ACTE QUATRIÈME
Garibalde fait croire à Grimoald qu'Eduige n'a pu lui dissimuler qu'à elle était due l'imposture , ajoutant qu'il ne faut point s'étonner que , trop heureuse de causer des tourments à Grimoald, Rodelinde ait feint de reconnaître son mari. L'une sert son amant, el l'autre sert sa haine.
Cette invention d'Eduige attendrit Grimoald ; il relève Garibalde de l'obligation de lui faire la cour, mais celui-ci se hâte de remarquer que la conduite d'Eduige est moins une preuve d'amour qu'une preuve certaine du désir de faire revenir à elle son amant afin de le couvrir de ses dédains;
Et, pour vous punir mieux,
Elle me veut aimer et m'aimer à vos yeux ; Elle me l'a promis.
Eduige entre à ces dernières paroles, et accuse Garibalde de trahison; celui ci l'assure de son amour, ajoutant que si- dans ses ruses il ne fait qu'imiter la princesse, son art à lui n'est point encore parvenu à faire sortir les morts des tombeaux. — Grimoald pense que Garibalde ne fait que continuer le rôle dont il l'a chargé : il prie Eduige d'éloigner l'imposteur, et lui promet de l'épouser. Elle déclare que cet homme est bien réellement
EXAMEN ANALYTIQUE
Pertharite, et qu'elle agira suivant que Grimoald se conduira envers son frère.
Unulphe annonce que le peuple commence à s'émouvoir pour Pertharite, et Garibalde force son maître à donner l'ordre de faire mourir le prisonnier dès le lendemain.
Un roi doit pouvoir tout, et ne sait pas bien l'être Quand au fond de son cœur il souffre un autre maître.
On amène Pertharite etRodelinde devant Grimoald : après les avoir menacés de sa colère, il les laisse seuls.
RODELINDE, à Pei tliarite.
N'attendez point de moi de soupirs ni de pleurs,
Ce sont amusements de légères douleurs:
L'amour que j'ai pour vous hait ces molles bassesses
Où d'un sexe craintif descendent les faib'esses;
El contre vos malheurs j'ai trop su m'affermir
Pour ne dédaigner pas l'usage de gémir.
D'un déplaisir si grand la noble violence
Se résout tout entière en ardeur de vengeance,
Et, méprisant l'éclaf, porte tout son effort
A sauver votre vie ou venger votre mort.
Pertharite presse Rodelinde d'accepter la main de leur tyran.
RODELINDE.
Moi qui l'ai dédaigné dans son char de victoire,
Couronné de vertus encor plus que de gloire,
Magnanime, vaillant, juste, bon, généreux,
Pour m'altacher à l'ombre, au nom d'un malheureux,
Je pourrais à ta vue, aux dépens de la vie,
Epouser d'un tyran l'h. rreur et l'infamie,
Et irabir mon honneur, ma naissance, mon rang,
Pour baiser une main fumante de ton sang!
Ah! tu me connais mieux, cher époux
Envoyé par Grimoald , qui veut interroger Pertharite, Unulphe sépare les deux époux.