‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 651 sur 766 · ET DES ANGOISSES DE CETTE VIE · texte numérisé non relu

ET DES ANGOISSES DE CETTE VIE

(Extrait de l'Imitation de Jésus-Christ. )

0 séjour bienheureux de la cité céleste,

Où de l'éternité le jour se manifeste ;

Jour que jamais n'offusque aucune obscurité,

Jour qu'éclaire toujours l'astre de vérité,

Jour où sans cesse brille une joie épurée,

Jour où sans cesse règne une paix assurée.

Jour toujours immuable, et dont le saint éclat

Jamais ne dégénère en un contraire état !

Que déjà ne luit-il ! et pour le laisser luire,

Que ne cessent les temps de perdre et de produire!

Que déjà ne fait place à ce grand avenir

Tout ce qu'ici leur chute avec eux doit finir!

Il luit, il luit déjà ; mais sa vive lumière

Aux seuls hôtes du ciel se fait voir tout entière;

Tant que nous demeurons sur la terre exilés,

Il n'en tombe sur nous que des rayons voilés.

Ces habitants du ciel en savent les délices, [ces, Tandis qu'en ces bas lieux nous traînons nos suppli- Et qu'un accablement d'amertume et d'ennuis

De nos jours les plus beaux fait d'effroyables nuits. Tant que l'homme en jouit, que de péchés le gênent ! Combien de passions l'assiègent ou l'enchaînent ? Que de justes frayeurs, que de soucis cuisants, Lui déchirent le cœur, et brouillent tous ses sens ! La curiosité de tout côté l'engage ; La folle vanité le tient en esclavage; Enveloppé d'erreurs, atterré de travaux, Entre mille ennemis pressé de mille assauts, Le repos l'affaiblit, et le plaisir l'énervé; Tout le cours de sa vie a des maux de réserve : Le riche par ses biens n'en est pas exempté, Et le pauvre a pour comble encor sa pauvreté. Quand verrai-je, Seigneur, finir tant de supplices?

Page 1