‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 216 sur 766 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DORANTE, CLITON

DORANTE

A la fin j'ai quitté la robe pour l'épée : L'attente où j'ai vécu n'a point été trompée ; Mon père a consenti que je suive mon choix, Et j'ai fait banqueroute à ce fatras de lois. Mais puisque nous voici dedans les Tuileries, Le pays du beau monde et des galanteries, Dis-moi, me trouves-tu bien fait en cavalier? Ne vois-tu rien en moi qui sente l'écolier? Comme il est malaisé qu'aux royaumes du code On apprenne à se faire un visage à la mode, J'ai lieu d'appréhender...

CLITON

Ne craignez rien pour vous, Vous ferez en une heure ici mille jaloux. Ce visage et ce port n'ont point l'air de l'école, Et jamais comme vous on ne peignit Barthole : Je prévois du malheur pour beaucoup de maris. Mais que vous semble encor maintenant de Paris ?

DORANTE

J'en trouve l'air bien doux, et cette loi bien rude Qui m'en avait banni sous prétexte d'étude.

Toi, qui sais les moyens de s'y bien divertir, Ayant eu le bonheur de n'en jamais sortir, Dis-moi comme en ce lieu l'on gouverne les dames.

CLITON

C'est là le plus beau soin qui vienne aux belles âmes, Disent les beaux-esprits. Mais, sans faire le fin, Vous avez l'appétit ouvert de bon matin ! D'hier au soir seulement vous êtes dans la ville, Et vous vous ennuyez déjà d'être inutile! Votre humeur sans emploi ne peut passer un jour ! Et déjà vous cherchez à pratiquer l'amour! Je suis auprès de vous en fort bonne posture

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