‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 600 sur 766 · LA TOISON D'OR · texte numérisé non relu

LA TOISON D'OR

Cette pièce fut composée à l'occasion du mariage de Louis XIV et de la paix d'Espagne. — Dans le prologue , excellent modèle en ce genre , la France dit à la Victoire :

Doux charme des héros, immortelle Victoire,

Ame de leur vaillance et source de leur gloire.

Vous qu'on fait si volage, et qu'on voit toutefois

Si constante à me suivre et si ferme en ce choix,

Ne vous offensez pas si j'arrose de larmes

Cette illustre union qu'ont avec vous mes armes,

Et si vos faveurs même obstinent mes soupirs

A pousser vers la Paix n es plus ardents désirs.

Vous faites qu'on m'estime aux deux bouts de la terre,

Vous faites qu'on m'y craint ; mais il vous faut la guerre,

Et quand je vois quel prix me coûtent vos lauriers,

J'en vois avec chagrin couronner mes guerriers.

La Victoire s'étonne de ces reproches , elle qui fait marcher l'effroi devant les fils de la France ! Celle-ci répond :

Ah ! Victo re, pour fils n'ai-je que des soldats?

La gloire qui les couvre, à moi-même funeste.

Sous mes plus beaux succès fait trembler tout le reste ;

Ils ne vont aux combats que pour me protéger,

Et n'en sortent vainqueurs que pour me ravag' r.

S'ils renversent des murs, s'ils gagnent des batailles,

Ils prennent droit par là de ronger mes entrailles;

Leur retour me punit de mon trop de bonheur,

El mes bras triomphants me déchirent le cœur.

A vaincre tant rie fois mes forces s'affaiblissent;

L'état est florissant, mais les peuples gémissent :

Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits,

Et la gloire du trône accable les sujets.

La Paix , accompagnée de l'Hyménée, s'adresse

à la France :

Fais éclater ta joie en de pompeux spectacles ; Ton théâtre a souvent d'assez riches couleurs Pour n'avoir pas besoin d'emprunter rien ailleurs: Ose donc, et fais voir que ta reconnaissance...

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