‹ Œuvres de P. e. Lemontey (volume 4)Chapitre 7 sur 19 · IV · texte numérisé non relu

IV

i6a ARTICLES INEDITS.

de six ans y et il en a joui plus de quatre-vingts ans.

aS Mai.

MM. les comtes d'Albert et dlTzès furent jugés et absous , et, en conséquence de leur absolu tion, étaient descendus de leur chambre pour sortir de la Conciergerie. Le comte d'Uzès en sortit 'effectivement, mais le comte d'Albert reçut un ordre du roi d'y demeurer encore.

98 Mai.

Le maréchal de Tourville mourut la nuit, à Paris y après une longue maladie. Il n'avait pas soixante ans, et laisse un fils fort jeune et fort pauvre. Ce maréchal n'avait amassé aucun bien , et était cadet d'une maison qui n'était pas riche.

iV. D. ui. Le maréchal de Tourville s'appelait Gottentip , et , du consentement des j^glais et des Hollandais , le plus grand homme de mer de son temps , en tout genre , doux , modeste , et un des plus braves hommes du monde , mais sans esprit quelconque que pour son métier ; bien fait , et aimant les dames , un fort honnête homme aussi , et adoré dans la marine. Ce fut son père que M. de Saint-Simon en— voya au cardinal de Richelieu , à la journée des Dupes , lui dire que sur sa parole il vînt à Versailles. Le reste de l'histoire est connue et fameuse , et nulle part si vraie que dans Le Vassor.

!•' Août.

Madame la duchesse de Bourgogne alla se bai-

ANNÉE 1701. i63

gnér dans la rivière^ au-dessous du port de Marly. On fit tendre des tentes dans une île qui est là , et après le bain elle se coucha , et joua jusqu'à la nuit dans ces tentes.

37 Août

On fit une affaire de 4 millions de livres , qui seront payés par les gens qui ont acquis des charges pendant la dernière guerre avec le droit d'hérédité, et c'est une confirmation de ce droit d'hérédité qu'on leur accorde.

I*' Septembre.

Le roi a défendu à l'abbé Bernou , qui se mêle de faire la Gazette présentement , d'y parler de la maladie du roi Guillaume.

6 Septembre.

Le roi d'Angleterre pri^ hier le roi de trouver bon qu'il fut enterré dans la paroisse de Saint- Germain sans aucun mausolée, avec ces mots pour toute épitàphe : Ci-gît Jacques second , roi d'Angle-

terre.

[7 Octobre.

I^a jrein^ d'Espagne ( princesse de Savoie ) a été obligée de relâcher à Antibes, et comme elle était sur sa galère fort incommodée par les punaises , elle a mis pied à terre , et on l'a logée dans le château.

i64 ARTICLES INÉDITS.

39 Octobre.

Le roi met des cornettes dans toutes ses compagnies de cavalerie. Us avaient été réformés après la paix de 1697.

ao Novembre.

Le roi d'£spagne a écrit au roi Jacques III j qui est à Saint-Germain , et le reconnaît roi d'Angle* terre , comme nous le reconnaissons en France.

i5 Décembre.

On mande de Barcelonne que la reine est fort jolie, qu'elle témoigne avoir beaucoup d'amitié pour le roi son mari , et qu'elle est présentement fort contente. Elle détruit bien par sa conduite tous les bruits qu'on avait fait courir d'elle les premiers jours de son mariage.

14 Décembre.

Le roi avait fait ses dévotions le matin, et avait touché les malades espagnols et italiens qui étaient ici ; mais il ne toucha point de Français.

14 JfltovSer 170a.

On a publié depuis peu un édit qui donne per* mission à la noblesse de faire le commerce en gros sans déroger.

3o Ja'nifier/

M. le maréchal de Catiuat salua le roi à son diùé,

ANNÉE 170a. i65

te

çt s. M. le reçut assez gracieusement , mais elle ne Jui parla point en particulier.

4 Février.

Le vieux abbé de Vatteville, que nous avons vu ici long-temps , est mort depuis quelques jours. C'était un homme dont la vie avait été pleine d'événemens fabuleux, jusqu'au temps que le roi prit la Franche-Comté.

N, D, A, Cet abbé était prêtre et cbartreux-profès. Il s'enfuit de son couvent après avoir tué son prieur; il se fit circoncire , devint pacha , et commanda en IV^rée Tarmée turque contre les Vénitiens. Il trahit les mahométans; fut absous par la cour de Rome y et rendu susceptible de possède i" tous bénéfices. Il revint en Franche-Comté, se lia d'intrigues avec la reine— mère , et favorisa de tout son pouvoir la conquête de cette province. Il eut de Louis XIV la nomination de l'archevêché de Besançon ; mais le pape refusa les bulles. Il se contenta de prendre en échange l'abbaje de la Baume, et d'autres avantages pécuniaires. Il vécut en grand seigneur, grande meute, belle écurie, grosse table, force compagnie , et surtout, et sans se cacher, fort peu châtié dans ses mœurs ; grand tyran chez lui , et tenant les intendans en respect, et les yeux fermés par ordre de la cour. Il y vendit très— rarement faire des apparitions , et y était reçu du roi avec considération. Il se plaisait à s'aller montrer quelquefois chez les chartreux , et à les morguer.

19 Février.

Madame y qui a cassé la chambre de ses filles, prendra deux dames auprès d'elle , à chacune (Je^-

i66 ARTICLES INÉDITS.

qùeiks éfllé donnera 4>ooo livres. La maréchale de Clérambsi^lt eu est une.

