‹ Œuvres de P.L. Courier précédées de sa vieChapitre 20 sur 141 · IS · texte numérisé non relu

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VOUS passé au mépris pour l’auteur? Non , je ne crains pas de le proclamer devant vous-mêmes; non, telle n’est point l'impression que vous avez éprouvée. Je pose en fait qu’il n’est point dans cette enceinte un seul homme , je n’en excepte pas même l’auteur de l’accusation , qui, au sortir de cette audience, refusêt de se trouver dans le même salon avec l’écrivain qu’on accuse ; qui n’y conduisît ses enfants , qui ne s’honorât d’une telle société. Condamnez maintenant l'écrivain immoral et scandaleux!

Non , ce n’est pas contre des écrits tels que celui qui nous occupe qu’est dirigée la sévérité des lois. Les lois ont voulu frapperces auteurs infâmes qui se jouent de ce qu’il y a de plus sacré, et dont les pages révoltantes font fréinirà la fois la pudeur et la nature. C’est contre ces écrits monstrueux que le législateur s’est armé d’une juste rigueur; c’est contre eux qu’il a voulu donaerdes garanties à la société : et qu’il me soit permis de m’étonner que ses intentions aient pu être méconnues au point de traduire un père de famille estimable , un écrivain distingué, un citoyen honorable, sur le banc préparé pour les de Sade et pour les Arétin.

C’est en vain que, dans un discours travaillé avec un art digne d'une meilleure cause, on a cherché à vous faire illusion sur vos propres impressions , à déguiser sous l’édat des ornements oratoires la nullité de l'accusation. Que signiflent dans une accusation d'outrage à la morale publique, ces argumentations, ces insinuations artificieuses, ces inductions subtiles, ces dé<-lamations éloquentes? Quoi 1 la morale publique est outragée, et il faut que le ministère public vous en fasse apercevoir! Quoi ! la morale publique est outragée , et il faut que l’élégante indignation d’un orateur vienne vous avertir de vous indigner! Ah! la di.scussion du ministère public prouve du moins une chose : c’est que, puisqu’il est besoin de discuter pour établir l’outrage à la morale publique, il n’existe point d’outrage à la morale publique.

Toutefois examinons cette discussion elle-même; et puisqu’on vous a parlé du caractère général de l’ouvrage et du caractère particulier des passages attaqués , suivons l’accusation dans la double carrière qu’elle s’est tracée. ^

Considéré dans son caractère général , l’écrit de RI. Courier est, je ne crains pas d’en convenir, une critique de la souscription de Chambord. L’acquisition de ce domaine lui paraît

PBOCES

une mauvaise affaire pour le prince , pour le pays , J^^ur Chambord même.

Four le prince : Ce n’est pas lui qui en profitera, ce seront les courtisans; ce sacrifiée imposé aux communes, en son nom, affaiblira l’affection dont il a besoin pour régner; enfin , le séjour de Chambord , plein de souvenirs funestes [K)ur les mœurs , pourra corrompre sa jeunesse.

• Pour le pays : I.a cour viendra l’habiter; les fortunes des ha» bitants, leur innocence, pourront souffrir de ce dangereux voisinage.

Pour Chambord : Douze mille arpents de terre rendus à la culture vaudraient mieux que douze mille arpents consacrés à un parc de luxe.

Certes, Userait difficile de trouver dans ces idées générales rien de contraire à la morale publique. La dernière est une vue d’économie politique , que je crois très-juste , et qui , dans tous les cas, n’a rien à démêler avec la morale; les deux premières sont au contraire conformes aux principes de la morale la plus pure.

En conséquence de ses réflexions, M. Courier blâme l'opération de Chambord; il la croit inspirée moins par l’amour du prince et de son auguste famille, que par la flatterie et par des vues d’intérêt personnel. A cette occasion il s’élève, au nom de la morale, contre l’espritd’adulatiou et contre la licence des cours.

Et ce qu’il y a de remarquable, c’est que les considérations présentées par M. Courier contre la souscription de Chambord .se retrouvent, en grande partie, dans le rapport soumis à S. M. par le ministre de l’intérieur '.

M. Courier craint que ce présent ne soit plus onéreux que profitable au jeune prince. — Le ministre avait dit « qu’on a « exprimé le désir de la conservation de Chambord , sans songer ^ à ce qu'elle coûtera de réparations foncières et cT entretien , « a toutes les dépenses qu’exigeront son ameublement et son « habitation. »

•M. Courier se demande si ce sont les communes qui ont conçu la pensée d’acheter Chambord pour le prince. « Non pas*, ré-

‘ Voir le Journal de Paris, du 31 décembre tS20.

DE PAUL-LOUIS COUBIEB

« pond-il, les nôtres, que je sache, de ce côté-ci de la Loire;

> mais celles-là peut-être qui ont logé deux fois les Cosaques...

< Là naturellement ou s’occupe d’aclieter des châteaux pour les « princes , et puis on songe à refaire son toit et ses foyers. » Le ninistre avait dit, presque dans les mêmes termes : « Lesconseils

> qui ont voté l’acquisition de Chambord n’ont point été arrêtés

< par ks embarras de finances qu’éprouvent pbesque tou-

< TES les communes, les unes épuisées par la suite des gueb- I BES, P AB l’invasion ET LE LONG SÉJOUB DES ÉTBANGEBS; I les autres appauvries par les fléaux du ciel, la grêle, les gelées, t les inondations, les incendies; obligées la plupart de recourir • à des impositions extraordinaires pour acquitter les chab-

< GES COURANTES DE LEUBS DETTES. Daus d’autres circous- I tances, l’administration devrait examiner, pour chaque com-

< niune , si les moyens répondent a son zèle. »

« Nous allons , dit M. Courier, nous gêner et augmenter nos I dettes, pour lui donner (au prince) une chose dont il n’a

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