‹ Œuvres de P. e. LemonteyChapitre 7 sur 18 · N° III · texte numérisé non relu

N° III

Tentatives de Louis XI F pour se faire élire empereur

d'Allemagne.

Le cardinal Mazarin portait en toutes choses un caractère de ruse et de duplicité , aussi propre aux négociations politiques, que peu convenable au gouvernement intérieur de la France. On l'avait vu en même temps conclure les beaux traités de Westphalie, et remplir le royaume de confusion. C'est encore au milieu des mépris publics qu'il préparait la ligue du Rhin et la paix des Pyrénées. Sur ces entrefaites, la mort de l'empereur Ferdinand III , arrivée le % avril 1657 9 ouv " t une carrière nouvelle à son génie intrigant. Il conçut le projet de diriger sur Louis XIV le choix des électeurs , et d'excuser sa propre domination en décorant d'une seconde couronne l'oisive jeunesse de son pupille. Pour bien apprécier cette entreprise, il faut rappeler en peu de mots quels étaient, en de pareilles circonstances, les principes et les traditions du cabinet français.

Les enfans de Charlemagne ne s'étaient pas maintenus en Allemagne mieux qu'en France. Mais pendant plusieurs siècles , nos rois capétiens , distraits parles croisades, les guerres civiles, et la rivalité de l'Angleterre, n'avaient pu s'occuper de cette autre moitié de leur, antique héritage. Les expéditions

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d'Italie les mirent enfin en présence des titulaires al- . lemands du Saint Empire romain. C'est sous ce dernier nom que la dignité de Charlemagne, dépouillée de territoire, et transportée de famille en famille, constituait le président électif d'une sorte de république des princes et des villes libres de la Germanie. Cette souveraineté, presque illusoire dans des mains faibles, devenait redoutable entre des mains puissantes, par la magie des grands souvenirs, par des droits mal définis , et par des prétentions sans mesure. La maison d'Autriche y trouvait un éternel prétexte pour opprimer l'Allemagne , rançonner l'Italie, distribuer des titres, sans en excepter celui de roi, et se mettre fréquemment au-dessus des obligations les plus saintes du droit des gens.

De telles prérogatives convenaient bien à un conquérant. Après la mort de M aximilien , François I e * > possesseur du duché de Milan , et couvert de la plus grande gloire qui existât alors en Europe, la victoire de Marignan, fit ses dispositions pour obtenir la couronne impériale, au préjudice de l'archiduc Charles, roi d'Espagne, et petit-fils de Maximilien. Ce paladin français, plus fait pour la lance que pour le sceptre, laissait flotter son gouvernement entre deux espèces de ministres, les fripons que lui avait donnés sa mère, et les fous qu'il choisissait lui-même. L'amiral Bonnivet alla marchander les suffrages dans les cours d'Allemagne , qui prirent son argent , et trompèrent

aisément sa fatuité. Le roi , non moins imprudent que son favori, et supposant quelque générosité aux Suisses , à qui ses mains victorieuses avaient accordé la paix, leur confia ses desseins. Mais à peine cette nation vindicative se vit maîtresse de son secret, quelle sonna l'alarme à Rome et dans les cours intéressées; car depuis l'invasion de l'Italie par Charles VIII, la terreur commune avait établi entre toutes les puissances un commerce diplomatique, ignoré du moyen âge.

L'approche de l'élection aurait dû faire sentir à François I er l'inutilité de ses efforts. Il fallait bien compter sur l'absurdité humaine, pour croire que les grands vassaux de la Germanie mettraient jamais à leur tête une maison dont le chef-d'œuvre politique était la destruction des grands vassaux de la France. On persuada au peuple qu'un souverain français ne pouvait arriver nulle part sans apporter avec lui la taille et la gabelle. Un devin avait prédit que Maximilien serait le dernier empereur allemand , et c'était une autorité dans ces temps encore grossiers. Mais Varchiduc sut la faire taire devant un oracle plus puissant; il versa sur l'indigente Allemagne quelques prémices des trésors du nouveau inonde. La destinée de François I er était de succomber sous les dons de l'Amérique. Son compétiteur fut élu presque sans difficulté. Charles-Quint triomphant eut tout le ressentiment d'un vaincu , et Philippe II son fils n'en v. i4

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hérita que trop fidèlement. La journée de Pavie commença le châtiment de l'ambitieux qu'un trône n'avait pu contenter. La France expia par un siècle de guerre et de discorde , la prétendue gloire de ce monarque inconsidéré. Un coup de poignard mit fin à la race des Valois, et une main étrangère fut près de saisir la couronne de saint Louis.

Henri TV ayant raffermi l'État ébranlé par d'aussi longues secousses , put eiîîBn porter ses regards au dehors. Il vit d'un côté l'Empire agité par des schismes religieux , et menacé par les musulmans ; et de l'autre, la puissance autrichienne considérablement augmentée par l'acquisition de la Bohème et de la Hongrie. Son système politique fut dès-lors établi avec une singulière sagacité. Il mit tous ses soins à nourrir les alarmes des princes allemands sur le danger que courait le régime électif de l'Empire par la perpétuité des titulaires autrichiens , et il encouragea les prétentions du duc de Bavière , qui lui parut le seul compétiteur propre à être opposé aux héritiers de Charles-Quint. L'indolent Rodolphe, absorbé par des passe-temps scientifiques , et dépouillé pièce à pièce par son frère Mathias, allait éprouver l'issue de cette combinaison. Mais l'attentat de Ravaillac arrêta le grand Henri , au moment où il se disposait à voler au secours de la ligue protestante, et à devancer en Allemagne le rôle que Gustave-Adolphe y joua plus tard.