N, D. A, Cette marécliale était fille de Ghavignj, et une des femmes de France qui avait le plus d'esprit et de savoir, et avec cela un esprit trè$-salé et très-agréable , sans montrer jdmais qu'elle sût rien ; du reste riche , avare, bijoutière, et singulière à l'excès, ne se souciant de personne , et toutefois considérée. Elle avait pensé mourir de la poitrine étant îeune. On lui conseilla d'éviter de parler tant qu'elle pourrait. Elle fut une année entière de suite à ne pas proférer une parole ; ce qui l'accoutuma à ne parler presque plus le reste de sa vie. Mais quand elle était en liberté , çt qu'elle s'y mettait , personne n'était de plus excellente compagnie. Elle préten— dait, quoiqu'elle s'en cachât fort, trouver l'avenir par de petits points et des calculs , et celal'avait liée à Madame , qui se plaisait fort à ces curiosités. On ne la rencontrait jamais qu'avec un masque sur son grand et vieux visage pâle ; elle disait pour raison', que dès que l'air la frappait, son teint

s'élevait en croûtes. Mais c'était en effet une ancienne habitude de le conserver, qu'elle n'avait pu quitter avec Ja mode qui en était autrefois. Elle jouait , sans mot dire , la journée et une partie des nuits. Elle avait une sœur qu'elle aimait passionnément, et qui tomba malade. Elle y envoyait à tous momens; puis quand elle sut qu'elle était au plus mal, elle dit : u Ma pauvre sœur I qu'on ne m'en parle plus. »» La maréchale n'en parla de sa vie, non plus que de ses deux fils, qu'elle survécut long-temps ; mais pour ceux— là , elle ne les aimait pas trop.

a4 Février.

Madame la duchesse de Bourgogne s^était mise au lit l'après-dînée , fatiguée de la pesanteur de-

rhabit qu^elle avait hier à la comédie , %t qui était trop chargé de pierreries. ( Pour jouer Jbsalon et les Précieuses de Molière. ) " *■

14 Mars.

Le roi n'étant pas content de la conduite de M. Févéque de Gap , qui n'a pas profité des avertissemens que S. M. lui a fait donner ^ a relégué cet éyéque à Condom.

N. p. A^ Cet évêque , appelé Hervé , était parvenu à l'épiacopaty par ses missions et par une vie fort sainte. Son épi»copat le fut de même jusque vers l'âge de cinquante ans, qu'il

se dérangea, et la dégringolade fut rapide et affreuse

Cette forcenerie à la fin lui valut cet exil , dans lequel , ne changeant point de vie , on voulut jqu'il quittât son évêché , mais il n'y voulut point entendre. La cérémonie d'un concile provincial, et un grand éclat , réduisirent le roi à capituler avec lui. Il se démit, moyennant la douerie d'Aubrac, de 20,000 livres, et la perm^j^ion d'être à Paris tant qu'il voudrait, dont il usa avec son même scandale, et allait même effrontément à la cour, où il contait fleurettes aux dames en passant. Devenu fort vieux > Dieu le toucha. Il se retira, travailla à des missions avec des capucins, et finit avec beaucoup de repentir de ses déréglemens.

a8 Mars.

Le roi a fait ouvrir depuis quelques jours une caisse d'emprunts, où l'on a 8 pour 100 d'intérêts. On y a déjà porté plus de 1 millions de livres.

5 Avril.

Les états-généraux donnèrent part au roi , ces jours passés, de la mort de leur stathouder; mais on n'en prendra point le deuil , si la reine Anne n'en envoie donner ^art au roi, ce qu'on croit qu'elle ne fera pas. .

N, D, A. Les mémoires devaient ajpater un fait certain , curieux , et unique. MM. de la Trémoille , de Bouillon , et par eux MM. de Duras, sortis d'une fille du fameux prince d'Orange, fondateur de la république des Provinces-Unies, et par conséquent fort proches parens du roi Guillaume, demandèrent au roi s'ils prendraient le deuil , et le roi leur défendit d'en pirendre aucun.

^9 Avril..

Le chevalier de Sopimery arriva de Naples. Le roi d'Espagne l'envoie pour rendre compte au roi de son voyage.

iV". D, A, Le chevalier de Somiaery passa à Rome sans y coucher, vit le pape Clément XI un moment, alla à Saint- Pierre, et de la porte : « N'est-ce que cela?» dit-il , et s'en alla. Le bon pape n'a japials pu digérer cette action, et en a parlé cent fois. Elle est unique aussi en son espèce.

3o Avril.

M. de la Poipe , comte de Lyon , à qui le roi avait donné l'évêché de Poitiers, s'est excusé de l'accepter, disant qu'il croyait que la Providence l'avait attaché à l'Église de Lyon , qu'il était trop

ANNÉE 1702. jGû

vieux pour pouvoir bien faire son devoir dans un évéché où il y a à travailler autant qu'à Poitiers , et que, n'ayant aucun bien, il ne pourrait pas payer les bulles , qui sont de 3o,ooo livres , ni acheter les meubles et l'équigage convenables ^ un évêque.

34 Juin.

Le roi donna audience le matin au duc de Me dina-Celi , retournant de la vice-royauté de Naples en Espagne. Il est sept fois grand.

22 Juillet.

Don Bernado de Quiros, qui était ambassadeur d'£spagne en Hollande, a eu une audience trèsfavorable du roi. S. M. lui dit: <c Je sais que vous «avez bien servi le roi votre maître, et même « contre moi. Mais, loin de vous en savoir mau-^ «vais gré, je vous en loue; vous faisiez votre de- « voir. »

3o Août.

Le roi a fait p^yer à M. de Lauzun 76,000 liv. pour le fonds et les ari:érages de deux maison^ qu'on lui avait prises durant sa prison.

6 Septembre.

M. de Canaple , qui a soixante-quinze ans passés , épouse mademoiselle de Vivonne. On ayait déjà parlé de ce mariage, et la mort du marquis

de Ci*é(Jui , qui n'a point laissé d'enfans , Ta déter* miné à le faire.

