‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 436 sur 766 · PRUSIAS, FLAMINIUS, LAODICE · texte numérisé non relu

PRUSIAS, FLAMINIUS, LAODICE

PRUSIAS

Reine, puisque ce titre a pour vous tant de charmes, Sa perte vous devrait donner quelques alarmes : Qui tranche trop du roi ne règne pas longtemps.

LAODICE

J'observerai, seigneur, ces avis importants ; Et, si jamais je règne, on verra la pratique D'une si salutaire et noble politique.

PRUSIAS

Vous vous mettez fort mal au chemin de régner.

LAODICE

Seigneur, si je m'égare, on peut me l'enseigner.

PRUSIAS

Vous méprisez trop Rome, et vous devriez faire Plus d'estime d'un roi qui vous tient lieu de père.

LAODICE

Vous verriez qu'à tous deux je rends ce que je doi, Si vous vouliez mieux voir ce que c'est qu'être roi.

Recevoir ambassade en qualité de reine, Ce serait à vos yeux faire la souveraine, Entreprendre sur vous, et dedans votre état Sur votre autorité commettre un attentat : Je la refuse donc, seigneur, et me dénie L'honneur qui ne m'est dû que dans mou Arménie. C'est là que sur mon trône avec plus de splendeur Je puis honorer Rome en son ambassadeur, Faire réponse en reine, et comme le mérite Et de qui l'on me parle, et qui m'en sollicite. Ici c'est un métier que je n'entends pas bien, Car hors de l'Arménie enfin je ne suis rien ; Et ce grand nom de reine ailleurs ne m'autorise Qu'à n'y voir point de trône à qui je sois soumise, A vivre indépendante, et n'avoir en tous lieux Pour souverains que moi, la raison et les dieux.

PRUSIAS

Ces dieux vos souverains, et le roi votre père, De leur pouvoir sur vous m'ont fait dépositaire; Et vous pourrez peut-être apprendre une autre fois Ce que c'est en tous lieux que la raison des rois. Pour en faire l'épreuve allons en Arménie ; Je vais vous y remettre en bonne compagnie ; Partons ; et dès demain, puisque vous le voulez, Préparez-vous à voir vos pays désolés; Préparez-vous à voir par toute votre terre Ce qu'ont de plus affreux les fureurs de la guerre, Des montagnes de morts, des rivières de sang.

LAODICE

Je perdrai mes états, et garderai mon rang ; Et ces vastes malheurs où mon orgueil me jette Me feront votre esclave, et non votre sujette : Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.

PRUSIAS

Nous ferons bien changer ce courage indompté ; Et quand vos yeux, frappés de toutes ces misères, Verront Attale assis au trône de vos pères, Alors, peut-être, alors vous le prîrez en vain Que pour y remonter il vous donne la main.

LAODICE

Si jamais jusque-là votre guerre m'engage, Je serai bien changée et d'âme et de courage. Mais peut-être, seigneur, vous n'irez pas si loin : Les dieux de ma fortune auront un peu de soin ; Us vous inspireront, ou trouveront un homme Contre tant de héros que vous prêtera Rome.

PRUSIAS

Sur un présomptueux vous fondez votre appui ;

MCOMËDE, ACTE 111, SCENE il

Mais il comt à sa perte, et vous traîne avec lui. Pensez-y bien, madame, et faites-vous justice, Choisissez d'être reine, ou d'être Laodice; Et, pour dernier avis que vous aurez de moi, Si vous voulez régner, faites Attale roi. Adieu.

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