Le cardinal de Richelieu, dont la principale gloire est d'avoir bien conçu,' et encore mieux développé les plans de Henri IV , y conforma surtout sa conduite dans les affaires de l'Empire. Il régnait despotiquement sous le nom de Louis XIII, lorsque Ferdinand II songea, comme ses prédécesseurs, à faire élire son fils roi des Romains. Il députa aussitôt en Allemagne M. de Marcheville et le baron de Chartiacé, pour gagner les électeurs et réveiller l'ambition du duc de Bavière. Cette intrigue se prolongea durant dix années, au milieu de la guerre la plus épouvantable des temps modernes.

Le duc de Bavière , Maximilien I e *, politique de l'école de Machiavel, et l'un des cannibales de la guerre de Trente-Ans , était attaché à l'Empereur , par l'indignité qu'il avait eue d'en recevoir les dépouilles de l'électeur palatin. Tout l'art de Richelieu

n'en put tirer que quelques signes d'hésitation. Je ne puis me dispenser de rapporter un incident de cette négociation , qui prouvera jusqu'à quel point la puissance du cardinal était absolue. Obligé de passer en Italie , pour les intérêts du duc de Mantouè , il chargea de sa propre autorité Bagny , le nonce du pape, de suivre à sa place cette correspondance avec la cour de Munich , sans daigner en instruire ni le roi ni les secrétaires d'Etat. C'était véritablement traiter les affaires de la couronne non en ministre , mais en propriétaire.

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Quant aux électeurs, ils semblaient las du joug autrichien, et résolus à ne pas en raffermir les nœuds. Ferdinand II , tyran timide, défiant et sanguinaire, ordonnait du fond de son cabinet, les spoliations et les massacres. Les princes allemands abhorraient dans lui l'oppresseur de leurs libertés , et redoutaient * son fils , qui devant éponser une infante d'Espagne , les menaçait d'un nouveau Charles-Quint. Mayence, Cologne et Trêves , offrirent donc leurs voix à Louis XIII, parce que ce monarque, alors sans postérité, les rassurait sur la conservation de leurs droits. L'électetfr de Brandebourg fit secrètement la même proposition , et s'occupa d'y réunir le vote de la Saxe. Richelieu ne fut point ébloui de ce début, et tâcha au contraire de détourner de si magnifiques promesses sur le duc de Bavière, que son grand âge cessait de rendre dangereux. Il connaissait trop la légèreté des hommes pour ne pas apprécier a leur valeur ces suffrages anticipés qu'on prodigue à qui ne les désire pas, et qu'on refuserait si on les demandait. Il regarda peut-être aussi comme peu convenable à sa politique, de mettre davantage en lumière le titulaire couronné, qui remplissait passablement sous lui son personnage de roifainéant.

Les pressentimens du cardinal ne le trompèrent pas. Le Tibère de l'Allemagne saisit une chance favorable de sa fortune, et, autant par violence que par adresse, emporta dans la diète l'élection de son fils, qui, par

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la mort de Ferdinand lui-même, se trouva empereur de plein droit Tannée suivante. La France protesta de la nullité de cette nomination , et répandit en Allemagne un manifeste imprimé sous ce titre : Conjuration de la maison d'Autriche contre la liberté de V Europe en la dernière élection faite à Ratisbonne le ii décembre i636. D'A vaux fut aussi envoyé pour exciter la Suède à ensanglanter cette guerre de plume. MaisGustave n'était plus ; ses États épuisés soupiraient après la paix. Richelieu avait manqué le moment décisif, en secondant trop faiblement et trop tard l'invasion des Suédois. Cette mollesse, qui n'était pas dans son caractère , sauva une maison qu'on se repent toujours de frapper à demi. Il est probable que les embarras intérieurs, et la détestable administration de nos finances , ne lui permirent pas d'oser davantage. L'uniformité du système autrichien ramenait périodiquement les mêmes scènes. Comme chaque empereur faisait reconnaître de son vivant un roi des Romains , les vacances de l'Empire n'étaient que simulées , et un redoutable ascendant maîtrisait toujours la diète électorale. Ferdinand III ne manqua pas de faire pour son fils ce que Ferdinand II avait fait pour lui. Le fugitif Mazarin , à peine revenu de son exil , ne put opposer qu'une résistance mal concertée. M. de Vautorte arriva en Allemagne pour être témoin de l'événement qu'il devait prévenir. Mais ce triomphe eut peu de durée. Le nouveau roi des Romains mourut

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au bout de quelques mois , et l'Empereur s'efforça de reporter le choix des princes sur Léopold, son second fils. Mazarin,plus aguerri, dépêchât MM. deLombres et dcGravel vers ce nouveau champ d'intrigues, suscita tant d'obstacles, et manœuvra si habilement, que Ferdinand mourut le a avril 1657 sans avoir accompli son dessein , et laissant son fils Léopold , roi de Bohême et de Hongrie, âgé de dix-sept ans, c'est-à-dire plus jeune de deux années que Louis XIV. Il y eut réellement alors une vacance de l'Empire, et la lutte entre les candidats devint plus égale.

