OTHON. ACTE IV, SCENE I
Renoncer à l'empire, ou le prendre avec lui. Avant qu'en décider, pensez-y bien, madame ; C'est votre intérêt seul qui fait parler ma flamme. Il est mille douceurs dans un grade si haut Où peut-être avez-vous moins pensé qu'il ne faut. Peut-être en un moment serez-vous détrompée ; Et si j'osais encor vous parler de Poppée, Je dirais que sans doute elle m'aimait un peu, Et qu'un trône alluma bientôt un autre feu. Le ciel vous a fait l'âme et plus grande et plus belle ; Mais vous êtes princesse, etfemme enfin comme elle . L'horreur de voir une autre au rang qui vous est dû, Et le juste chagrin d'avoir trop descendu, Presseront en secret cette âme de se rendre Même au plus faible espoir de le pouvoir reprendre. Les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer; Mais l'empire en tout temps a de quoi les charmer. L'amour passe, ou languit ; et, pour fort qu'il puisse
[être, De la soif de régner il n'est pas toujours maître.
CAMILLE
Je ne sais quel amour je vous ai pu donner, Seigneur; mais sur l'empire il aime à raisonner : Je l'y trouve assez fort, et même d'une force A montrer qu'il connaît tout ce qu'il a d'amorce, Et qu'à ce qu'il me dit touchant un si grand choix, Il a daigné, penser un peu plus d'une fois. Je veux croire avec vous qu'il est ferme et sincère, Qu'il me dit seulement ce qu'il n'ose me taire; Mais, à parler sans feinte...
OTHON
Ah, madame! croyez...
Oui, j'en croirai Pison à qui vous m'envoyez; Et vous, pour vous donner quelque peu plus de joie, Vous en croirez Plautine à qui je vous renvoie. Je n'en suis point jalouse, et le dis sans courroux: Vous n'aimez que l'empire, et je n'aimais que vous. N'en appréhendez rien, je suis femme, et princesse, Sans en avoir pourtant l'orgueil ni la faiblesse ; Et votre aveuglement me fait trop de pitié Pour l'accabler encor de mon inimitié.
(Camille et Albiane sor:enl.) OTHON.
Que je vois d'appareils, Albin, pour ma ruine!
ALBIN
Seigneur, tout est perdu, si vous voyez Plautine.
OTHON
Allons-y toutefois : le trouble où je me voi
Ne peut souffrir d'avis que d'un cœur tout à moi.