ACTE TROISIÈME
Soupçonnant qu'il a des rivaux, Attila a fait doubler sa garde et celle des rois et des princesses. Il apprend à Octar que Valentinian a fait périr /Etius , le seul général romain qui pût encore défendre l'empire, circonstance qui l'a décidé à épouser Honorie. Il voudrait qu'Ildione pût le haïr ; mais, il la voit paraître, et s'écrie :
Ah ! vous me charmez trop, moi de qui l'âme altière Cherche à voir sur mes pas trembler la lerre entière; Moi qui veux pouvoir tout, silôt que je vous voi, Maigre tout cet orgueil, je ne puis rien sur moi. Je veux, je lâche en vain d'éviter par la fuite Ce charme dominant qui marche à votre suite : Mes plus heureux succès ne font qu'enfoncer mieux L'inéviiable trait dont me percent vos yeux. Un regard imprévu leur fail une victoire; Leur moindre souvenir l'emporie sur ma gloire ; 11 sVmpare, et du cœur, et des soins les plus doux ; El j'oublie Altila dès que je pense à vous.
Pour l'enflammer davantage, Ildione lui laisse entrevoir qu'elle l'aime.
ATTILA
Quoi ! vou< pourriez m'aimer, madame, à voire tour? Qui sème tant d'horreurs, l'ait naître peu d'amour. Qu'aimeriez-vous en moi ? Je suis cruel, barbare ; Je n'ai que ma fierié, que ma fureur de rare; On nie craint, on me hait, on me nomme en tout lieu La terreur des mortels, et le fléau de Dieu.
Enfin il se reconnaît peu digne d'être aimé; et, comme il craint l'empire qu'Ildione pourrait prendre sur lui , il se résout à épouser Honorie.
Cette princesse arrive ; elle apprend de la Louche d'ildione l'injure que lui fait Attila en ne la choi-
sissant que comme moins dangereuse qu'ellemême, et sort.
La fière Honorie déclare au roi qu'elle ne veut point de ce que refuse la sœur de Mérovée; il lui répond que, s'il ne se tçompe, ce noble orgueil s'abaisse jusqu'à Valamir.
HONORIE.
Et j'ai de quoi le mettre au-dessus de ta tête, Sitôt que de ma main j'aurai fait sa conquête. Tu n'as, pour tout pouvoir, que des droi:s usurpés Sur des peuples surpris et des princes trompés; Tu n'as d'autorité que ce qu'en font les crimes : Mais il n'aura de moi que des droits légitimes; Et, fùl-il sous ta rage à tes pieds abattu, Il esi plus grand que toi, s'il a plus de vertu.
ATTILA
Imitez mes vertus ainsi que mes défauts....
HONORIE.
La vertu des tyrans est même à délester. Ils se font réciproquement des menaces.
ATTILA
Si nous nous emportons, j'irai plus loin que vous.