‹ Œuvres de P. e. LemonteyChapitre 3 sur 18 · V. IO · texte numérisé non relu

V. IO

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qu'une escroquerie plus ou moins habile. Ils réduisirent le superbe Louis XIV à caresser Samuel Bernard , et à prononcer en rougissant le mot de reconnaissance devant les représentans de la ville de Paris. Aux portes du palais de Versailles , les serviteurs du roi, couverts de ses livrées, mendiaient l'aumône despassans (i). La contrebande devenait une profession ouverte, et des compagnies de cavalerie désertèrent tout entières leurs étendards pour suivre contre le fisc cette guerre populaire. Même après la paix d'Utrecht, des mouvemens séditieux agitèrent les garnisons affamées de la Flandre et de l'Alsace. On eût dit que .l'État , usé par des frottemens longs et rudes , menaçait de se dissoudre. Le conquérant subissait le sort de ses pareils : il avait trop vécu.

" Les remèdes de cette anarchie étaient un mal nouveau. Colbert avait mesuré l'impôt non à la patience , mais à la richesse du peuple , et avait fondé la richesse du peuple non sur ses privations, mais sur son industrie. Tant de sagesse ne pouvait plus se faire entendre dans l'abîme où de folles profusions venaien t de plonger la fortune publique. Les Contributions ordinaires furent triplées et accrues par le timbre et par la ferme du tabac ; la capita-

(1) Particularités sur les ministres des finances, par M; de Monthion , page u5%

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tion, empruntée aux pays d'esclaves , humilia par son nom , effraya par son arbitraire. Alors aussi naquit l'impôt du dixième , qu'on affecta de calquer sur la dîme royale du maréchal de Vauban ; mais ajouté à tous les subsides , au lieu de les remplacer tous, il fut seulement une cruelle parodie des idées de ce grand citoyen. Le contrôle , introduit d'abord sous des formes innocentes, comme garantie des contrats , se hérissa de fiscalité , et en réduisant à neuf ans la durée des baux porta un coup terrible à la production. Fléau naissant de la propriété , de l'agriculture, des capitaux et de l'industrie , il promettait d'être un jour ce géant vorace qui , sous le nom $ enregistrement, réunit par un prodige toutes les perfections des mauvais impôts. Enfin on alla jusqu'à taxer les actes de l'état civil. On vit alors , dans le Périgord et dans le Quercy, les habitans, revenus à l'état de nature, baptiser eux-mêmes leurs enfans , et se marier sans formalités. Les traitans qui avaient acheté l'impôt poursuivirent ces nouveaux sauvages , et la révolte s'alluma dans tout le pays. Les bandes des paysans forcèrent plusieurs gentilshommes de marcher à leur tête , et emportèrent d'assaut la ville de Cahors, quoique défendue par deux bataillons. La cour fut plus honteuse qu'irritée de cette étrange sédition qui retarda les secours nécessaires à l'armée d'Espagne, et, malgré la plainte

des traitans , elle refusa de protéger davantage des édits anti-sociaux que le régent eut l'honneur d'abolir (i). Ajoutons à ces désordres que les revenus étaient dévorés plusieurs années d'avance par des anticipations, qu'un emprunt à quatre cent pour cent donna le signal de la plus affreuse détresse, et qu'une dette d'environ cinq milliards de notre monnaie actuelle étouffa tout espoir d'un meilleur sort. Le gouvernement recueillit à la fois le mépris qu'on prodigue aux débiteurs insolvables , et la haine que méritent des exacteurs sans pitié. Mais de plus, cette dette inouïe fut une brèche par où l'esprit financier, introduisant ses systèmes d'abord en France , et ensuite par contagion dans le reste de l'Europe, dénatura tous les principes des vieux gouvernement

Les mœurs sont pour les États ce que le régime est au corps humain , et , semblables à la prudente hygiène , elles prolongent la durée des constitutions défectueuses. Les vieillards , qui se réservent la tradition des mœurs, aiment à nous humilier par un sentiment irréfléchi de regret pour le passé. A les en croire sur le siècle de Louis XIV, la vie bourgeoise était simple et régulière, l'éducation mâle et religieuse. L'esprit de famille remportait de beaucoup sur l'esprit de société. Le luxe avait

(1) Mémoires historiques de Saint-Simon, page 094.

