‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 642 sur 766 · EURYDICE · texte numérisé non relu

EURYDICE

On n'oserait, Ormène, on n'oserait.

Et d'ailleurs, continue t-elle, qui aurait pu faire connaître notre amour ? — Le refus de Suréna d'épouser la princesse , répond Ormène , et le Nôtre de dire le nom du rival de Pacorus.

EXAMEN ANALYTIQUE

Palmis arrive : elle annonce qu'à chaque porte on a placé des gardes, mesure qui semble annoncer un orage prêt à éclater. Eurydice n'y voit rien qui l'étonné, et Palmis, qui tremble pour son frère, reproche à la princesse cette fermeté trop voisine de l'indifférence. Eurydice blâme la sœur de Suréna d'avoir si peu de courage ; celle-ci la supplie d'obéir aux deux rois. Mais Eurydice ne saurait ni épouser Pacorus ni voir Suréna uni à Mandane: d'ailleurs, elle repousse l'idée que l'on veuille attenter aux jours de son amant.

Pacorus entre; Palmis se retire à la vue du parjure. — Eurydice demande au prince d'où vient que le roi la fait surveiller par ses gardes.

Madame, ainsi que vous, chacun a ses secrets,

répond-il Enfin nous savons quel est ce rival

dont vous nous taisiez le nom; et comment s'y méprendre lorsque le moindre péril qui semblait le menacer vous rendait toute tremblante? —Eh bien ! quand vous l'aurez perdu ,

Pourrais-je après cela vous conserver ma foi,

Comme si vous étiez encor digne de moi ;

Recevoir sans horreur l'offre d'une couronne

Toute fumante encor du sang qui vous la donne;

Et m'exposer en proie aux fureurs des Romains,

Quand pour les repousser vous n'auriez point de mains?

Si Crassus est défait, Rome n'est pas détruite ;

D'autres ont ramassé les débris de sa fuite ;

De nouveaux escadrons leur vont enfler le cœur ;

El vous avez besoin encor de son vainqueur.

Elle se retire. — Suréna entre aussitôt , et Pacorus lui reproche d'avoir par son silence abusé de la confiance qu'il lui témoignait, enfin de ne point accepter la main de Mandane.

SURÉNA

Je levois bien, seigneur, qu'on m'aime, qu'on vousairne, Qu'on ne vous aime pas, que je n'aime pas même, Tout m'est compte pour crime ; et je dois seul au roi Répondre de Palmis, d'Eurydice, et de moi.

Après quelques paroles conciliantes, Pacorus se laisse aller à la menace.

SURÉNA

Tout à l'heure, seigneur, vous me parliez de grâce, Et déjà vous passez jusques à la menace ! La grâce est aux grands cœurs honteuse à recevoir; La menace n'a rien qu les puisse émouvoir. Tandis que hors des murs ma suite esl dispersée, Que la garde au dedans par Sillace est placée, Que le peuple s'attend à me voir arrèler, Si quelqu'un en a l'ordre, il peut l'exécuter. Qu'on veuille mon épée, ou qu'on veuille ma tête, Dites un mol, seigneur, et l'une et l'aulre est prête : Je n'ai goutte de sang qui ne soit à mon roi ; Et, si l'on m'ose perdre, il perdra plus que moi.

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