois de la ville de Lyon y et la ville à les payer , sans que cela diminue en rien les droits du roi.

Il Octobre.

Le roi a créé des lieutenans de police dans toutes les villes comme à Paris. Les maires les achèteront j et elles seront jointes à leur charge. Et si quelques-uns de ces maires ne voulaient ou ne pouvaient pas les acheter , on les remboursera de l'argent quHls auront donné pour être maires , et il se trouvera assez d'acheteurs. Cette affaire vaudra au roi du moins 4 millions de livres.

>• a$ Octobre.

La pauvre madame de Montchevreuil mourut ici le matin 9 bien regrettée de ses amis. Elle est morte comme une sainte , comme elle avait vécu.

N.D. A. Madame de Montchevreuil était à la cour ce que M. de la Rejnie (lieutenant de police) était à Paris , mais en sotte et en dupe au dernier point. C'était une figure longue , étroite, dévote, austère et amére ; un nez sans fin , de longues dents jaunes, présentées par un rire d'imbécile, qui contrefaisait le rire de bonté , même de protection ; un visage de cire jaune^ en un mot, une fée , qui , depuis les pieds jusqu'à la tête, ne se remuait que p^r ressorts, qui, avec toute sa vertu et son inquisition , n'empêcha pas les désordres d'une de ses filles^ au milieu de la cour, ni sa belle-fille d'j passer les nuits au jeu, et à sa perte tous les jours à son insu. C'était le tribunal des jeunes et des vieilles, sur le témoignage de

qui àh était admise ou rejetce, distinguée ou délaissée , parfois chassée ou rappelée. N'abordait pas à elle qui voulait, et quiconque y arrivait aurait donné grand'ehose pour avoir bagues sauves. C'était le cœur, l'ame^ la confiance totale^ et sans examen ni appel, de madame de Maintenon, qui marquait en cela son discernement ordinaire , qu'elle faisait adop— ter au roi. C'était le surtout de toutes choses, la frajeur des filles du roi , et de madame la duchesse de Bourgogne ellemême, et celle que Monseigneur et Monsieur ne se dispensaient pas de ménager avec des façons fort subalternes. Bonne femme d'ailleurs et point glorieuse , et dont le mari était le meilleur et le plus sot des humains. On peut juger combien les ministres rampaient devant elle.

»5 Octobre.

Le roi donna le matin une audience secrète à Tambassadeur d'Espagne. C'est la première qu'il ait eue. Cet ambassadeur fit de fortes instances au roi pour que S. M. voulût faire révoquer par messieurs de la Sorbonne la condamnation des livres de Marie d'Agreda; et il pressa fort aussi S. M. de faire établir dans tout le royaume l'immaculée conception de la Vierge. Enfin cette audience se passa en affaires de religion , et point du tout de politique.

Le roi a donné à la petite mademoiselle de Charollais le logement dans le château qu^avait Racine*

9 Novembre.

J'appris que le marquis T**, colonel du régiment IV. 10

i46 ARTICLES INÉDITS.

d'infanterie de M. le duc du Maine , avait obtenu du roi la permission de le vendre.

N, D. A, Ce T** était fort avare, point marié, et fort courtisé pour son bien . On l'appelait le noir T**, parce que c'était an des plus noirs et des plus médians hommes du monde, pourvu qu'il n'y eût pas à 4égainer. Le prince d'EIbeuf lui sangla, à un souper, d'une épaule de mouton à travers la joue, qui fit grand bruit alors, et rien de plus.

i5 Novembre.

Le vieux M. d'Aroui mourut à la Bastille, où il était depuis long-temps. Il ne s'était ruiné et n'était tombé dans son malheur que pour avoir voulu faire trop de plaisirs durant qu'il était trésoriergénéral des États de Bretagne.

ao Novembre.

Le roi tint conseil le matin avec ses ministres , ce qu'il n'a point accoutumé de &îre les vendredis. C'est le seul jour de la semaine qu'il ne travaille point avec ses ministres.

