IV. i
dame des Ursins , k l'empressement servile de tout ce qu'il j avait de plus considérable auprès d'elle, à l'attention du roi de la distinguer , et de lui faire les honneurs de tout, comme à un diminutif de reine d'Angleterre. Madame de Maintenon et madame la ducbessc de Bourgogne n'étaient occupées que de madame des Ursins , qui signala plus le prodigieux vol qu'elle prenait, par un petit chien sous son bras, que par aucune autre distinction publique. Personne ne reyenait d'é-tonnement d'une familiarité que madame la duchesse de Bour^ gogne même n'ijj^ osé se donner, tant les batagelles frappent quand elles sont hors de tout exemple. Le roi, sur la 6n d'un de ces bals, caressa le petit épagneul, et ce fut un autre degré d'admiratibn pour les spectateurs. Depuis cela, on ne vit plus guère madame des Ursins au château de Marlj sans ce petit chien sous le bras , qui devint la dernière marque de Vveur et de distinction pour elle.
1" Mars.
Il n'y aura point de sermon cette semaine, parce que le père Gaillard, qui prêche, a vu mademoiselle de Bouillon durant sa maladie.
4 Mars.
M. le maréchal d'Arco , qui commande les troupes de l'électeur de Bavière, servira sous ce prince en Flandre , et aura un rang au-dessus des lieutenans-généraux du roi. Il n'y avait point d'exemple qu'un feld-maréchal eût servi avec les troupes du roi.
7 Mars.
Le roi donne à M. le comte de Grignan 200,000
livres de retenue sur sa charge, sans quoi madame de Grignan ne pourrait pas trouver ses reprises quand il mourra, s'étant engagée à toutes les dettes de son mari , qui vit fort noblement dans son emploi.
a6 Mars.
Madame Duplessis Bellièvre ^ mère de la maréchale de Créqui , est morte à Paris d'une grande vieillesse. Elle avait eu beaucoup de crédit durant la surintendance de M. Fouquet^ dont elle était parente. Elle avait près de cent ans.
N. D. A, Elle s'appelait de Bruc. C'était une des femmes de France qui , avec de l'esprit et de l'af;rément , avait le pins de tête , le courage le plus mâle , le secret le plus pro-* fond , la fidélité la plus complète , et l'amitié la plus persévérante. Elle sou£Prit la prison la plus rigoureuse, les menaces les plus e£Prajantes , et enfin l'exil le plus fâcheux , à l'occasion de la cbute de M. Fouquet , et acquit une estime même de leurs communs persécuteurs, qui se tourna à la fin en considération ; sans avoir cessé d'être , jusqu'à la fin de leur vie, la plus ardente* c;Lla plus persévérante amie de M/ Fouquet , à travers les rochers de Pignerol , et à la connaissance du public et de leurs communs amis.
a 8 Mars.
Le père Gravé , confesseur de madame la duchesse de Bourgogne , étant très-souvent incommodé , se retire. Le roi lui donne 800 livres de pension. Madame la duchesse de Bourgogne a
choisi pour son confesseur , en sa place , le père de la Rue/ fameux prédicateur ^ et homme de beaucoup d^esprit.
N. D, A, La gêne de la confession était grande dans la famille royale. Monseigneur n'a jamais eu d'autre confesseur que celui du roi. Il en donnait à ses petits-fils. Madame la ducbesse de Bourgogne, élevée à Turin, dans l'éloignement des jésuites, en eut un pour confesseur en arrivant, qui lui ayant été ôté pour les a£Paires de la Chine, le roi lui en nomma d'autres, dont elle ne s'accommoda pas, et celni-ci enfin , qu'il lui fallut bien accepter, a demeuré. Sa bellemère. Madame, ne s'en était sauvée qu'à la faveur du langage , et de ce qu'ayant amené de Bavière un jésuite aile— mand, les jésuites la laissèrent faire.
le. Avril.
M. Bouchu, qui était intendant de l'armée d'Italie et de Dauphiné, revient ici prendre sa place de conseiller-d'État^
i\r. D, A. Comme en e£Pet il revenait tout<44ait à Paris, il passa par Tournus, qui était son cbemin, où la goutte l'arrêta quelques jours dans i^hotellerie. Pendant ce peu de jours, il fut visité des notables du lieu. Il le trouva agréable, et y prolongea sa convalescence. Étant guéri, il s'y amusa encore tant et si bien, qu'il y devint amoureux, et y loua une maison. Au bout d'un an, il en bâtit une en lieu de la ville qui lui plut, et pour faire court, sans y avoir ni biens, ni amis, ni d'autres connaissances que celles de ce basard de passage, il n'en esj jamais sorti depuis, y a vécu plusieurs années, et y est mort. Cette singularité a paru mériter de n'ôtre pas oubliée.
