‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 259 sur 374 · LB LION AMOUREUX · texte numérisé non relu

LB LION AMOUREUX

Ésope, fab. lai, Aéoiv xa\ Ttfoçrfàç (Goray, p. i43-i46, soiu cinq formet', et p. 375 et 376). — Babrius, fab. 98, Aioiv |fcvi{aiT]p. — • Aphtbonius, fab. 7, Fabula Leonis et VtrginU^ a vohtptatlbm dehor» tans. — Handent, a« partie, fab. 38, tTun If an aymaiU la fille d*mH rusticque, 7- Verdizotti, fab. 9, del Leone innamorato e del Contadino,

Mjrthologta msopica Neveleti^ p. a68, p. 3«7.

Cbez Diodore de Sicile [Bibliothèque historique^ lirre XIX, chapitre xxv), Enmène raconte cette fable aux Macédoniens de son armée, qn*Antigone avait cherché Taînement à séduire par de belles promesses, c Une fois maître de tos forces, il tous traiterait, leur dit- il, comme le Lion qui s'était laissé arracher les ongles et les dents. 9 — Saint Jean Chrysostome (édition Ganme, iii-4^t tome I, p. 398) fait une très-énergique application de l'apologue aux clercs qui, vivant avec des vierges canoniques ^ se laissent amollir par elles et deviennent semblables c à ce lion terrible et farouche, à qui on a coupé la crinière, enlevé les denu, rogné les ongles, et qu'on a rendu laid, ridicule, jouet des enfants. » — Ottfried MiàJler (Manuel Je tJrm chéologie Je Part, 3* partie, I, B, $ a) indique un bon nombre de monuments antiques qui reproduisent l'idée fondamentale de la fable et représentent soit Cupidon, soit plusieurs Amours, domptant des lions ou d'autres bètes farouches. Un de ces monuments, la pierre d*un ca-

X . La troisième, qui est une version fort enjolivée , est tirée de Nicéphore Basilacas, sophiste du onzième siècle (voyez iJeonis Allatil Escerpta paria grsscorum sophittarum ae rhetorum, Rome, 1641, in-80, p. i3o-i33); la quatrième est de Diodore de Sicile (voyez le troisième alinéa de cette notice).

!i6a FABLES. [f. i

chet ou d'un anneaii, fidt le gojet d*iuie élégante épigramine grecque de Marcns Argentarint (Jntkologie palatine^ ix, n» aai)» traduite en yen latins par le P. Commire {Carmma, 3* édition, Pkris, 1689, p. 4$7)« — La Motte, dans le Dueaurt $wr U fthle qai sert d'introduction an recnôi de ses fables (Paris, 17191 în~4^, p. xx), blâme comme inTraisemblable le Lion amoureux ^ traitant cette inTention d*iiii«^ pfCMKM, de supposition ridicuU^ àt prodige absurde, H semble que la Fontaine, comme le fait remarquer M. Saint-Marc Girurdin, dans sa xxin* le^n (tome II, p. 963 et 964)« ait prém la critique, et qu*il y réponde d'avance par les sept premiers tcts de sa fid>le, bien qu'il soit beaucoup moins en cause que les anciens inventeurs :

Du temps que les bètes parlaient, etc.

(Voyes ci-après, les vers 18-94, les premiers après la dédicace.) Au reste la Motte s'est répondu- lui-même, lorsqu'il nous dit (à la page XXI du Discours cité) : c J'ai remarqué qu'il suffisoit que l'image fût fondée sur l'opinion, et j'ajoute sur une opinion même dont on est revenu. Le fiibuleux a dans cette matière tous les droits de la vérité (et il cite pour exemple le chant du ejrgne),,,, La célébrité de l'opinion lui tient lieu de réalité et lui acquiert tons les privil^et d'ane vérité de symbole et de pure comparaison. 1 A Vopinion on peut certes ajouter la tradition, poétique, légendaire, etc., et les limites de l'allégorie seraient bien étroites, ses règles bien pointilleuses, s'il nous fallait condamner cette t personnification poétique de la nature bumaine, » comme TappeUe M. Éd. du Méril (p. 99), cette frappante image de Samson près de Dalila, d'Hercule près d'Ompbale (voyes ci-après la note 3).

A MADEMOISELLE DE SÉVIGlfÉ',

Sévigné, de qui les attraits Servent aux Grâces de modèle,

a. FVançoise-Marguerite de Sérigné, fille de Mme de Sévigné. Elle était née le 10 octobre 1646, et avait dix-neuf ou vingt ans quand la Fontaine composa et lui dédia cette fable, si c'est, comme il y a lieu de le supposer, en i665 ou 1666 : voyeBlesJf/moifv/de Wâlck^ naer sur Mma de Séwïgné (3* édition), tomt V, p. 169; et, dans la collection des Grands eerîpains de la France^ l'exoellenle Notice de

F. i] LIVRE IV. afil

Et qui naquîtes toute belle, A votre indifférence près',

M. Pknl Mesnardy placée en tète des letiret de Mme de Séptgné (tome ly p. loOy note i]; Toycz aussi le tableau généalogique qui se trouTe à la suite de cette Notice (tome I, p. 34o). — Mlle de Sérigné ayait plus de Tingt^deax ans, lorsqu'elle épousa, le 99 jan- Tier 1669, le comte de Grignan, déjà Tcuf deux fois, un des lieutenants généraux en Languedoc, et qui fut nommé, à la fin de cette même année, lieutenant général au gouTemement de Prorenoe.