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un . caractère de grandeur, qui le mettait à la portée de peu de personnes , et il enrichissait le peuple sans lui faire envie. L'ordre reposait avec solidité sur la séparation volontaire des rangs ; on respectait le clergé par piété r les magistrats par crainte , les nobles par souvenir, les riches par intérêt. En convenant que ce tableau a un fonds de vérité, je ne puis taire que déjà des ombres menaçantes s'avançaient pour le déformer. Les goûts qui chez les nations voluptueuses montent de la populace aux grands , descendent chez les nations vaines des grands au peuple. La cour de Louis XIV, qui était l'oracle et le module universel, ne laissa pas de porter quelque atteinte à ces mœurs qui suppléent presque à tout. La foi conjugale , qui en est le premier chaînon, fut trop baffouée dans les pièces de Molière. Cette liberté , que nef tolérerait pas aujourd'hui la décence théâtrale, appartient au temps où le marquis de Montespan était exilé par le ravisseur de sa femme. Rien surtout ne fut plus dangereux que le grave appareil et la noble bienséance des désordres du roi, dont un de ses panégyristes a été si charmé , qu'il n'a plus voulu voir dans ses maîtresses que des officiers de la couronne. La débauche fiirtive d'un prince n'est que la faute d'un homme, désavouée par sa honte, mais l'ostentation de ses galanteries corrompt de loin. Par un échange aussi fâcheux en morale qu'en

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politique, tandis que le vice s'ennoblit de toute la majesté du trône , la royauté elle-même se dégrade et se trempe dans les couleurs du vice. La sollicitude du monarque pour honorer ses enfans naturels , ouvrit encore dans sa vieillesse une source imprévue de scandale. Par une sorte d'instinct, tous les bâtards nés en Europe sur les marches des trônes accoururent à Versailles. Adultérins ou incestueux , ils y trouvèrent des fortunes rapides, des dignités et des emplois. Le duc de Saint-Simon, faisant le dénombrement de ces heureux aventuriers, compte à la fois parmi eux les rejetons équivoques des maisons d'Angleterre, de Bavière, de Savoie , de Danemarck, de Saxe, de Lorraine, de Montbéliard , et s'écrie avec une indignation dont j'adoucis beaucoup les termes, que Versailles ne lui semble plus être qu'un hôpital d'enfanstrouvés (i). Un examen sérieux de ce que furent alors les mœurs , c'est-à-dire les rôles des courtisans, nous écarterait trop du but de cette Introduction, Il sera temps d'y venir, lorsque j'aurai, dans le cours de cet ouvrage , à expliquer ce qu'il faut entendre par les moeurs de la régence. On jugera si j'ai pénétré jusqu'à la vérité dans cette époque monotone, où la dévotion couvrait du même voile le bien et le mal , et où chacun , selon le degré de

(i) Mémoires historiques de Saint-Simon, page i865~

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résistance , était dévot par mode , par ordre , ou par lettre de cachet (i).

Mais en différant ce parallèle des mœurs proprement dites, je ne dois pas omettre une réflexion inattendue , où m'a conduit l'étude de la cour et de la haute société 'sous Louis XIV. Plus j'en ai considéré les jugemens et les procédés , plus je me suis convaincu que le principe moral n'y avait pas atteint le développement où il arriva dans la suite. La foule d'étrangers qui suivirent les Médicis , les sicaires dévoués à Richelieu , les braves appelés d'Italie par Mazarin , et dont il fit la fortune ; tous ces élémens , mêlés par la guerre civile, avaient du fort troubler les nuances du juste et de l'honnête. Le joug qu'un maître absolu jeta ensuite sur toutes les têtes, et le métier d'adoration perpétuelle pour sa personne , sans lequel on ne put aspirer à rien , étaient peu propres à donner

(i) On sent bien qu'il s'agit ici de la fausse dévotion. Je respecte trop la véritable pour la reconnaître si loin de ses attributs. Je ne puis voir de piété là où je ne trouve ni indulgence, ni charité, ni justice. Certes, ce ne fut pas un temps sincèrement religieux que celui où les hommes les plus distingués par une foi vive , des mœurs pures , un génie élevé, et des travaux immortels, n'étaient pas seulement réduits à se cacher dans un désert , mais où l'autorité publique les y poursuivait avec rage , et n'était pas même apaisée après avoir arraché de la terre les fondations de leur asile et lesossemens de leurs saints.

