‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 494 sur 766 · ALB · texte numérisé non relu

ALB

Notre amitié, seigneur, me rendra téméraire.

J'en abuse, et je sais que je vais vous déplaire,

Que vous condamnerez ma curiosité;

Mais je croirais vous faire une infidélité,

Si je vous cachais rien de ce que j'entends dire

De votre amour nouveau sous ce nouvel empire.

On s'étonne de voir qu'un homme tel qu'Othon, Othon,dont les hauts faits soutiennent le grand nom, Daigne d'un Vinius se réduire à la lille, S'attache à ce consul, qui ravage, qui pille, Oui peut tout, je l'avoue, auprès de l'empereur, Mais dont tout le pouvoir ne sert qu'à faire horreur, Et détruit d'autant plus, que plus on le voit croître, Ce que l'on doit d'amour aux vertus de son maître.

OTHON

Ceux qu'on voit s'étonner de ce nouvel amour N'ont jamais bien conçu ce que c'est que la cour. Un homme tel que moi jamais ne s'en détache ; 11 n'est point de retraite ou d'ombre qui le cache ; Et, si du souverain la faveur n'est pour lui, Il faut, ou qu'il périsse, ou qu'il prenne un appui.

Quand le monarque agit par sa propre conduite, Mes pareils sans péril se rangent à sa suite ; Le mérite et le sang nous y font discerner : Mais quand le potentat se laisse gouverner, Et que de son pouvoir les grands dépositaires N'ont pour raison d'état que leurs propres affaires, Ces lâches ennemis de tous les gens de cœur Cherchent à nous pousser avec toute rigueur, A moins que notre adroite et prompte servitude Nous dérobe aux fureurs de leur inquiétude.

Sitôt que de Galba le sénat eut fait choix, Dans mon gouvernement j'en établis les lois, Et je fus le premier qu'on vit au nouveau prince Donner toute une armée et toute une province : Ainsi je me comptais de ses premiers suivants Mais déjà Vinius avait pris les devants; Martian l'affranchi, dont tu vois les pillages, Avait avec Lacus fermé tous les passages ; On n'approchait de lui que sous leur bon plaisir. J'eus donc pour m'y produire un des trois à choisir. Je les voyais tous trois se hâter sous un maître Qui, chargé d'un long âge, a peu de temps à l'être, Et tous trois à l'envi s'empresser ardemment A qui dévorerait ce règne d'un moment. [dre, .l'eus horreur des appuis qui restaient seuls à pren- .l'espérai quelque temps de m'en pouvoir défendre ; Mais quand Nvmphidius dans Rome assassiné Fit place au favori qui l'avait condamné, Que Lacus par sa mort fut préfet du prétoire, Que pour couronnement d'une action si noire Les mêmes assassins furent encor percer Varron, ïurpilian, Capiton, et Macer, Je vis qu'il était temps de prendre mes mesures, Qu'on perdait de Néron toutes les créatures, Et que, demeuré seul de toute cette cour, A moins d'un protecteur j'aurais bientôt mon tour Je choisis Vinius dans cette défiance; Pour plus de sûreté j'en cherchai l'alliance. Les autres n'ont ni sœur ni fille à me donner ; Et d'eux sans ce grand nœud tout est à soupçonner.

ALBIN-

Vos vœux furent reçus?

OTHOÏN .

Oui ; déjà l'hyménee Aurait avec Plautine uni ma destinée, Si ces rivaux d'état n'en savaient divertir Un maître qui sans eux n'ose rien consentir,

ALBIN

Ainsi tout votre amour n'est qu'une politique ? Et le cœur ne sent point ce que la bouche explique ?

OTHON

Il ne le sentit pas, Albin, du premier jour ; Mais cette politique est devenue amour : [scrupules Tout m'en plaît, tout m'en charme, et mes premiers Près d'un si ch,er objet passent pour ridicules. Vinius est consul, Vinius est puissant;

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