3. Dans la dernière entrée de la seconde partie du Ballet royal de la Naissance de Vénus ^ dansé par le Roi en i665 , Bille de Sérigué jouait le personnage d*Omphale ; elle figurait, dans un même groupe, arec Alexandre (représenté par le Roi) et Roxane (représentée par Madame, duchesse d'Orléans), arec Achille et Briséis , ayec Her» cule, etc. Ce r61e d*Omphale, paraissant auprès du hëaros dompté par elle, dut donner bien naturellement à la Fontaine Tidée de lui dédier le Lion amoureux. Voici la pins grande partie du couplet de quatorze Ters que Benserade fit pour elle à Toccasion de ce baUet (royei les Œuvres de M* de Bensserade, Paris, 1697, ^^°^® ^f P* ^^4) :

Blondins accoutumés à faire des conquêtes, Derant ce jeune objet si eharmant et si doux»

Tout grands héros que tous êtes, n ne faut pas laisser pourtant de filer doux. L'ingrate roule aux pieds Hercule et sa massue ; Quelle que soit l'offrande, elle n'est point reçue : aie Terroit mourir le plus fidèle amant, Faute de l'assister d'un regard seulement.

Celait un peu le sentiment de Mme de Sévigné elle-même, lequel perce k trarers les délicatesses et les atténuations de la tendresse ma« lemelle, dans le passage suivant d'une de ses lettres (sa septembre 1680) : a Vous êtes bien injuste, ma très*chère, dans le jugement que TOUS faites de tous; vous dites que d'abord on tous oroit assex aimable, et qn*en tous oonnoissant darantage on ne tous aime plus ; c'est précisément le contraire : d'abord on tous craint, tous aTcz un air assex dédaigneux, on n'espère point de pouToir être de tos amis; mais quand on tous connoit, et qu'on est à portée de ce nombre, et d'aroir quelque part à Totre confiance, on tous adore et l'on s'attache entièrement à tous; si quelqu'un parolt tous quitter, c'est parce qu'on tous aime, et qu'on est an désespoir de n'être pas aimé autant qu'on le Toudroit : j'ai entendu louer jusqu'aux nues les charmes qn'on trouTc dans TOtre amitié, et retomber sur le peu de mérite qui fait qn'on n'a pu consenrer un tel bonheur ; ainsi chacun

«64 FABLES. [p. i

Pourriez-vous être favorable s

Aux jeux innocents d'une fable,

Et voir, sans vous épouvanter,

Un Lion qu'Amour sut dompter?

Amour est un étrange maître.

Heureux qui peut ne le connottre i o

Que par récit, lui ni ses coups !

Quand on en parle devant vous.

Si la vérité vous offense,

La fable au moins se peut soufirir :

Celle-ci prend bien Fassurance 1 5

De venir à vos pieds s'ofirir,

Par zèle et par reconnoissance.

Du temps que les bétes parloient ^,

Les lions entre autres vouloient

Être admis dans notre alliance. %o

Pourquoi non ? puisque leur engeance

Yaloit la nôtre en ce temps-là,

se prend à toi de oe léger refroidissement ; et comme il n*y a point de plainte» ni de sujet Téritable, je crois qu*it n*y a qn*à oanser ensemble areo quelque loisir , pour se retrouTcr bons amis, i Disons au reste que, dans les six derniers tcts du couplet dont nous a^ons cité le commencement , Benserade prétend que c'est à « la bonne dame, » sa mère, que c Mlle de Sevigny > doit cette indifférence qu*il lui reprocbe stcc la Fontaine. — Sur Mlle de SéTigné, Toyes b Notice f déjà citée, de M. Mesnard, surtout aux pages 93-1 la; les Mémoire de Walckcnaer sur, Mme de SMgné (3« édition), tome II , chapitres xxii et xxiir; tome III, chapitres u et tiii; tome V, chapitre xii> p. 967 et suirantes; et V Histoire de la Fontame^ du même, lÎTre n, tome I, p. 207 et 908.

4. < Au temps que les bestes parloient (il n'y ha pas trois iours), nng paoure lion, etc. » (Rabelais, livre II, chapitre xv, tome I, p. 378.) — Au sujet de ces premiers vers de la fable, voyes la fin de la notice qui est en tète. — Dans la troisième des fables données par Goray, celle de Nicéphore, le Lion fait lui-même son éloge, vante sa force, sa beauté, sa vitosse.

f. i] LIVRE IV. a65

Ayant courage, intelligence,

Et belle hure' outre cela.

Voici comment il en alla : s 5

Un Lion de haut parentage*,

En passant par un certain pré,

Rencontra bergère à son gré :

Il la demande en mariage.

Le père auroit fort souhaité 3o

Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner lui sembloit bien dur;

La refuser n'étoit pas 9ûr^;

Même un refus eût fait, possible*.

Qu'on eût vu quelque beau matin 3 5

Un mariage clandestin;

Car outre qu'en toute manière

La belle étoit pour les gens fiers,

FiUe se coi£Pe volontiers

D'amoureux à longue crinière. 4o

Le père donc ouvertement

N'osant renvoyer notre amant,

Lui dit : « Ma fille est délicate*;

Vos griffes la pourront blesser

Quand vous voudrez la caresser. 4 s

Permettez donc qu'à chaque patte

On vous les rogne ; et pour les dents,

5. « Hura, en vénerie, dit Nicot (1606), c*eftt la teste d'un langlier, our», loup et autres bestes mordantes. » Furetière, en 1690, reproduit cette définition ; mais 1* Académie, en 1694» n'applique plus le mot, dans le sens propre, qu'au sanglier.

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