‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 330 sur 766 · ANTIOCHUS, RODOGUNE · texte numérisé non relu

ANTIOCHUS, RODOGUNE

RODOGUNE

Prince, qu'ai-je entendu? parce que je soupire, Vous présumez que j'aime, et vous m'osez le dire ! Est-ce un frère, est-ce vous dont la témérité S'imagine...

ANTIOCHUS

Apaisez ce courage irrité, Princesse; aucun de nous ne serait téméraire Jusqu'à s'imaginer qu'il eut l'heur de vous plaire : Je vois votre mérite et le peu que je vaux, Et ce rival si cher connaît mieux ses défauts. Mais si tantôtce cœur parlait par votre bouche, [die, Il veut que nous croyions qu'un peu d'amour letou- Et qu'il daigne écouter quelques-uns de nos vœux, Puisqu'il tient à bonheur d'être à l'un de nous deux. Si c'est présomption de croire ce miracle, C'est une impiété de douter de l'oracle, Et mériter les maux où vous nous condamnez, Qu'éteindre un bel espoir que vous nous ordonnez. Princesse , au nom des dieux , au nom de celte rodogune. [flamme...

Un mot ne fait pas voir jusques au fond d'une âme ; Et votre espoir trop prompt prend trop de vanité Des termes obligeants de ma civilité.

Je l'ai dit, il est vrai ; mais, quoiqu'il en puisse être, Méritez cet amour que vous voulez connaître. Lorsque j'ai soupiré, ce n'était pas pour vous ; J'ai donné ces soupirs aux mânes d'un époux ; Et ce sont les effets du souvenir fidèle Que sa mort à toute heure en mon âme rappelle. Princes, soyez ses fils, et prenez son parti.

ANTIOCHUS

Recevez donc son cœur en nous deux réparti; [pire, Ce cœur, qu'un saint amour rangea sous votre em- Ce cœur, pour qui le vôtre à tous moments soupire, Ce cœur, en vous aimant indignement percé, Reprend pour vous aimer le sang qu'il a versé; Il le reprend en nous, il revit, il vous aime, Et montre, en vous aimant, qu'il est encor le même. Ah! princesse, en l'état où le sort nous a mis, Pouvons-nous mieux montrer que nous sommes ses

RODOGUNE. [fils?

Si c'est son cœur en vous qui revit et qui m'aime, Faites ce qu'il ferait s'il vivait en lui-même; A ce cœur qu'il vous laisse osez prêter un bras : Pouvez-vous le porter et ne l'écouter pas ?

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