10 Ayril.
Malagoti mourut à Paris. Il tirait beaucoup du roi; car outre qu'il était gouverneur de Valencienoes , il était colonel du régiment royal-Italien qu'il avait levé il y a déjà long-temps y et ce régiment vaut beaucoup.
JV. D, A. Malagotî était un de ces braves que le cardinal Mazarin avait attirés auprès de lui, mais fort jeune, par le privilège d'être Italien. Le roi avait de la bonté pour lui. 11 avait toute sa vie été dans les meilleures compagnies des armées, hoQime délicieux et magnifique, et dans sa vieillesse, le plus beau vieillard du moude> avec des cheveux blancs , un visage de guerre et vermeil , et le jupon à l'italienne.
is Avril.
Le vieux président de Maisons mourut ces jours passés.
iV, Z>. A, Son père était le surintendant qui fit bâtir le beau cbâteau de Maisons. Il fut chassé ; et quand il en reçut la nouvelle, il dit à ceux qui étaient avec lui: « Je vous M assure qu'ils ont tort; j'avais fait mes affaires, et mainte- <« nant j'allais faire les leurs. »
i5 Avril.
Le roi fit la revue de ses gendarmes et de ses chevau-légers à l'endroit accoutumé, et qu'on voulait appeler à cause de cela Champ-de-Mars. Le roi a trouvé le nom trop beau , et lui a donné celui de la plaine de Belvéder.
s8 Avril.
Le duc de Berwick , et M. de Basville , ayant été informés qu'il y avait quelques fanatiques cachés dans Montpellier , en firent fermier les portes. On y arrêta quatre de leurs chefs et ceux qui les recelaient. On prit aussi dans Nîmes Ravanet et Catinat , qu'on a fait brûler à cause des sacrilèges énormes qu'ils ont commis. On a pris avec eux Devilat et Jonquet, qu'ion a fait rouer. On a fait arrêter plusieurs marchands de Nîmes, complices de leurs pernicieux desseins, et on en fera sévère et prompte justice.
a6 Mai.
Cinq prisonniers qui étaient dans Pierre-en- Cise se sont sauvés , après avoir poignardé les soldats qui les gardaient, et ensuite le gouverneur, qui s'appelait Manville , ancien lieutenant-colonel du régiment Lyonnais.
a Juin.
Le roi voulait se promener dans les jardins, où il aime à être seul , pour donner ses ordres aux embellissemens qu'il y fait faire, mais il y avait tant de peuple de Paris qui s'y promenait, qu'il aima mieux se contraindre, et ne se point promener , que de faire sortir tout le peuple de ses jardins.
17 Juin.
On apprend qu'il y avait une conspiration à Grenade , dont les principaux auteurs étaient un minime et un médecin qui ont été arrêtés. Cela devait éclater le jour de laFéte-de-Dieu. Un officier vallon y qui arrive en poste de Madrid, annonce que la conspiration devait y avoir lieu le même jour qu'à Grenade , et qu'on devait y assassiner tous les Français , et se saisir du roi et de la ^eine d'Espagne.
17 Juillet.
Un recteur de Sorbonnc , haranguant rassemblée du dergé, où les jésuites avaient été conviés, parla contre eux très -fortement. Ils s'en sont plaints au roi, qui a ordonné au cardinal de Noail(es de faire de fortes réprimandes à ce recteur.
Madame la comtesse de Grignan est morte de la pQtite-vérole à Marseille.
N D. j4. LsL beauté, et fdus encore l'agrément et l'esprit, iiyment donné de la réputation à madame de Grignan^ en €]uoi toutefois elle était infiniment surpassée par madame de Sévigné, sa mère, dont le naturel, et une sorte de simplicité brillante d'esprit et de grâces, comme à la dérobée d'elle, rendaient son commerce délicieux. Elle n'avait ni le pincé, ni le précieux de sa fille, et toutes les deux beaucoup
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d'amis, et une infinité de gens avec qui elles étaient conti-? nuellement en commerce. Elles vivaient ensemble dans une grande union; et la mère, dans i;ne admiration continuelle de sa fille* Celle-ci vécut de même aveo la sienne, qui épousa le marquis de Simiane, qui hérita des charmes maternels, mais qui, devenue veuve, incomipodée dans ses a£Paîres, et dévote, se confina à la fin en Provence, sans enfans. Il ne faut pas oublier un mot de la précieuse madame de Grignan , qui avait fort mésallié son fils, pour raccommoder leurs afiaires délabrées. « Tl faut bien quelquefoisfumer ses terres, » disaitrelle. Jamais la famille de sa belle-fill^ne lui pardonna.
a Septembre.