Le cardinal Mazarin unissait à des vues hardies, çles volontés faibles, et se livrait d'autant plus à l'audace de son imagination , que ne s'avançant jamais que par des routes obliques , il faisait facilement retraite devant les obstacles. Il avait à choisir, dans la circonstance, ou la témérité de François I er , ou la prudence de Richelieu; mais son caractère, ennemi des moyens décisifs, aima mieux onduler entre ces deux partis, masquer son but véritable, et s'y faire pousser, en affectant de le fuir. Il se plut d'ailleurs à multiplier les fils de sa trame, et il joignit d'abord à ses deux premiers agens quatre autres négociateurs, MM. Servien , Blondel , de Vagnée , et le prince de Hombourg.

Il s'agissait, dans le plan du cardinal, de procurer l'Empire à Louis XIV , et de déguiser ce dessein en portant soi-même deux candidats peu dangereux,

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l'un qui n'en voulait pas, c'était l'électeur de Bavière; et l'autre, dont on ne voulait pas , c'était le duc de Neubourg. Le Bavarois ne ressemblait point à ce vieillard couvert des stygmates de la guerre, dont Richelieu n'avait pu diriger l'ambition. Le nouveau duc , âgé de dix-neuf ans , faible et pacifique, végétait sous l'ascendantdesamère,sœurdu dernier empereur. Soit par timidité , soit par ce dévouement de famille qui ne s'éteint jamais dans les princesses du sang autrichien , celle-ci n'eût pas permis à son fils d'élever ses regards jusqu'à la couronne impériale. Notre envoyé n'obtint pas sans peine de ce jeune prince une trèscourte audience , où ses sentimens , s'il en avait quelques-uns, demeurèrent impénétrables. Mais sa femme Adélaïde-Henriette, fille du duc de Savoie, ne vit pas aussi froidement la perspective du rang d'impératrice. Elle écrivit secrètement à Louis XIV ses vues et son espoir, et le roi lui promit les secours de la France, pour décider son mari et vaincre sa belle* mère. Ce petit complot d'une vanité de femme avorta dans l'ombre.

Le duc de Neubourg, le second protégé de la France, n'avait pas une position propre à soutenir la dignité impériale. Les électeurs le voyaient avec indifférence, à l'exception de celui de Brandebourg, qui le haïssait mortellement. Des intérêts opposés dans la succession de Cièves et de Juliers rendaient ces deux princes irréconciliables. Aussi Mazarin ne pro-

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(luisait ce candidat factice, que pour attirer des confidences auxquelles il avait préparé ses envoyés, ce Je « dois vous dire, écrivait-il au comte de Vagnée, que « si par des raisons et des difficultés que nous ne concc ce von s pas, ni M. de Bavière , ni M. de Neubourg a ne pouvaient parvenir à l'empire ^ alors, quoique le « roi n'ait aucune ambition pour la couronne impé- « riale, S. M. se trouverait nécessitée par ce qu'elle doit « à son État , et au bien commun de toute la chré- « tienté, de faire tous ses efforts pour l'obtenir, plutôt « que de la laisser remettre sur la tête d'un prince de « la maison d'Autriche, et d'allumer par ce moyen, plus ce violemment que jamais, un feu qui ne vient presque « que d'être éteint. » Mazarin donnait des instructions plus précises à MM. de Grammont et de Lyonne, qu'il avait députés à la diète de Francfort. « En cas « qu'on ne réussît pas à porter Mecteur de Bavière , « ni le palatin , ou que , par quelque autre accident, te il fût impossible d'élever à l'empire le duc de Neu- « bourg , et qu'il se trouvât vrai que ledit palatin et « Brandebourg voulussent plutôt que le roi fût émir pereur, il faudrait s'appliquer à cela avec grande a retenue et grande modestie, témoignant que S. M n a- <c vait aucune ambition, et n'y prétendait pas; néan- « moins qu'il céderait au conseil de ses amis, s'il n y «avait point d'autre moyen pour exclure la maison « d'Autriche, protestant toujours que S, M, aimerait a mille fois mieux voir l'empire dans la personne du

« duc de Neubourg que dans la- sienne propre. » ( Instructions adressées de Stencil, le 29 juillet 1657, par Mazarin, à MM. de Grammont et de Lyonne.)

Cette grande réserve, que Mazarin prescrivait à ses agens, était d'autant plus nécessaire, qu'ils avaient la mission de peindre des plus noires couleurs l'ambilion de l'Autriche, et de représenter que depuis deux siècles la liberté de l'Allemagne avait été opprimée par la succession immédiate de dix empereurs dé cette maison , et que le choix de Léopold en achèverait infailliblement la ruine. Le prochain mariage de ce prince avec la fille de Philippe IV , privé alors de postérité masculine, offrait une autre matière à leurs plaintes, et montrait la nécessité de contenir par une digue cette monarchie espagnole, qui s'extravasait de toutes parts. Mazarin alla jusqu'à certifier que le dernier empereur était mort du chagrin que lui avaient donné les Espagnols en le forçant à des violations continuelles de la paix de Munster. Cette fidélité dont on meurt, était une maladie assez neuve entre les politiques, dont on n'avait point entendu parler avant la découverte qu'en fit le cardinal.