N. D. A. Ce Canaple était un vieil imbécile qui avait commandé à Ljon , où il donnait la bénédiction dans les irues , de son carrosse ^«comme l'arclievéque ; voulait donner des démissoires , et user , comme commandant , de toute la jurisdiction ecclésiastique ; on en riait y et on le laissait faire.

7 Septembre.

M. l'évêque de Senlis fut reçu à l'Académie^ M. Chamillart^ son frère, était à la réception. L'on avait pratiqué , dans un cabinet voisin de la salle où se font les réceptions , une tribune pour les dames. H n'y en avait jamais eu à aucune assemblée de l'Académie française, mais seulement à celles de l'Académie des sciences et des inscrip-^ tions.

JV. D. A, Cet évéque de Senlis était un homme de bien , et le meilleur bomme du monde, mais un imbécile, et le jouet même de toute sa famille. L'Académie élut bassement M. Gbamillart, parce qu'il était alors ministre favori , et tout puissant, qui d'ailleurs n'était rien moins qu'un sujet académique , et qui donna son frère en sa place. Cette nou»veauté des femines fut en faveur des filles de Cbamillart , et de leurs amies, qui j allèrent pour se moquer du pauvre Senlis.

8 Septembre.

Un Syrien, venu du Grand-Caire, a présenté depuis quelques jours une ïettré aii roi', de la part

dtt patriarche d'Ethiopie y ^ui marque la vénération de ces peuples d^Afrïque pour S. M.

3o Septembre.

Les ennemis ont &it de grsftids sacrilèges dans les églises, ce qui augmente encore beaucoup Tayersion des Espagnols pour eux.

18 Octobre.

M. le comte d'Ayen arriva pendant que le roi était à la messe. M. de Villars Fa envoyé porter les étendards et les drapeaux pris à Friedlingen.

N, p. A, M. de Villars crut si bien cette bataille perdue, que MaguaCy lieutenant- général , le trouva sous un arbre, s'arracbant les cheveux , et qu'il lui apprit qu'elle était ga* gnée. Il eut peine à le croire, et poussa plus d'une demi-lieue, et trouva qu'il était vrai. On trouva fort ridicule l'envoi du comte d'Ayen , pour apporter les drapeaux pris , et qu'il en eût accepté la commission , ne s'étant pas trouvé du tout à la bataille.

19 Octobre.

M. le maréchal de Villeroi est libre , et est parti de Gratz, le i*' de ce môis« avec un officier de l'Empereur qui te conduit. L'Empereur veut qu'il passe en Italie ^ dans l'armée du prince Eugène ^ à qui il donne la rançon du maréchal.

a6 Novembre. ,

Le duc de Guiche avait demandé une confisca-

ini ARTICLES INEDITS.

tion du bien que les Hollandais ont en Poitou. Cette confiscation est considérable. Le roi fera régir les biens de ces gens-là par l'intendant, et donnera au duc de Guiche , durant la guerre , ISîOyOoo liyres de pension, qui seront payées au trésor royal. Le duc de Guiche a prpmis le quart de ce qui lui reviendrait à ceux qui ont donné l'avis. Ainsi , il n'aura que 1 5,,ooo livres pour lui.

8 Décembre.

Le chevalier de Lorraine mourut Taprès-dînée ^ à Paris. Il avait quatre grandes abbayes.

N, D,A, C'était l'homme de France qui avait été le mieux fait , avec un fort beau visage , et qui , jusqu'à Ja fin de sa vie, avait conservé le plus grand air, et le plus audacieux. Aussi l'était-il au dernïer point , quoique poli extrêmement, mais toujours avec hauteur , et plus audacieux avec Monsieur qu'avec personne. Il gouverna toute sa vie ce prince en maître absolu, et vécut splendidement à ses dépens. En se mettant entre les deux frères, pour ployer le cadet à toutes les volontés de l'aîné , et le tenir bas devant lui , il fut ménagé par le roi , et en tira force grâces , distinctions , et argent. Sa tyranniç était extrême sur tous ses voisins , dans ses abbayes, et à Frémont, maison de chasse et de plaisance, qu'il avait sur le chemin de Fontainebleau , où le roi dînait souvent en y allant et venant. Il mourut subitement, jouant chez lui à Pombre , coinme la plupart de sa famille , et ne fut guère regretté que de mademoiselle de Lillebonne, qu'on croit qu'il avait épousée secrètement. On sait qu'il fut accusé de la mort' de Madame^ .qui l'avait fait exiler, et à qui ni lui ni Monsieur ne le pardonnèrent jamais.

aMëe 170a. 173

i5 Décembre.

A la promotion que le roi vient de faire poui* la marine , il a réglé qu'il y aurait toujours mille officiers , parmi lesquels ^ comme de raison , on ne comprend pas les gardes-marine.

ï 4 Février Ï703.

Le roi d'Espagne a donné au cardinal Portocarrero le commandement de son régiment des gardes à cheval.

16 Février.

Il est arrivé dés bateaux de Tr.oyes. à Paris. Ainsi, l'entreprise de rendre navigable la rivière de Seine depuis Nogent jusqu'à Troy es a réussi, quoique jusqu'ici ou l'eût crue impossible.

17 Février. ^

Il y eut bal avant souper. Mademoiselle de Gharolois y dansa pour la première fois , et coucha ici. Elle dansa inéme fort bien y et le roi lui fit beaucoup d'amitiés. Madame de Maintenon parut un moment au bal pour la voir danser; Mademoiselle de Charolois n'a pas éncpw dix ans.

. , a6 Février.

Un de nos armateurs a pris un vaisseau de Dàntzick. Les deux tieir^ de cette prise sont pour Fabbé de Polignac , à qui le roi a donné la confis-

cation des vaisseaux de cette ville-là , jusqu'à ce qu'il soit remboursé de toute la perte qu'ils lui causèrent. Il lui est dû encore plus de 5o,ooo écus.

i4 Mars.