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aux âmes le ressort et l'estime de soi-même, qui engendrent les vertus. Le duc et pair qui avait négocié la défaite de mademoiselle de Fontanges n'en fut pas moins considéré (i), tandis que, sous le règne suivant , le courtisan à qui on attribua la même complaisance en reçut une tache ineffaçable. Écoutez Fénélon dans ses confidences intimes aux ducs de Ghevreuse et de Beau villiers , sur la situation morale de cette époque ; « Les «c mœurs présentes de la nation jettent chacun dans « la plus violente tentation de s'attacher au plus « fort par toutes sortes de bassesses, de lâchetés, « de noirceurs et de trahisons (2). » Voilà bien les hommes que La Rochefoucauld regardait lorsqu'il fit , dans son livre des Maximes , le procès de la nature humaine. Gardons- nous cependant de croire que ces temps fussent sans vertus. Sans doute des familles de magistrature, et quelques descendans de nos preux , gardaient dans la retraite le dépôt du véritable honneur. Je connais encore des débris de ces rares tribus, où, à travers d'insoutenables préjugés, les pères généreux in-

(1) Le roi le plaça pour récompense à la tête de ses chasses , ce qui donna lieu h une chanson fort agréable , où l'on disait que la charge de grand-veneur était bien due à celui qui avait mis la béte dans les toiles.

(2) Mémoires de Fénélon , du 1 5 mars 1712. Vie de Fénélon par M. de Bausset, tome III, page 3?2.

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struiscnt leurs enfans au mépris de la mort et au mépris de l'argent. La cour même admira un trèspetit nombre d'âmes d'une pureté extraordinaire. Mais l'éclat de leur renommée disaitassez qu'elles avaient échappé à une contagion commune. C'est ainsi que les éloges prodigués à la continence et à la générosité de Bayard sont la satire de ses contemporains. Dans la guerre acharnée que nous soutenons aujourd'hui contre l'Europe, mille traits comparables à ceux de ce digne chevalier honorent tous les rangs de notre armée. On ne les célèbre point ; on les remarque à peine , non parce qu'on dédaigne d'aussi belles vertus , mais parce qu'on les pratique sans effort.

Il ne s'agit pas au reste d'apprécier quelques hommes , mais de faire connaître l'esprit de la société, tel qu'il se manifestait par des usages et des opinions généralement reçues. Ainsi parmi nous on mésestime les gros joueurs, et les joueurs infidèles sont au dernier rang des misérables. Mais alors la profession , j'ai presque dit la dignité de gros joueur, menait promptement à la considération, aux préférences, aux honneurs , aux privautés de toute espèce. Le roi avait joué fort gros jeu; ses filles l'imitèrent; son frère et son fils le surpassèrent. Cette fureur qu'on pardonnait à un soldat comme Henri IV, manquait d'excuse dans un monarque aussi solennel que Louis XIV. Le

gros jeu , trop semblable à la guerre, donnait la tentation d'y employer aussi l'adresse, et l ? on y succombait sans honte. Des consciences soldatesques confondaient aisément les secrets de corriger la fortune avec les ruses de stratégie qu'on admirait dans Ânnibal, Eugène, ou Montécuculli. Les confidences des Mémoires de Grammont sont à cet égard d'une surprenante naïveté , et si je remuais toutes les sources de même nature, les noms les plus pompeux en sortiraient étrangement souillés. Je me borne à une citation : « Per- « sonne, dit Saint-Simon, n'était plus au goût du « roi que le duc de C*****, et n'avait usurpé plus « d'autorité dans le inonde. Il était très-splendide « en tout , grand joueur, et ne s'y piquait pas d'une « fidélité bien exacte. Plusieurs grands seigneurs « en usaient de même, et on en riait. » On présume bien que les femmes ne cédèrent pas la palme dans ce concours de finesses. Qu'on en juge par leur subtilité à mettre d'accord les scrupules et l'avarice quand la période dévote eut commence. Les joueuses en se quittant prononçaient une formule par laquelle on se faisait un don réciproque de ce qui aurait pu dans la partie ne pas être légitimement gagné. Cet art de frauder Dieu, pratiqué par tant de pieuses harpies jusque dans les cabinets de madame de Maintenon , m a paru le trait le plus éminemment caractéristique de ce

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bel âge d'hypocrisie. La tolérance alla plus loin encore. Des bandits , que nous ferions chasser de nos antichambres, jouissaient d'honorables familiarités. Lés Pomenars , les Gharnacé , les Falari , poursuivis pour des crimes ignominieux tels que le vol et la fausse monnaie, étaient, à la faveur d'un nom connu et d'un cynisme amusant, admis et fêtés dans les compagnies les plus hautes et les plus précieuses. Il n'y avait rien alors d'assez délicat dans le cours ordinaire des idées pour avertir les honnêtes gens de cette mésalliance. On recherchait le commerce et l'on souriait aux bons mots de ces enfans perdus de la Grève, qui se jouaient avec une grâce effrontée de leur tête et de leur honneur.