Les ennemis, en Flandre , ont fait des réjouissances sur la victoire remportée à Gassano , mais M. de Marlborough a mandé qu'il le Élisait , parce que le prince Eugène le souhaitait fort ^ et lui en avait écrit très-pressamment , et qu'il savait par les officiers de l'armée de Lombardie , de qui il a eu des lettres , que le combat leur avait été fort désavantageux.
8 Septembre.
On a mis une taxe sur les maisons que les bourgeois des grandes villes ont à la campagne. On compte qu'il en reviendra trois ou quatre millions au roi.
10 Septembre.
La connétable Colonne, qui était depuis quelque temps en iProvence , a eu permission du roi
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de s'approcher de Paris pour voir sa famille , et elle est depuis huit jours à Passy j où le duc de Nevers , son frère , a une petite maison.
JV. D. A, C'est cette fameuse nièce du cardinal Mazarin, que le roi voulut si sérieusement épouser, dont celte volonté fut cause de l'éloignement des nièces y et du mariage de celle-là en Italie , et qui dit si bien au roi : f^ous m^ aimez ^ vous êtes roi, et je pars. Elle partit toutefoiâ, et courut biea le monde depuis. C'était la plus folle et la meilleure de ces Mancines, Pour la plus galante, on aurait peine à le décider, excepté la duchesse de Mercceur, qui mourut dans la première jeunesse et tisons {'innocence des moeurs.
a 5 Septembre.
Le roi dit que les ennemis avaient perdu huit cents hommes à l'attaque de Montjouy, et que le prince de Darmstat sûrement y avait été tué; ce qui déconcerterait fort les affaires de l'archiduc en ce pays-là.
Nf D. Af Cef prinoe de Darmstat est le même que la cour impériale envoya à Madrid, sur la fin du règne de Charles II, avec ordre de se mettre assez bien avec la reine pour qu'elle eût un enfant. Il fut admis à tout. Le roi le fit grand d'Espagne à vie , pour s'en pouvoir servir dans les premiers emplois. * On prétend qu'il les eut aussi auprès de la reine, qui était palatine, et gouvernée par les intérêts de l'empereur Léopold, son beau-frère , et que ce ne fut la faute de personne si Charles II mourut sans héritiers.
Le roi fit , ces jours passés ^ une réprimande un
aoa ARTICLES INÉDITS.
peu fortie à M. .de GourtanvauX) dans son cabinet, <»y étaient Monseigneur j toute la maison royale , et les daines de madame la duchesse de Bourgogne. Mais cela est raccommodé présentement.
TV. 2>. A, Le roî entra dans une colère si extraordinaire pour lui^ et si terrible, qu'elle fit trembler toutes les prin- 4»s8es et leurs dames d'honneur , et tout ce qui se trouva le «oir dans le cabinet où il fit venir Gourtanvaux. Il fut au moment de perdre sa charge , et sans madame la duchesse de Bourgogne y on ne sait ce qui en serait arrivé. Gourtanvaux, en sa qualité de capitaine des cent*suisses, avait eu le tort de contrarier et d'injurier une troupe de Suisses et d'autres gens que le roi avait mis sous les ordres absolus de Bontems et d^filouin, avec charge de surveiller le château jour et nuit.
1 4 Octobre.
Le président Rossignol mourut ces jours passés à ï*aris. C'était le plus habile déchîffreur de l'Europe. Il avait de grosses pensions du roi pour cela, et le roi en laisse ô^ooo livres à sa famille.
19 Octobre.
Mademoiselle de Lenclos est morte à Paris.
Quoiqu'elle fut fort vieille , elle avait conservé tant d'esprit et de raison , que les meilleiu*es compagnies de Paris s'assemblaient tous les jours chez elle.
ao j^ovembre.
Le duc 4e BeauvilUers a neuf fiUes y dont il y en
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a huit religieuses à Montargis dans le même cou* vent.
3 Décembre.
Messeigfieurs le duc de Bourgogne et de Berri allèrent arec madame la duchesse de Bourgogne à la ménagerie , pour y faire la cuisine eux-mêmes. Ils mangèrent sur les sept heures ^ et n'avaient point mangé ici avant que de partir.
To Décembre.
