‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 627 sur 766 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

L'empereur apprend de Flavian, son confident, que Bérénice lui envoie une ambassade pour le féliciter de son avènement à l'empire ; il croit y voir une preuve d'indifférence , et remercie les dieux de ce que l'amour qu'elle lui portait est éteint chez la reine; bien plus, il voudrait qu'elle lui fût infidèle, car alors de douloureux souvenirs ne viendraient plus troubler sa pensée.

Si de tels souvenirs ne me faisaient la guerre, Serait-il potentat plus heureux sur la terre? Mon nom par la victoire est si bien affermi, Qu'on me croit dans la paix un lion endormi. Mon réveil incertain du monde fait l'élude; Mon repos en tous lieux jette l'inquiétude ; E", tandis qu'en ma cour les aimables loisirs Ménagent l'heureux choix des jeux el des plaisirs, Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle, Je n'ai qu'à faire un pas, et hausser la parole. Que de félicité, si mes vœux imprudents N'étaient de mon pouvoir les seuls indépendants ! Maître de l'univers sans l'être de moi-même, Je suis le seul rebelle à ce pouvoir suprême ; D'un feu que je combats je me laisse charmer, El n'aime qu'à regret ce que je veux aimer. En vain de mon hymen Rome presse la pompe; Je veux de la lenteur, j'aime qu'on l'interrompe, Et n'ose résister aux dangereux souhaits De préparer toujours, et n'achever jamais.

Domitian arrive. -Congédié par Tite, Flavian reçoit l'ordre de faire assembler le sénat, qui doit s'occuper des désastres qu'a causés une éruption du Vésuve. — Le frère de l'empereur lui demande ensuite ce qu'il doit faire, lui Domitian , si Tite persiste à devenir l'époux de Domitie.

Ce que je fais, mon frère, aimez ailleurs.

— Si vous renoncez avec tant de facilité à votre |

ALYTIQUE.

Bérénice, réplique Domitian, c'est qu'elle est loin de vos yeux ; mais est-il possible que moi , si près de Domitie , je consente à la voir passer entre les bras d'un autre?

TITE

Rome entière et ma foi l'appellent à l'empire : Voyez mieux de quel œil on m'en verrait dédire ; Ce qu'ose se permettre une femme en fureur, El combien Rome entière aurait pour moi d'horreur.

DOMITIAN

Elle n'en aurait point de vous voir, pour un frère, Faire autant que pour elle il vous a plu de faire. Seigneur,, à vos bontés laissez un libre cours : Qui se vainc une fois peut se vaincre toujours; Ce n'est pas un effort que votre âme redoute.

Tite reste inébranlable ; cependant il veut bien laisser le choix à Domitie, qui arrive. L'ambitieuse s'étoDne que Tite ait pu douter qu'il aurait la préférence, et que Domitian ait eu la présomption de croire qu'il l'emporterait sur l'empereur.

Flavian vient annoncer à Tite que Bérénice s'avance

La reine s'excuse de se présenter sans en avoir obtenu la permission ; mais , au fond de son exil , elle était poursuivie du désir d'être la première à mettre aux pieds de l'empereur le sceptre que dorénavant elle ne tient que de lui.

Pour sortir du trouble et de l'embarras où Ta jeté l'arrivée soudaine de Bérénice, Tite se hâte de la faire conduire dans l'appartement naguère habité par elle :

Il est demeuré vide, et semble encor l'attendre.

Domitie propose à Tite de lui rendre sa parole ; il lui répond :

Adieu, madame, adieu ; dans le trouble où je suis, Me taire el vous quitter, c'e>t lout ce que je puis.

Restée seule avec sa confidente, Domitie forme de noirs projets de vengeance.

Faisons voir ce qu'en moi peut le sang de Néron,

El que je suis de plus fille de Corbulon

S'il épouse sa reine, il est l'horreur de Rome. Trouvons alors, trouvons un grand cœur, un grand hom- Un Romain qui réponde au sang de mes aïeux; [me,

El, pour le révolter, laisse faire à mes yeux.

Page 1