Les bons offices du roi de Suède ne furent pas dédaignés. Il répondit à notre ministre d'Avaugour, qu'il fallait un empereur catholique et non autrichien, et qu'il était prêt à aider Louis XIV à le devenir, quoiqu'il ne dissimulât pas que cette élévation exciterait bien des jalousies. Il finit par conseiller à notre

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cour de se concerter de bonne heure avec les Hollandais, et avec ce Cromwell dont le génie vigoureux imposait à toute la vieille politique d'Europe. Mazarin

n'avait pas attendu cet avis pour s'attacher au terrible protecteur de la république d'Angleterre. Il fit répondre obligeamment à Charles X : « Plût à Dieu <t que Sa Majesté suédoise professât elle-même notre « religion ! nous ne souhaiterions pas d'autre empe- « reur pour beaucoup de raisons. »

Tous ces apprêts avaient pour but la séduction des électeurs. La voix de Bohême appartenait à l'Autriche; celle de Saxe lui était dévouée, et celle de Bavière passait pour douteuse. On se croyait assuré des cinq autres. Déjà depuis un an, l'indigent palatin, inconnu et sans crédit, s'était engagé avec la France par un traité de subsides , dû aux intrigues de la célèbre palatine, sa belle-sœur. Le caractère incertain et défiant de ce prince en suspendait encore la ratification. Mais la circonstance réchauffa cette liaison ; le palatin reçut 3oo,ooo livres pour son suffrage , et néanmoins, comme il votait le dernier dans le collège électoral, il se réserva la libre disposition de sa voix dans le cas où elle n'opérerait pas la majorité en faveur du roi de France. L'électeur de Brandebourg se fit rechercher par quelque résistance. Ses liens avec la Suède se relâchaient, et fatigué d'une guerre malheureuse contre la Pologne, il songeait à la terminer par la médiation du roi de Hongrie. Mais ces considérations

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cédèrent à un présent effectif de 100,000 écus,età la promesse d'un duché , et de quelques terres en Alsace.

Les cours ecclésiastiques ne demandaient pas une captation moins habile. L'archevêque de Cologne n'était qu'un automate entre les mains du comte de Furstemberg, son ministre, et celui-ci attendait de . l'influence de l'archiduc l'évéché de Strasbourg. Mazarin eut avec lui une entrevue secrète, offrit de se démettre de l'évéché de Metz en safaveur, lui garantit sa nomination au cardinalat, et une pension ecclésiastique de 6,000 livres pour une de ses créatures. Sur un simple écrit de ce favori, a5,ooo rixdales furent comptées à l'électeur. Furstemberg demeura plus fidèle que son maître, et l'on sait combien sa pesante amitié a depuis fatigué la France. L'archevêque de Trêves fut gagné aux conditions que peut faire pressentir ce passage de l'instruction de Mazarin, du mois de mai 1657 : « Il y a lieu d'espérer que « ces considérations, en y joignant des présens effec- « tifs , et des dons considérables pour lui et pour ses « ministres , soit en domaines, fonds de terre et biens * d'église , argent , vaisselle ou pierreries , en la ma- « nière qu'il voudrait , seraient capables de produire « un bon effet, et de ramener cet électeur, quand « même il serait déjà entré en quelque engagement « avec le parti contraire. Il ne faudrait pas oublier « de lui faire connaître que tout ce que le roi ferait

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« en sa faveur demeurerait dans le dernier secret, et « que aucune personne n'en aurait connaissance que « celle qu'il voudrait. »

Cependant tout cet échafaudage paraissait mal assuré sans l'appui de l'électeur de Mayence , Jean- Philippe de Schœnborn. Soit par sa place de chancelier de l'Empire, soit par son expérience et ses talens, cet archevêque était l'ame du corps germanique, ce Suivant la commune opinion de l'Empire , écrivait « Servien, c'est à la cour de Mayence que réside le « fin et le suprà-fin. » On connaissait d'ailleurs à ce prélat des penchans intéressés et des ressentimens contre la maison d'Autriche. Il avait secrètement aide Mazarin à empêcher la nomination d'un roi des Romains, mais sans laisser prévoir s'il favoriserait la France ou l'Autriche , la Bavière ou la Savoie. Lorsque l'Empire fut vacant , Mazarin redoubla de soins pour lui, et feignit de se mettre sous sa direction. Le Mayençais, perçant au travers des dissimulations du cardinal, écarta les fantômes de Bavière et de Neubourg , et dit que la question était à débattre entre le roi de France et le roi de Hongrie. Il témoigna les meilleures dispositions pour Louis XIV , donna des conseils pouf le succès de son entreprise , reçut des dons considérables, et cependant évita de s'engager personnellement.

Ce fut par les conseils de Schœnborn que Mazarin envoya le roi s'établir à Metz, au centra de son ar-

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mée, et faire quelques mouvemens sur Ardres, Saint- Venant et Montmédy. Il se flattait que le voisinage de ce jeune et brillant monarque soutiendrait à Francfort le courage de ses partisans , et qu'à la nouvelle de son élection , il irait plus promptement se saisir de sa nouvelle couronne. Le cardinal députa à la diète le maréchal de Grammont et M. de Lyon ne , en écrivant au chancelier de l'Empire qu'il avait choisi une ambassade d'hommes aussi considérables , avec "l'espoir que ce n'était pas pour subir un affront. Cependant cette sécurité n'était pas bien sincère, si l'on en juge par les pouvoirs qu'il leur donna. « Il ne « faudra pas plaindre , pour faire faire à l'électeur de « Mayence ce grand pas , où l'on sait qu'il peut être « suivi de ses collègues , une somme de 3oo,ooo liv., « de laquelle vous pouvez donner assurance , outre « celle qui a été déjà offerte , et lui promettre encore - « 90,000 liv. de rentes en bénéfices pour ses parens « et favoris , sans mettre en ligne de compte les bien- « faits , titres et grandeurs qu'on leur fera accorder « par l'empereur nouveau. S'il est nécessaire , pour « sûreté de ce qu'on promet , d'envoyer à Francfort « la valeur de 1,200,000 livres en vaisselle d'argent, « ou en belles tapisseries que je puis donner, on le « fera de très-bon cœur, sur le premier avis que je « recevrai de votre part. »

