Sxcitus accessit putei viciuus ad oras
Salsus homOf et : a Qumnam h»c tua tam prmpostera, dixit^
i68 FABLES. [r, xnx
Cette aventure en soi, sans aller plus avant, 5
Peut servir de leçon à la plupart des hommes. Parmi ce que de gens sur la terre nous sommes,
Il en est peu qui fort souvent
Ne se plaisent d'entendre dire Qu'au livre du Destin les mortels peuvent lire. 10
Mais ce livre, qu'Homère et les siens* ont chanté, Qu'est-ce, que le Hasard parmi l'antiquité,
Et parmi nous la Providence ?
Or du Hasard il n'est point de science :
S'il en étoit, on auroit tort r $
De l'appeler hasard, ni fortune, ni sort,
Toutes choses très-incertaines.
Quant aux volontés souveraines De Celui qui fait tout, et rien qu'avec dessein, Qui les sait, que lui seul? Comment lire en son sein ? 90 Auroit -il imprimé sur le front des étoiles
Est ratio ? Nom qui ante pedes qum sutU sita nescis, Diisita tam longe profiieris sidéra nosse t »
(FAÏRm, Yen 5-8.)
— Dans Diogène de Laërte, c*est une Tiellle femme qui interpelle TAstronome et lui adresse à peu près les mêmes paroles qu'emploie ici le fabuliste; dans Platon, c*est c une serrante de Thrace, d*un esprit agréable et facétieux, » et Socrate, par qui Platon fait raconter l'anecdote, ajoute que c ce bon mot peut s'appliquer à tous ceux qui font profession de philosophie. )*
4. Cest-à-dire les poëtes de Tantiquité, ceux qui puisèrent leur inspiration dans Homère. — L'allégorie du livre du Destin ne se trouve pas dans Homère, mais bien celle des deux tonneaux, le tonneau des biens, et celui des maux {Iliade^ livre XXIV, vers 5a7), que la Fontaine a traduite vers la fin du chant II de son Poème du Quinquina; et celle de la balance d'or (Iliade , livre VIII, vers 69 et suivants, etc.). Il y a d'anciennes représentations de la Destinée (de la Parqne Lachésis, qui la personnifie), sons la figure d'une femme tenant à la main un rouleau, sur lequel elle écrit avec un style. Voyez Otfried MûUer, Manuel de VArcUtologie de Vart , 3« partie, I, B, 7.
r. xin] LIVRE II. 169
Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles • ?
A quelle utilité ? Pour exercer l'esprit
De ceux qui de la sphère et du globe ont écrit ?
Pour nous faire éviter des maux inévitables ? a 5
Nous rendre, dans les biens, de plaisir' incapables?
Et causant du dégoût pour ces biens prévenus ^,
Les convertir en maux devant qu'ils soient venus?
C'est erreur, ou plutôt c'est crime de le croire.
Le firmament se meut, les astres font leur cours^ 3o
Le soleil nous luit tous les jours, Tous les jours sa clarté succède à l'ombre noire, Sans que nous en puissions autre chose inférer
5. M. Saint-Maro Girardin, dans sa xm« leçon (tome I, p. 44>'' 44^)9 cite ce passage :
Qnant aux Tolootés souveraines, etc. ,
et se demandant si ce sont là t des questions que la fable puisse traiter, » il répond avec raison : f Oui , puisqu'elles noua viennent sans cesse ft Tesprit, et que la fable n*est que l'image allégorique de la vie humaine. » Puis, rapprochant de ce morceau la fable du Gland et la Citrouille : c La philosophie de la Fontaine, dit-il, n'est.... ni téméraire ni raffinée. » Il a sagement pour principe c qu'il ne faut pas chercher à pénétrer l'avenir, » ni c critiquer la Providence. > Faisons comme lui, c louons Dieu de toutes choses, dit l'éminent critique en terminant sa leçon, et répétons avec Salomon : Quis ho^ minum poterit seire consilium Dei? aut quis poterit eogitare quid velit Detu? (JÀvre de la Sagesse^ chapitre ix, verset i3.) Quel homme peut connaître les desseins de Dieu? ou qui pourra comprendre ce que veut le Seigneur? > — De son côté, Walckenaer cite les vers si et a 3, et la Fontaine, combattant les chimères de l'astrologie, lui parait « majestueux et énergique comme Bossuet. > {Histoire de la Fontaine j livre III, tome I, p. 297.)
6. Plaisirs, au pluriel, dans les éditions modernes, et même dans celles de Crapelet et de Walckenaer. Les éditions anciennes donnent/^/aûir, au singulier, excepté celle de 1678 A, qui a : < de plaisirs; > et celle d'Amsterdam 1679, où se trouve cette faute évidente : « des plaisirs, s
7. Anticipés, connus, et comme goûtés par la pensée, avant le temps.
170 FABLES. [f, xin
Que la Bécessâé de luire et d'éclairer, D'amener les saisons, de mûrir les semences, 35
De verser sur les corps certaines influences. Du reste, en quoi répond au sort toujours divers ' Ce train toujours égal dont marche TUnivers ? Charlatans, faiseurs d'horoscope, Quittez les cours des princes de l'Europe; 40
Emmenez avec vous les souffleurs* tout d'un temps : Vous ne méritez pas plus de foi que ces gens.
Je m'emporte un peu trop : revenons à l'histoire De ce spéculateur^^ qui fut contraint de boire. Outre la vanité de son art mensonger, 4 5
C'est l'image de ceux qui bâillent ^^ aux chimères, Cependant qu'ils sont en danger, Soit pour eux, soit pour leurs affaires.
8. Soyez-vous Tun à l'autre un monde toujours beau, Toujours divers, toujours nouveau.
(Livre IX, fable n, vers 67 et 68.)
9* Les alchimutes, ceux qui sont toujours occupés à souffler sur leurs fourneaux pour trouver la pierre philosopbale et arriver à la transmutation des métaux. On peut dire que leur science, ou plutôt leur pratique, est à la cbimie ce que l'astrologie est à l'astronomie. — f L'Allemagne , dit Voltaire, dans son Dictionnaire philo^ sophique (article jilchimistes), est encore pleine de gens qui cherchent la pierre philosopbale. s
10. Au sens prppre, qui speeuUuur^ celui qui contemple : voyez le Lexique,
11. Bayent^ dans l'édition donnée en 181 3 par Didot aîné : c*est l'orthographe de TAcadémie dans la locution analogue : c bayer aux corneilles. ^ Nodier (18 18) et plusieurs autres écrivent baillent. Dans les éditions originales, on lit baaillent^ équivalimt à notre mot hdiU' lenty avec l'accent circonflexe. Dans la petite édition de Barbin de i68a, il y a babillent^ qui est évidemment une faute d'impression pour baaiUent^