Le roi donna le matin une petite audience à M. de Roquelaure ^ dans son cabinet, dont ce duc sortit fort content y étant pleinement justifié des accusations qu'on avait faites contre lui la campagne dernière, quand Mariborough entra dans nos lignes.
N, D. A» Roquelaure avait besoin de toute la puissance de l'orviétan pour se tir^r de cette affaire. Le roi, anciennemeot épris des cbarmes de mademoiselle de L'^'^^'^, qui n'avait pas de cbausses lorsqu'elle entra au service de madamiB la dauphipe, l'avait mariée à Roquelaure, avec un brevet de duc. On n'oubliera |çuère le mot qu'il dit en nombreuse compagnie, à la coucbe de sa femme, qui ne se fit rien moins qu'attendre : « Soyez la bien-venue , jnade-* nioiselle, je ne vous attendais pas si tôt. » C'était un plaisant de profession, et, comme l'on voit, jusque sur soi-même, qui, à travers beaucoup de bas comique, en disait quelquefois d'^assez bonnes. Sa femme , faite pour cbeminer dans une cour, l'éleva, et l'enricbit prodigieusement. La beauté
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heureuse était sous le feu roi la dot des dots , dont madame de Soubise est bien un autre exemple.
Le roi, ayant approfondi l'afFaire qu'on avait voulu faire à M. de Metz j a t>rdonBé que le chevaufléger qui était venu ici porter les. plaintes contre lui irait avec toute sa famille lui demander pardon , et qu'on raierait sur les registres du chapitre de Metz tout ce qu'on j avait mis dont l'é* vêque pût être blessé.
N. D. A, Le fils de ce cbevau-léger était un enfant de choeur, qui s'échappa en larmes de la chambre del'évêque, en se plaignant d'en avoir été cruellement fouetté. Ce fait, qui , s'il était vrai 9 serait certainement indiscret et malséant dans un évéque, fut en outre empoisonné par d'odieux soup^ çons, qui s'évaporèrent en fumée. Le vacarme de celte aventure hâta la mort du cardinal de Goaslin , oncle de l'évéque de Metz ; et la vie irréprochable de ce dernier dé^ mentit dans la suite cette accusation.
ler Février.
Madame la duchesse du Maine joua à Glagny la tragédie de Joseph. La pièce et les acteurs furent fort loués. Le vieux Baron y joua.
5 Février.
Le roi y à son lever , a £ait de grands éloges du cardinal de Goaslin , qu'il regrette extrêmement. C'était im homme aimé et estimé généralement.
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N, D, Aé Ce cardÎDal n'était à la cour que le moins qu'il pouvait, et toujours en dispute avec le roi là-dessus. Tout le reste du temps en son diocèse, où il faisait de grandes aumônes. On sut, depuis sa mort, qu'il était en de grandes pratiques de pénitence, et qu'il se relevait seul toutes les nuits, à la dérobée de ses gens, pour prier; et c'est à quoi sa dernière maladie fut attribuée. Les missionnaires de la paroisse de Versailles s'emparèrent de lui à son extrémité , et, avec une barbarie étrange, n'en voulurent plus laisser approcber son confesseur. Telle est la domination de ces gens. Le roi voulut que le curé de Versailles accompagnât le corps à Orléans, qui est un bonneui' qui n'avait encore été rendu à personne, et dont sa vertu fut jugée digne.
I» Mars.
Il arriva ces jours passés une assez fâcheuse affaire à deux compagnies de gendarmerie ^ à Yitry en Champagne.* Quelques gendarmes enlevèrent des filles repenties qui étaient dans un couvent. Ces gendarmes furent pris et mis en prison. Leurs camarades forcèrent les prisons ^ et les en retirèrent. On a repris depuis quelques-uns de ces mutins, que le roi veut qui soient punis très-rigoureusement.
i4 Avril.
Les gendarmes et les chevau-légers sont cuirassés comme les gardes-du-corps. Les mousquetaires le sont aussi. Mais comme il y a beaucoup de gens faibles dans les deux compagnies des mous-
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quietaires , le roi permet que .dans les marches les valets portent leurs cuirasses qui ne sont que des plastrons.
5 Mai.
Le roi a ordonné qu'on fît le procès au prince Emmanuel de Lorraine , à Langalerie , et au chevalier de Bonneval , qui ont pris parti dans les troupes de l'Empereur.
6 Juin. '
Le rôi fait venir de l'armée de M. de Villars trois cent quarante carabiniers pour remplacer ce qu'il y a eu de gens tués dans ses gardes -du -corps y et on prendra un cavalier par compagnie de l'armée d'Alsace pour remplacer les carabiniers.
