‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 104 sur 374 · I. Voyez ci-aprèt, p. cuuxit · texte numérisé non relu

I. Voyez ci-aprèt, p. cuuxit

Là FoiiTAniB. I X

cLXii NOTICE BIOGRAPHIQUE

qu'en échange nous leur donnions denz on trois tles dans Tocéan. S'il ne s'agissait que de ma satisfaction, je leur cederois tout Tocëan même. » Et il loue en vers channants les deux déesses Mancini :

Allez en det climats inconnus aux Zëphjm, Les champs se vêtiront de roses.

Pnis, se jouant dans un aimable badinage, il parie d'aller se montrer chez les Anglais, comment? en compagnie d'Anacrëon, qu'il ressuscitera : a Nous nous rencontrerons en Angleterre, M. WaUer * et M. de Saint-ÉTremond, le vieux Grec et moi....

Il nous feroit beau roir parmi de jeunes gens, Inspirer le plaisir, danser et nous ébattre, Et, de fleurs couronnés ainsi que le printemps, Faire trois cents ans a nous quatre.

Voilà le seul voyage en Angleterre qu'il annonçait alors*, vojage tout imaginaire, comme celui de l'ombre d'Anacréon, et qui ne devait pas donner beaucoup d'embarras à ses hôtes. 11 n'en projetait pas d'autre, quand il se promettait un bon accueil, avec cette confiance :

Anacréon et les gens de sa sorte, Gomme Waller, Saint-ÉTremond et moi,

I. Poète anglais, né en i6o5. La Fontaine parlait déjà de lui dans sa seconde lettre à M. de Bonrepaux, nommant Saint-Érre» moud et lui a deux Anacréons..., en qui l'imagination et l'amour ne finissent point, s Quand fut écrite la lettre à la duchesse de Bouillon, la Fontaine ignorait que Waller renait de mourir, vers la fin d*octobre, à Tâge de qnatre-Tingt-deux ans.

a. Il y a dans la même lettre cette phrase, où Walckenaer (tome II, p. i6i et 162) a TU la preuve d'un projet plus réel : « J^aTois fiiit aussi dessein de convertir Mme d'IIenrart, Mme de Gouremet et Mme d^Helang (ou plutôt d^Ëland). » Le sens serait, pense-t-il, qu*il arait roulu décider ces dames à partir avec lui, et que, ne lei y voyant pas disposées, ce fut une des raisons qui le retinrent en France; mais il s'agit d'une plaisanterie sur le desaein d'arracher à l'hérésie Mme d'Uenrart (la Tenve), sa fille et sa petitefille, alors en Angleterre : voyez oi-après, p. clxx, note a.

SUR LA [FONTAINE. clxii

Ne fe feroDt jamaii fermer la porte.

Qui n'admettroit Anaerëon chez soi ?

Qui banniroit Waller et la Fontaine ?

Tou d«nx K>nt Tieax. S.int-ÉTt«mond .umï.

Mais rerrez-Tous aux bords de THippocrène

Gens moins rid^ dans leurs rers que ceux-ci ?

Il fallait bien reconnattre qu'il n'y avait pas une ride ans nena. Mais on aurait eu autre chose à lui n^pondre, si l'on avait eu alors Vidée de le faire venir, quelques paroles dans ce sens : a Partez sur-le-champ, et sans attendre la résurrection du poète grec. Tos amis impatients vous demandent une visite plus rëelle que celle de votre fiction poétique. » Rien de semblable ne lui fut ëcrit. La réponse à sa jolie lettre fut faite par Saint-Évremondf qui lui dit : « Si vous étiez aussi touche du mérite de fifme de Bouillon que nous en sommes charma, vous l'auriez accompagnée en Angleterre. >» Cest tout : nulle invitation à l'y rejoindre. Le reproche de ne pas l'avoir accompagnée pourrait tout au plus faire conjecturer que la duchesse, en partant, lui avait proposé de l'emmener. Saint-Évremond parle aussi de dames qui le connaissaient par ses ouvrages, mais n'avaient jamais eu le plaisir de le voir, « qu'elles souhaitoient fort. » Ce souhait suppose-t-il une espérance qu'elles auraient eue un moment? L'interprétation est douteuse, et le silence gardé par Saint-Évremond sur toute intention sérieuse de l'appeler reste significative.

La Fontaine répliqua', toujours avec le même agrément. Il donne cette fois rendez-vous k Saint-Évremond, non sur les bords de la Tamise, mais sur ceux de l'Hippocrène, pourvu « qu'il y ait des bouteilles qui rafraîchissent. » Gomme dans sa lettre à Mme de Bouillon, 0 ne se montre prêt à partir que pour le pays des rêves, où il se rendra avec Saint-Évremond, tous deux devenus chevaliers de la table ronde, et arborant au haut de leurs tentes les portraits de leurs dames, Saint-Évremond celui d'Hortense, la Fontaine celui de Marianne. Mais cette campagne chevaleresque, il ne l'entreprendra pas qu'il ne soit guéri de ses rhumatismes, YoiUi une excuse qui eût été excellente pour refuser de se rendre en

!• Liitrt àM.Oê SMt^ÉfnmoRd^ i8 décembre i687«

CLXiT NOTICE BIOGRAPHIQUE

Angleterre. Si la Fontaine ne l'allègue que pour le voyage de l'Hippocrène, qui ne l'exposait pas cependant à des brouillards aussi dangereux, c'est qu'il n'avait pas alors à se défendre contre des instances qui ne vinrent que plus tard.

A l'époque où ces instances furent réellement faites, les amis de France que la Fontaine avait en Angleterre, et parmi lesquels il ne faut plus compter Mme de Bouillon, qui n'y était pas restée beaucoup plus d'un an, ne furent sans doute pas les derniers à lui conseiller de venir y finir ses jours : les paroles que nous avons citées d'une lettre de Ninon* le supposent. Des Maizeaux cependant ne nonune que des Anglais, parmi eux Ralph Montagu, qui fut longtemps ambassadeur en France, et sa sœur Elisabeth Harvey, veuve de sir Daniel Harvey, ambassadeur d'Angleterre en Turquie. C'est à Mme Harvey que la Fontaine à. dédié sa fable du Renard anglois*. Si elle ne prit pas pour une simple politesse l'éloge qu'il y fait des Anglais, penseurs profonds, de leur pénétration supérieure à celle de tous les autres peuples, de leurs chiens même qui ont meilleur nez que les nôtres, et de leurs renards, les plus fins qu'il y ait au monde, il n'est pas étonnant qu'elle ait cru facile de l'engager à devenir l'hôte d'un pays où il semblait croire tout parfait. Mais il n'entendait pas que, dans les louanges tirées de son magasin, on le prtt toujours au mot, et ce poète si français, nous ne nous le figurons pas heureux de mourir dans l'exU de Londres, où il se fût bientôt senti aussi dépaysé qu'Ovide chez les Sarmates.

Dans ses lettres de 1687, particulièrement dans celle du 3i août à M. de Bonrepaux, il nous apprend quelle était sa vie en ce temps-là. Il continuait de demeurer dans la maison de Mme de la Sablière, et se plaignait d'y être un peu négligé « par les grâces de la rue Saint-Honoré, » c'est-à-dire, si nous ne nous trompons, par les filles de sa protectrice, dont l'une fut Mme Misson, l'autre Mme de la Mésangère'. Cest à celle-ci qu'il a dédié sa fable de Daphnis et AUimadure^

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