Le passage de la couronne impériale sur la tête d'un roi de France eût été le plus grand événement

du dix-septième siècle. Une assemblée de huit princes, mue en tous sens par des caractères faibles et par des intérêts jaloux, semblait bien au-dessous d'un pareil effort, et devait naturellement retomber dans ses routines. Il est probable que l'électeur de Mayence, et ses collègues après lui , voulurent seulement faire sentir à Léopold le besoin qu'il avait d'eux , et gagner le temps nécessaire pour tirer parti de sa frayeur. On les vit , dans ce dessein , ajourner l'élection à l'année suivante.

Le roi quitta Metz, fort mécontent de s'être donné en spectacle pour une aussi .vilaine parade. Schœnborn s'excusa , en disant que pour cette fois il n'avait pas trouvé des dispositions favorables à la France. Mazarin ne s'aveugla pas sur les conséquences d'an retard qui déconcertait toutes ses mesures. Il sut bientôt que l'électeur de Mayence avait vendu fort cher à Léopold l'oubli de ses ressentimens , et qu'il lui avait écrit, le 18 décembre, pour lui engager sa voix, et l'inviter à se rendre à Francfort avec Pigneranda, l'ambassadeur d'Espagne. Les autres membres du collège conclurent aussi leur second marché. L'archevêque de Trêves avoua le sien naïvement, et le cardinal lui sut bon gré d'une franchise qui rendait entre eux les rapports plus simples , et le mépris plus facile.

Une défection si prompte apprit à Mazarin la légèreté de son entreprise. « Je vous dirai librement,

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a écrivait-il à ses plénipotentiaires, le 26 janvier i658, a que le dessein de faire sortir l'empire de la maison « d'Autriche , laquelle a de si profondes racines en « Allemagne et partout , et sans le concours du duc « de Bavière , de la volonté de qui nous avions grand a sujet de douter, ce dessein , dis-je , aurait été fort « approchant de celui de vouloir battre une grande « flotte avec deux ou trois brigantins. » Le seul chagrin qui navrât le cardinal , était le dépit de perdre son argent et de n'oser le réclamer, a Quant à la res- « titution de l'argent qui a été donné à ceux qui veu- « lent aujourd'hui changer de parti , il sera bon de « considérer leur contenance , avant que d'y prendre « une dernière résolution , et voir s'ils auront l'eflron- « terie de garder les bienfaits qu'ils ont reçus, en « manquant aux promesses qu'ils avaient faites. Je « vois , en tous cas , qu'il n'est pas de la dignité du « roi de se venger de semblables gens , en retirant « les grâces qu'il leur a faites. Au contraire, leur in- « fidélité paraîtra avec plus d'éclat, leur laissant ce « qui en est la principale cause. » En écrivant ces lignes , il dut se rappeler ce que Servien lui avait dit plusieurs fois : « Au lieu de prodiguer tant d'argent * pour obtenir des suffrages incertains , employez-le ce à lever des hommes , et agissez par la force, qui ce donne toujours des amis. »

Les moyens violens ne convenaient ni à la douceur de Mazarin .nia l'hésitation habituelle de ses idées.

On voit en effet que ses plans les mieux arrêtés conservent toujours quelque chose de mobile , prêt à recevoir l'empreinte des événemens, et même les caprices de sa volonté. Je citerai dans cette négociation une saillie de son imagination fantasque , qui m'a paru assez curieuse pour être préservée de l'oubli. Voici ce que le cardinal écrivait à M. de Lyonne, au plus fort de cette mêlée politique : « Comme je ne ce veux rien vous cacher de tout ce qui me tombe dans « l'esprit , je vous dirai que j'ai songé que Mademoicc selle pourrait peut-être nous servir de quelque ce chose pour l'élection d'un prince qui ne fût pas de « la maison d'Autriche; car si on jetait les yeux sur « quelqu'un à qui il ne manquât que le bien pour souci tenir cette dignité, comme le frère de M. l'électeur « de Cologne, ou autre, on pourrait lever cet obcc stacle en la mariant avec lui , en cas qu'il ne le fût ce pas déjà , puisqu'elle a 200,000 écus de rente , et « pour a, 000,000 liv. de bois prêts à couper. Quoique ce je ne sache pas ses intentions là-dessus , je ne doute « pas qu'elle ne fût bien aise d'être impératrice. » On se souvient que, lorsqu'à la journée du faubourg Saint-Antoine , la fille de Gaston eut fait tirer de la Bastille sur l'armée du roi, Mazarin dit assez plaisamment : ce Voilà un canon qui a tué son mari. » Mais la proposition que le cardinal fit à M. de Lyonne prouve que son ressentiment contre mademoiselle de Montpensier n'avait pas de profondes racines , et qu'il

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ne tenait point à honneur de sacrifier cette singulière folle à l'autorité d'un bon mot.