Peut-être n'avait-on pas le droit de se montrer plus difficile dans un ordre de choses ou des moyens de fortune qui nous sembleraient odieux étaient embrassés sans blâme par des personnages considérables. Les confiscations , les brevets d'a/faires et les avis, offraient aux gens de cour une proie continuelle. On les vit non-seulement recueillir, au détriment de pauvres familles , les dépouilles des condamnés, mais encore obtenir du roi l'héritage des malheureux qui, rassasiés de la vie, en avaient abdiqué les restes (i).

(1) Quoique l'opinion permit alors d'accepter sans honte

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Ils durent sans doute regretter les temps plus anciens , où les seigneurs confisquaient aussi le patrimoine de ceux qui mouraient de mort subite, en vertu d'une sainte analogie qui les réputait condamnés par Dieu, ainsi que les criminels étaient condamnés par les hommes , et les suicides condamnés par eux - mêmes. Quoique les mémoires, qui ont parlé des brevets <T affaires, n'en aient pas bien défini la nature , il y a lieu de croire qu'ils conféraient à des hommes titrés la faculté de prendre part aux profits des maltôtes et aux traités des partisans. On avait pu imaginer que ces brevets d'avilissement, accordés à l'avarice des gens de qualité , feraient un contre-poids aux brevets de noblesse obtenus par la vanité de3 gens de roture. Quant à l'opération qu'on appelait les avis y le mécanisme en est mieux connu. Un grand seigneur dénonçait au roi et à ses ministres une recherche oubliée , ou une malversation impunie,

des confiscations , il ne fallait pourtant pas qu'on les eût obtenues par d'indignes procédés. Le comte de Ruvigny, qui avait confié une somme fort considérable à son intime ami , lç premier président ***, quitta ensuite le royaume pour cause de religion. Le magistrat alla aussitôt déclarer au roi le dépôt que son ami lui avait laissé, et reçut en don du monarque la plus grande partie de la somme confisquée. Mais les mémoires qui rapportent ce fait assurent que la réputation du premier président en fut'très-cntacbée.

soit qu'il en eût fait lui-même la découverte, soit que l'inventeur lui en eût assuré le partage par un contrat de société. Si le gouvernement prenait l'avertissement pour son compte,il récompensait l'officiei}x courtisan par une ordonnance de paiement toujours assez considérable. Quelquefois cette méthode n'était qu un prétexte du ministre pour gratifier ses créatures ou ses prôneurs. Mais le plus souvent l'objet dénoncé était concédé à l'auteur de l'avis qui le recouvrait en son nom, à ses risques , et par les voies civiles ou criminelles. Ce singulier genre d'exploitation était alors fréquent et lucratif. Quoique la délation et la cupidité en fussent les moteurs avoués, il ne paraît pas qu'on éprouvât aucune répugnance à l'entreprendre.

Les premiers hommes de l'État s'enrôlaient dans ces croisades financières. Les princesses ne craignaient pas d'y figurer. Le frère du roi retira un million d'une seule poursuite ainsi dirigée par luimême contre des trésoriers de la guerre , effrayés d'un tel adversaire. Convenons cependant qu'une pareille coutume fait peu d'honneur à la morale qui approuvait des rôles aussi bas, et àl'administratioD qui était réduite à mouvoir des ressorts aussi grossiers.

Le principe de ce relâchement se trouve dans le luxe et la dissipation qui mutilaient toutes les fortunes. Lorsqu'un vice est affectionné par une

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classe puissante de la société, soyez certain qu'il s'élèvera aussitôt un préjugé pour le défendre et l'honorer. La négligence entra donc dans les nobles manières , et le désordre des affaires fut le cachet du grand seigneur. On mit de la gloire à s'endetter, et du plaisir à bafouer des créanciers. Il y eut presque autant de honte à payer ses dettes qu'à payer la taille ; et de même qu'on échappait aux obligations civiques par des privilèges, aux préceptes religieux par des dispenses, et à la justice criminelle par des lettres de cachet , on éluda la justice civile par des lettres de répit. Les vertus qui naissent de la prévoyance et de l'exactitude ne parurent que des devoirs de plébéien. L'honnête fut séparé du domaine de Thotaneur , et la langue , trop fidèle interprète des mœurs , obéit en vassale à cet arrêt de l'aristocratie (i). Ce dérèglement était incompatible avçc le crédit et la bonne foi sur lesquels Colbert travaillait alors à fonder notre commerce. Ce grand ministre frappa

(i) La qualification tf honnête homme , quoique déjà fort détournée de la rigueur de son sens naturel, s'employait encore pendant l'enfance de Louis XIV ; mais on l'abandonna bientôt pour y substituer celle de galant homme, qui offrait quelque chose de plus libre et de plus cavalier. Une naissance honnête signifia une naissance médiocre , et 1 expr**" sion à' honnête famille emporta nécessairement Y'iàée d une famille bourgeoise et non titrée.

