‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 167 sur 374 · V. u] LIVRE I · texte numérisé non relu

V. u] LIVRE I

FABLE XI

l'homme et son image.

POUB M. I.. D. D. h. R.'

L*origme de cette fable est inconnue; c'est sans doute une de celles dont Tinvention appartient à la Fontaine. La fable 8 du livre III de Phèdre, intitulée le Frère et la Sœur^ à laquelle renvoie un commentateur, peut en avoir suggéré la première idée, mais ce ne serait que de fort loin. Robert (tome I, p. 63) cite les deux morceaux suivants, un peu moins éloignés, il est vrai, mais que la Fontaine sans doute n*a pas connus :

Robert Holkot, leçon cii sur le livre de la Sagesse : Sieut narratur de quadam turpi et deforad Donùeella : itta autem habuit tortam faciem et oblongam^ et qnotiens respexit spéculum^ doluit et offendebatur .* de* formitatem tamen suam semper imputaiat speetdo; unde plura spécula fregit quam omnes mulieres de patrla,

Baldi, Apologue 96 : Uir' hvomo distorto di faccta. VtC huomo di volto storto specchiandosiy riprese lo speech io di falsità : il ehe facendo pih volte con piit specehi, sempre incolpb loro : al fine abhattutosi in uno spece/Uo storto^ cfie gli drizzb la stortezza délia faceia, tutto lieto disse : c Pur ne traçai uno al fine, ehe mi scoperse il vero, »

Nous avons tu dons le cabinet de M. Boutron-Charlard une copie de cette fable qui est signée De Uk FoiiTAim (sic) : voyez la Notice bibliographique. Cette copie n^ofïre aucune variante pour le texte; elle a seulement, à la seconde ligne du titre, de même que l'édition

i. Nous reproduisons cette ligne telle qu'elle se lit dans toutes les éditions que la Fontaine a données. Dans Tédition de 17291 il y a, en toutes lettres : pour m. ui duc db la rociuvougauu>. Les initiales, ainsi que le dernier vers de la fable, désignaient assez clairement l'auteur des Maximes^ François duc de la RocKefoucauld , né en t6i3, et mort en 1680. La Fontaine lui a encore dédié la fable xv du livre X.

g% FABLES. [f, xi

de 1799, les mots entiers au lîea des initiales (Toyei la note i de la fable).

Un homme qui s^aimoit sans avoir de rivaux* Passoit dans son esprit pour le plus beau du monde : Il accusoit toujours les miroirs d*étre faux^ Vivant plus que content dans une erreur profonde. Afin de le guérir, le sort officieux 5

Pk^sentoit partout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames ' : Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands,

Miroirs aux poches des galands,

Miroirs aux ceintures des femmes ^. x o

Que fait notre Narcisse *? Il se va confiner ' Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer, M'osant plus des miroirs éprouver Taventure. Mais un canal, formé par une source pure,

Se trouve en ces lieux écartés : t S

'a. Niûlum uiira verbum oui operam uuumêhai itumem^ Quin 4UU rivali ieque et tua tolus amaret, ^

(HoaAGB, Jrt poétique, yers 443 et 4440

3. Cette périphrase a bien 9 ce semble, un air de famille areo celles dont Molière s'est moqué dans ses Précieuses; mais une petite pointe d'ironie vient peut-être à propos avant l'énuménition qui suit. *— Daus U Grand dictionnaire des Fretieuses ou la Clef de la langue des ruelles {^T Somaize), publié en 1660, sans nom d'auteur, les circonlocutions et les figures qui désignent le miroir sont c le conseiller des grAces, le peintre de la dernière fidélité, le singe de la nature , le caméléon. • (Édition Livet, i856, tome I, p. u.)

4. Cétait la mode dès i635. Dans la Place rojrale de Corneille, représentée cette année, Alidor présente à Angélique t un miroir qu'elle porte à sa ceinture 1 (acte II, scène n, après le vers 877).

5. On connaît l'histoire de Narcisse, condamné à devenir amoureux de sa propre image pour avoir méprisé l*amour de la nymphe Éobo, et qui finit par se noyer dans la source où il se contemplait. Voyez les Métamorphoses d'Ovide, livre III, vers SSq-Sio.

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