CTE V, SCENE II
Vous connaissez le nom de cet objet charmant Qui fait de ces cantons le plus digne ornement ?
PHILISTE
Croyez que cette Orphise, Armédon, et Pyrandre, Sont gens dont à Poitiers on ne peut rien apprendre. S'il vous faut sur ce point encor quelque garant...
GÉRONTE
En faveur de mon fils vous faites l'ignorant ; Mais je ne sais que trop qu'il aime cette Orphise, Et qu'après les douceurs d'une longue hantise, On l'a seul dans sa chambre avec elle trouvé ; Que par son pistolet un désordre arrivé L'a forcé sur-le-champ d'épouser cette belle. Je sais tout ; et de plus, ma bonté paternelle M'a fait y consentir; et votre esprit discret N'a plus d'occasion de m'en faire un secret.
Quoi ! Dorante a donc fait un secret mariage ?
GÉRONTE
Et, comme je suis bon, je pardonne à son âge.
PHILISTE
Qui vous l'a dit?
GÉRONTE
Lui-même.
PHILISTE
Ah ! puisqu'il vous l'a dit, Il vous fera du reste un fidèle récit ; Il en sait mieux que moi toutes les circonstances : Non qu'il vous faille en prendre aucunes défiances ; Mais il a le talent de bien imaginer, Et moi, je n'eus jamais celui de deviner.
GÉRONTE
Vous me feriez par là soupçonner son histoire.
PHILISTE
Non, sa parole est sûre, et vous pouvez l'en croire;
Mais il nous servit hier d'une collation
Qui partait d'un esprit de grande invention ;
Et, si ce mariage est de même méthode,
La pièce est fort complète, et des plus à la mode.
GÉRONTE
Prenez-vous du plaisir à me mettre en courroux ?
Ma foi, vous en tenez aussi bien comme nous ; Et, pour vous en parler avec toute franchise, Si vous n'avez jamais pour bru que cette Orphise, Vos chers collatéraux s'en trouveront fort bien. Vous m'entendez; adieu: je ne vous dis plus rien.
GÉRONTE
O vieillesse facile ! ô jeunesse impudente ! O de mes cheveux gris honte trop évidente ! Est-il dessous le ciel père plus malheureux? Est-il affront plus grand pour un cœur généreux ?