‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 166 sur 374 · On appelait tapis de Turquie, de Perse ou du Levant, des · texte numérisé non relu

On appelait tapis de Turquie, de Perse ou du Levant, des

86 FABLES. [f. ix

Le couvert se trouva mis.

Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête :

Rien ne manquoit au festin ; t o

Mais quelqu'un troubla la fête

Pendant qu'ils étoient en train.

A la porte de la salle '

Ils entendirent du bruit :

Le Rat de ville détale ; 1 5

Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :

Rats^ en campagne aussitôt;

tapit fiibriquéi en France à Timitation de TOrient. La manofactnre, installée d'abord au Louvre par Henri IV , fut transportée par Louis XIII dans la maison de la SaYonnerie, près de Chïdllot, pub réunie aux Gobelins par Louis XIV. Voyez Lacordaire, Notice /ûs" torique sur les manufactures impériales Je tapisseries des Gobelins et Je tapis de la Savonnerie (Paris, i855), notamment aux pages 36, 38, 4' • Lorsqu'en 1697 un arrêt du conseil accorda à Pierre du Pont et à Simon Lourdet la fabrique et manufacture de toutes sortes de tapis , autres ameublements et ouvrages du Levant, etc., une des conditions imposées aux entrepreneurs fut que : c Dans toutes les viUes du royaume où ils s'établiraient , ils seraient tenus d'instruire dans leur art un certain nombre d'enfants pauvres à eux confiés par les administrateurs des hôpitaux. Ces enfants, au nombre de cent pour la ville de Paris, seront logés dans la maison de la Savonnerie, etc. i

3. Dans l'édition in-40 de 1668, et dans celle de x68ai l'orthographe du mot est, comme dans Richeiet et Furetière, saU^ qui rime à l'œil avec détale; mais l'édition in-ia de 1668, celles de 1669 et de 1678, de la Haye (1688), de Londres (1708), etc., écrivent toutes, comme l'Académie dès 1694» salle,

4. Rat^ au singulier, par erreur, dans l'édition de 1678 A, qui a une autre faute k la dernière strophe :

liais rien ne me vient interrompre.

T. ix] LIVRE I. 87

Et le citadin de dire :

« Achevons tout notre rôt. a a

— C'est assez, dit le rustique ; Demain vous viendrez chez moi.

Ce n'est pas que je me pique " De tous vos festins de roi:

Mais rien ne vient m'interrompre : :• 5

Je mange tout à loisir.

Adieu donc. Fi du plaisir

Que la crainte peut corrompre ! »

5. t Se piijuer de quelque chose, > fiiîre profession, ùàre Yanîté de se disdngucr par quelque chose, d*en aToir Thabitude.

88 FABLES. [p. x

LE LOUP ET l'aGUBAU.

Ésope, &b. 9^9, â6xoc %a\ 'kpç (Gorayt P* i^û et i5i, p. 878; comparez aussi la fab. 6, AfXoupoc tml\ 'AXextpw&v, p. 7). — Ba* brius, &b. 89» A^xoç xa\ "Apviov. — Phèdre, livre I, fab. i, Lupus et jâgnut, — Romulus, liyre I, Lupus et Agnus. — Marie de France, fab. a, dou Leu et de CAingniel, — Haudent, 1^ partie, fab. ii3, tFun Loup et éCun Jigneau; a« partie, fab. 19, mime titre. -^ Corrozet, fiib. a, du Loup et de tAigneau, — Boursault, les Fables it Ésope, acte V, scène m, le Loup et r Agneau, — Le Noble, fab, 94, du Loup et de l'Agneau. La violence.

Mythologia msopîca Neveleti, p. 90, p. 274» p- 374» p* 389, P* 487*

Mamucrits de Conrart (tome XI , p. 533), et Manuscrit de Sainte^ Geneviève. -— Cette fable a été reproduite dans le Recueil de poésies chrétiennes et diverses^ tome III, p. 367 (par erreur, pour p. 371).

