nif] LIVRE I
Les Oiseaux se moquèrent d*elle :
Ils trouvoient aux champs trop de quoi.
Quand la chônevière fut verte, 9 5
L*Hirondelle leur dit : « Arrachez brin à brin
Ce qu*a produit ce maudit grain,
Ou soyez sûrs de votre perte.
— Prophète de malheur, babillarde, dit-on,
Le bel emploi que tu nous donnes ! 3 o
Il nous faudroit miUe personnes
Pour éplucher tout ce canton*. »
La chanvre étant tout à fait crue, L*Hirondelle ajouta : « Ceci ne va pas bien ;
Mauvaise graine est tôt venue. 3 5
Mais puisque jusqu* ici Ton ne m'a crue en rien,
Dès que vous verrez que la terre
Sera couverte ', et qu'à leurs blés
Les gens n*étant plus occupés
Feront aux oisillons la guerre ; 40
Quand reginglettes*^ et réseaux
8. Les antres oiseaux s'en mocquerent, Sotte prophète Tappellerent. Quand rArondelle Yeid croissan Ce lin fleury et verdissant,
A ces oiseaux dit derechef :
c II vous viendra quelque meschef^
Prins serez, et souffrirez pis,
Si vous n^arrachez ses espics. »
Les autres se mocquerent d*elle. (Coekozbt.)
9. « C'est-à-dire ensemencée. Le mot couvert^ pris dans ce sens-là, est un terme d'agriculture assez usité à la campagne, mais qui n*est pas fort connu dans les grandes villes. » (Costb.) — La Fontaine a employé le verbe couvrir dans le même sens au vers 61 du Diable de Papefiguière {conte v de la 4* partie). — Dans quelques contrées, et notamment en Touraine, on se sert encore du mot eouvraiiie pour dire les semailles. M.lecomte Jauberr, dans son Giossaire du centre de la France j\e définit « époque et opération de Tensemencement des terres» .
10. « Ce piège, nommé aussi ginglette^,,, est encore en usage dans
84 FABLES. [t. vin
Attraperont petits oiseaux.
Ne volez plus de place en place, Demeurez au logis, ou changez de climat : Imitez le canard, la grue, et la bécasse. 4 S
Mais vous n*êtes pas en état De passer, comme nous, les déserts et les ondes,
Ni d'aller chercher d'autres mondes ; Cest pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr : C'est de vous renfermer aux trous de quelque mur. » 5o
^ Les Oisillons, las de l'entendre.
Se mirent à jaser aussi confusément Que faisoient^Mes Troyens quand la pauvre Gissandre **
Ouvroit la bouche seulement.
Il en prit aux uns comme aux autres : 5 5
Maint oisillon se vit esclave retenu.
Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres. Et ne croyons le mal que quand il est venu.
les enrirons de Château-Thierry... ; mais on ne t*en aert plus habitueUement. » M. Lorin, à qui nous empruntons ces mots, donne de ce piëge une description détaillée et un dessin, qui lui ont été communiqués p«r un ami, habitant Château-Thierry (royes son Vocabulaire^ p. a3a et a33). C'est une longue branche d'un bois flexible, que Ton plante en terre, et dont l'extrémité supérieure, repliée de force, rient trarerser plus bas la branche elle-même, et se termine par une planchette adaptée Terticalement à cette extrémité. Une autre planchette, très-mobile, placée horixontalement, et sur laquelle on a répandu du grain, tient écartés Tun de Tautre le corps de la branche et la planchette rerticale. L'oiseau, en se posant sur Tobstacle, le fait tomber; la branche regingU (terme usité dans la proTince), c'est-a-dire tend à se redresser brusquement, et Toiseau se trouTe, sinon écrasé, au moins blessé et pris.
ti. c Que firent, > dansTédition de 1719.
II. On sait queCassandre, fille de Priam, douée du don de prophétie, fut condamnée par Apollon, dont elleaTait dédaigné l'amour, à n*étre jamais crue. Elle prédit la chute de Troie, et ne fut pas écoutée. Voyes Virgile, Enéide^ livre II, vers 146 et 147*