Le roi d'Espagne a donné à chacun des six aidesde-camp que le roi lui avait envoyés la campagne passée , un diamant de trois cents pistoles , et une épée d'or de cent pistoles. Ils sont tous revenus en France.

a 3 Mars.

Madame de Toisy mourut ces jours passés à Paris. Elle a fait madame la duchesse de Noailles sa légataire universelle. .

iV. />• A. Madame de Toîsy était une femme de très-peu , mais de beaucoup d'esprit et d'honnête galanterie , qui avait trouvé moyen de voir la compagnie la plus choisie , et quand elle eut vieilli , de la voir avec autorité. On ne laissait pas de s'en moquer ; mais avec tout cela , elle tenait son petit tribunal dans Pari3 9 où l'élite de la cour ne dédaign^;t pas d'aller. $on max:i était mort.

17 Mars.

MM. les ducs de Bourgogne et de Berri allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis , où ils tuèrent cent cinquante lièvres. Le roi loua fort Catelan , capitaine de }a plaine , disant qu'il n'y avait jj^mais tant eu de gibier, et que personne ne se plaignait de lui.

x« Avril.

La marquise de Richelieu , qui étftit aux Anglaises du faubourg Saint-Antoine, a trouvé moyen d'en 3ortir en escaladant les murailles. Elle a écrit à madame de Bouillon qu'elle allait chercher quelques pays où elle fut moins malheureuse.

5 Ayril.

Le roi , Monseigneur , et madame la duchesse de Bourgogne , allèrent tous trois séparément à Marly voir cinquante carpes d'une beauté extraordinaire que M. le Premier a données au roi. S. M. a gardé les trente plus belles , et a donnéf les autres à Monseigneur, qui est aussi dans ce goût-là,

10 Avril.

Madame la duchesse de Bourgogne monta jusqu'au haut du Mont- Valérien , et visita toutes les loges des religieux.

i5 Avril.

On mande de Languedoc que Julien ayant su que cinq cents fanatiques , hommes ou femmes , étaient assemblés , il y avait marché , et les avait tous pris. On enverra les hommes aux galères, et les femmes sont en prison.

ag Avril.

Le prince d'Auvergne , qui avait été condamné

ces jours passés à avoir le cou coupé , fut hier effigie en Grève. ^ '

36 Avril.

Le roi se fit saigner , et ce fut du bras droit , chose qu'il n*aime point. Dans toutes ses maladies, il a toujours été saigné du bras gauche.

4 Mai*

M. de Béchamel mourut à Paris. II était surintendant de la maison d'Orléans.

N, D. A, Ce Béchamel, beau -père de Desmarets et du duc de Brissac> avait été fort dans les affaires, mais avec bonne réputation, et aimait singulièrem'ent la bonne compagnie de la cour , qu'il attirait cbez lui par le jeu , par la chère la plus exquise , et ])ar le goiit le plus raffiné en tout. C'est lui qui a fait ce qu'il y a de plus beau à Saint-Cloud , pour la maison et pour les jardins, et le roi le consultait quelquefois sur les siens. Il dépensa des trésprs à Nointel , où il menait grande compagnie. Ce fut à cette occasion que le comte de Fiesque fit cette chanson si plaisante de son entrée dans Nointel, dont le refrain est : «« Vive le roi , et Bé- M charnel, son favori! » du ridicule de laquelle il n'est jamais revenu , et dont le roi , avec toute sa grave majesté , rit aux larmes. Il avait été bien fait, et au gré des dames.

3o Mai.

M. de Crônstrçm , envoyé de Suède , eut hier sa première audience du roi , qui lui parla de S. M. suédoise avec de grandes marques de joie de ses heureux succès contre le roi de Pologne. Le" roi de

Suède n'a pas encore vingt-un ans, et a gagné quatre batailles*

14 Juin.

On sut, au lever du roi , que le vieux Gourville était mort à Paris subitement. Il y avait longtemps qu'il ne sortait plus de sa chambre. Il avait été mêlé dans beaucoup d'affaires. C'était un homme d'un grand sens, et il a laissé des mémoires curieux , mais qui ne sont point imprimés.

N, D, A, Depuis plusieurs années, il avait déclare à ses domestiques qu'il ne laisserait rien à pas un , mais qu'il leur augmenterait leurs gages cliaque année , et il l'exécuta fidèlement.

3o Juin.

M. de Lamoignon avait été choisi pour remplir à TAcadémie française la place vacante par la mort de M. Perrault. Mais il a eu des raisons particulières qui l'ont empêché d'accepter, et il a écrit à l'Académie une lettre très-honnête pour la remercier de l'honneur qu'elle lui avait fait , et pour s'excuser de ne le point accepter.

zo Juillet.

Madame la duchesse de B^^* fut déclarée dame d'honneur de Madame.

iV. D. A, Son mari , très-débauché , et peu tourné aux femmes, mangea beaucoup, et poussa souvent à bout sa ▼ertu et sa constance. Elle n'avait le plus souvent d'habits IV. la

et de chemiies, que ce que la maréckale dç Ghamilly, son amie intime , lui en donnait y qui souvent aussi l'emmenait chez elle y après des scènes où les coups de poing et de pied n'étaient pas épargnés. Tant fut procédé , que le duc de 'g/^^* oonaentit à la battre devant le monde pour causer une séparation dans les formes , et cela fut exécuté. Mais le vivre de la pauvre femme fut réglé si court, parce qu'il n'y avait plus d'étoffe y qu'elle mourait de faim ^ et voilà ce qui la mit en servage.

X 4 Juillet.