Au reste, le dénouement de cette rivalité n'était plus douteux. La naissance d'un fils de Philippe IV servit de prétexte à la France pour se retirer de la lice, et le roi de Hongrie, qui avait eu l'avantage de payer le dernier, fut proclamé empereur par l'unanimité des votes.

On aurait tort de reprocher à la politique française les moyens vils et tortueux qu'on a vu Mazarin mettre en œuvre dans cette négociation. Cet étranger, régnant en maître absolu , et dédaignant les procédés plus honorables de notre cabinet , introduisait dans toutes les affaires les vices de son naturel , et un batelage italien 9 dont il tirait vanité. Je crois aussi qu'il ne serait pas juste d'apprécier les talens de ce ministre par ses petitesses d'exécution , parce que ce n'est pas la grandeur des ressorts, mais celle des résultats, qui constitue la gloire des hommes d'État, et qu'à cet égard la supériorité de Mazarin, même sur son prédécesseur, est incontestable. Sans quitter la matière qui nous occupe , ne le vit-on pas rendre les débris de sa défaite plus utiles qu'un succès , et de cette couche de corruption dont il avait jonché les cours d'Allemagne , faire sortir la ligue du Rhin ? C'était l'art de donner la vie aux clauses les plus habiles des traités de Westphalie, et de mettre en action tout à la fois l'indépendance des princes allemands, v. i5

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et le droit de protection réservé à la France sur les libertés germaniques. Une telle opération, conforme aux idées de paix et d'équilibre , valait mieux sans doute que le projet perturbateur d'aller chercher audelà du Rhin une couronne éphémère , et de tenter un alliage de deux pouvoirs incompatibles, qui eut été probablement aussi funeste à la France qu'à l'Allemagne.

Toutefois cet arrangement salutaire ne put suffire, après la mort de Mazarin , à l'ardente ambition du jeune roi. L'affront de Metz pesait sur son cœur, et quand il se comparait à Léopold , il s'indignait de l'avantage qu'avait obtenu sur lui un compétiteur aussi médiocre. Mais la complexion débile de son rival lui promettait une prochaine vacance de l'Empire, et cette espérance, toujours exagérée, et toujours trompée, le précipita dans des démarches que ce seul motif rend explicables.

La principale objection que les cours d'Allemagne avaient faite au choix d'un empereur français , était la nécessité de contenir la puissance ottomane. Ces barbares, dont la mollesse n'avait pas encore assoupi le fanatisme guerrier, exerçaient de fréquens ravages dans les États voisins , et particulièrement dans la Hongrie. Depuis que ce royaume, dernier boulevard

de l'Allemagne , était devenu une possession autrichienne, on regardait les princes de cette maison comme les défenseurs naturels et nécessaires de la

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Germanie. Louis XIV, préoccupé de sa prétention à l'Empire, résolut de leur disputer cette préférence dans l'opinion publique. L'occasion s'en étant donc offerte, il envoya des troupes en Hongrie , par un zèle apparent de religion, et dans le fait pour accoutumer les Impériaux à voir des Français combattre à leurs côtés , et repousser les pillards de l'Orient. Six mille hommes de notre nation prirent part à la victoire, peu décisive , qui fut remportée sur les Turcs, le I e * août 1664, auprès du bourg de Saint-Gothard. Un secours si faible, et venu de si loin , ne parut au reste qu'une démonstration isolée, sans garantie pour l'avenir. D'ailleurs le roi de France , défendant l'Empereur, dont il préparait la ruine , et taillant en pièces, sur le Raab, les Turcs dont il cultivait l'amitié à Constantinople , se mettait dans une fausse position, difficile à soutenir. L'illusion de ce tour de force fut donc de peu de durée, et dans la suite les Français ne parurent pas à l'autre journée plus fameuse où l'armée chrétienne brisa les étendards du croissant déployés sous les murs de Vienne.

L'année qui suivit la bataille de Saint-Gothard ouvrit une première issue aux projets de Louis XIV. La mère de l'électeur de Bavière mourut, et le fils, délivre de l'influence autrichienne, put se prêter aux insinuations de la France. Son naturel craintif rendit la séduction assez lente, et le traité mystérieux ne fut signé à Munich que le 17 février 1679. On y

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confirma la promesse de marier la fille de l'électeur avec le dauphin ; dans le cas de la mort de l'Empereur, qui paraissait toujours très-prochaine, il fut convenu que les parties se concerteraient pour le choix du successeur, et que la France aiderait de toutes ses forces l'électeur de Bavière à rentrer dans les États et possessions que la maison d'Autriche retenait à son préjudice. On stipula, dans un article secret, qu'on travaillerait à faire élire empereur Sa Majesté très-chrétienne) et roi des Romains Sa Sérénité électorale. Cette disposition atteste que Louis XIV,. répudiant la prudence de Henri IV et les tâtonnemens de Mazarin , adoptait les hautes passions de François I er . Quanta l'électeur, s'il croyait sérieusement que son allié, devenu empereur, le ferait roi des Romains, c'était de sa part porter la confiance à on degré où elle change communément de nom.

