‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 643 sur 766 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

* Eurydice vient d'apprendre de la bouche même d'Orode, qu'à moins de la double union projetée, Suréna serait banni de la cour jusqu'à ce qu'ellemême se.soit soumise. Elle instruit son amant de cette décision suprême ; il répond :

Plus on sert des ingrats, plus on s'en fait haïr ;

Toui ce qu'on fait pour eux ne sert qu'à nous trahir :

Mon visage l'orrense, et ma gloire le bl sse ;

Ju qu'au fond d ■ mon âme il cherche une bassesse,

Et tâche à s'ériger, par l'offre ou par la peur,

De roi que je l'ai fait, en tyran de mou cœur.

Instruite de l'ordre cruel qui atteint son frère , Palmis accourt, et lui fait le tableau des funestes projets que la jalousie des envieux peut inspirer aux rois.

SURÉNA

Si ma mort plaît au roi, s'il la veut tôt ou tard, J'aime mieux qu'elle soit un crime qu'un hasard ; Qu'aucun ne l'atiribue à celte loi commune Qu'impose la nature, et régie la fortune.

Palmis le conjure d'accepter la main de Mandane ; mais il a promis de n'être point à d'autre qu'à Eurydice, et restera fidèle à ses serments.

Quoi ! vous vous figurez que l'heureux nom de gendre, Si ma perle est jurée, a de quoi m'en défendre, Quand, malgré la nature, en dépit de ses lois, Le parricide a fait la moitié de nos rois, Qu'un frère pour régner se baigne au sang d'un frère. Qu'un fils impatient prévient la mort d'un père? Noire Orode lui-même, où serait-il sans moi? Miihridate pour lui montrait-il plus de foi? Croyez-vous Pacorus bien plus sûr de Phradale? J'en connais mal le cœur, si bientôt il n'éclate, El s;, de ce haut rang que j'ai vu l'éblouir, Son père et snn aîné peuvent longtemps jouir. Je n'aurai plus de bras alors pour leur défense.

Il ne peut croire que la mort soit le prix dont Orode paiera ses services, et se soustraitaux prières de sa sœur.

Palmis éplorée reproche à Eurydice de ne l'avoir point secondée , d'être restée muette pendant cet entretien : Eurydice aura peut-être à se reprocher la mort de Suréna, dont la sœur, par ses vives sollicitations, force la jalouse amante à consentir qu'il épouse Mandane. Ormène arrive; Eurydice s'apprête à lui ordonner de porter ce message à Suréna; mais la voyant pâle, tremblante, attérée, que se passe-t-il ? demande- t-elle. — Suréna...

A peine du palais il sortait dans la rue Qu'une flèche a parti d'une main inconnue; Deux autres l'ont suivie ; et j'ai vu ce vainqueur, Comme si touies trois l'avaient atteint au cœur, Dans un ruisseau de sang tomber mort sur la place.

Eurydice reste comme anéantie ; Palmis, toute à son désespoir, appelle le courroux du ciel sur le lâche roi par les ordres duquel le meurtre a été commis ; enfin, apostrophant Eurydice :

Et vous, madame, et vous, dont l'amour inutile,

Dont l'intrépide orgueil paraît encor tranquille.

Vous qui, brûlant pour lui, sans vous déterminer,

Ne 1 avez tant aimé que pour l'assassiner,

Allez d'un tel amour, allez voir tout l'ouvrage,

En recueillir le fruit, en goûter l'avantage.

Quoi ! vous causez sa perle, et n'avez point de pleurs!

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