Le roi a donné à M. de la Rochefoucauld un brevet de retenue de 3oo,ooo livres sur ses charges j et M. de U Rocheguyon y a consenti , quoiqu'il en eût la survivance.

iV. Z>. ^. M. de la Rochefoucauld donnait tout à ses valets, et ne se souciait point de ses enfans , qu'il traitait avec une dureté et une hauteur étrange. Le roi lui avait payé deux fois ses dettes , et lui avait en outre donné des biens immenses. Mais c'était un gouffre» Ses enfans , aux dépens de qui était ce brevet de retenue , en gémirent avec leurs amis. Leur père était trop fort contre eux pour oser souffler devant lui , et aussi peu aller au roi , qui avait un faible extrême pour le père , et une aversion pour eux , que rien n'avait pu effacer depuis l'histoire des lettres au prince de Gonti.

as Juillet.

On a arrêté à Paris une bâtarde du marquis de Sablé que l'on a mise aux Madelonettes. Elle était en carrosse avec son père ; et Ton a mis à Saint- Lazare le vieux Bélisani, qui voulait l'épouser.

i« Août

Le duc de La Ferté mourut à Paris. Il ne laisse que des filles et un frère jésuite.

iV. Z>. A. 11 avait toujours servi avec distinction , tantôt bien , tantôt mal avec le roi , et jamais ,avec indifférence. C'était le plus agréable et le plus fort débaucbéde son temps, qui a tué bien des gens à table , où il avait bien plus d'esprit qu'ailleurs ; du reste , incapable de rien de suivi , ni de sérieux, et se moquant volontiers de tout. Il mourut fort pénitent et fort cbangé. Son frère s'était fait jésuite, malgré le maréchal son père , et s'en repentit bien danà la suite. Il fut grand prédicateur, et même directeur. Mais il se barbouilla dans sa compagnie. 11 avait aussi beaucoup d'esprit, plus que son frère , et qui aurait tourné comme le sien. Tous deux bien faits , et de fort bonne mine.

ai^oût.

Le roi donna audience à l'ambassadeur de Savoie, qui, en sortant de là, parut un peu consterné. Il persiste à dire qu'il veut qu'on lui fasse couper le cou si les bruits qu'on répand de son maître sont vrais.

9 Septembre.

Le roi a donné à M. de Lusignan une pension de 3ooo livres. Il est homme de mérita et de naissance ; mais il est mal dans ses affaires.

II Septembre.

M. de Torcy fit voir au roi des lettres qui an-

i8o ARTia.ES INÉDITS.

noncent qu'on est dans une grande consternation à Vienne , que le roi des Romains avait de violenta vapeurs , et que même y dans un de ses accès j il avait frappé le confesseur de l'Empereur.

ai Septembre.

Le roi se promena fort hier au soir dans les jardins de Y illeroi , et ce matin , avant que de partir , il a travaillé avec les gens du maréchal , et leur donna des dessins pour les embellissemens de la maison. Le roi s'y platt, et se souvient avec plaisir d'y avoir été dans sa grande jeunesse. Le maréchal avait envoyé de l'armée Barco, son intendant , pour que rien ne manquât dans sa maison y et il a fait nourrir les garde^-du-corps, les cent-suisses , et les gardes-françaises et suisses.

3o Septembre.

Le roi donne à la Vienne , premier valet de chambre qui sert de quartier, la survivance de sa charge pour son fils qui n'a que quinze ans.

iV. I>. A. La Vienne était un barbier de Paris , qui devint bientôt petit baigneur, et que le hasard de quelque pratique des jeunes gens du bel air de la cour mit à la mode. Le roi , qui, dans sa jennesse, vivait fort avec eux par le commerce de la galanterie, sut que la Vienne avait des secrets agréables, et s'en trouva si bien, que cela fit sa fortune. Il devint premier valet de chambre , et avec lui c'était être tout. Grossier, brutal , et parfaitement avec le roi , il vivait d'égal avec les

plu8 ^ands elles plus vîeax seigneurs , d'une loanîère si ridiculement familière , qu^on en mourait de rire , et d'autant plus que ce n'était point gloire , car il leur parlait souvent de leurs vieilles aventures, et par conséquent de ce qu'il avait été. Il était d'ailleurs bon liomme ; aimait à faire plaisir, et en a fait beaucoup , et de grands. Il avait une femme d'une vertu et d'un mérite rare , aussi renfermée dans son état que son mari en paraissait sorti.

m Octobre.

Le soir il y eut comédie ; le roi d'Angleterre s'y divertit fort. Non-seulement il n'en avait jamais vu y mais même il n'en avait jamais lu.

3i Octobre.

Le roi a permis à M. le maréchal de Yillars de revenir. Il avait demandé son congé plusieurs fois, et M. l'électeiu: ne sera pas fâché qu'il revienne. Ils ne s'accommodaient pas ensemble.

N. D, A. La diversité des projets, l'autorité que le marécbal voulait prendre , et surtout l'énormité des contributions qu'il levait sur amis et ennemis^ les brouillèrent. La mauvaise expédition du Tjrol, que l'électeur concerta de dépit, et où le marécbal ne voulut pas l'aider, acbeva de les rendre incompatibles. Le maréchal était d'ailleurs jaloux de sa femme , à qui le roi n'avait pas voulu permettre de passer en Bavière» N'espérant plus de monter à une plus haute fortune par la faveur de l'électeur qu'il voyait perdue, il ne cherchait, depuis que sa main lut faite ^ que les prétextes de retour avec son butin.

i8a ARTICLES INÉDITS.

5 Novembre.

Dulybois j gentilhomme ordinaire du roi , est allé par ordre de S. M. à Paris, et demeurera auprès de M. l'ambassadeur de Savoie , qu'il accompagnera partout.