La paix triomphante de Nimègue , où Frédéric- Guillaume ne fut pas compris, livra ensuite à la merci de Louis XIV ce marquis de Brandebourg, surnommé le grand-électeur. Après une résistance plus digne de son courage que de ses forces, il subit les lois que lui imposa, le traité de Saint-Germain , du mois de juin 1679. Mais sa qualité d'électeur le rendait recommandable , et l'ambition même de son ennemi vint adoucir ses blessures. Dès le mois d'octobre suivant, il fut conclu entre eux un traité secret, où l'électeur s'engagea, en cas de nomination d'un roi

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des Romains ou d'un empereur, de ne donner sa voix, et de n'agir auprès du collège qu'en faveur du roi de France, ou, s'il y avait trop de difficultés, en faveur du dauphin. Les motifs de cette préférence y sont énoncés avec l'emphase habituelle du temps et des lieux où l'on stipulait. « Sa Majesté très-chrétienne est « plus capable que tout autre, selon le sentiment de « Son Altesse électorale, par ses grandes et héroïques « vertus et par sa puissance, de rétablir l'Empire « dans son ancienne splendeur, de le maintenir dans «toute sa dignité, et de le défendre contre levoisi- <c nage et les entreprises toujours si périlleuses des «Turcs. » De son côté, le N roi donne à l'électeur un subside de 100,000 livres pendant dix ans, et une somme de 3oo,ooo écus payable par moitié en deux années; et il s'engage encore à le secourir dans les guerres que pourrait lui susciter l'exécution de ce traité. C'était payer cher une promesse incertaine et une flatterie stérile. Mais l'impôt que le marquis de Brandebourg levait alors sur l'ambition de Louis XIV n'approchait pas de ce que lui valut dans la sjiite la superstition de ce monarque. Il recueillit dans son seul électorat vingt mille des manufacturiers qu'avait bannis de France la révocation de l'édit de Nantes. Ces hôtes de Frédéric-Guillaume changèrent la face de son pays , et couvrirent de palais le bourbier où ce grand homme faisait sa résidence, et où ses rustiques courtisans ne pouvaient aborder que

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sur des échasses. ( Mémoires de V Académie de Berlin. )

Le cabiuet de Saint-Germain suivait aussi une semblable négociatiop avec la cour de Saxe. Le 1 5 novembre, il fut conclu, avec cet électeur, un traité où Ton trouve les mêmes stipulations que dans eelui de Brandebourg , et le même oubli de la promesse faite antérieurement au prinoe de Bavière. Seulement, comme le Saxon était moins considéré que le Prussien, son acquisition fut mise à plus bas prix. Il n'obtint qu'un subside de 60,000 livres pendant quatre années , et un don de 90, 000 livres comptant. Par oes arrangemens, Louis XIV se croyait certain de son éjection. U avait arrhé les trois suffrages principaux, Bavière , Brandebourg, et Saxe; et il ne doutait pas des trois électeurs ecclésiastiques , qui étaient placés sous sa main puissante , et dont la peur et l'argent lui répondraient assez , lorsque le moment d'agir serait arrivé.

II ne manquait à ce plan que l'ouverture de la succession dont il disposait. Mais la mort brouilla toute cette combinaison politique. Au lieu de frapper Léopold, comme de prétendus héritiers l'ep conjuraient , elle emporte eja peu de temps le* électeurs de Saxe et de Bavière. Le traité fait avec le premier demeura sans exécution. A la place du second , prince doux et pacifique, succéda un esprit inquiet et brouillon, une espèce de héros mal ébauché , qui cherchait la guerre saj*s but et la faisait 390s talens. <je frère absurde de

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la dauphine s'arma long-temps contre la France, et quand ensuite il devint son allié, il lui fit regretter de ne l'avoir plus pour ennemi.

Ces premiers nuages furent les précurseurs de grandes tempêtes. Les hauteurs et l'ambition de Louis XIV venaient de rallier l'Europe contre lui , et cependant il ne cessait de poursuivre sa chimère de l'Empire. On voit au moins dans le préambule du traité signé à Vienne entre ses ennemis, au mois de mai 1689, qu'ils lui reprochaient encore de négocier dans les cours d'Allemagne pour faire nommer le dauphin roi des Romains. La saison de pareilles intrigues était passée. Les deux incendies du Palatînat avaient aliéné tous les cœurs; la prompte violation des franchises de l'Alsace apprenait trûp aux villes impériales quel serait leur sort. On peut en effet juger de l'étrange protection que lç roi accordait aux cités libres de ce landgra viat , par la manière dont luimême en parle dans ses Mémoires : « Comme j'avais « sans difficulté le . droit de protection sur lesdites a villes , je pouvais y mettre des troupes toutes les fois « que je voulais. 11 y en avait qui n'étaient pas bien «obéissantes , surtout Co)mar, qui ce croyait coasicc dérable , et paraissait trop fière pour avoir affaire « à un homme comme moi* Je crus qu'il fallait se ser- « vir d'un stratagème pour sauver la vie à quelquesce uns de mes officiers et soldats. J'envoyai lui dire « que je voulais y aller, et j'y fis entrer mon régiment

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« des gardes françaises et suisses, le 28 août : ils se « mirent en bataille dans les places ; on déclara aux « habitans que je voulais faire raser leurs murailles, « et conduire leurs canons à Brisach. Il furent fort <c surpris, et tout ce que j'avais ordonné fut exécuté. « Schélestat s'était soumis aussi, et pendant quelques oc jours que je fus à Brisach, toutes les autres villes en « firent de même. » (QEuvres de Louis XIP \ t. III, p. 4oo.)