5 Décembre.

Le soir y chez madame de Maintenon, le roi vit une comédie de dévotion intitulée JonaihaSy qui fut jouée par madame la duchesse de Bourgogne et par la famille de Noailles. La pièce fut bien jouée , et parut fort touchante an roi et à Monsieur. Il n'y avait poin^t d'autres spectateurs que le

capitaine des gardes en quartier et les dames du palais.

18 Décembre.

M. de Hariay de Boneuil , conseiller-d'État , fit faire la semaine passée, à Paris, un service magnifique pour le feu chancelier Boucherat , son beaupère. On dit que la dépense passe 1 00,000 livres.

8 Janvier 1700.

Madame la duchesse de Nemours ayant fait quelque chose qui a déplu au roi , S. M. lui a envoyé ordre par M. de Torcy de se retirer à sa terre de Goulommiers en Brie. On voulait qu'elle changeât le gouverneur qu'elle a mis dans Neuchâtel , et qu'on regarde ici comme un brouillon. Elle a persisté aie vQuloir garder , et a même écrit des lettres là-desstts dont on n'a pas été content.

10 Janvier.

Les courtisans ont permission présentement de faire accommoder à leurs dépens les appartemens qu'ils ont ici de la manière qui leur sera le plus agréable, en faisant avertir le surintendant des bâtimens des changemens qu'ils y voudront faire. Jusqu'ici tout s'était fait dans les logemens aux dépens du roi , et depuis Fontainebleau il en avait coûté plus de 60,000 lirres à S. M.

ï48 ARTICLES INÉDITS.

i3 Janvier.

On vint dire au roi que la duchesse de Noailles était morte à Paris. Cela oe s'est pas trouvé vrai. Mais il n'y a pas d'apparence qu'elle puisse revenir de l'état où elle est.

N.D,A, Madame de Noailles vivait dans une extrême pîëté depuis un grand nombre d'années; retirée chez son fils, le cardinal, qu'elle avait suivi partout, et à qui elle se confes^ sait tous les soirs.

ao Janvier.

On croit que M. le cardinal-nonce partira de France sans avoir l'audience de congé du roi, parce qu'à Rome ils ne veulent pas qu'il voie ici les princes du sang j et le roi ne veut point lui donner d'audience qu'il ne voie tous les princes de sa maison.

iV. />. A, N'en déplaise à l'auteur, qui n'ose tout dire, il ne fut pas question de la visite du cardinal Delfini aux princes du sang, mais aux bâtards , et c'est ce qui le fit partir sans prendre congé.

34 Janvier.

Le roi a fait acheter toutes les terres qui sont entre la maison de Cavoye et la rivière ^ et en a fait don à Cavoye^ qui désirait passionnément cette augmentation à sa maison, et qu'il n'aurait pas pu faire sans la bonté du roi , parce que ces terres étaient à beaucoup de particuliers qui lui faisaient

tous les jours des difficultés nouvelles. Ce présent est plus considérable par l'attention que le roi a eue de faire plaisir à Cavoye , que pour l'argent qu'il en pourra coûter au roi ; et les jardins de Lucienne par là deviendront tout-à-fait aimables.

14 Février.

Madame de Tambonneau , li mère , mourut à Paris. Elle avait quatre-vingt-quatre ans. Elle était demi-sœur de la feue duchesse de Noailles. Elle avait eu un fort gros bien.

iV. D, A, La vieille Tambonneau était de ces maîtresses bourgeoises du temps passé, qui , à force d'aimer le monde, le subjuguent , et attirent même cbez elles la bonne compagnie de la cour, et se font un tribunal que la mode autorise. Elle n'appelait jamais son fils que Michaut, avec un parfait mépris. Il était président des comptes , et ambassadeur en Suisse.

ai Février.

Madame de Montespan achète la terre d'Ovaron. Elle donne 5o,ooo écus comptant , et elle paiera le reste, par année, sur la pension de mille pistoles par mois que le roi lui donne.

II Mars.