N, Z>. A, On mettait souvent ainsi des gentilshommes ordinaires à la garde des ambassadeurs avec les maîtres desquels on était sur le point de rupture , ou en rupture ouverte , et même chez les nonces. Ils logeaient et mangeaient avec l'ambassadeur, allaient partout avec lui , et ne le quittaient point, en sorte que sa chambre même ne leur était jamais fermée. C'étaient d'honnêtes espions à découvert, pour voir et rendre compte de tout , rompre toutes mesures par leur présence , et empêcher Tambassadeur de s'évader et d'expédier des courriers*

I f Décembre.

Le chevalier de Roucy , capitaine de vaisseau, épouse la fille unique de Ducasse , chef d'escadre , qu'on croit riche de plus de 4oo,ooo écus.

N, D» A, Ducasse était d'autour de Baïonne , où son père

et son frère faisaient et vendaient des jambons. Il se fit flibustier, et acquit assez de réputation et de bien en ce métier, pour devenir capitaine de vaisseau du roi , et enfin chef d'escadre où il se distingua fort* Il eut de furieuses prises avec Pointis , autre chef d'escadre , d€ grande réputation ^ qui prît Garthagène. Ce Ducasse continua ses services au roi , et an roi d'Espagne , par des actions si brillantes et si utiles, qu'il devint liebtenant^général , et chevalier de la Toisou-d'Or.

ANNÉE 1703. i83

as Décembre.

Le grand inquisiteur de Portugal a déclaré au roi son maître qu'il ne pouvait pas répondre de la fidélité des Portugais, si l'archiduc entrait dans le pays avec des hérétiques.

9 Janvier 1704.

Madame la duchesse de Nemours, qui depuis quelques années était reléguée à Coulommiers , a eu permission de revenir à Paris depuis quelques jours.

N. D, A. On fut enfin honteux de l'exil d'une vieille princesse, dont tout le crime était d'être extrêmement riche , sans héritier, et en procès avec un prince du sang que le roi n^aimait point, mais à qui, par orgueil, il trouvait mauvais qu'on résistât.

2 Février.

Le roi, après dîner , entendit le sermon du père Massillqn , qui inséra dans son compliment des choses trè&*éloquentes et très <* chrétiennes sur la tempête qui a séparé la flotte ennemie , et qu'on lui était venu apprendre un peu avant qu'il entrât en chaire.

i5 Mars.

Durant le voya^ de Marly, madame la duchesse de Bourgogne^ après avoir dîné avec le roi, entrait chez madame de Maintenon avec toutes ses dames. On y lisait jusqu'à cinq heures la Vie de

i84 ARTICLES INÉDITS.

sainte Thérèse et le sire de Joinville j et puis elle jouait jusqu'au souper.

so Mars.

On chanta à ténèbres un miserere que M. le duc d'Orléans a fait faire à Venise par le maître de la musique de Saint-Marc, et qui fut très-bien exécuté^ et trouvé fort beau.

SI Mars.

Madame de Lyonne, veuve du secrétaire d Etat , mourut à Paris. Il y avait long-temps qu'elle y menait une vie fort retirée.

iV. D. A^ Son mari , le célèbre et habile ministre ^ était mort par excès de diète. Il crut se faire une longue santé par In diète de Gornaro , dont le livre faisait alors du bruit. Il Fentreprit et mourut, au grand malheur de l'État.

la Avril.

Le roi , le matin à son lever à Mariy > appHt par l'abbé Bossuet la mort de M. l'évéque de Meaux son oncle.

aS Mar.

Après le salut, le roi se promena beaucoup dans la maison de Saint-Gyr y et dans les jardins , où il vit toutes les demoiselles de Saint - Gyr dansant dans les jardins , chaque classe dans une allée différente , et plusieurs troupes séparées à chaque classe.

ANNÉE 1704. . i85

10 Juin.

L'Académie élut hier M. le marquis deTréville. M. Tabbé de Clairembaut , qui en est chancelier , vint le soir en rendre compte au roi, et lui demander son agrément. Le roi lui répondit que cette place ne convenait point à un homme aussi retiré que M. de Tréville , et qu'ainsi il fallait que l'Académie procédât au choix d'un autre sujet (i).

N. D, A. TrôissfiUes, que par corruption on appelait Trés^ille, était un gentilhomme de Béarn, qui avait beaucoup d'esprit et de lecture, et un esprit galant et agréable. Il débuta fort bien dans le monde et à la cour, où des dames du plus baut parage et de beaucoup d'esprit le recueillirent fort, et peut-être plus que de raison. Il se dégoûta de la guerre, peur se jeter dans une grande dévotion. Celle du fameux Port-Rojal était celle des gens d'esprit. Il tourna de ce côté^là, et persévéra plusieurs années. Un voyage qu'il fit dans son pays, le changea. De dévot, il devint philosophe, et dans cette philosophie on lui reprocha de l'épicurien. Il se remit à faire des vers , à donner des repas recherchés , à exceller par un bon goût, difficile à atteindre. Ses remords et ses anciens amis de piété jL'y rappelaient par intervalles; sa vie dégénéra en haut et bas, en quartiers de relâchement et de régularité ; ses dernières années furent plus réglées et plus pénitentes qu'au commencement de sa dévotion. Ce qu'il en conserva, dans tous les temps , fut l'abandon de la eour, auquel il joignait souvent la satire, qui lui attira ce refus

(i) Cet article se trouve dans l'édition de madame de Genlis. Mais le motif du refus du roi est si singulier, qu'il m'a paru conrenable de l'expliquer pav la note du commentateur.

i86 ARTICLES INÉDITS.

du roi pour l'Académie , faible yengeance , mais qu'il ne put se refuser, faute de trouver son homme mieux à sa portée. Cette satire et Port-Royal étaient chatun plus qu'il ne fallait pour se plonger dans la disgrâce. Mais ce qui seul y aurait suffi, c'était la profession de ne jamais voir le roi. Cela seul était un crime non de lèse-majesté, mais, ce qui était pis, de lèse-personne de Louis XIV.

as Août.

