‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 479 sur 766 · SERTORIUS, THAMIRE · texte numérisé non relu

SERTORIUS, THAMIRE

SERTORIUS

Pourrai-je voir la reine ?

THAMIRE

Attendant qu'elle vienne, Elle m'a commandé que je vous entretienne, Et veut demeurer seule encor quelques moments.

SERTORIUS

Ne nr apprendrez-vous point où vont ses sentiments , Ce que doit Perpenna concevoir d'espérance ?

THAMIRE

Elle ne m'en fait pas beaucoup de confidence ; Mais j'ose présumer qu'offert de votre main 11 aura peu de peine à fléchir son dédain. Vous pouvez tout sur elle.

SERTORIUS

Ah ! j'y puis peu de chose , Si jusqu'à l'accepter mon malheur la dispose; Ou, pour en parler mieux, j'y puis trop, ou trop peu.

THAMIRE

Elle croit fort vous plaire en secondant son feu.

SERTORIUS

Me plaire?

THAMIRE

Oui : mais, seigneur, d'où vient cette surprise ? Et de quoi s'inquiète un cœur qui la méprise?

SERTORIUS, ACT

SERTORIUS

N'appelez point mépris un violent respect

Que sur mes plus doux vœux fait régner son aspect, j

THAMIRE

11 est peu de respects qui ressemblent au vôtre, S'il ne sait que trouver des raisons pour un autre ; Et je préférerais un peu d'emportement Aux plus humbles devoirs d'un tel accablement.

SERTORIUS

Il n'en est rien parti capable de me nuire, Qu'un soupir échappé ne dût soudain détruire : Mais la reine, sensible à de nouveaux désirs, Entendait mes raisons, et non pas mes soupirs.

THAMIRE. [pire,

Seigneur, quand un Romain, quand un héros sou- Nous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire ; Et je vous servirais de meilleur truchement, Si vous vous expliquiez un peu plus clairement. Je sais qu'en ce climat, que vous nommez barbare, L'amour par un soupir quelquefois se déclare : Mais la gloire, qui fait toutes vos passions, Vous met trop au-dessus de ces impressions ; De tels désirs, trop bas pour les grands cœurs de sertorius. [Rome...

Ah ! pour être Romain , je n'en suis pas moins

[homme, j'aime, et peut-être plus qu'on n'a jamais aimé; Malgré mon âge et moi, mon cœur s'est enflammé. J'ai cru pouvoir me vaincre, et toute mon adresse Dans mes plus grands efforts m'a fait voir ma fai- Ceux de la politique, et ceux de l'amitié, [blesse. M'ont mis en un état à me faire pitié. Le souvenir m'en tue, et ma vie incertaine Dépend d'un peu d'espoir que j'attends de la reine. Si toutefois...

THAMIRE

Seigneur, elle a de la bonté; Mais je vois son esprit fortement irrité ; Et, si vous m'ordonnez de vous parler sans feindre. Vous pouvez espérer, mais vous avez à craindre. N'y perdez point de temps, et ne négligez rien; C'est peut-être un dessein mal ferme que le sien. La voici. Prolitez des avis qu'on vous donne, Et gardez bien surtout qu'elle ne m'en soupçonne.

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