Le roi a donné au marquis de Rivaux , le père , 4,000 livres de pension par pure charité , parce que c'est un homme de qualité fort pauvre.

i5o ARTICLES INÉDITS.

ai Mars,

Le roi a encore accordé un don au comte de Grammont , dont on dit qu'il retirera 80,000 livres.

Il est arrivé une affaire fâcheuse au comte de la Bourlie , colonel de Normandie. On a fait une violence cruelle dans sa maison , à la campagne où il était , à un domes^ue accusé à tort d^avoir volé. On a prétendu que ces violences avaient été faites par l'ordre du maître. M. le chancelier a rapporté cette affaire au roi. On espère que la Bourlie se justifiera. En attendant il a été obligé de se cacher.

i4 Avril.

Presque toutes les grandes villes , à l'imitation de Paris et de Lyon , demandent au roi la permission de faire des loteries , en prenant toujours le dixième pour les hôpitaux , et le roi en a déjà beaucoup accordé.

.18 Avril.

On voulait écrire les billets noirs de la loterie de madame la duchesse de Bourgogne ; mais le roi n'a pas voulu qu'on travaillât un dimanche , quelque p^it que soit ce travail-là.

i3 Avril.

Par les comptes faits avec les gens d'affaires depuis l'année 1689, il parait que leur gain a monté

ANNÉE 1700. i5i

a 8a millions de livres. Le roi leur fera payer leur avance au denier 10 , et leur droit de présence avec des frais nécessaires. Ces articles , retranchés sur les 82 millions de livres , diminueront fort le profit sur lequel ils sont recherchés , et ce que le roi leur laissera encore pour leur peine fera que S. M. tirera beaucoup moins d'argent d'eux que

l'on n'avait cru dans le commencement.

3 Mai.

Le soir on chanta chez madame de Maintenon le motet qu'a fait M. le duc de Chartres. Madame la princessede Conti, qui j chantait, voyant quelque courtisan qui y était entré , pria le roi de le faire sortir , disant qu'elle ne voulait pas chanter devant ceux à qui elle n'était pas accoutumée ; et le courtisan sortit.

6 Mai.

S. M. fut près d'être renversée dans un petit chariot qu'elle mène par devant avec une manière de gouvernail, et que les porteurs poussent par derrière. Ce6 porteurs n'eurent pas la force de retenir ce chariot à une petite hauteur que le roi montait à côté des degrés , et S. M. fut un moment en l'air. Mais , avec sa présence d'esprit ordinaire , il se tira de cet embarras ^ et fit grand peur aux courtisans qui le suivaient.

l52 ARTICLES INÉDITS.

* .3 JaÎD.

Le courrier qu'on avait envoyé à M. le cardinal de Bouillon revint hier. Il était à Frascati quand M. le prince de Monaco lui porta la triste nouvelle de son exil. Il s'évanouit presque en l'apprenant ; et quand il fut revenu de sa surprise , il dit qu'il allait obéir aux ordres du roi.

1 1 Juin.

Le roi fit donner, ces jours passés, mille pistoles au duc de la Force, qui revenait de ses terres où il a fait beaucoup de conversions. Ce duc espère que cette gratification se tournera en pension.

i5 Jain.

Le soir 9 madame la princesse de Conti alla à Meudon , déguisée , avec mesdames d'Épinoy , de Villequiers , et du Rouvroi. On vint dire à Monseigneur 9 comme il était à table , que des dames de Paris le priaient de permettre qu'elles entrassent pour voir son appartement. Monseigneur le refusa d'abord ; mais enfin il y consentit. Il ne reconnut point d'abord madame la princesse de Conti, ni les dames , quoiqu'elles n'eussent pas de masques. Les blondes avaient des tours de cheveux noirs , et les brunes en avaient de blonds. Mais quand Monseigneur les eut reconnues, cela le divertit fort , et il les fit mettre à table.

ANNÉE 1700. ^ • i53.

17 JaÏD. •

Mademoiselle de Condé est à la dernière extrémité. Madame la Princesse , qui l'aime extrêmement, n'entre plus dans sa chambre. Elles sont à * Asnières, auprès de Paris , où on l'avait menée pour le bon air (i).

a Juillet.

