‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 613 sur 766 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Lysander a promis sa fille Elpinice à Cotys, roi de Paphlagonie, et Aglatide à Spitridate , grand seigneur persan. Les deux sœurs s'avouent mutuellement que leur cœur n'approuve pas cet arrangement : Elpinice préférerait Spitridate; Aglatide aimerait mieux Cotys, mais uniquement à cause de sa couronne. Ce n'est pas qu'elle ne pût avoir quelques prétentions sur Agésilas, qui autrefois l'a aimée et l'aime peut-être encore; mais, reprendelle :

Qu'en pouvons-nous ici résoudre vous et moi?

En l'étal où le ciel nous range, Il faut l'ordre d'un père, il faut l'aveu d'un roi.

Elles voient venir Spitridate, et Aglatide reste pour engager l'entretien; Elpinice reviendra ensuite.

Spitridate se plaint à Aglatide de sa froideur, et en vient à lui déclarer que son cœur est à Elpinice. L'enjouée Aglatide ne parait point courroucée ; seulement elle fait observer que le consente-

EXAMEN ANALYTIQUE

ment de Lysander, du roi de Sparte et de Cotys, est nécessaire.

Le voilà qui paraîi. Quelque ardeur qui vous brûle, Mettez d'accord mon père, Agésilas et lui.

(Elle sort.) COTYS à Spitridate.

Vous me pouvez donner l'objet qui me possède.

SPITRIDATE.

Vous me pouvez donner celui de tous mes vœux : Elpinice me charme.

COTYS.

Et si je vous la cède?

SPITRIDATE.

Je céderai de même Agblide à vos feux.

COTYS.

Aglatide, seigneur ! Ce n'est pas là m'entendre, Et vous ne feriez rien pour moi.

Cette réponse demande explication ; la voici : Spitridate a une sœur nommée Mandane, qu'aiment Agésilas et Cotys; le roi de Paphlagonie ne cède Elpinice au seigneur persan que s'il lui accorde la main de Mandane. Spitridate se refuse à cette transaction , car Aglatide ne lui rend sa foi que dans le cas où Cotys partagerait son trône avec elle.

COTYS.

Je ne le puis celer, qui que l'on me propose,

Toute autre que Mandane est pour moi même chose.

SPITRIDATE.

Il vous est donc facile, et doit même être doux, Puisque enfin Elpinice aime un autre que vous,

De lui préférer qui vous aime;

Et du moins vous auriez l'honneur,

Par un peu d'effort sur vous-même,

De faire le commun bonheur.

COTYS.

Je ferais trois heureux qui m'empêchent de l'être! J'ose, j'ose vous faire une plus juste loi : Ou faites mon bonheur dont vous êtes le maître, Ou demeurez tous trois malheureux comme moi.

SPITRIDATE.

Eh bien ! épousez Elpinice ; Je renonce à tout mon bonheur, Plutôt que de me voir complice D'un manquement de foi qui vous perdrait d'honneur.

COTYS.

Rendez-vous à voire Aglatide,

Puisque votre cœur endurci Veut suivre obstinément un faux devoir pour guide : Je serai malheureux, vous le serez aussi.

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