‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 696 sur 766 · CHARLOTTE, PIERROT · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, PIERROT

CHARLOTTE

Notre-dinse, Piarrot, pour les tirer de peine Tu t'es là rencontré bian à point.

PIERROT

Oh! marguienne!

Sans nous, c'en était fait.

LE FESTIN DE PIERR

CHARLOTTE

Je le crois bian.

PIERROT

Vois-tu ? Il ne s'en fallait pas l'époisseur d'un fétu, Tou deux de se nayer eussiont fait la sottise.

CHARLOTTE

C'est don F vent d'à matin...

PIERROT

Aga, quien, sans feintise, Je te vas tout fin drait conter par le menu Comme, en n'y pensant pas, le hasard est venu. 11 aviont bian besoin d'un œil comme le nôtre, Qui les vît de tout loin; car c'est moi, com's'ditl'au- Qtii les ai le premier avisés. ïanquia don, [tre, Sur le bord de la mar bian leu prend que j'équion, Où de tarre Gros-Jean me jetait une motte, Tout en batifolant; car, com' tu sais, Charlotte, Pour v'nir batifoler Gros-Jean ne charche qu'où ; Et moi, par fouas aussi, je batifole itou. En batifolant don, j'ai fait l'apercevance D'un grouillement su gliau, sans voir la différence De c' qui pouvait grouiller: ça grouillait à tous coups, Et, grouillant par secousse , allait comme envars

[nous.

J'étas embarrassé ; c' n'était point stratagème, Et tout comm' je te vois, je voyas ça de même, Aussi fixiblement; et pis tout d'un coup, quien, Je voyas qu'après ça je ne voyas plus rien. Hé, Gros-Jean, ç'ai-jefait, stanpendantqueje somme A. niaiser parmi nous, je pens' que v'ià de zomme Qui nagiant tout là-bas. Bon, c' m'a-t-ifait, vrament, T'auras de queuque chat vu le trépassement ; [re, T'as la veu' trouble . Oh bien, ç'ai-je fait, t'as biau di- Je n'ai point la veu' trouble , et c' n'est point jeu

[pour rire.

C'estlà dezomme. Point, c'm'a-t-ifait,c' n'en estpas, Piarrot, t'as la barlue. Oh ! j'ai c1 que tu voudras , Ç'ai-je fait; mais gageons que j' n'ai point la barlue, Et qu' ça qu'on voit là-bas, ç'ai-je fait, qui remue, C'est de zomme, vois-tu , qui nageont vars ici . [si. Gag' que non, c' m'a-t-i fait. Oh ! margué, gag' que Dix sous. Oh ! c' m'a-t-i fait, je le veux bian, mar-

[guienne; Quien, mets argent su jeu, v'iàle mien. Palsanguien- Je n'ai fait Jà-dessus l'étourdi, ni le fou, [ne,

J'ai bravement bouté par tarre mé dix sou, Quatre pièce tapée, et le restant en double : Jarnigué, je varron si j'avon la veu' trouble, Ç'ai-je fait, les boutant... plus hardiment enfin Que si j'eusse avalé queuque varre de vin ; [de, Carj' sis hasardeux, moi : qu'en me mette en bouta- Je vas, sans tant d' raisons, tout à la débandade. Je savas bian pourtant c' que j' faisas d'en par là : Queuque niais ! Enfin don, j' non pas putôt mis, v'ià Que j' voyons tout à plain com' deu zomme à la nage

E, ACTE II, SCENE I. 465

Nous faision signe ; et moi, sans rien dir' davantage, De prendre le zenjeux. Allon, Gros-jean, allon, Ç'ai-je fait, vois-tu pas comme i nou zappelon ? I s' vont nayer. Tant mieux, c' m'a-t-i fait, je m'en

[gausse,

I m'ant fait pardre. Adon, le tirant par lé chausse, J' l'ai si bian sarmoné, qu'à la parfin vars eux J'avon dans une barque avironné tou deux ;

Et pis, cahin caha, j'on tant fait que je somme Venus tout contre ; et pis j' les avons tirés, comme Ils aviont quasi bu déjà pu que de jeu. Et pis j' le zon cheu nous menés auprès du feu, Où je F zon vus tou nus sécher leu zonpelande ; Et pis il en est v'nu deux autres de leu bande, Qui s'équian, vois-tu bian, sauvés tous seuls ; et pis Mathurine est venue à voir leu biau zabits; Et pis i liont conté qu'ai n'était pas tant sotte, Qu'ai avait du malin dans l'œil ; et pis, Charlotte, Vlà tout com' ça s'est fait pour te l' dire en un mot.

CHARLOTTE

Et ne m' disais-tu pas qu' glien avait un, Piarro', Qu'était bian pu mieux fait que tretous ? pierrot.

C'est le maître, Queuque bian gros monsieur, dé pu gros qui puisse Car i n'a que du dor par ilà, par ici ; [être ;

Et ceux qui le sarvont sont dé monsieus aussi. Stanpendant, si je n'eùme été là, palsanguienne,

II en tenait.

CHARLOTTE

Ardé1 un peu.

pierrot.

Jamais, marguienne, Tout gros monsieu qu'il est, il n'en fût revenu.

CHARLOTTE

Et cheu toi, dis, Piarrot, est-il encor tout nu?

PIERROT

Nannain : tou devant nou , qui le regardion faire, I l'avon rhabillé. Monguieu, combian d'affaire ! J' n'avais vu s'habiller jamais de courtisans, Ni leu zangingorniaux : je me pardrais dedans. Pour lé zy faire entré, comme n'en lé balotte ! J'étas tout ébobi de voir ça. Quien, Charlotte, Quand i sont zabillés y vous zau tout à point De grands cheveux touffus, mais qui ne tenont point A leu tête, et pis v'ià tout d'un coup qui l'y passe, I boutont ça tout comme un bonnet de filasse. Leu chemise, qu'à voir j'étas tout étourdi, Ant dé manche, où tou deux j'entrerions tout brandi . En de glieu d'haut de chausse ils ant sartaine histoire Qui ne leu vient que là. .T'auras bian de quoi boire, Si j'avas tout l'argent dé lisets de dessu. Glien a tant, glien a tant, qu'an n'en saurait voir pu,

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