Le roi a répandu cinquante Suisses ici dans le château (de Versailles ), pour y prendre les gens qui gueusaienty et les faire conduire à l'Hôpital- Généraly à Paris.

II Juillet.

Le roi , après son dîner , vit une danse des tamboui^ de son régiment , qui dansèrent l'épée à la main , et qui récitaient même des vers en dansant. Le roi leur fit donner trente pistoles.

16 Juillet.

Le roi a commandé à M. de la Rochefoucauld d'avoir des chiens pour le cerf, beaucoup moins vifs que ceux qui sont présentement dans la meute, afin qu'il puisse avoir le plaisir de suivre la chasse

O ) Je n'ai transcrit cet article que pour indiquer aux habitans de Paria un «ejour que, du temps de Louis XIV, on estimait déjà le plus convenable aux malades. 11 doit cet avantage 4 un site ouvert, un sol léger, des eaux salubres, et une température sèche, adoucie par le voisinage delà Seine, qui coule à plein canal et sans alterrisscment.

i54 ARTICLES INÉDITS.

dans S4 calèche. 11 ne lai&sera pas de conserver , outre cela , la meute ordinaire dans l'état où elle est. ■

3i Juillet.

, Le matin , à la messe , madame la duchesse de Bourgogne devait tenir l'enfant du concierge avec Monseigneur; mais le curé ne trouva pas qu'elle fût en habit décent, parce qu'elle était en habit de chasse j avec un justaucops et une perruque. Le baptême fut remis , et on approuva le curé.

3 Août.

Il y a eu une dispute à l'assemblée du clergé j entre le premier et le second ordre , c'est-à-dire entre les prélats et les abbés. Il a été décidé que le second ordre n'aurait que la voix consultative sur les points de religion.

4 Août.

Le roi a donné des lettres patentes aux jésuites , comme les filles de Sainte-Marie et les carmélites en ont, pour ne rien payer, comme communauté, de ce qui se lève sur le clergé.

4 Septembre.

On jugea dans le conseil l'affaire du marquis de Gêvres et du comte de Grammont , pour l'île Louviers, à Paris. Le comte d'Évreux était intervenu dans cette affaire. Ils Font perdue tous trois, et le

ANNÉE 1700. i55

roi la donne à là ville de Paris , qui indemnisera MM. deGrévres et de Grammont des dépenses qu'ils y ont faites.

a3 Octobre.

M. de Pontchartrain ayant averti le roi que mademoiselle de la Force y qui était pensionnaire dans la maison établie à Paris par madame de Miramion , songeait à s'évader pour passer en Angleterre , où la duchesse sa mère s'est retirée pour la religion , S. M. a ordqnné qu'on la transférât aux Filles-Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine , où elle sera plus resserrée.

6 Novembre.

M. le comte de Tholpse fut prié par M. d'Antin de dire au roi qu'il renonçait au jeu pour toute sa vie. Le roi répondit qu'il le pouvait faire , mais qu'il ne savait pas pourquoi on lui en rendait compte. Madame de Montespan a souhaité que M. d'Antin quittât le jeu , et lui donne pour cela 12,000 livres par an de plus. M. d'Antin avoue qu'il à gagné 6 ou 700,000 livres au jeu , et l'on croit même qu'il en a gagné beaucoup davantage.

14 Novembre.

Les chevaux du roi se cabrèrent , et étaient si vicieux, que le roi ftit obïigé de sortir de sa calèche , et se mit dans le second carrosse , où étaient

i56 ARTICLES INÉDITS.

M. de Noailles et M. le Premier. Il les fit demeurer avec lui. Il y avait long-temps que le roi n'avait été en carrosse avec des courtisans ^ chose qui lui était fort ordinaire autrefois.

i8 Novembre.

Madame la duchesse de Bourgogne vit à Meudon un meuble nouveau y qui est selon l'ordonnance 9 et qui ne laisse pas de coûter i So^ooo liv.