Le roi alla l'après-dînée courre le cerf, et quoiqu'il soit fort sensible à la mauvaise noirvelle (la funeste journée de Hochstett), il n'y a nul changement à sa vie, nulle altération dans son visage ni dans ses discours. Le père la Chaise lui avait préparé un discours de consolation ; mais le roi l'a prévenu dès qu'ils ont été seuls ensemble , et ce bon père nous a dit que S. M. lui avait parlé avec tant de piété , tant de résignation à la volonté de Dieu, et avec tant de force et tant de courage, qu'il ne lui a jamais paru si grand et si digne d'admiration. Il console les familles dont on dit qu'il y a eu des gens tués.

s6 Août.

On apprit la mort du cardinal Delfini, qui a été nonce en France il y à quelques années.

N. D. A, Ce bon Delfini étant ici nonce, allait franchement à l'Opéra, et entretenait une maîtresse. Le roi le souffrit quelque temps. Mais, comme il était alors dans une grande dévotion pour lui et pour les autres, il lui en fit

parler de sa part. Le nonce répondit qu'il était bien obligé au roi y mais qu'il n'avait jamais songé à être cardinal par la France. Il continua, comme s'il n'eût point été averti, fut cardinal en partant, et reçut des mains du roi sa barrette,

zer Septembre.

Le marquis de Vervins fut assassiné ces jours passés à Paris , devant la maison de madame de Miramion. Il est blessé de plusieurs coups d*épée dont on espère pourtant qu'il ne mourra pas. On accuse de cet assassinat l'abbé de Grandpré, son cousin - germain , qui venait de peMre un procès contre lui , et l'on n'en doute plus depuis qu'on a su qu'il était en fuite.

la Septembre.

Par les lettres qu'on reçut de Madrid , le roi d'Espagne priait le roi de donner grâce à Cabaret , qu'il avait envoyé servir sur la flotte , et qui y a eu la jambe emportée. Gabaret avait été long-temps capitaine de vaisseau en France ; mais il se battit en.duel il y a deux ans , et fut contraint de quitter le royaume. Le roi a mandé auVoi d'Espagne qu'il n'y avait rien qui lui put faire accorder grâce pour un duel , et qu'il n'y avait pas songé en la lui de-> mandant.

a8 Octobre.

Le soir on chanta chez madame de Maintenon une ode de l'abbé Genest à la louange du roi. La

i88 ARTICI.es inédits.

musique est de la Lande , et le roi la trouva si bonne , que , quand elle fut finie , il la fît recommencer.

I*' Novembre.

Le prieuré de Saint-Geosme a été donné à l'abbé Héron. II était à l'abbé de Grandpré, qui fut condamné il y a huit jours à être roué pour l'assassinat de M. de Yervins , qui est guéri de toutes ses blessures.

i6 Novembre.

Jje roi alla se promener dans ses jardins. Il a ordonné qu on ôtât toutes les grilles qui eftiferment les bosquets, et veut que tous les jardins et toutes les fontaines soient pour le public.

i8 Novembre.

Madame la duchesse de Bourgogne a dîné à son grand couyert , seule à table , servie par ses gentilshommes servans , ce qui ne lui était pas arrivé depuis plus de quatre ans. Elle en usera de même tous les maix^is. Bile avait beaucoup de dames à son dîner , après lequel il y eujb un grand cercle.

N, D, A. Le roi, qiii. n'aimait la dignité que pour lui, ne laissait pas de regretter la majesté des cercles de la reine— mère, parmi lesquels il avait été nourri, et qui du-' rèrent autant qu'elle. Il essaya de les faire continuer par 1» reine, sa femme, dont l'esprit distrait ne put porter le poids. Il voulut après les renouveler par la daupbine de

Bavière. Elle avait tout ce qu'il fallait dans l'esprit pour s'en bien acquitter ; mais les incommodités de ses grossesses et de leurs suites, jusqu'à sa dernière et longue maladie, leur coupèrent court. Madame la duchesse de Bourgogne était trop enfant pour les lui faire reprendre de meilleure beure, et l'était trop encore pour les vouloir continuer. Aussi ne durèrent-ils guère, et se sont ainsi ensevelis.

a3 Novembre.

Hier, avant le conseil des finances, le roi travailla avec M. le comte de Toulouse et M. de Pontcharlrain. Il avait paru , au retour de M. le comte de Toulouse , qu'il n'était pas content de M. de Pontchartrain , qui prétend n'avoir eu aucun tort avec ce prince , et qui prend le roi à témoin de sa conduite. C'est lui seul qui peut en savoir le fond.

N. D, A. Pontcbartraîn était le fléau de la marine , et l'borreur de tout ce qui dépendait de lui. Un amiral était sa bête, et un amiral, bâtard du roi, son bourreau. Le comte de Toulouse avait contre lui des griefs si énormes, que Pontcbartrain était perdu , si sa femme , la modestie et la vertu même, n'eût obtenu sa grâce de l'amiral, en se jetant à ses pieds , fondant en larmes , cbez la duchesse d'Orléans. C'est ainsi que ce ministre fut sauvé; mais il en coûta cber à l'Etat • La peur qu'il eut de succomber sous la gloire ou sous la vengeance d'un amiral , fils du roi, le détermina à perdre lui-même la marine, pour la mettre hors d'état de revoir l'amiral à la mer. Il se le promit, et se tint exactement parole. Gela ne fut que trop bien vérifié depuis par les faits, et que les débris de cette marine ne l'appauvrirent pas.

igo ARTICIJES INÉMTS.

i8 Décembre.

Madame la duchesse d'Aiguillon mourut à Paris dans un couvent où elle était novice. Elle l'avait été dans deux ou trois autres sans se faire religieuse. Elle signait la Duchesse Novice y et était fort extraordinaire en tout.

ai Décembre.