%S Juîo.
Madame la marquise de Villars , mère du maréchal, est morte à Paris. Elle avait quatre-vingtquatre ans.
N. D, A. GeUe marquise de Villars était une petite bonnefemme «sèche , vive , méchante comme un serpent , de l'esprit comme un démon , d'excellente compagnie , qui avait passé sa vie jusqu'au dernier bout , dans les meilleures et les plus choisies de la cour et du gfand monde, et qui conseillait toujours à son fils de ne point donner de scènes au monde sur sa femme, de se vanter au roi tant qu^il pourrait, mais de ne jamais parler de soi i personne.
»6JaiDk
L'abbé Testu mourut ces jours passés à Paris. Il était de l'Acadéniie j et avait quatre-ringts ans passés.
N. D. >^. Plein d'esprit, et d'un espfit orné, répertoire d'anecdotes de la cour , bon homme , et d'une bonne famille du parlement de Paris. Il avait passé sa jeunesse à la cour , et conserva jusqu'à la fin de sa vie considération , amitié , liberté , et commerce avec madame de Montespan et madame de Maintenon. C'est peut-être le premier bomme connu qui se soit plaint de ce mal, si miraculeusement devenu commun depuis , ignoré de ceux qui l'ont , et de ceux qui le traitent, et qui, sous mille formas différentes, est appelé vapeur».
39 Juin.
M. le duc d'Orléans fait reconnaître le fils qu'il a eu de mademoiselle de Séri^ et lui donne Soo^ooo livres, dont la mère aura la jouissance.
3o Juillet.
Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berri allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis, où Ton tua quinze cents perdreaux. Monseigneur le duc de Berri en tua pour sa part près de trois cents dont il en rsçporta deux cent quarante^ et pourtant il ne tira pas si bien qu'à son ordinaire ; il tira près de sept cents coups 9 chose sans exemple j et n'en fut point du tout incommodé.
2o8 ARTICLES INEDITS.
a Août.
. Madame de Polignac la jeune est morte en Languedoc , et a fisiit Fabbé de Polignac, son beaufrère, son légataire universel.
Ni D. A. Le Bordage , qui en était passionné , quoiqu'on lui disputât d'avoir de quoi l'être , la fut trouver dès qu'il la sut bien malade^ et fut témoin de sa triste mort, qui l'outra de telle sorte , qu'il ne la voulut pas survivre , et qu'il serait mort, sans ses valets , qui le crevèrent de vinaigre et de choses spirîtueuses ^ et le réveillèrent ainsi , qu'il n'en était presque plus temps. €e trait lui acquît grandement la faveur des dames. .
i5 Octobre.
Mademoiselle de Séri , qui a été fille d'honneur de Madame , et que M. le duc d'Orléans honore de ses bonnes grâces depuis long-temps , a feint im voyage en Normandie y et est partie avec madame de Nancré. On les a trouvées en deux chaises de poste sur le chemin de Lyon. On ne doute pas que leur dessein ne soit d'aller trouver monseigneur le duc d'Orléans. On croit que ce prince ne sait rien de leur voyage.
17 Octobre.
M. de Torcy mena , après souper , par le petit degré , l'électeur de Cologne dans le cabinet du roi , où était toute la famille royale; honneur dont il fut fort touché ^ et que le roi n'avail jamais fait
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à personne. Le roi lui dit : « Je veux que vous me voyiez dans le particulier dans ma famille, où vous n'êtes point étranger, et nous sommes tous ti^èscontens de vous y voir. » L'électeur avait à son cou un ruban rouge où pendait une croix de diamans lùagnifiqués , que M. de Torcy lui avait donnée de la part du roi.
L'abbé' de Polignac eut , ces jourj$ passés , une audience du roi, très-favorable , et le roi lui dit : <c Oublions tout le passé. Je suis très-aise que vous soyez content de moi , et je suis persuadé qu'un homme de votre esprit et de votre tnérite me servira dignement. Je connais tous vos talens. » Cet abbé partira pour Rome la semaine qui Vient.
4 Novembre.
Le roi se promena dans ses jardins , où il s'a-^ muse à voir planter ; il faisait un temps effroyable, et le chapeau du roi étant percé , on envoya le porte-manteau en chercher un autre à la garderobe. Le porte-manteau donna le chapeau au duc de Tresme , qui sert pour le duc d'Aumont qui est en année. Le duc de Tresme le présenta au roi , mais M. de La Rochefoucauld prétendit que c'étaità lui de le donner, et que le duc de Tresme empiétait sur ^s fonctions ; ce qui a