3o Novembre. '

Le roi d'Espagne (duc d'Anjou) fut quelque temps enfermé avec le père Martineau , jésuite. On a choisi , pour lui servir de confesseur jusqu'à Madrid j le père d'Aubenton. On ne sait pas s'il demeurera en Espagne ^ parce que les rois d'Espagne ont accoutumé d'avoir des dominicains pour confesseurs, et jamais de jésuites.

i4 Décembre.

M. Spenheim , envoyé de Brandebourg , parla à M. de Torcy sur la qualité de roi qu'a prise son maître. Il tâche à justifier ce procédé. On sait de ce pays-là que madame l'électrice a fait ce qu'elle a pu pour empêcher son mari de prendre la qualité de roi, et ses ministres les plus sensés s'y opposaient aussi.

3o Décembre.

Dans le parc de Marly , le roi menait sa calèche

ANNÉE 1700- i57

lui-même 9 comme il a coutume de la mener , et voulant tourner un peu court , il versa sans se faire aucun mal. Il ne lui était jamais arrivé de verser; car on ne peut pas être plus adroit qu'il est à tout.

a Janvier jyot.

Un colonel espagnol a apporté des lettres de la reine douairière d'Espagne. Elles sont en français j et pleines de grandes plaintes de la manière dont on la traite en Espagne ; elle demande qu'on punisse sévèrement le comte de Sant-Istevan , son majordome 9 et la duchesse de Prias ^ sa dame d'honneur , qui l'ont quittée honteusement j et Font outragée en la quittant. E^le demande cette grâce au roi y comme roi et comme cavalier j qualité qui l'engage à protéger les dames malheureuses. Le style de ces lettres est fort extraordinaire. Le roi y a Eût réponse en termes généraux.

5 Janvier.

Sur les onze heures du matin ^ M. de Barbézieux fit son testaipent et se confessa. Il ne se croyait point fort mal. Il soutenait même à M. Fagon que sa maladie n'était point dangereuse. Il avait des hoquets qui empêchèrent qu'on ne lui proposât de recevoir le saint viatique. Il tourna tout d'un coup à la mort , et mourut à quatre heures.

i58 ARTICLES INEDITS.

iV. D, A, Les débauches abrégèrent sa vie , et firent grand tort à son travail. Grand nombre de gens j perdirent , et beaucoup de daines parurent fort épi orées dans le salon; mais quand on se mit à table , et qu'on eut tiré le gâteau des rois, le roi témoigna une gaieté qui se fit remarquer et imiter; et tout en train de crier ta reine boit^ il renversa son assiette , et frappa dessus avec sa cuiller et sa fourchette , ce qui iiit à l'instant imité des plus affligées , et se recommença avec un tintamarre de collège, à chaque fois que la reine de la fève but, et qui fut excitée à recommencer souvent*

6 Janvier.

Le roi sut à son coucher que le bonhomme Rose était mort à Paris. On assure qull laisse plus de 800,000 écus de bon bien.

iV^. D. A, Il avait été au cardinal Mazarin , et avait conservé , par la reine-mère , une grande familiarité avec le roi , dont il avait la plume , c'est-à-dire qu*il écrivait toutes les lettres de la main du roi , dont il imitait l'écriture à s'y méprendre , et avait un stjle inimitable. C'était un homme de beaucoup d'esprit^ fin, adroit, hardi et dangereux au dernier point, et à qui on ne marchait pas impunément sur le pied. Il j a de lui des histoires sans nombre. Du reste, modeste et respectueux dans son état , avare à l'^cès , plaisant , gai , salé , et crojant peu de chose, encore un mot de ce bonhpmn^e avec sa calotte de satin , ses cheveux verts , son rabat presque d'abbé, son petit. manteau, et toujours son mouchoir entre son habit déboutonné et sa veste , avec un . assez beau visage, et ses jeux perçans et pétillans d'esprit , à quatre-vingt-huit ans , sans incommodité quelconque.

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7 Janvier.