Les billets de la monnaie ont cours dans le commerce. On est obligé de les prendre comme de l'argent comptant , et le roi en paie l'intérêt jusqu'au jour qu'ils seront remboursés. Mais ils ne seront pas reçus dans les caisses du roi.

n faut que tout ce qu'on y porte soit en argent comptant. Les moindres de ces billets sont de 5oo livres.

lef JanTÎer 1705.

Le roi tint le chapitre des chevaliers de l'Ordre,

où les preuves de M. de Puyzieulx furent admises.

iV. £>. A, Puyzieulx était un fort bon hpmme, franc et simple, avec beaucoup d'e»prit, et fort orné, et de fort bonne compagnie, qui aimait à manger et à dépenser, qui se fit croire et aimer des Suisses; un petit komme blopd,rougeaud, réjoui, gros comme un muid, et d*une figure assez ridicule^ et le meilleur homme du monde. Dans une audience que lui donnait le roi , il lui demanda permission, en riant, d'user de l'ancienne familiarité de leur enfance.

Il lai dit agréablement qne, puisqu'il était assez heureux pour pouvoir se flatter que le roi était content de lui , il ne pouvait dissimuler que lui ne Tétait pas, de ce que le roi, étant le plus honnête homme de son royaume, et le plus sûr en ses paroles , il lui en avait pourtant manqué , et depuis des années infinies. Le roi surpris, mais point choqué, par Tair plaisant et le tour agréable qu'il avait donné à sa plainte , le poussa de lui dire en quoi il lui avait manqué de parole. Pujzieulv le pria de se souvenir qu'un jour, jouant à eolin-maillard, il lui avait mis son ordre pour le cacher mieux , et qu'eu le lui rendant , il le lui avait promis dès qu'il serait le maître , et lui en âge de le porter ; qu'il j avait pourtant non^bre d'années que l'un et l'autre étaient arrivés , sans qu'il lui eût tenu parole. Le roi rit avec plaisir de ce souvenir de sa première jeunesse , se rappela parfaitement le fait, et, dès le lendemain, commanda un chapitre à quatre jours de là, ety nomma Pujzieulx.

4 Janvier.

Le roi a donné 49O00 livres de pension à madame de Caylus. Elle en avait déjà 6,000 livres. On a souhaité qu'elle ne fut plus sous la direction du père de la Tour , et elle a pris un directeur qui n'est point père de TOratoire.

x6 Janvier.

Sitôt que le roi fut entré chez madame de Maintenon , il fit appeler le maréchal de Y illars. Il lui dit : Je n'ai pas le loisir de vous entretenir présentement; mais je vous fais duc.

N. D, A. Villars, dès la Bavière , avait tenté par l'ëlecteiir,

iga AÏ^TICLES INÉDITS.

d'être fait duc. La réponse du roi fut trempée dans Findi*gnation la plus forte de cette audace , dont le murmure de la cour alla jusqu'au frémissement. On 'ne pouvait oublier sa naissance ; on se souvenait du peu de part qu'il avait eu au gain de la bataille Se Friedlitfgen , qui le fit marécbal de France. Madame de Maintenon , qui se souvenait avec goût d'avoir été plus qu'amie de son père, le conduisait par la main, et le bombarda duc, comme tm le voit ici. La consternation fut générale , et marquée sans ménagement. Le nouveau duc et sa femme eurent le bon esprit de n'en faire ni semblant, ni souvenir dans les suites , et de se pâmer entre les bras de la fortune, avec toute la modestie la plus propre à émousser les pointes universelles qu'elle cause.

a4 Janvier.

Le duc de Tresme fîit reçu à la maison de ville à Paris , et fut traité de monseigneur par le prévôt des marchands. Les maréchaux de THopital et d'Aumont, et M. de Mortemart, avaient laissé perdre ce droit. M. de Créqui le fit rétablir en représentant au roi que M. de Montbazon , gouverneur de Paris avant tous ces messieurs , en avait toujours joui, et depuis M. de Créqui il n'y a plus eu de dispute là-dessus.

a 5 Janvier.

On fit chez le duc d'Albe, à Paris , la noce du comte de Rùpelmonde , seigneur flamand , avec mademoiselle d' Alègre , sœur cadette de madame de Barbézieux. *

Ni D. A, D'Alègre ne fut pas heureux en famille. Sa femme, riche héritière d'un président de Tholose, était une dévote à triples carats , et folle au centuple , que le cardinal de Goislin fit arrêter une fois, proche d'Orléans , ivre de la lecture des pères du déseA, et allant seule de son pied chercher les déserts 5 tandis qu'on la cherchait à Paris, d'où elle s'était échappée. £lle acheta, pendant une ahsence de son mari , assez sot pour lui avoiç laissé sa procuration , pour i5o,aoo liv. de tableaux de dévotion, tous plus tristes les uns que les autres. En meubles , en faste , et plus que tout , en désordres , elle le ruina*. M. de Rupelmonde , qui ressemblait for.t à un apothicaire, fut tué de bonne heure. Sa veuve intrî^a plus que jamais , et à force d'audace et d'insolence , de commodités et d'amourettes , psgrvint à être dame du pa-* lais, et à marier au fils du comte de Grammont, sa fille rousse, et dépiteusement laide.

16 Février.

Mademoiselle de Bouillon est tombée malade dans l'appartement de M. sop père au château ; et comme les médecins soupçonnent que c'est la petite-vérole , on l'a transportée à l'hôtel de Bouillon , à la ville , et les médecins de la maison royale n'y vont plus.

a 3 Février.

On plaça au' bal de Marly là duchesse d'Albe et madame des Ursins au-dessous de madame la princesse de Conti, afin qu'étant au premier rang elles vissent mieux danser.

N. D, A, Rien de pareil à l'air de triomphe que prit ma-

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