C'est le mot du Psaimiste ; Juru habent et non ûudieni
A96 FABLES. [f. tu»
Le Paien cependant s'en prometloit merveilles.
n lui coûtoit autant que trois :
Ce n'étoient' que vœux et qu'offrandes, 5
Sacrifices de bœufs couronnés de guirlandes.
Jamais idole, quel qu'il* fût,
ITavoit eu cuisine si grasse.
Sans que pour tout ce culte à son hôte il échût Succession, trésor, gain au jeu, nulle grâce. i o
Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit
S'amassoit d*une ou d autre sorte, L'Homme en avoit sa part ; et sa bourse en souffiroit t La pitance du Dieu n'en étoit pas moins forte. A la fin, se fikchant de n'en obtenir rien, 1 5
n vous prend un levier, met en pièces l'Idole ', Le trouve rempli d'or, « Quand je t'ai fait du bien, M'as-tu valu, dit-il, seulement une obole? Va, sors de mon logis, cherche d'autres autels.
Tu ressembles aux naturels • o
(psaume cxiii, Tenet 6). — Dans la Prophétie de Barueh^ pour la* quelle, on le sait, la Fontaine eut, i un certain moment, un si rif enthousiasme, il y a tout un cbapitre (le n*) sur la vanité et Timpuissanoe des idoles, où on lit entre autres choses (verset 4<) : Sensum enim non hahent ipsi Mi Ulorum, Voyez aussi les beaux ren du Poljreuete de Corneille (iai6 et sui^anu, acte IV, scène m).
3. Ce n'étoii, daus la première édition (1668); Ce n^éioUmt^ dans celles de 1678, de i68a, de la Haye 1688, de Londres 1708. L*abbé Guillon, Crapelet, Walckenaer n'ont pas suivi le dernier texte de la Fontaine, et ont mis le singulier : Ce n'êtoii. Les deux premiers ont même fait une assez longue note chacun sur ce défaut d*aocord, «ans remarquer qu'il avait été corrigé dans l'édition définitive.
4> Au dix*septième siècle, le genre du mot idole ^ qui en grec est, comme l'on sait, du neutre (cTScoXov, idolum), n'était pas encore bien 1^xé. Voyez le Lexique.
5. Dans les fables grecques , l'Homme prend la statue par la jambe et la brise contre terre ; dans Haudent, il la jette contre un mur ; chez lui, comme dans la prose et les vers grecs, c'est de b tète que l'or s'échappe.
w. ym] LIVRE IV. 297
Malheureux, grossiers et stupides :
On n'en peut rien tirer qu'avecque * le bâton ^. Plus je te remplissoisy plus mes mains étoient vides :
J'ai bien fait de changer de ton*. »
6. jipeCf faute d'impreiaion é?idente, dans Tédition de 1668 iii-4o.
7. C'est la même morale qae dans les apologues grecs. — t Qo'y a-t-il d'étonnant, dit Chamfort, qn*ane idole de bois ne réponde pas à nos TOBOXy et que renfermant de Tor, Tor parusse quand Tons brisez la statue? Que conclure de tout cela? Qu'il fiiut battre ceux qui sont d'un naturel stupide? Gela n'est pas ▼raii et cette méthode ne produit rien de bon. » — Voici l'affabulation de Handent :
Cette fable taxe le TÎce De ceulx lesquelz iamais ne font PsoufBt f plaisir, bien , ne sernioe.
Si notamment contrainctz n'y sont.
— Le Noble, qui a coutume de faire précéder son récit français d'un distique latin, met en tête ici cette épigramme :
Fracta dai irato preeibus qum dona negabai^ O prœax mulier^ quam tibi par statua /
8. c Je ne saTais pas, dit l'Homme dans Babrios, cette nonrelle façon d'être pieux euTers toi. •
T)jv i?( oè xatvJ^v eMCsiov o5x f[Setv.
