L-ELItTS
Ne l'esl-il plus, madame ? Et si la Gélulie Par votre illustre hymen à son trône s'allie, Si celui de Syphax s'y joint dés aujourd'hui, En est-il sur la terre un plus puissant que lui?
ÉRTXE.
Et de quel front, seigneur, prend-il une couronne,
S'il ne peut disposer de sa propre personne,
S'il lui faut pour aimer attendre votre choix,
Et que jusqu'en son lit vous lui fassiez des lois?
Un sceptre compatible avec un joug si rude
N'a rien à me donner que de la servitude ;
El si votre prudence ose en faire un vrai roi,
Jl est à Sophonisbe, et ne peut être à moi.
Jalouse seulement de la grandeur royale,
Je la regarde en reine, et non pas en rivale ;
Je \ois dans son destin le mien enveloppé,
El du coup qui la perd tout mon cœur est frappé.
Par votre ordre on la quille, et cet ami fidèle
Me pourrait, au même ordre, abandonner comme elle.
Disposez de mon sceptre, il est entre vos mains : Je veux bien le porter au gré île vos Romains. Je suis femme, et mon sexe, accablé d'impuissance, Ne reçoit point d'affront par cet:e dépendance; Mais je n'aurai jamais à rougir d'un époux Qu'on voie ainsi que moi ne régner que sous vous.
Lépide revient : il annonce que Sophonisbe s'est punie elle-même de sa haine pour Rome.
A peine elle m'a vu, que d'un regard farouche, Portant je ne sais quoi de .'a main à sa bouche, « Parlez, m'a-t-elle dit, je suis en sûreté, « Et recevrai votre ordre avec tranquillité. » Surpris d"un tel discours, je l'ai pourtant flattée :
J'ai dit qu'en grande reine elle serait traitée,
Que Scipion et vous en prendriez souci ;
Et j'en voyais déjà son regard adouci,
Quand, d'un souris amer me coupant la parole:
« Qu'aisément, reprend-elle, une âme se console!
« Je sens vers cet espoir tout mon cœur s'échapper ;
« Mais il est hors d'état de se laisser tromper;
« Et d'un poison ami le secourable office
« Vient de fermer la porte à tout votre artifice. »
ÉRYXE.
Le dirai-je, seigneur? je la plains et l'admire.
Une telle fierté méritait un empire;
Et j'aurais en sa place eu même aversion
De me voir attachée au char de Scipion.
La fortune jalouse et l'amour infidèle
Ne lui laissaient ici que son grand cœur pour elle ;
Il a pris le dessus de toutes leurs rigueurs,
Et son dernier soupir fait honte à ses vainqueurs.
L£XIUS.
Je dirai plus, madame, en dépit de sa haine, Une telle fierté devait naître romaine.
Mais allons consoler un prince généreux, Que sa seule imprudence a rendu malheureux: Allons voir Scipion, allons voir Massinisse; Souffrez qu'en sa faveur le temps vous adoucisse ; Et préparez voire âme à le moins dédaigner Lorsque vous aurez vu comme il saura régner.
AGÉSILAS
« Agésilas n'est guère connu dans le monde que « par le mot de Despréaux :
J'ai vu VAgësilas, Hélas!
a La tragédie iï Agésilas est un des plus faibles « ouvrages de Corneille... elle est très-froide, et « aussi mal écrite que mal conduite.. Il y a pour- « tant quelques endroits où on retrouve encore un « reste de Corneille. » {Préface de Voltaire.)