‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 580 sur 766 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Théodore, que l'on a amenée dans le palais de Valens, s'entretient avec Cléobule des dangers que court sa vie; il lui répond que le seul moyen de se faire de Placide un appui solide, c'est de répondre à son amour; mais elle proteste que, si jamais son cœur devait appartenir à quelqu'un , il ne serait qu'à Didyme et non à Placide, en quelque sorte l'auteur de la mort qu'on lui prépare peut-être en secret.

Marcelle entre; courroucée de voir Cléobule ne pas quitter ou Placide ou Théodore , elle le congédie en lui faisant des menaces détournées.

S'a dressant ensuite à la jeune chrétienne pour qui elle proteste de son amitié, Marcelle lui fait entendre que la puissance de Placide n'a d'autres fondements que sa propre volonté, et la conjure tout en la menaçant, de renoncer au fils de Valens.

THÉODORE

Je n'ai point vu, madame, encor jusqu'à ce jour Avec tant do menace expliquer tant d'amour; Et peu faite à l'honneur de pareilles visites, J'aurais lieu de douter de ce que vous me dites; Mais soit que ce puisse être ou ft inte ou vérité, Je veux bien vous répondre avec sincérité.

Quoique vous méjugiez l'âme, basse et timide, Je croirais sans faillir pouvoir aimer Placide, Et si sa passion avait pu me toucher, J'aurais assez de cœur pour ne le point cacher. Cette haute puissance à ses vertus rendue L'égale presque aux rois dont je suis descendue, El si Rome et le temps m'en ont ôté le rang, 11 m'en demeure encor le courage et le sang. Dans mon sort ravalé je sais vivre en princesse ; Je fuis l'ambition, mais je hais la faiblesse; Et comme ses grandeurs ne peuvent m'ébranler, L'épouvante jamais ne me fera parler.

J e l'estime beaucoup ; mais en viin il soupire : Qiicnd même sur ma tète il ferait choir l'empire, Vous me verriez répondre à cette illustre ardeur Avec la même estime et la même froideur. Sortez d'inquiétude et m'obligez de croire Que la gloire où j'aspire e.-t tout une autre gloire, Et que sans m'éblouir de cet éclat nouveau, Plutôt que dans son lit j'entrerais au tombeau.

Non contente de cette déclaration positive , la marâtre exige que Théodore s'engage solennellement à n'épouser jamais Placide.

THÉODORE

J'atteste ici le Dieu qui lance le tonnerre, Ce monarque absolu du ciel et de la terre, Et dont tout l'univers doit craindre le courroux, Que Placide jamais ne sera mon époux.

Marcelle voudrait que ce serment fût fait dans le temple :

THÉODORE

Le Dieu que j'ai juré connaît lout, entend tout ; Il remplit l'univers de l'un à l'autre bout ; Sa grandeur est sans borne ainsi que sans exemple; 11 n'est pas moins ici qu'au milieu de son temple.

A cette réponse, la mère de Flavie s'écrie :

Il Taut de deux raisons que l'une vous retienne ; Ou vous aimez Placide, ou vous êtes chrétienne.

THEODORE

Oui, je la suis, madame, et le liens à plus d'heur Qu'un autre ns tiendrait toute votre grandeur.

Jugeant que Théodore ambitionne la palme du martyre, Marcelle lui répond qu'elle verra combler ses vœux.

Valens survient ; Marcelle lui annonce avec un joyeux empressement le crime de Théodore, et celui-ci ordonne de conduire la chrétienne en prison.

Je fais gloire du crime, et j'aspire au supplice,

s'écrie en sortant la jeune vierge.

Après avoir demandé la prompte exécution de la coupable, l'épouse de Valens s'en repose sur lui. Il est, dit-il, pour avilir Théodore aux yeux de Placide un moyen souvent pratiqué à Rome, et qui engagera son fils à renoncer à Théodore sans que l'on coure le danger de l'exaspérer. Marcelle sort en faisant craindre à son mari de se venger sur lui s'il n'assouvit la soif de vengeance qui la brûle.

Valens, se voyant seul, méprise les menaces de sa femme. Il dit à Paulin, son confident, qu'il n'a d'autre dessein que d'effrayer Théodore et de l'amener à se rendre aux vœux de Placide, puis le charge d'annoncer à la captive qu'elle va être abandonnée à la brutalité du peuple si elle ne renonce à son Dieu.

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