Le roi sut , à son lever , que M. Stoppa était mort à Paris , à quatre-vingts ans passés. Il était colonel du régiment des gardes-suisses y et avait la confiancce du roi sur les troupes suisses qui sont dans le royaume. Il tirait beaucoup d'argent de la cour , et quand sa femme mourut , il avait Soo^ooo livres d'argent comptant , et pour plus de 3oo,ooo livres de vaisselle d'argent, de pierreries ou de meubles. Il a été si bien pillé , qu'on ne lui a rien trouvé après sa mort.

i5 Février.

M. de Tonnerre vint le matin, au lever du roi , en grand habit de deuil , et lui apprit la mort de M. l'évéque de Noyon , son oncle.

N, D, A, Oq trouva dans les papiers de M. de Noyon des mémoires pour son oraison funèbre. II faudrait un livre pour épuiser ce prélat.

19 Février.

On a fait avertir toutes les dames et les demoiselles qui savent monter à cheval, de se tenir prêtes à suivre madame la duchesse de Bourgogne aux cavalcades où elle prend grand plaisir.

17 Février.

M. le duc de Beauvilliers , que l'on avait dit si dangereusement malade à Lusignan , est chez lui ,

i6o ARTICLES INÉDITS.

à Saint- Aignan > où M. de Ghevreuse lui a mené

Helvétius.

iV. D. A, Fagôn ayait condamné M. de Beauvilliers , qui en effet était à l'extrémité. M. de Ghevreuse eut le courage, et c'en fut un grand alors, de mener Helvétius à Saînt-Aîgnan , qui y guérit M. de Beauvilliers en peu de jours , dont Fagon et toute la médecine pensèrent crever de dépit. Car Helvétius était un charlatan ' et un ignorant, à leur dire.

17 Mars4

La capitation est registrée et publiée. Elle sera plus forte que la dernière. Le roi a réservé à son conseil de taxer les courtisans .

9 Avril.

Ségraisy de l'Académie française*, connu par beaucoup d'ouvrages qu'il a faits , et en vers et en prose, mourut ces jours passés à Gaen , où il s'était retiré.

i5 Avril.

M. le duc de Chartres ne servira point. Le roi a trouvé que cela ne convenait point à ses intérêts, et avait espéré que Monsieur en détournerait M. le duc de Chartres. Mais Monsieur n'ayant pas voulu s'en charger , le roi a témoigné à M. de Chartres qu'il lui ferait plaisir de n y plus songer.

N. D, A,VL, de Chartres voulait servir à toute tête, et Monsieur voulait qu'il commandât une armée. Tout soumis

qu^il fût atl roi, il lui prenait quelquefois dés révoltes, et celle^ fut violente. La bouderie dura deux mois, avec quantité de picoteries. Monsieur était outré de ce que son fils n^avait point le gouverneinont promis lors de son mariage, et que, loin de donner une armée à son fils, le roi l'empêchait de servir, pour 1 en éloigner, tandis que les bâtàtds continuaieot à servir. Il est vrai que le roi avait pressé Monsieur, le jour de sa mort, de se faire saigner, mais il est vrai aussi que ce même jour ils se qiierellèrent tous deux plus vivement que Monsieur n'avait osé faire de sa vie , et qu'ils se quittèrent sur cette querelle , et Monsieur fort brusquement» On a cru depuis que l'émotion qu'il en eut bâta sa mort , et augmenta la douleur du roi et les prodigieux traitemens qu'il fit à madame et à IVf. de Chartres.

7 Mai.

Le roi étant le matin au conseil à son ordinaire, la duchesse de Lude demanda à lui parler. Le roi la fit entrer. Elle dit à S. M. qu'on avait vu au réveil de madame la duchesse de Bourgogne qu'elle était présentement eii état d'avoir des eiifans ; de quoi le roi fut fort aise.

g Mai.

On a tiré 1,100,000 livres du privilège qu'on a accordé pour la glace. ,

i3 Mai.

L'abbé de Brosse est mort. Il laisse une abbaye. C'est la seule du royaume que le roi n'avait pas donnée. L'abbé l'avait eue de Louis Xlil^ à l'âgé

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