— M. Soullié, qui pense que l'apologue de Babrius est la source de celui de la Fontaine, troure (p. 76) qu'il c n'est pas d'un païen très* dérot, > et que les Dieux y sont traités c assez csTaliérement. s La remarque s'applique bien au sujet même, mais moins, ce me semble, à la manière dont Babrius l'a traité. Il Ta jusqu'à prendre la précaution de faire remonter l'inTcntion irrérérente à Ésope, qui c «mpliqtte^ dit-il, les Dieux mêmes dans ses fables : >
Au reste, on a douté que cet apologue fut de Babrius. Bembardy, dans son Esquisse de l'Histoire de la littérature grecque (HaUe, l859, tome II, p. 655, % 1048), le regarde comme indigne de lui. Disons toutefois que M. Boissonade ne parait pas aToir partagé ce doute; au moins ne l'exprime-t-il pas dans son commentaire.
398 FABLES. [r.
FABLE IX
LB 6BÀI* PÀaÉ DES PLUMES DU PAON*.
Ésope , fab. xoi, RoXoi^ %ai IlefiOTcpa!, RoXotbf xal U^auç (Goray, p. Sj et 58); fab. 188, KoXoibc xa\ *Opvciç (Gony, p. 1x6-1 19^ et p. 367, sons neaf fonnet, dont une est de Libanios, une de Tketiès, une de Nioéphore Basilacas, etc.). — Babrios, iab. 7a, "Oçi^tt^ xsA KoXoi6<. — AphtbonÎQS, fab. 3i, Fahuia GracuRf çliamJam doeems eue fraudem, — Phèdre, livre I, fab. 3 , Graeuliu iupethus et Pet^o. — Neckam, fab. la, </e Papone et Graeulo et Apihus, — Romains, livre II, feb. 16, Graeulm st^erèut et Paço. — Marie de France, fab. 58, dou Cartel qui volt resanbler Paon*, — Bandent, i*« partie,
I. La Fontaine, en traduisant par Geai le GraeuUu de Phèdre, qui est plutôt l'espèce de corneille ou de corbeau qu'on appelle ckoueas (en grec xoXoi6( ou xopoocidç), s'est conformé k une commune enreur des aneiens dictionnaires (Nioot , x6o6 , dans le Nameneiator octUiit-' guis^ P* i5, donnait le choix entre chouette ^ geai et ehoueas). Ménage a relevé cette erreur au chapitre xxxria de ses Aménités du droit etpU^ publiées en 1664 (quatre ans seulement avant nos fables). Le passage suiyant de Martial (livre I, épigramme cxvi) ne peut laisser de doute sur la couleur noire du GraeuUu :
.... Quamdam (puellam) vola nocte nigriorem Formica^ pice^ graeulo^ cicada,
Baîf, qui a traité ce sujet au livre I** de ses Passetemt (Paris, t573, B»* II et la), ne s'y est pas trompé : il rend Gracuhu par Chueat. Babrius (vers 11) appelle son KoXoi6< t le vieux filsdela comeiile, b Y^pciiv xopc&V7]( m\6ç,
a. Toutes les éditions anciennes, jusqu'en 1688, écrivent fav. L'édition de x668 in-4® donne pIm, avec un accent circonflexe (comparez la note i de la page t8i). — Dans le Manuscrit de Sauae^ Geneviève f le titre est ainsi rédigé : c Le Geai qui s'est paré des plumes du Paon. »
3. Robert (tome I, p. a48 et a49) indique cette fable 58, et en outre, en donne une autre de Marie de France, comme inédite. D y joint un extrait de Regnart le Contrefait^ et deux Tieilles Cibles sous les noms ^Ysopei / et Ysop^ il.
F. ix] LIVElî IV. ft99
fab. i40y «Tccff* Ccnuilk} i* partie, fab. a a, «Pan Corbeau êi das amU très Ojrsemtix, — > Goxrozet, fab. 29, liii Geay et des Paemt. — Le No* ble, fab. 89 y du Corbeau déplumé. Le partisan ruiné.
