‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 227 sur 374 · V. i] LIVRE III. aoi · texte numérisé non relu

V. i] LIVRE III. aoi

Malherbe là-dessus : « Contenter tout le monde ** ! ^ s ' • • ■

Ecoutez ce récit avant que je réponde.

• J*ai lu dans quelque endroit*^ qu*un Meunier et sonFiis,

L'un vieillard, l'autre enfant, non pas des plus petits,

Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire **,

Alloient vendre leur Ane, un certain jour de foire. 3o

Afin qu'il fbt plus frais et de meilleur débit,

On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;

Puis cet homme et son Fils le portent comme un lustre**.

Pauvres gens , idiots , couple ignorant et rustre !

Le premier qui les vit de rire s^éclata : 35

« Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gen»-là?

« Le plus àne des trois n^est pas celui qa*on pense *''. »

Le Meunier, à ces mots, connott son ignorance;

Il met sur pieds*' sa béte, et la fait détaler.

i3. c Contentez tout le monde, • dans Tédltion de 1678. C'est sans d^nte une faute d'impression.

14 Dans quelqu'un des ouvrages que nous arons indiqués en tête de la fable, ou dans une des sources françaises, les Contes itEutrtpel^ etc., marquées en outre par Robert.

i5. fl De treize on quatorze ans, > dit Racan. Faërne (vers i) : aJoleseeniuiut,

i6. Cette première façon d'aller en portant l'Ane n'est point dans Racan. Ce n'est pas la première, mais la dernière, dans Faërne (tcts 35-38) :

Tandem esperiri et fume auoque plaeult viam , Inter supim ut eolUgcUot tndito Pedet AteUl palo^ eum ipti penduium Ferrent,., \

et de même chez le Poge.

17. Sentitit quadrupedem belluam^ quam 6ipes èeiiua 0//, non adeo quidem belluam esse? (Poutahus.)

18. Quelques éditeurs modernes, entre autres Crapelet, donnent à tort t sur pied, > au singulier. Parmi les anciennes éditions, nous ne trouTons cette leçon que dans l'impression très-fautive de 1679 (Am-

aoa FABLES. [f. i

L'Ane, qui goùtoh fort l'autre façon d aller, 40

Se plaint en son patois. Le Meunier n'en a cure*^ ; 11 fait monter son Fils, il suit, et d'aventure Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut. Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put : « Oh la oh'^ , descendez, que l'on ne vous le dise, 4 5 « Jeune homme, qui menez laquais à barbe grise ! « C'étoit à vous de suivre, au vieillard de monter.

— « Messieurs, dit le Meunier, il vous Ëiut contenter. » L'enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte. Quand trois filles passant. Tune dit : « C'est grand'honte ** « Qu'il faiUe voir ainsi clocher ce jeune fils,

« Tandis que ce nigaud, comme un évéque assis, « Fait le veau sur son Ane, et pense être bien sage. <— « n n'est, dit le Meunier, plus de veaux i mon âge : « Passez votre chemin, la fille, et m'en croyez. » 55 Après maints quolibets coup sur coup renvoyés^ L'homme crut avoir tort, et mit son Fils en croupe. Au bout de trente pas, une troisième troupe Trouve encore à gloser. L'un dit : « Ces gens sont Sous ! « Le Baudet n'en peut plus; il mourra sous leurs coins. « Hé quoi? charger ainsi cette pauvre bourrique ! « N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ? « Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau.

— « Parbieu '* ! dit le Meunier, est bien fou du cerveau

sterdam). Le manoiorit de M. Boatron-Charlard donne c sur pîedt, m au pluriel.

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