I. Mêtcw galant de juin 1693* p. a
a. Œuvres de la Brujrère^ tome U, p. 46t.
SUR LA FONTAINE. cxqtii
tout à l'heure, il n'y a rien qui ne soit d'une raison trèssaine ; elle ne manque même pas d'une touchante éloquence. Lorsque la Fontaine eut repris quelques forces, il put s'oo» cuper de la publication d'un dernier recueil de ses fables, qu fut achève d'imprimer le i*' septembre iGgS. II porte la date de 1694. Il y en eut, la même année, une seconde édition, arec la mention : Cinquième partie. Cest aujourd'hui le livre XII. L'épttre qui le dédie au duc de Bourgogne, et qui est d'une plume très-bonne encore, a été probablement écrite au moment de rimpressîon du recueil. L'indication que donne sur la date cette phrase : « la paix qui semble se rapprocher, » n'est pas, il est vrai, tout à fait précise, la paix, longtemps attendue, ayant pu, à différents moments, paraître prochaine» Cependant, non sans vraisemblance, Walckenaer est d'avis que l'espérance exprimée là fait allusion aux dispositions pacifiques de Louis XIV, après la victoire de Neerwinde (29 juillet 1693). Les fables du nouveau recueil, bien que la Fontaine ait dit dans la première : « Mon esprit diminue, » contredisent ce mot, et sont la plupart excellentes ; beaucoup, il est vrai, mais non point toutes, étaient faites depuis assez longtemps et déjà connues. Dix avaient été publiées en i685, dans les Otwrages de prose et de poésie de Maucroix et de la Fontaine ; trois, les Compagnons d* Ulysse^ les Deux Chèvres^ le Thésauriseur et le Singe^ dans le Mercure galant de décembre 1690, de février et de mars 1 691. La dernière du livre, le Jugo arbitre^ V Hospitalier et le Solitaire^ est celle qui a été composée le plus tard. La pensée qui l'a inspirée nous paraît se rattacher aux préoccupations de la Fontaine, depuis qu'il ne plaisantait plus, comme en 1691, sur les ermites, c'est-à-dire depuis qu'il s'était vu aux portes du tombeau, n est permis de la croire écrite peu de temps avant que le P. Bouhours l'insérât dans son Recueil de vers choisis y qui parut en 1693, et dont V achevé d imprimer est daté du i^ juin^. La Fontaine, comparant, dans cet apologue, la vie active, pleine de déceptions pour ceux mêmes qui la mettent
X. Le même recueil a de la Fontaine U Soleil et Us Grenouilles (fiible xuT du livre XII), les fers à M, Simon de Troyes^ et Tépltre àHuet.
cxGTiu NOTIGB BIOGRAPHIQUE
aa senrioe'de leurs semblables, et la vie scditaire qui iioas permet d'apprendre à nous connaître nous-mêmes dans le recueillement, donne la prëfërence à celle-ci. Ce n*ëtait plus la paresse de ce Jean qui faisait de son temps les deux parts que Ton sait ; mais, sous une forme pkis sérieuse, plus religieuse, c'était le même goût du repos. « Tous chemins, disaitil, vont à Rome. » Le meilleur était pour lui le petit chemin où se trouve la tranquillité. On se convertit, mais un certain fond persiste; le caractère a des traits indélébiles* Ze Juge arbitre était un adieu aux Fables :
Cette leçon sera la fia de ces ouvrages.
Dans ce congé donné k la plus charmante de ses Muses, queUe simplicité 1 On en est plus touché que de YExegi monumentum d'Horace. Qui aurait eu le droit plus que la Fontaine de dire : « Je ne mourrai pas tout entier i» ?
On s'étonnera peut-être que le recueil de 1694 contienne, à la suite des fables, la nouvelle de Belphégor. Mais elle y fut imprimée sans les vers qui la dédiaient à la Champmeslé. Ce retranchement parut sans doute k la Fontaine ne plus rien laisser là qui pût scandaliser, et il ne crut pas que Bdphégar pût être confondu avec ces contes qu'on lui avait fait détester. Après ses dernières fables, il n'entreprit plus que la traduction de quelques hymnes de l'Église, et « il n'alla pas loin, » dit d'Olivet. Ce qu'il en écrivit ne nous a pas été conservé. Ses CEwres posthumes ont seulement quelques stances, évidemment composées vers le même temps, Sur la soumission que Fon doit à Dieu. On y retrouve, au début, quelque chose de la pensée de sa dernière fable, et l'on croit voir que les deux ouvrages ont été composés dans k même disposition d'esprit. Dans une lettre à Maucroix (16 octobre 1694) dont il reste un fragment, la Fontaine parle de ses poésies religieuses, qui n'étaient que commencées : « J'espère que nous attraperons tous deux les quatre-vingts ans et que j'aurai le temps d'achever mes hymnes. Je monrrois d'ennui si je ne composois plus. Donne-moi tes avis sur le Dies irm^ dies iUa^ que je t'ai envoyé. J'ai encore un grand dessein, où tu pourras m'aider. Je ne te dirai pas ce que c'est, que je ne l'aie avancé un peu davanUge, » 11 est regrettable qu'il n'ait pas fait oonnaftre
SUR LÀ FONTAINE. cxcix
œ desBein* On peul du reste être oertain qu'il se rapportak à ses pieuses pensées. Il le dit grand ; et TaToir conçu tel est one preuve qu'il ne s'assurait pas que le ressort de son imagination (ût entièrement brisé; mais la force d'exécuter 06 qu'il méditait lui manqua. Il sentit, an commencement de 1695, que le dernier terme approchait, sans rémission cette fois, et que ses amis se trompaient, ou cherchaient à le tromper Im-mème, en lui disant que son mal était surtout dans son esprit frappé. L'appel de la tombe se faisait clairement entendre. Le 16 fihnrîer, dans la lettre k Maucroix, dont nous avons cité une phrase sur l'amusement qu'il trouvait à l'Académie', il écrivait : « Je t'assure que le meillenr de tes amis n'a phis à compter sur quinse jours de vie. » La veille du jour d<Mit est daté ce billet, il avait été pris, au milieu de la me du Chantre, d'une si grande ûdblesse qu'à ce moment il crut mourir : « ô mon cher, mourir n'est rien ; mais songestu que je vais comparoltre devant Dieu? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçcnves ce billet, les portes de Tétemité seront peut-être ouvertes pour moi. » BlaucroLx lui r^x>ndit : « Mon dier ami, la douleur que ta dernière lettre me cause est telle que tu te la dois imaginer. Mais en même temps je te dirai que j'ai bien de la consolation des dispositions chrétiennes où je te vois. Mon très-cher, les plus justes ont besoin de la miséricorde de Dieu* Prends-y donc une entière confiance, et souviens-toi qu'il s'appeUe le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. Invoque-le de tout ton cœur. Qn'esi-ce qu'une véritable contrition ne peut obtenir de cette bonté infinie ? Si Dieu te fait la grlce de te renvoyer la santé, j'espère que tu viendras passer avec moi les restes de ta vie, et souvent nous parkrcms ensemble des miséricordes de Dieu. Gqsendant, si tu n'as pas la force de m'écrire, prie M. Racine de me rendre cet office de charité, le plus grand qu'il me puisse jamais rendre. Adieu, mon bon, mon ancien et mon véritable ami. Que Dieu, par sa très-grande bonté, prenne soin de la santé de ton corps et de celle de ton âmel » Us étaient bien changés et de langage et de pensées, les joyeux camaïadea des années légères; mais comme, par la constance