ACTE QUATRIÈME
Chargé par Lysandre d'aller faire sa paix avec Célidée, Aronte attriste Hippolyte en lui annonçant que leur stratagème va échouer. J'emploie , dit-il,
J'emploie auprès de vous le temps de ce message,
Et la ferai tantôt parler, à mon retour,
D'une façon mal propre à donner de l'amour;
Mais, après mon rapport, si son ardeur extrême
Le résout à porter son message lui-même,
Je ne réponds de rien : l'amour qu'ils ont tous deux
Vaincra notre artifice, et parlera pour eux.
Hippolyte répond qu'elle détournera Célidée de parler à son amant ; tout à coup elle aperçoit sa rivale avec Dorimant, et charge Aronte d'aller promptement trouver Lysandre afin qu'il puisse les voir causer ensemble.
Dorimant arrête Aronte et lui demande quel sort lui est réservé dans ses amours ; Aronte, faisant mine de ne le pas comprendre, il lui avoue qu'il brûle pour Hippolyte et que Lysandre est son rival. —Resté seul avec Célidée, l'amant rebuté d'Hippolyte jure de tuer Lysandre. Celui-ci survient, amené par Aronte : ne pouvant entendre ce qu'ils disent, et voyant qu'ils se retirent, il croit à une intrigue nouée entre eux,.
Aronte saisit l'occasion, et dit à son maître qu'il devrait s'attacher au char d'Hippolyte ; pour toute réponse, Lysandre le chasse en le menaçant de son épée. — Après un monolgue dans lequel il se promet de se venger par la mort de son infidèle et de Dorimant, Lysandre se calme :
L'amour Ah ! ce mol seul me range à la douceur.
Celle que nous aimons jamais ne nous offense ; Un mouvement secret prend toujours sa défense : L'amant souffre tout d'elle; et, dans son changement, Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant.
Il réserve donc toute sa fureur pour son heureux rival.
Hippolyte entre, et dit à Lysandre qu'il doit lui avouer franchement s'il l'aime : il garde le silence; elle insiste, il se retire.
Blessée de sa froideur, elle cherche les moyens de donner plus de force à la division.
Célidée vient demander à Hippolyte le sujet de l'entretien qu'elle vient d'avoir avec Lysandre : sur sa réponse qu'il ne faisait que lui parler de son amour, mais qu'elle l'a renvoyé à sa première maîtresse, Célidée la remercie de tant de générosité, et, si Lysandre ne revient à ses pieds, la prie de lui abandonner du moins Dorimant. La perfide réplique qu'elle les lui livre tous les deux on ne peut plus volontiers.
Philante survient ; il propose à Hippolyte d'épouser Dorimant. Dissimulant mal son dépit, elle sort en disant qu'elle va consulter sa mère.
Célidée s'informe du motif de cette démarche : son père lui répond que Lysandre l'a chargé de la
ALYTIQUE.
faire pour son ami. Au comble de l'étonnement, elle affirme que Lysandre courtise Hippolyte; mais Pleirante soutient le contraire, et dit à sa fille de se tenir prête à épouser Lysandre.
Livrée a une cruelle incertitude, Célidée se retire sans avoir pu s'expliquer la conduite de son amant.
LE MERCIER, à la lingère.
Là, là, criez bien haut, failes bien l'étourdie, El puis on vous jouera dedans la comédie.
LA LINGÈRE
Je voudrais l'avoir vu que quelqu'un s'y fût mis! Pour en avoir raison nous manquerions d'amis? On joue ainsi le monde ?
LE MERCIER
Après tout ce langage, Ne me repoussez pas mes boîtes davantage. Votre caquet m'enlève à tous coups mes chalands ; Vous vendez dix rabats contre moi deux galants. Four conserver la paix, depuis six mois j'endure, Sans vous en dire mot, sans le moindre murmure, Et vous me harcelez et sans cause et sans fin.
Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin !
Nous n'apaiserons point celte humeur qui vous pique, Que par un entre-deux mis à votre boutique.
Florice promet à un marchand d'amener le lendemain sa maîtresse pour faire des emplettes, et en reçoit un cadeau.
Aronte lui vient dire que leur intrigue paraît prendre un mauvais tour ; elle ne désespère de rien et relève le courage de son acolyte , qui, de joie, lui veut faire don d'un ruban ; mais il n'en trouve point d'assez joli chez le mercier.
LA LINGÈRE
Ainsi, faute d'avoir de belle marchandise,
Des hommes comme vous perdent leur chalandise.
LE MERCIER
Vous ne la perdez pas, vous ; mais Dieu sait comment :
Du moins, si je vends peu, je vends loyalement,
Et je n'atlire point, avec une promesse,
De suivante qui m'aide à tromper sa maîtresse.
LA LINGÈRE
Quand il faut dire tout, on s'enlreconnaît bien : Chacun sait son métier ; et... mais je ne dis rien.
LE MERCIER
Vous ferez un grand coup si vous pouvez vous taire.
LA LINGÈRE
Je ne réplique point à des gens en colère.