‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 624 sur 766 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

Ardaric et Valamir se lamentent sur leur sort mais Honorie vient leur dévoiler l'affreuse politique d'Attila.

II veul, sous cet espoir qu'il donne à l'un el l'autre,

Votre s;ing de sa main, ou le sien de la vôtre ;

Mais qui le servirait serait bientôt livré

Aux troupes de celui qu'il aurait massacré ;

Et, par le désaveu de cette obéissance,

Ce tigre assouvirait sa rage et leur vengeance.

Oclar aime Flavie, et l'en vient d'avertir.

Bientôt Attila entre ; un affreux sourire règne sur son visage :

Eh bien ! mes illustres amis,

Contre mes grands rivaux quel espoir m'est permis? Pas un n'a-t-il pour soi la digne complaisance D'acquérir sa princesse en perdant qui m'offense? Quoi! l'amour, l'amitié, tout va d'un froid égal ! Pas un ne m'aime assez pour haïr mon rival ? Pas un de son objei n'a l'âme ass; z ravie Pour vouloir être heureux aux dépens d'une vie? Quels amis ! quels amants! el quelle dureté ! Daignez, daignez du nions la mettre en sûreté : Si ces deux intérêts n'ont rien qui la fléchisse, Que l'horreur de mourir à leur défaut agisse ; Et, si vous n'écoutez l'amitié ni l'amour, Faites un noble effort pour conserver le jour.

L'indignation des deux rois et de la princesse se fait jour. Attila brave leur vaine fureur ; la vengeance céleste, dit il,

Ce n'est rien ; et, pour moi s'il n'est point d'autre foudre, J'aurai pour ce départ du temps à m'y résoudre. D'autres vous enverraient leur frayer le chemin ; Mais j'en laisserai faire à votre grand destin.

Ildione survient ; elle emploie tous ses artifices pour rallumer l'amour d'Attila , qui se laisse circonvenir.

Vous, qui me commandez de vous donner ma foi, Madame, allons au temple; et vous, rois, suivez-moi.

Honorie reste seule avecOctar; bientôt Valamir leur vient apprendre la mort du tyran.

Écoutez

Comme enfin Tont puni ses propres cruautés,

Et comme heureusement le ciel vient de souscrire

A ce que nos malheurs vous ont fait lui prédire.

A peine sortions-nous, pleins de trouble el d'horreur,

Qu'Attila recommence à saigner de fureur,

Mais avec abondance; et le sang qui bouillonne

Forme un si grand torrent, que lui-même il s'étonne.

Tout surpris qu'il en est : « S'il ne veut s'arrêter,

« Dit-il, on me paiera ce qu'il m'en va eoûter. »

Il demeure à ces mots sans parole, sans force ;

Tous ses sens d'avec lui font un soudain divorce :

Sa gorge enfle ; et, du sang dont le cours s'épaissit,

Le passage si' ferme, ou du moins s'étrécit.

De ce sang renfermé la vapeur en furie

Semble avoir étouffé sa colère et sa vie ;

Et déjà de son front la funeste pâleur

N'opposait à la mort qu'un reste de chaleur,

Lorsqu'une illusion lui présente son frère,

Et lui rend toul d'un coup la vie et la colère :

Il croit le voir suivi des ombres de six rois,

Qu'il se veut immoler une seconde fois ;

Mais ce retour si prompt de la plus noire audace

N'est qu'un dernier effort de la nature lasse,

Qui, prête à succomber sous la mort qui l'atteint, Jette un plus vif éclat, et tout d'un coup s'éteint. C'est en vain qu'il fulmine à celte affreuse vue ; Sa rage, qui renaît en même temps, le lue.

Ardaric suit de près Valamir; il raco te les suites de l'heureux événement : Le soldat, dit-il, laisse éclater sa joie, en même temps que sa haine pour le monstre abattu; dans leur commune ivresse, les peuples ont salué comme successeurs d'Attila les deux rois des Gépides et des Ostrogoths.

La fin de nos périls en remplit tous les vœux; Et, pour être tous quatre au dernier point heureux, Nous n'avons plus qu'à voir notre flamme avouée Du souverain de Rome et du grand Mérouée.

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