Mfthologia msopica Neçeieti^ p. 171, p. a43, p. 346, p. 369*
Cette fable est au Manuscrit de Sainte-^nepiàpe.
Parmi les fables grecques et latines» il n*y a que celle de Pbèdre, et les imitations qui portent les noms de Romains et de Neckamp dont le sujet soit le même que celui de la Fontaine. Le Geai (on plutôt le Choucas, voyez la note i) qu'Ésope (p9 loi) introduit soit parmi les colombes, soit parmi les corbeaux, ne s*est point paré de plumes étrangères. Dans son autre fable (n» x88), de même que dans celles de Babrins et d'Apbtbonins, les oiseaux comparaissent derant Jupiter pour qu'il décerne à l'un d'eux soit la royauté, soit le prix de la beauté, et le Choucas, dans le vain espoir de tromper le dieu et d'avoir le dessus, se décore de tout ce qu'il trouve de belles plumes perdues par les autres. Cest le récit d'Aphthonius que Lesaing préfère à tous les autres : voyez ses Remarques sur Phèdre (tome XI des OEupres, p. io5, édition Lachmann). — Handcnta traité les deux sujets, celui de Phèdre, et celui du n» 188 d'Ésope. — U y a plusieurs fables orientales où figurent des oiseaux, et en particulier des comeiUet, des corbeaux, des choucas, qui veulent changer de nature, on se mêler à d'autres espèces : voyez M. Benfey, tomely p. 347 et 348, p. 365, p. 601 et 60a. On peut aussi rapprocher de notre fable la xox* de Babrius, où le Loup quitte ses semblables pour frayer avec les Lions. M. Wagener (p. xi3 et xx4} compare à cette dernière celle dn Chakal nourri avec de jennes Lions (iv* du livre IV du Pantsckatantra)^ et M. Weber^ dans ses Études indiennes (tome m, p. 349)> le récit, plaisamment tourné, du Chakal qui se trouvant teint en Uea pour être tombé dans un tonneau d'indigo, et se voyant par suite admiré et redouté, se proclame roi des animaux, mais expie bientôt sa tromperie. — Is Geai paré des plumes du Paon était représenté dans le Labjrnnthe de Versaflles; c'est le xxx« quatrain de Benserade (le vix* de l'édition de 1677). — Leasing (livre II, fable vi) a ingénieusement continué le récit : c Assez, » crie la Corneille aux Paons quand ils ont repris tout ce qui leur appartenait; mais les Paons, qui parmi ses propres plumes en ont remarqué quelques-unes plus brillantes que les autres, répondent : t Tais-toi, pauvre folle ; en voilà encore qui ne peuvent élie à toi ; a et ils oontiniient de la dépoaiUer. c Cest
3oo FABLES. [v.
ût €p& airite, dit Ghamlbit, à tooi let plagiaivet. On fiait pur leur ôtcr même oe tpl leur appartient. » Voyea la dernière note de la ftble.
Un Paon muoit ^ : un Geai prit son plumage ;
Puis après se Faccommodà ; Puis parmi d'autres Paons tout fier se panada ',
Croyant être un beau personnage.
Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué, s
Berné, sifflé, moqué, joué, Et par Messieurs les Paons plumé d'étrange sorte; Même yers ses pareils s^étant réfugié,
11 fut par eux mis à la porte.
Il est assez de geais à deux' pieds comme lui, i o
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui. Et que Ton nomme plagiaires*.
4. Chez Haudent (fable 140 de la i** partie) , ce n*eit pas le Paon, mail la Corneille cpi mae. Cett parce qu'dle te Toit c tonte pelée, » qu'elle recueille t les plumet d'anltrea oyieaulx. a — Ches Marie de France, le Corbeau t'arrache tontes tes plumet pour let remplacer par cellet du Piaon.