D'un autre côté, le valétudinaire Léopold, qui sembla mourir pendant soixante-cinq ans, s'était marié à trois femmes, et avait des enfans. L'inimitié du roi de France lui tenait lieu de politique et de talent, et lui procurait des alliés , des trésors , et presque de la réputation. Il en fit une épreuve remarquable lorsque, à l'occasion de la guerre des Turcs , il proposa aux électeurs de nommer roi des Romains son fils Joseph. Cette faveur inouïe, pour un enfant de douze ans, fut accordée* avec une telle précipitation, que Louis XIV n'eut pas même le temps d'en embarrasser les préparatifs. Ainsi fut dissoute en un moment cette longue trame, si péniblement ourdie , et si chèrement payée. Après tant de triomphes, après tant de sang versé, l'impérieux conquérant se trouva en Allemagne avec beaucoup moins d'influence que Louis XIII et que Louis XV. Tout manqua à celui qui avait abusé de tout. • Ici se terminent , à proprement parler, les tentatives de Louis XIV pour mettre sur sa tête ou sur

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celle de son fils la couronne impériale. Les revers et les avantages de la guerre , qui finit à Riswick, furent trop balancés pour nourrir une espérance si démesurée; et la guerre plus terrible qui ouvrit le dix-huitième siècle pour la succession 'd'Espagne, entraînaLouisXIV vers des intérêts bien dîfférens. Le roi des Romains prit donc sans difficulté les rênes de l'Empire, à la mort de son père; mais il mourut lui-même peu d'années après, en 1711, laissant pour héritier l'archiduc Charles son frère, qui disputait alors à Philippe Y le sceptre des Espagnes. Cet événement sauva la France, malgré le roi , dont la politique, véritablemen t aveugle, entreprit de contrarier l'élection de Charles , comme si l'élévation de cet archiduc ne devait pas être le signal auquel l'Europe l'abandonnerait dans ses prétentions bien autrement importantes sur l'héritage de Charles IL

À la vérité Louis XIV ne sollicita point alors pour lai ni pour sa famille, mais il offrit en quelque, sorte an premier venu, ami ou ennemi , ce qu'il n'était nullement en son pouvoir de donner. C'est ainsi qu'il fit toor à tour proposer l'Empire au duc de Hanovre, au nouveau roi de Prusse , et à l'électeur de 'Saxe. Mais ce vieux monarque, chargé des affronts d'Hochstet et de Ramillies , s'aperçut bientôt de l'accueil que la politique réserve au malheur, et partout on refusa froidement la vaine fumée qu'il colportait chez ces ambitieux. Ceux qui ne savent pas combien la religion *

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peu de poids dans les balances diplomatiques , pourront s'étonner qu'un roi si dévot ait voulu reposer sur des têtes protestantes la dignité impériale, et ils se souviendront que le cardinal Mazarin rejeta vivement l'idée d'une telle profanation, quelle que fût en matières de foi sa parfaite indifférence. Enfin Louis XIV, réduit lui-même à attendre son salut d'une bataille, envoya jusque chez les Turcs remuer la folle ambition et les intrigues de Charles XII, prisonnier à Bender, et c'était une scène bien singulière que la conspira* tion de ces deux ombres contre la volonté de l'Europe, qui appelait Charles VI à l'Empire. Il y fat en effet porté par la diète , à l'unanimité , en l'absence des deux électeurs de Bavière et de Cologne , qui étaient alors chassés de leurs États , et mis au ban de l'Empire comme des traîtres.

Les traités d'Utrecht et de Rastadt couvrirent Jane pacification apparente tant de jalousies et de ressentimens , et furent plutôt des trêves accordées à la nusère des peuples , qu'une sincère réconciliation. Ta*" dis que leinaréchal de Villars signait la convenu* amicale de Rastadt, le roi concluait secrètement avec l'électeur de Bavière, le ao février 1 714, une alliant intime, dont l'article 3 contient la clause expresse* ne faire élire pour empereur ou pour roi des Rom* ull > nul autre que ce même électeur. Ainsi vaincu r la fortune, sans être éclairés par l'expérience, <# princes se consolaient encore au bout de leur cam

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par de sinistres rêves. Peut-être leur impuissance se crut-elle vengée en laissant après eux des semences de discordes, apprêtées par leurs mains , et qui ne se développèrent que trop pour le malheur des deux pays.

J'ai complété , par ces derniers détails , le récit de tout ce qui eut rapport, dans le règne de Louis XIV, à la succession des empereurs. Si (m a vu dans cette esquisse des tourmens inutiles, et des prétentions immodérée? naître en France d'un pouvoir trop absolu , on a dû être frappé bien davantage des fréquens périls où s'exposait l'Allemagne par le gouvernement incertain de sa féodalité princière. Il faut, dans la constitution moderne de l'Europe , que tout État dont la royauté sort d'un scrutin se résigne à être la proie des troubles et des trahisons du dedans, et le jouet des convenances et des ambitions du debor;s. Un peuple jaloux de sa conservation préférera les chances quelquefois bizarres de l'hérédité , aux maux inévitables de l'élection , et si ce dernier système s'était maintenu dans l'empire germanique , c'est que, depuis, long-temps , il y était devenu presque illusoire. Les* abus , qui détruisent les bonnes institutions , ont le fâcheux privilège de faire subsister les mauvaises.

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