Dans une £d>le orientale, toute différente d'ailleurs, le Faucon, ▼onlant manger la Perdrix, lui fait également, pour parler comme le vieux traducteur, t une querelle d'Allemand. > Voyez le lÀpre des lumières ou la Conduite des Rojs , composé par le sage Pilpay Indien, traduction pseudonyme de Gaulmin, Paris, 1^44» P- aoo-ao3. — f Cette fable est connue de tout le monde , même de ceux qui ne connaissent que celle-là. Ce qui en fait la beauté, c'est la vérité du dialogue. Plusieurs personnes ne semblent voir dans cet apologue qu'une vérité triviale , que le faible est opprimé par le fort. Ce ne serait pas la peine de faire une fable. Ce qui fait la beauté de celle-ci, c*est la prétention du Loup qui veut avoir raison dans son injustice, et qui ne supprime tout prétexte et tout raisonnement que lorsqu'il est réduit à l'absurde par les réponses de l'Agneau, s (CuAHroaT.) — L'intention marquée ici par Chamfort est indiquée au commencement et & la fin de la première des trois versions, données par Coray , de la fable ésopique. — Voyez ci-après la note i se rapportant à la morale.

La raison du plus fort est toujours la meilleui*e^ :

I. c II est bon, en lisant la Fontaine, de se laisser aller un peu &

F. x] LIVRE I. 89

Nous Talions montrer tout à Theure *.

Un Agneau se désaltéroit

Dans le courant d*une onde pure.

Un Loup survient' a jeun, qui cherchoit aventure, 5

Et que la faim en ces lieux attiroit.

« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

— Sire, répond TAgneau, que Votre Majesté 10

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu'elle considère

Que je me vas* désaltérant

la pente des réflexions qu^il suggère, et de ne pat toujonn t^arréter à la lettre de ses moralités. 11 y a telle fable et telle moralité qui, an premier coup d*œil, paraissent favorables aux mauTau et aux petits sentiments, et qui le sont, au contraire, aux bons et anx grands. Il faut, avec la Fontaine, savoir ce que parler veut dire. Prenons, par exem« ple^ U Loup et P Agneau :

ff La raison du plus fort est toujours la meilleure, a

(La Fontaine et les Fabulistes^ xii* leçon, tome I| p. 4i7*)

Voyez à la suite la piquante analyse par laquelle M. Saint-Marc Girardin montre que la Fontaine est bien loin de nous peindre le Loup en beau, et qu*on n>st nullement tenté de conclure de la fable que le succès justifie tout. Nous nous contenterons de citer ici cette fin éloquente (p. 419) : < Mangez l'Agneau, sire Loup, mais ne cbercbez pas à lui prouver que vous avez raison. Soyez injuste et violent, mais ne soyez pas sopbiste et bypocrite. N'abusez pas contre la justice des formes de la justice : c*est le pire outrage qu^on puisse faire à la conscience bumaine. s — Les deux vers de morale manquent dans le Manuscrit He Sainie^Geneviève.

a. CeUe locution signifiait soit, comme ici, c sur rbeure,à Tins* tant même s (voyez les Dictionnaires de Richelet et de Furetière); soit c dans un moment » (voyez le Dictionnaire de P Académie de 1694).

3. Dans le Manuscrit de Sainte-Genevière : c survint ; et au vers i x : c point, » au lieu de pas,

4. f^aisj dans les deux Manuscrits de Conrart et de Sainte-Geneviève,

90 FABLES. [p. z

Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'Elle' ; z 5

Et que par conséquent, en aucune façon. Je ne puis troubler sa boisson.

— Tu la troubles, reprit cette béte cruelle ; Et je sais que de moi tu médis Tan passé*.

— Comment Taurois-je fait si je n'étois pas né ? a»

Reprit T Agneau ; je tette encor ma mère ''.

— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens; Car vous ne m'épargnez guère. Vous, vos bei^ers, et vos chiens. a 5

On me l'a dit : il faut que je me venge. • Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.

5. Il y a ainsi Elle, avec cette rvspectueuse majascule, dans les an • ciennes éditions (excepté 1678 A), bien que plus haut, au vers xa, elles édÎTent elU^ arec une minuscule.

6. Au lieu de ce vers et des sept qui snivent, on lit dans les Ma» mucrits de Camrart :

Ne me cherche point de raison; Car tout à Theure il faut que je me venge. Là-dessus, etc.

C'était peut-être une première ébauche , reprise ensuite et développée par la Fontaine.

7» n y a la même réponse dans Babrius (vers 9), mais avec une autre intention, plus conséquente peut-être : l'Agneau ne boit pas au ruisseau, il ne peut pas y boire, il tette encore ;

tt Jusqu'ici c'est la mamelle de ma mère qui m'enivre. 1

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