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l'hydre au cœur en faisant rendre, au mois de mars 1673 , un édit qui ordonnait la publicité des hypothèques. Si Turgot eût proposé une loi semblable -, les courtisans de Louis XVI auraient pu en souffrir ; mais tine sorte de pudeur publique aurait retenu leurs plaintes. Les choses se passèrent autrement sous Louis XIV. Le déchaînement fut hardi et général; on s'écria que Fa* mour-propre des grands aurait trop à souffrir en révélant la situation de leur fortune , que le lustre des familles reposait entièrement sur une obscu* rite vénérable , et qu'enfin la noblesse comme le trône subsistait d'illusions. Après treize mois d'une lutte impudente, la cause de la probité fut perdue, et l'édit révoqué. Le mystère des hypothèques demeura tout ce qu'il peut être, l'arme du mensonge et la prérogative de faire des dupes. Cette indulgence pour les vices privilégiés a mis dans nos transactions une gêne si fatale à la pro spérité publique, qu'aujourd'hui encore les effets en survivent à leur cause. Selon le témoignage unanime des écrivains en économie politique, nulle autre part qu'en France le crédit entre particuliers n'a des bornes aussi étroites , ni des procédés aussi difficiles.

Si les faits qu'on vient d'exposer ne suffisent pas pot» justifier le jugement sévère de l'archevêque de Cambrai sur les hommes du dix -septième

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siècle , ils prouvent assez que la partie dominante du corps social ne possédait pas cette surabondance de vertus privées qui répare les défauts de l'administration publique. Mais au moins, dira-ton , l'opinion subjuguée par l'éclat extérieur, environnait l'institution monarchique de Louis XIV d'un rempart invincible , et la rendait solide en la croyant immortelle. Je serais tenté de l'avouer, si je ne savais de combien d'illusions ce point de vue est susceptible. Dans les religions qui vieillissent, comme dans les États qui s'acheminent vers la tyrannie , il s'établit entre les esprits un commerce frauduleux, composé d'une momerie publique, et d'une doctrine secrète. Ce phénomène, qui s'était montré à la chute de la république romaine , reproduisait une partie de ses symptômes à la cour du petit-fils de Henri IV. Le culte rendu au pouvoir n'y était: pas toujours le fruit de la conviction. Les plus incrédules vivaient le plus près du trône; car en baisant les pieds de l'idole on avait mieux connu qu'ils étaient d'argile. Le roi sembla lui-même, par les précautions extraordinaires de sa vieillesse, trahir les inquiétudes de sa puissance (i). Sans parler des esprits forts de la société

(i) Après la construction de Versailles, moins de statues ne peuplèrent le dehors de ce palais , que d'espions n'en pr nirentle dedans. Les murailles eurent réellement des ottSm etdesyeux, carchaque coin , chaque réduit, chaque passage,

du Temple , des débris de Port-Royal , et de toutes les victimes de ce gouvernement , ou plutôt de ce brigandage des dernières années, que Fénélon nommait une vie de Bohèmes (i), on sait que deux cercles d'hommes d'un génie étendu, et d'une grande influence , avaient au travers des excès du pouvoir royal discerné sa faiblesse et senti sa décadence. L'un recevait les directions du duc d'Orléans , du président de Maisons, et du marquis de Ganillac ; l'autre se groupait autour de l'héritier de la couronne et de ses vertueux instituteurs. Le premier haïssait plus le monarque , et s'occupait surtout des intérêts présens ; le second , qui chérissait davantage la patrie , et qui voyait dans un plus long avenir, mérite de fixer nos regards.

Nous ne croirons sur le duc de Bourgogne ni le portrait hideux qu'en a laissé le comte de Caylus, ni l'apothéose qu'en a faite le duc de Saint-Simon. Ce prince , qui avait reçu des passions violentes et

et surtout les plus obscurs , recelèrent un ou plusieurs surveillai]*, chargés , jour et nuit, d'enregistrer les paroles , les pas et les gestes de tous les habitans du château. Cette redoutable milice était aux ordres des deux intimes valets de chambre. On a vu ailleurs que le seul grand accès de colère auquel le roi se soit jamais livré , eut pour objet le marquis de Gourtanvaux , qui avait osé troubler ces mystérieux Argus.

( i ) Vie de Fénélon, par M, de Bausset, tome III , page 212.

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